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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 14:40

 

Une très belle exposition rétrospective consacrée à l'artiste chinois Zeng Fanzhi s'achève dans les prochains jours au Musée d'Art Moderne du Palais de Tokyo à Paris.

 

Zeng Fanzhi - 'Portrait' - 2004 (détail)

 

Zeng Fanzhi est surtout connu pour ses représentations de personnages masqués dont les yeux grands ouverts révèlent des pupilles cruciformes. 

 

Zeng Fanzhi - 'Pure Land' - 2013

 

Dans ses dernières ouvres, souvent de taille gigantesque et réalisées en un temps très court, il représente de singuliers paysages.

 

Zeng Fanzhi - 'Untitled' - 2012

 

Si certains tableaux paraissent être les héritiers de la grande tradition picturale chinoise, il y a un détail que l'on remarque tout de suite et qui caractérise toutes les réalisations récentes de l'artiste, à savoir une prolifération tentaculaire d'excroissances végétales tourmentées qui ne sont pas sans évoquer l'univers si particulier des mangroves.

 

 

Mangrove aux Galapagos

 

J'avais, il y a déjà pas mal de temps, commis un article sur ce monde fascinant créé par l'enchevêtrement des racines de palétuviers, monde qui n'appartient plus à la mer et qui n'est pas encore la terre, et l'idée m'est venue de mettre en parallèle mes souvenirs de lointains voyages et ces entrelacements reptiliens qui hantent les oeuvres du peintre.

 

Zeng Fanzhi - 'Pure Land' - 2013 (détail)

 

L'impression qui domine est celle d'une lutte impitoyable, comme si chaque brindille, chaque rameau, chaque branche, cherchait à puiser dans le sol l'énergie nécessaire à sa survie.

 

Mangrove en République Dominicaine

 

Un monde impénétrable où les racines, semblables à des araignées géantes, s'entremêlent dans des affrontements titanesques.

 

Zeng Fanzhi - 'Pure Land' - 2013 (détail)

 

Et voilà que, visiteur de cette exposition, je me retrouve plongé dans cette exubérance végétale qui parait vouloir absorber le paysage, annihilant toute perspective. 

 

Mangrove aux Galapagos

 

Je revois cet inextricable fouillis de branches et de racines au travers duquel on pressent, plutôt qu'on ne la découvre, la présence d'une eau immobile.

 

Zeng Fanzhi - 'Pure Land' - 2013 (détail)

 

La mangrove est source de vie et pourtant rien ne bouge en apparence. Tout de qui rampe, nage, glisse, vole, se déroule  s'étire ou se déploie attend la nuit pour se mouvoir.

 

Mangrove en République Dominicaine

 

La couleur pourtant n'est pas absente de ces convulsions échevelées. 

 

Zeng Fanzhi - 'Pure Land' - 2013 (détail)

 

La décomposition des feuillages donne à l'eau, lorsqu'on peut l'apercevoir, des teintes sanguinaires.

 

Mangrove aux Galapagos

 

De délicats feuillages d'un vert tendre égaient parfois les sombres ondulations des branchages.

 

Zeng Fanzhi - 'Pure Land' - 2013 (détail)

 

La mangrove aussi offre ces courts instants de répit.

 

 

Mangrove aux Galapagos

 

De ces paysages, baignés d'une lumière irréelle, l'Homme est absent.

 

Zeng Fanzhi - 'Untitled 08-4-9'  2008

 

Dans cette énorme confrontation l'Humain n'a pas sa place.

 

Dans la jungle laotienne

 

Ces lianes, ces racines, ces branches qui se contorsionnent ont envahi les toiles géantes comme si elles entendaient en étouffer toute vie.

 

Zeng Fanzhi - 'Hare' - 2012

 

Dans son interprétation monumentale du lièvre de Dürer, l'artiste a cependant donné sa place - et quelle place - à la vie animale.

 

Zeng Fanzhi - 'Hare' - 2012 (détail)

 

Mais le spectateur n'est pas dupe, il sait très bien que s'il repasse un peu plus tard devant l'oeuvre, la prolifération tentaculaire des branchages aura dissimulé aux regards le gros et placide animal. 

 

Mangrove aux Galapagos

 

C'est qu'en fait l'irrémédiable prolifération végétale symbolise la disparition programmée d'espèces en voie d'extinction. 

 

Zeng Fanzhi - 'Tai Ping You Xiang' - 2007

 

L'éléphant blanc lui-même semble impuissant face à l'inéxorable envahissement.

 

Zeng Fanzhi - 'Night' - 2005

 

Dans des oeuvres précédentes, Zeng Fanzhi avait mis en scène des personnages, mais la menace était perceptible et les herbes échevelées sur le bord du chemin avaient déjà un aspect inquiétant.

 

Zeng Fanzhi - 'Swimming' - 2006

 

Que dire alors de ces méchantes herbes noires qui paraissent lancer d'ondulants filaments en direction de ce nageur pâle. On a l'impression là encore qu'un rideau sombre est lentement tiré en travers de la toile dont il va bientôt recouvrir la surface.

Faudrait-il conclure pour autant que, dans ses gigantesques peintures actuelles, le peintre, et a fortiori le spectateur, est condamné à disparaître, étouffé par les lianes vibrionnantes ?

 

Zeng Fanzhi - 'Untitled' - 2013

 

Dans son dernier grand polyptyque réalisé pour l'exposition, une lumiére d'un jaune vif apparait, vers laquelle tout semble converger. Peut-être une lueur d'espoir dans le sombre enchevêtrement qui agite l'immense tableau ?

 

Zeng Fanzhi - 'Self Portrait 09-8-1' - 2009

 

Dans l'auto-portrait qu'il réalisa en 2009, l'artiste se représentait en moine bouddhiste sur fond de paysage d'une grande netteté.

De même que les mangroves débouchent sur la mer ouverte, gageons que cette confrontation avec des paysages mentaux dévorés par une végétation inquiétante, ouvrira la voie à d'autres recherches, témoignant de la volonté de l'artiste à explorer sans cesse de nouveaux horizons picturaux.

 

oooOOOooo

 

 

 

 

Les Mangroves de Zeng Fanzhi

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commentaires

midolu 14/02/2014 23:06

Je ne peux pas m'empêcher de faire un rapprochement (au moins dans leur aspect) avec les arbres remarquables du domaine de Verzy, découverts sur ce blog (il y a plusieurs photographies dont certaines des panneaux explicatifs portant l'histoire des Faux) :
http://donquichotte2.over-blog.com/
À bientôt.

Jean-François 15/02/2014 14:33

Je reconnais bien là l'infatigable exploratrice des ressources de la blogosphère et je comprend maintenant quelles ont pu être les références de Zeng Fanzhi car ce type particulier de hêtres existe sans aucun doute en Chine. On retrouve d'ailleurs très souvent ces branches tortueuses dans les peintures traditionnelles chinoises. A propos d'arbres remarquables, je n'ai pas manqué de rendre visite quand je suis passé à Calcutta au plus grand banyan du monde. Il a 250 ans, couvre une surface totale de 1,6 hectares et ses 3618 rejetons ont pris à nouveau racine de telle sorte que, vu du ciel, ce vénérable végétal a une circonférence de 450m. La nature ne cesse pas de nous surprendre.Merci Midolu pour cet instructif rapprochement. Je te souhaite un heureux week-end.

midolu 13/02/2014 23:06

Il s'agissait bien du lièvre de Zeng Fanzhi. Merci pour la localisation de celui de Dürer. Je n'ai pas eu l'occasion de le voir " en vrai ".
Les oeuvres de Zeng sont très diverses, entre les portraits et autoportraits, les " scènes " (comme la Cène), les enchevêtrements, ...
J'ai retrouvé le site dont je parlais, c'est chez Michel Bonnefoy dont je mets le lien :
http://www.bonnefoy-michel.com/article-exposition-zeng-fanzhi-122492804.html
(au passage, dans l'article il y a un lien vers " La Cène dans l'art contemporain ")
Pensées amicales Jean-François.

midolu 13/02/2014 17:51

Je viens de découvrir son lièvre, mais je ne sais déjà plus où ... Je vais retrouver, peut-être à l'aide de l'historique des sites visités ...
Le monde végétal très présent me semble plus vivant, plus mouvant que les personnages quand il y en a. L'enchevêtrement enferme, envahit, mais aussi on pourrait le voir comme une protection.
Merci et à bientôt, Jean-François.

Jean-François 13/02/2014 22:29

Je suppose que tu veux parler du lièvre d'Albrecht Dürer, celui qui a inspiré Zeng Fanzhi. Il s'agit d'un petit dessin qui est conservé à l'Albertina de Vienne.Il est vrai que le monde végétal et ici plus vivant que les personnages de ses œuvres antérieures. Il n'y a d'ailleurs ni animaux ni humains dans les gigantesques toiles récentes.C'est plus, je crois, un enfermement qu'une protection mais l'artiste a déjà démontré qu'il pouvait aborder des sujets très divers.En fait, ce qui m'avait surtout frappé c'est la ressemblance entre ces enchevêtrements végétaux et les mangroves, que l'artiste n'a jamais probablement eu l'occasion de voir de ses propres yeux. Bonne soirée Midolu. A bientôt.

Thaddée 12/02/2014 18:56

Que c'est beau cet enchevêtrement végétal. On pourrait imaginer que c'est à l'origine de la Création, bien avant toute vie animale ; ou bien c'est peut-être le futur, rattrapé par les racines, les branches et les lianes invasives. Une vision des plantes complexe et symbolique :) merci Jean-François.

Jean-François 12/02/2014 23:48

Oui, c'est aussi ce que je ressens. Je connaissais très peu cet artiste avant de visiter l'exposition, mais j'ai été conquis par ses dernières toiles et cet envahissement végétal. J'ai été particulièrement impressionné par le tableau intitulé 'Nuit'. Il y aurait tant à dire à son propos...Merci Thaddée. Bonne soirée.

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