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6 août 2017 7 06 /08 /août /2017 13:51

 

Je dois bien l'avouer, j'ai un faible pour le jardin du Luxembourg,

le Luco, comme les parisiens l'appellent familièrement. 

Il y fait si bon par les chaudes journées d'été.

Mais ce que j'aime par dessus tout, c'est son vénérable bassin

- il date de 1612 tout de même -

miroir du somptueux palais où les sénateurs tiennent séance.

En fait, la véritable raison de cette passion

c'est le plaisir d'y regarder évoluer les jolis voiliers de location

qui se croisent, s'inclinent, se balancent, filent ou voguent paresseusement 

sur des eaux aux reflets changeants.

Cela fait plus de 130 ans que les petits voiliers, 

soigneusement entretenus et repeints à chaque belle saison,

font la joie des enfants, petits et grands.

Les garçons sages en col marin et les petites filles en bottines 

ne suivent plus des yeux leurs fragiles esquifs.

Les chaisières ne collectent plus les quelques sous qu'il fallait débourser

pour l'usage des fauteuils et des chaises du jardin.

Aujourd'hui, les gamins venus des quatre coins du monde

- il y a tant de touristes à Paris -

lancent avec des cris de joie leurs voiliers sur le plan d'eau.

Les parents, quant à eux, agitent leurs perches à selfie

comme autant de mâts dans un port de plaisance.

Et les jolis bateaux tanguent, se coursent et virent de bord.

Ils ont des couleurs vives et battent pavillon de divers pays.

Les plus demandés sont l'hippocampe et le pavillon noir du bateau pirate.

Le soir venu, le loueur chaussera ses grandes bottes et ira délivrer 

le malheureux esquif encalminé contre la fontaine, redoutable récif.

Les régates terminées, les canards retrouveront leur petite maison,

au centre du bassin, que l'agitation vélistique de la journée

leur avait fait fuir au profit de lieux plus sereins.

Et les enfants, en s'endormant, rêveront aux lointains rivages 

vers lesquels leur joli voilier les avait sans nul doute portés.

 

oooOOOooo

 

 

Les petits bateaux du Luxembourg
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30 juillet 2017 7 30 /07 /juillet /2017 14:37

 

Ceci est la reprise, sous une forme, disons, plus 'dynamique' 

 d'un article publié il y a un peu plus de trois ans

à la suite d'un voyage effectué dans l'Ouest américain.

J'y avais été particulièrement impressionné par l'atmosphère étrange

qui émanait de la ville-minière fantôme de Bodie, en Californie.

L'article aurait tout aussi bien pu s'intituler

'Le Temps suspendu'

tant il était émouvant d'apercevoir au travers des vitres sales

des maisons de bois brinquebalantes, les témoignages figés

d'une vie domestique qui paraissait s'être soudainement arrêtée

il y a plus d'un siècle..

 

Les deux moments musicaux dans la vidéo sont des extraits d'une icone de la Musique Country, 'Dark as a Dungeon', écrite par Merle Travis en 1946 , dans l'interprétation de Willie Nelson. Cette chanson, devenue pratiquement l'hymne des mineurs des Appalaches, relate la dure vie des mineurs de fond. Elle a également été interprétée - entre autres - par Johnny Cash, Bob Dylan, Harry Belafonte, Joan Baez, Odetta, Ray Charles etc..

 

Le refrain peut se traduire de la façon suivante:

 

"Et c'est sombre comme un cachot et humide comme la rosée,

            Le danger y est double et les plaisirs sont rares,

La pluie n'y tombe jamais, le soleil n'y brille jamais,

Et il fait noir comme dans un cachot, tout en bas dans les mines."

 

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Les Fantômes de Bodie (2)
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30 mars 2017 4 30 /03 /mars /2017 19:04

 

Si l'Eloge de la Lenteur' n'avait pas déjà été écrit,

il faudrait absolument l'écrire à propos de la 

'Flâneuse du Nil'

 

C'est le nom d'une dahabieh, le bateau traditionnel à fond plat

et à deux voiles latines qui, jusqu'au XIXème siècle

constituait l'unique mode de navigation sur le Fleuve Roi.

 

 

Aidée d'un petit remorqueur ou, lorsque les conditions sont favorables,

naviguant tranquillement à la voile,

la dahabieh est le moyen de transport idéal

pour jouir pleinement du spectacle offert par les rives. 

 

 

Tout à bord respire le calme, pas de bruit de moteur.

On ne perçoit que le clapotis du fleuve.

Bercé par le lent et hypnotique défilement de la rive,

on se sent peu à peu gagné par un délicieux engourdissement.

 

 

En des temps moins troublés, 

des centaines de gros bateaux, rutilants et motorisés,

chargés à ras bord de leur cargaison de touristes pressés,

faisaient, en un va-et-vient incessant, la navette entre Louxor et Assouan. 

Leur sillage érodait chaque jour un peu plus des berges

qui, il y a bien longtemps, regardaient passer la barque du Pharaon.

 

 

La baisse de la fréquentation touristique a fait que le flux s'est notablement réduit

et l'habile capitaine peut désormais surveiller d'un oeil expert 

des manoeuvres rendues peut-être moins délicates.

 

 

Lorsque le soleil disparaît derrière l'horizon et que retentit tout près

l'appel à la prière, les lumières s'allument dans la coursive.

Reviennent alors en mémoire les moments forts des escales du jour :

accueil chaleureux des habitants d'un village perdu de Nubie

ou magie de la découverte d'un temple plusieurs fois millénaire.

 

 

La vidéo qui suit se déroule au rythme de la navigation.

Les rives du fleuve y défilent lentement,

entrecoupées d'images, souvenirs éblouis de merveilleuses visions

d'une civilisation raffinée 

qui naquit un jour des eaux originelles.

 

Une vidéo à ne surtout pas regarder si vous êtes pressés par le temps ..

 

 

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Au Fil du Nil
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25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 19:45

 

 

Il n'est pas question ici de l'Egypte des Pharaons

aussi sublime soit-elle.

Il n'est pas question non plus de l'Egypte des grands hôtels internationaux.

Cette Egypte, c'est l'Egypte des ruelles du vieux Caire,

l'Egypte des villages écrasés de soleil de la vallée du Nil

où les murs racontent des histoires.

Une Egypte d'ombres et de lumières.

Une Egypte pudique, oubliée des touristes.

Chaque instant y est précieux.

Chaque scène fugitive y est un moment de grâce. 

Cette Egypte là révèle l'ouverture, la curiosité, la générosité,

la très grande gentillesse d'un peuple attachant.

Ces quelques clichés n'auraient pas été possibles sans la présence

aux côtés de notre petit groupe du photographe Denis Dailleux,

amoureux inconditionnel de ce pays.

Il a su nous faire partager sa passion

et nous en dévoiler un peu la face cachée.

 

Je lui exprime ici toute ma reconnaissance.

 

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Lumières d'Egypte
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26 février 2017 7 26 /02 /février /2017 00:08

 

Elle s'était illustrée en 2015, à la 56ème Biennale de Venise, avec une installation flamboyante 'The Key in the Hand' où deux vieilles coques de bateaux émergeaient d'un épais brouillard constitué de pas moins de 400 kilomètres de fil entrelacé, d'un rouge éclatant, dans lequel étaient suspendues 180,000 clés anciennes aux provenances diverses.

 

 

L'artiste japonaise Chiharu Shiota présente à Paris une nouvelle installation dans un lieu pour le moins insolite, un temple de la Consommation, le vénérable magasin du Bon Marché.

Jusqu'à présent, la femme-araignée avait tissé ses toiles labyrinthiques de fils noirs, autour de lits d'hôpital ('Sleeping is like Death') ou enveloppant un piano et des sièges carbonisés évocateurs d'un concert interrompu ('In Silence').

Elle avait aussi emprisonné de fils noirs ou rouges d'immenses robes de femme ou des vêtements d'enfants, comme s'il n'était jamais vraiment possible de se libérer de ses rêves et du monde de l'enfance ('House of Memory').

Pour la première fois, c'est avec des cordelettes blanches qu'elle a investi le Bon Marché de ses arachnéennes installations.

 

 

Les passants, rue de Rennes, ont ainsi eu la surprise de découvrir qu'en un temps record, les vitrines, habituellement vouées au réveil de nos convoitises, s'étaient muées en grottes sombres et mystérieuses qu'enserrait un inextricable lacis de fils d'un blanc immaculé.

Ca et là, des pages de vieux atlas coloriés, empêtrées dans cet écheveau tentaculaire, semblaient ironiquement rappeler l'inanité d'une quelconque géolocalisation dans ce maelstrom enchevêtré. 

Au rez-de-chaussée, l'artiste a tissé un mystérieux et transparent labyrinthe au travers duquel les multiples spots lumineux du magasin répandent une lumière diffuse.

Il donne l'impression au visiteur d'évoluer dans des circonvolutions artérielles, comme si, réduit soudain à des dimensions infinitésimales, il explorait les recoins les plus intimes de son propre corps.

 

 

Chiharu Shiota est née en 1972 à Osaka et vit à Berlin depuis 1997.

Les dimensions de ses oeuvres éphémères sont telles qu'elles feraient exploser les cubes blancs des galéristes dans les foires d'Art Contemporain.

C'est dans les espaces centraux du magasin, sous la grande verrière, que l'on peut mesurer l'étendue de son talent singulier.

 

 

 

 

Deux structures aériennes, soutenues par une forêt de filins, s'élancent vers le plafond de verre.

Elles semblent, mais ce n'est bien sûr qu'une illusion, d'une légèreté extrême, semblables à un envol de plumes blanches qu'un souffle d'air aurait soudain balayées.

Ce n'est qu'en approchant que l'on découvre le lacis de kilomètres et de kilomètres de fils que l'artiste et son équipe de petites mains ont laborieusement tissés.

 

 

Observée depuis les étages du magasin, voila que cette envolée duveteuse se révèle héberger toute une flottille de fines silhouettes. Des bateaux de tous types, effilés ou ventrus, en tiges de métal ! Il y en a 150 au total, dont les proues pointent vers le haut de la structure, comme aspirées par un irrésistible courant ascendant.

 

 

 

L'oeuvre s'intitule 'Where are we going', une thématique chère à l'artiste du voyage sans destination connue, de l'errance, de la migration.

Elle avait déjà réalisé une installation avec plus d'une centaine de valises en carton ('Searching for a Destination') que des treuils plaçaient en lévitation, évocation du désastre de Fukushima et du drame des migrants.

Ces coques élégantes ne sont pas sans rappeler le 'Bateau de larmes' de Jean-Michel Othoniel, carcasse échouée d'une embarcation d'exilés cubains, dont le gréement de verre coloré symbolise les espoirs et les rêves.

 

 

Point d'échouage cette fois, un invisible aimant semble attirer à lui toutes les barques de cette flottille éthérée.

Leur destination leur est inconnue, tout comme est incertain le voyage de la Vie.

 

 

Partout, des rangées de voiles blanches, impeccablement alignées. 

Ainsi devaient se présenter les vaisseaux de Sa Majesté avant que ne commence un épouvantable combat naval.

En pénétrant plus avant dans l'oeuvre, d'étranges paysages surgissent de cet univers floconneux.

 

 

 

 

La dense forêt de tendeurs et de filins semble noyer la flottille, comme le ferait la pluie dans les estampes d'Hokusaï.

 

 

 

 

L'exposition terminée et l'oeuvre démontée, l'aérienne envolée ne sera plus qu'un amas de fils, de tiges  de filins et d'agrafes.

 

 

Les clients qui empruntent l'escalator du magasin savent qu'à l'instant présent ils se rendent au rayon lingerie ou au rayon vêtements pour enfants, mais ils ignorent la destination finale vers laquelle, inéluctablement, ils se dirigent.

 

 

Les barques fragiles poursuivent quant à elles leur traversée à travers le dense océan des liens tissés tout au long de l'existence ...

 

 

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(L'exposition au Bon Marché de l'oeuvre de Chiharu Shiota 'Where are we going ?' est prolongée jusqu'au 2 Avril 2017.)

 

 

 

 

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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 11:51

 

Il a peint le rideau de scène de l'Opéra Bastille et décoré en bleu Giotto le plafond de la salle des bronzes du Musée du Louvre.

Le Centre Pompidou à Paris lui consacre actuellement une remarquable rétrospective.

Cy Twombly, artiste américain inclassable, disparu en Juillet 2011, occupe désormais une place de tout premier plan dans l'art contemporain.

Moins de monde évidemment qu'à la rétrospective Magritte voisine, car plus difficilement "appréhendable" pour qui n'est pas préparé à une immersion totale et sensuelle dans une oeuvre de sensation et non d'illustration.

Une oeuvre organique, turbulente, solaire, à l'énergie animale, truffée de griffonnages, de crayonnages, de taches, d'éclaboussures, de coulures, de citations souvent indéchiffrables que le peintre, à l'immense culture classique, a noyé sous des couches et des sous-couches d'un blanc laiteux.

 

'Fifty Days at Iliam - Shield of Achilles (part I)' -  1978 - crayon à huile, mine de plomb

 

Cy - cet étrange prénom lui avait été donné par son père, fervent admirateur d'un joueur de base-ball surnommé 'Cyclone' - conversait en latin avec sa soeur à la table paternelle. 

Ses toiles se réfèrent à l'Egypte ancienne, aux mythologies grecques, à la Rome antique.

Il cite Goethe, Homère, Mallarmé, Virgile, aussi bien qu'un mystique persan du 18ème siècle.

Natif du Sud, comme Jasper Johns, très proche ami de Rauschenberg, son oeuvre s'éloignera pourtant radicalement de celles des artistes de sa génération.

Amoureux fou de l'Italie où, à partir de 1957, il résidera en alternance avec les Etats-Unis, il y produira ses oeuvres les plus fulgurantes.

L'exposition, la première d'une telle ampleur, couvre la totalité de l'oeuvre de Cy Twombly, depuis les gris et les noirs des aventures marocaines du début, jusqu'aux explosions colorées des grands formats juste avant sa mort.

 

Sans titre (Lexington) - 1951 - peinture industrielle sur toile

 

'Blooming' - 2001-2008 - acrylique sur panneau de bois

 

La rétrospective est axée sur trois cycles majeurs :

 

.  Nine Discourses on Commodus (1963), reliant la fin tragique de l'empereur romain  Commode à l'assassinat du Président Kennedy.

 Fifty Days at Iliam (1978), immersion dans l'atrocité des guerres antiques.

 Coronation of Sesostris (2000), évoquant la course du char solaire menant tout pharaon  vers l'au-delà.

 

 

'Coronation of Sesostris (part V)' - 2000 - acrylique, crayon à la cire, mine de plomb

 

Elle inclut également des sculptures et des photographies de l'artiste, se clôt avec l'ivresse finale des grandes circonvolutions éclatantes, et bien sûr l'immense toile aux pivoines rouge vif dégoulinantes, évocatrices de haïkus japonais.

 

'Blooming' - 2001-2008 - acrylique et crayon à la cire

 

J'avoue, pour ma part, avoir un faible pour une série de quatre grandes toiles, peintes de 1993 à 1995, rappelant la fuite inexorable du temps et le cycle perpétuel de mort et de résurrection, les Quatre Saisons, 'Quattro Stagioni' réalisées dans la résidence de l'artiste à Bassano in Teverina, au Nord de Rome.

Il existe deux versions de cette série, pratiquement identiques, l'une, celle de la Tate Gallery à Londres est celle présentée à Paris, l'autre est au MoMa à New-York.

 

'Quattro Stagioni' 1993-1995 - acrylique, huile, crayon de couleur, mine graphite

 

'Primavera', le Printemps, couleur sang, évoque la naissance, le commencement, l'éveil érotique. On y retrouve la barque solaire du Dieu Ra dont la course s'affirme en s'élevant dans la toile jusqu'à se fondre dans l'astre éclatant. On y voit également une étrange marque sombre, informe, qui perdurera à travers l'oeuvre jusqu'à prendre une dimension inquiétante dans le dernier tableau.

 

 

'Estate', c'est la lumière crue, aveuglante, de l'été, comme une tache rétinienne, qui noie les perceptions, dissout et coule toutes choses dans le blanc où se dilue, jaune sur blanc, la mémoire de l'amour.

 

 

'Autunno' est en fait le premier tableau de la série peint par l'artiste qui jouissait du spectacle des vendanges à Bassano in Teverina. Les couleurs sont roses, mauves, lie de vin, bronze, couleurs des feuilles pourrissantes, ultime explosion, bouquet final avant la disparition programmée qu'annonce la tache sombre devenue centrale..

 

 

'Inverno', l'hiver, c'est l'aboutissement, la toile sans doute la plus accomplie de cette série mélancolique. Les couleurs sont le jaune, le vert pin, le noir, le gris, le blanc mortel. Les coulures évoquent la neige, les coups de brosse le vent, les craquelures le gel. On ressent le froid, l'absence, le vide, et la tache sombre est là qui semble nous entraîner inexorablement hors du cadre.

 

 

Et partout, et toujours, des mots, des citations, des phrases, des fragments de poèmes.

La plupart du temps on les distingue à peine, comme s'ils étaient prisonniers d'une soudaine glaciation, enfouis au plus profond de l'épaisse couche picturale, messages engloutis dont on pressent vaguement qu'ils finiront par affleurer en des temps éloignés.

 

'Summer Madness' 1990 - acrylique, huile, crayon de couleur, mine de plomb

 

Roland Barthes, dans un texte majeur, préliminaire au premier catalogue raisonné de l'oeuvre de Cy Twombly publié en 1979 à l'initiative de son galeriste Yvon Lambert, avait cité Chateaubriand à propos des écritures de l'artiste :

"On déterre dans des îles de Norvège quelques urnes gravées de caractères indéchiffrables. A qui appartiennent ces cendres ? Les vents n'en savent rien."

A présent, les barques rouges de l'Egypte ancienne ont emporté les secrets d'écriture de celui que l'armée américaine avait affecté un temps au service de cryptographie, mais qui, selon ses propres dires, était un peu trop "vague" pour être un bon déchiffreur.

 

 

Le diaporama qui suit consiste en une succession de gros plans saisis au cours de ma visite de l'exposition.

Une descente en apnée au coeur des oeuvres, qui dévoile un univers torturé, abyssal, évocateur parfois de calligraphie orientale et parfois de profondeurs marines ou d'intimités organiques, chirurgicales.

On y perçoit les coups de pinceau rageurs, la densité du trait, les éclaboussures, les griffonnages, les explosions de couleurs, les coulures (la toile était quelquefois peinte à plat, puis redressée pour laisser les couleurs s'écouler à leur gré).

On y ressent surtout le corps-à-corps violent avec le support d'un artiste qui allait jusqu'à écraser le tube sur la toile ou à étaler la couleur avec la paume de la main.

Une intrusion dans l'oeuvre de celui qui côtoyait l'Olympe, quelque part entre les fresques pompeïennes et les 'graffiti' de Jean Michel Basquiat ou de Keith Haring, et qui restera l'un des plus grands maîtres de notre temps.

 

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Hommage à Cy Twombly
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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 23:18

 

Fermez les yeux un instant.

Vous voila transportés comme par miracle à l'aube du XXème siècle.

Vous êtes à Moscou, la ville des mille et un clochers et des sept gares, comme en parlait Blaise Cendrars.

C'est l'hiver. Il neige. La Moskova est gelée.

Toutes les fenêtres de l'immense palais Troubetskoï sont brillamment éclairées.

Devant le perron du palais, une cohorte de robes longues, fourrures, pelisses et uniformes chamarrés s'échappe joyeusement d'une noria de traîneaux attelés.

C'est Noël, et le richissime Maître des lieux a convié famille et amis à un somptueux repas festif.

A l'intérieur, tout brille, tout scintille, tout resplendit, 

les multiples lustres, les miroirs, l'argenterie, la vaisselle précieuse,

les diamants à la gorge des femmes. 

Mais ce qui frappe d'emblée au premier regard, c'est la présence obsédante d'une multitude de tableaux aux vives couleurs.

Ils recouvrent les murs, serrés les uns contre les autres, à tel point que l'on finit par ressentir qu'ils ne sont que les parties d'une oeuvre unique, une iconostase, comme se plait à les décrire l'hôte de ce palais merveilleux.

Dans la salle de musique, il y a des Monet, des Sisley, des Pissaro, des Degas, des Cézanne, des Derain, et d'autres encore.

Mais la plus grande fierté de ce petit homme timide, à la diction hésitante, c'est la salle à manger, aux murs de laquelle sont accrochés à touche-touche pas moins de seize Gauguin, ceux de la période Tahiti-Marquises, les plus hauts en couleur, aux teintes les plus chaudes.

Un véritable feu d'artifice chromatique, une explosion colorée que complète encore, s'il en était besoin. l'adjonction de deux Van Gogh et de trois Matisse !!

 

Photo Musée d'Etat des Beaux-Arts Pouchkine à Moscou

 

Viendront s'ajouter par la suite à cet incroyable ensemble, une salle Matisse et une salle Picasso, toutes aussi remplies à ras-bord d'oeuvres emblématiques.

A la vue de cet éblouissant ensemble, il serait permis de penser que cet obsessionnel collectionneur, inconditionnel de l'avant-garde picturale française de son époque, qui achetait à prix d'or, en visionnaire ,des oeuvres jugées parfois audacieuses, était béni des dieux.

Il n'en est rien en fait, car le malheur s'est abattu à maintes reprises sur sa famille et la guerre et la révolution bolchevique le déposséderont de ses chers trésors qui deviendront propriété de l'état russe.

Ce collectionneur de génie, c'est  Sergueï Chtchoukine, auquel la Fondation Vuitton à Paris consacre actuellement, et ce jusqu'au 20 février 2017, une extraordinaire exposition :

 

'Icônes de l'Art Moderne'

'La Collection Chtchoukine'

 

Un hommage mérité à un amoureux fou de l'art dont on disait qu'il compensait le gris de sa vie par la couleur éclatante des toiles qu'il possédait, et une incroyable présentation de quelques cent trente chefs-d'oeuvre.

La vidéo ci-dessous regroupe quelques-unes des photographies que j'ai prises à l'occasion de plusieurs visites de l'exposition.

Il n'a pas toujours été facile de les réaliser car saisies parfois par-dessus les têtes des nombreux visiteurs qui se pressent pour contempler et admirer les tableaux.

Il serait par ailleurs présomptueux de prétendre reproduire fidèlement les couleurs chatoyantes de maîtres absolus en la matière que sont Monet, Gauguin ou Matisse.

J'espère toutefois que ce diaporama vous donnera l'envie, si ce n'est déjà fait, de courir visiter cette merveilleuse exposition.

Entre-temps, j'aimerais l'offrir, comme modeste cadeau de Noël, aux visiteurs, fidèles ou occasionnels, de ce blog.

Bonnes fêtes à toutes et à tous !

 

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Les Tableaux d'une Exposition
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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 19:13

 

Il fut un temps où, à la surface des eaux tranquilles,

se reflétait l'image d'un monde serein.

 

 

Sur les façades des maisons de verre,

les nuages se bousculaient 

et dessinaient à l'envie de bourgeonnantes compositions.

 

 

Ils paraissaient parfois se jouer des vagues monstrueuses

que d'orgueilleux immeubles poussaient à l'assaut du ciel.

 

 

C'est alors que, sur ces forteresses transparentes

un étrange soleil commença à décrire une orbe maléfique.

 

 

Les fenêtres-miroirs réfléchirent de mystérieux

et indéchiffrables messages.

 

 

L'univers sembla soudain plongé dans une atmosphère d'aquarium.

 

 

Tout se passa ensuite très vite.

Des vents tourbillonnants s'enroulèrent autour des tours insolentes.

 

 

Il y eut un éclair aveuglant.

 

 

Les eaux, autrefois tranquilles, 

reflétèrent d'indescriptibles incandescences.

 

 

Lorsque, au bout d'un temps qui parut interminable,

le calme enfin revint,

le spectacle était apocalyptique.

 

 

Le monde était devenu froid et glacé.

Les altières façades scintillaient sous la lumière crue.

 

 

Nulle trace de vie.

On eut dit qu'un sortilège avait soudain cristallisé des cathédrales miroitantes. 

 

 

Les arbres, dénudés, paraissaient implorer les tours indifférentes

pour que la vie revienne bientôt dans ce silence glacé.

 

 

On pouvait apercevoir ça et là,

enfermés dans leur prison de verre,

des monstres de temps oubliés que le cataclysme avait éveillés.

 

 

Qu'adviendrait-il si, par malheur, ils venaient à se libérer de leur geôle?

 

 

Tout ceci, bien sûr n'est qu'un mauvais rêve.

Les passants affairés qui longent les tours de verre

ne prêtent guère attention aux messages de leurs façades-miroirs. 

 

 

Loin des tours, les eaux tranquilles

reflètent encore parfois l'image d'un monde serein.

 

 

Mais, serait-ce un signe prémonitoire,

de mystérieux messages nous rappellent toujours 

qu'il pourrait être judicieux de garder un oeil sur le ciel.

 

 

 

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Ce billet reprend, pour une large part, des photos prises, il y a bien longtemps, dans le quartier de La Défense à Paris. Elles avaient fait l'objet d'un article, plus 'statique', publié dans ce blog il y a cinq ans (déjà ! ...).

Le but recherché étant toujours, bien sûr, de 'faire parler les images' !

 

 

 

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5 novembre 2016 6 05 /11 /novembre /2016 23:19

 

 

Il dit : 'Ouvrez le banc !',

et le banc explosa comme le ressort cassé d'une vieille pendule

 

Pablo Reinoso - banc de la série des 'bancs spaghetti' - années 2000

 

Il dit encore : 'Prenez une chaise !'

mais la chaise, qui n'avait nullement l'intention d'être prise,

s'en alla se fixer au plafond.

 

Pablo Reinoso -  'chaise au plafond'  variations sur les chaises Thonet - années 2000

 

Il fallut donc parlementer.

mais la chaise était d'esprit retors

et le maximum auquel elle consentit

fut d'aller se coller contre le mur.

 

Pablo Reinoso - 'chaise sur un mur' - variations sur les chaises Thonet - années 2000

 

Vous conviendrez aisément que soutenir une conversation d'un air détaché

alors que vous êtes en suspension, le dos au mur,

n'est pas donné à tout le monde.

 

Juan Muñoz ' 2 seated on the wall with big chairs' - 2000

 

Furieux, il dit à la chaise d'aller se faire pendre,

ce qu'aussitôt elle fit de bonne grâce.

 

Philippe Ramette - 'Le suicide des objets' - 2001

 

Mais à peine eut-il tourné les talons

qu'elle trouva plaisant d'imiter les fakirs indiens 

et d'entrer en lévitation avec sa corde.

 

Philippe Ramette - 'Lévitation de chaise' - 2005

Philippe Ramette - 'Lévitation de chaise' - 2005

 

L'instant d'après, elle invoquait la mémoire de l'arbre 

dont elle était issue.

 

Kado Bunpei - 'Tree of chair' - 2010

 

Les chaises sont les choses les plus incontrôlables qui soient.

Vous pensez bien connaître ces innocents objets du quotidien.

Erreur profonde !

Voyez ces chaises d'église à l'apparence si pieuse et si retenue.

 

chaises de l'église St Jean l'Evangéliste à Paris

 

Survenez à l'improviste et vous risquez fort de découvrir un incroyable spectacle..

 

Tadashi Kawamata - 'La Cathédrale de chaises' - caves Pommery à Reims - 2007

 

Les chaises construisent en secret à travers le monde

d'éphémères monuments à géométrie variable.

 

Tadashi Kawamata - 'Chairs for Abu Dhab'i - Dubai - 2012

 

Elles cachent bien leur jeu, les chaises,

Certaines sont même devenues expertes en guérilla urbaine.

Des chaises en état de siège ...

 

Doris Salcado - Installation à la 8ème Biennale d'Istanbul - 2003

 

Si le besoin s'en fait sentir, elles sont parfaitement capables

de bloquer toute issue de la plus hermétique façon.

 

Tadashi Kawamata -  'Les Chaises de Traverse' - Hôtel St Livier de Metz - 1998

 

Imaginez-vous détenu dans une prison que condamnent autant de barreaux !

Vous vivez un cauchemar et avez des hallucinations.

Des chaises arachnéennes envahissent vos rêves.

 

Giuseppe Gallo - 'Tableau drapeau' - 2007

 

Enfermez vite ces chaises impossibles et mettez les sous bonne garde.

 

Chaises dans un bistrot de la rue Montorgueil à Paris

 

Allons, trêve d'élucubrations.

Les chaises, à l'image de celle, célébrissime, peinte par Van Gogh

ne sont que les humbles servantes de nos lassitudes

et ne se rebellent que dans l'imagination des artistes..

 

Vincent Van Gogh - 'La Chaise - hst - 1888

 

Jetez cependant un oeil sur cette vidéo de Pablo Reinoso - encore lui -

et vos certitudes quant à l'innocuité de ces accessoires muets de notre quotidien

pourraient peut-être s'en trouver ébranlées.

 

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21 octobre 2016 5 21 /10 /octobre /2016 10:42

 

Elles ont surgi de la nuit, sans un mot,

et les oiseaux se sont tus sur leur passage.

 

 

 

Elles sont sorties de la grande forêt.

Leurs visages étaient peints du rouge de la vie et du blanc de l'autre monde.

 

 

 

Magiciennes ou sorcières, esprits féminins de la jungle ou jeteuses de sorts ?

Elles connaissent les sortilèges et les maléfices de la grande forêt,

les racines qui guérissent et les baies qui ensorcelent.

 

 

 

Dans ce pays étrange, des écharpes de brume s'accrochent perpétuellement à la cime des arbres, comme si les âmes des ancêtres ne se décidaient toujours pas à abandonner le lieu où ils vécurent.

 

 

Des fleuves majestueux se lovent comme des serpents, baignant des rives mystérieuses et bruissantes de vie.

 

 

A n'en pas douter, les femmes-feuilles sont les gardiennes de ce monde inviolé que notre civilisation industrielle risque de voir bientôt disparaître 

 

 

 

Plusieurs d'entre elles ont l'âge des souvenirs et des secrets enfouis du passé mais elles ont à cœur de transmettre à leurs filles un savoir et des traditions qui, autrement,  disparaîtraient inexorablement avec elles.

 

 

Ces femmes, je les ai photographiées en Papouasie-Nouvelle Guinée, à l'occasion du Festival de Goroka 2016.

Elles sont originaires de la région de Mul Baiyer, Waur Waur, dans la province des Western Highlands, et avaient constitué un groupe, ironiquement dénommé 'Black Mama'.

 

 

Il est tout-à-fait remarquable, et encourageant, dans un pays où la violence faite aux femmes est un mal endémique et où, il y a peu encore, il n'était pas inhabituel d'apprendre par les journaux que, dans un village isolé, on avait torturé et brûlé une prétendue sorcière, que des groupes exclusivement féminins commencent à participer à de grands festivals culturels.

Les Western Highlands, comparées à d'autres provinces du pays, sont réputées plus favorables à des sociétés de type matriarcal.

Le Goroka Show, le plus ancien de Papouasie-Nouvelle Guinée, est également considéré plus sécurisant que son grand rival de Mount Hagen où l'insécurité est récurrente  Les groupes venus de la côte et les rares groupes féminins préfèrent donc se produire à Goroka plutôt que côtoyer les farouches ethnies des montagnes centrales.

Il est donc permis d’espérer que ce pays, trop longtemps décrit comme le pire qui soit quand on est une femme, évolue lentement vers une situation apaisée, grâce notamment au courage de groupes tels que les 'Black Mama' qui perpétuent des traditions féminines millénaires.

 

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