Il était une fois,
un joli petit village de pêcheurs
blotti au bord de la Méditerranée.
Ses maisons étaient toutes peintes
de couleurs vives.
On eut dit qu'un peintre inspiré
avait voulu essuyer ses pinceaux
sur les murs
avant d'entreprendre son oeuvre.
Lorsqu'elles n'étaient pas en mer,
les barques se balançaient doucement
dans le port.
Si le temps était clément,
l'eau reflétait l'image
des façades qui s'y miraient.
Certaines embarcations toutefois
avaient jugé plus commode
de se chauffer au soleil
au pied d'un vieux mur.
Quant aux filets de pêche,
la lutte était sans merci
pour l'obtention du prix
du plus beau décor marin.
Les pêcheurs, eux,
poursuivaient sans relâche
leur dur labeur quotidien.
La mer en fait était omniprésente.
Il était difficile, voire impossible
de résister à l'envie
de hisser les voiles et larguer les amarres.
Les balcons eux-mêmes,
se prenaient à rêver
qu'ils dansaient
au milieu des vagues.
D'un naturel curieux,
les habitants du village
prenaient grand plaisir
à s'observer les uns les autres.
A midi, le temps s'arrêtait,
comme suspendu.
Les ombres s'allongeaient
dans les étroites ruelles.
Le village semblait alors
vide de toute vie.
Les draps tendus entre deux maisons
paraissaient mener une existence
indépendante et fantomatique.
Ils pouvaient aussi ajouter au décor
des notes de couleurs
fort prisées des touristes.
A moins qu'ils de décident de danser ensemble
au ras des flots
une folle sarabande de revenants immaculés.
A vrai dire, et celà depuis des temps immémoriaux,
l'autorité réelle dans le village était détenue
par les chats, qui y régnaient en maîtres
d'une manière absolue et un tantinet despotique.
Ils étaient aussi d'un naturel curieux
et avaient sans nul doute transmis aux villageois
ce goût immodéré pour l'observation
de leurs semblables.
Ces chats-là avaient indéniablement
le pied marin.
Il n'était pas un filet, pas une bouée, pas une ancre,
sans qu'ils s'en attribuent d'office
la garde rapprochée.
Les plus rusés d'entre eux avaient aménagé
les barques en confortables couchettes.
C'était sans nul doute pour s'attirer leurs bonnes grâces
que les habitants du village
ornaient leurs balcons
d'effigies à l'image de la gent féline.
Le soir venu,
les ombres s'allongeaient encore davantage.
Le soleil, de ses derniers rayons,
enluminait les façades.
Les réverbères avaient un peu le chapeau de guingois
après une journée de plein soleil.
La vierge des marins bénissait encore une fois les pêcheurs et les chats,
tandis qu'à l'horizon les navires se hâtaient vers d'exotiques rivages.
L'heure de l'apothéose finale
était proche.
Elle survenait enfin
et incendiait la mer
de couleurs extrêmes.
La nuit,
chargée de mystère,
enveloppait alors le village...
Ecrire un commentaire - Voir les 19 commentaires


