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6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 10:24

 

Erosion, érosion, que de folies commises en ton nom !

L'Ouest des Etats-Unis, c'est un fait reconnu, est prodigue en délires géologiques de tous ordres, mais là où cela frise la démence c'est bien dans Bryce Canyon, au Sud-Ouest de l'Utah.

Ce n'est pas à proprement parler un Canyon, mais plutôt une succession d'amphithéâtres s'étirant sur plus de 20 kilomètres, dans lesquels s'aligne un gigantesque jeu de quilles qui semble avoir été mis en place pour le divertissement de géants mythologiques.

 

 

Encore une fois, c'est la mer, dont nous sommes tous issus, qui est à l'origine de cette parade minérale. 

La mer, c'est connu, monte et descend, puis remonte et redescend, indéfiniment, Elle a fait cela au cours des ères géologiques alors qu'elle recouvrait puis abandonnait  la région, déposant à chaque fois une nouvelle couche de sédiments.

 

 

Après que la mer, il y a environ 40 à 60 millions d'années, eut fait place à des lacs intérieurs recouvrant ce qui était toujours un plateau, se déroula un phénomène que les éminents spécialistes ont qualifié de 'formation géologique de Clarion' consistant en dépôts successifs de roches sédimentaires, sables argiles et calcaires friables.

 

 

Quand le plateau se retrouva asséché, les deux compères que sont la pluie et le vent, qui n'attendaient que cela, se ruèrent  sur les parties les plus tendres de cet appétissant mille-feuilles et le grignotèrent à belles dents, patiemment, aidés en cela par l'alternance de froids et de chaleurs extrêmes qui faisait éclater des pans entiers de roche.

 

 

Etant donné que la partie supérieure du mille-feuilles est constituée par une roche plus dure, qui de ce fait sert de parapluie aux couches inférieures, l'érosion a sculpté ces étranges colonnes que, dans nos régions, on désigne sous le vocable de 'cheminées de fées' et auxquelles les américains ont donné le drôle de nom de 'hoodoos'.

 

 

Pas évident de saisir la subtilité du mot 'hoodoo'. Le verbe to hood signifie encapuchonner, ce qui pourrait le relier à l'aspect décidément phallique de certaines 'cheminées'. Mais 'hoodoo' ou 'oodoo' signifie aussi 'vaudou' et là, on entre dans une toute autre dimension, celle de l'aspect magique du site. 

 

 

Les indiens Paiute, qui habitaient la région avant l'arrivée des colons blancs, considéraient que ces rochers bizarres étaient les restes pétrifiés d'anciens êtres, punis pour avoir mal agi.

Nul doute que les fautifs devaient être bien nombreux, vu l'étendue du site. Quant à la blanche 'reine Victoria', il est tout de même improbable qu'elle ait été changée en pierre pour fautes commises au cours de son interminable règne !

 

 

Le charpentier Ebenezer Bryce qui, en 1875, s'établit dans la région et devait par la suite donner son nom au site, se souciait, lui, fort peu du prétendu mauvais sort qui entourait ces étranges formations. Avec le bon sens terre-à-terre des paysans, il aurait déclaré :

" Foutu endroit pour perdre une vache"

 

 

Dans la lumière du matin, les hoodoos, puisqu'il faut les appeler ainsi, revêtent, pour la plupart d'entre eux, une forte coloration rougeâtre due à la présence d'hématite, alors que d'autres adoptent des teintes allant du jaune soutenu au blanc diaphane en fonction de leur composition chimique..

 

 

L'envie devient alors pressante, puisqu'un arbre semble indiquer le chemin, d'aller voir en bas quelle magie se dissimule dans les méandres d'un tel labyrinthe.

 

 

La descente est longue, avec, chemin faisant , l'arrière-pensée qu'il faudra ensuite remonter dans la chaleur de midi, le souffle court, car on est quand même à 2000/2500 mètres d'altitude.

 

 

 

En bas, le spectacle est saisissant lorsqu'on se faufile entre les gigantesques hoodoos dont certains peuvent atteindre 35 mètres.

 

 

En approchant de la partie basse de l'amphithéâtre, la végétation, d'abord incapable de rivaliser avec les géants de pierre, finit par se mélanger à ceux-ci pour créer un paysage chaotique où le vert des feuillages vient atténuer quelque peu le grand chambardement minéral.

 

 

 

On pourrait croire ce paysage figé à jamais. Il n'en est rien. A une échelle sans commune mesure avec nos pauvres petites existences, l'érosion continue inlassablement son travail de sape. Les arches que l'on aperçoit dans la muraille ceinturant le site finiront par s'écrouler, libérant de nouveaux hoodoos, qui viendront s'ajouter à l'immobile parade de leurs congénères, tandis que de vieux hoodoos, autrefois majestueux, connaitront la déchéance et finiront simples monticules.

 

 

Ainsi va la vie géologique ! Mais la magie est bien réelle. Les êtres pétrifiés suivent de leur regard de pierre ces drôles de randonneurs assoiffés qui parcourent le fascinant décor, cet incroyable dédale que l'on croirait sorti tout droit d'une BD fantastique.

 

 

Et le fantastique est bien là. Tapi au plus profond du Canyon, un dragon veille. Il n'est pas franchement intimidant ce dragon, qui bat des ailes comme un chapon et dont les flammèches qu'il crachouille auraient bien du mal à déclancher un feu de brousailles, même par temps de grande sécheresse.

 

 

Qui peut pourtant prétendre qu'une fois l'obscurité venue, le petit dragon ne se transformera pas en un fabuleux animal ailé et qu'il ne s'en ira pas rejoindre les âmes errantes pétrifiées dont la plainte est parfois entendue au cours des nuits sans lune ?

 

 

Les hoodoos de Bryce Canyon font partie de l'imaginaire américain. Reconstitués en béton armé et peints de couleurs vives, ils constituent le décor de la plus célèbre des attractions des parcs Disneyland à travers le monde, la 'Big Thunder Mountain', des montagnes russes parcourues à une allure démente par un train fou qui emmène ses passagers épris de sensations fortes à travers une mine hantée, peuplée de bébêtes inquiétantes.

Magie toujours ...

 

oooOOOooo

 

Les photos illustrant cet article sont de l'auteur, à l'exception de la dernière, qui est un cliché de Jeff Bergman. pris sur le site du parc Disneyland d'Orlando (Fl) et que l'on peut retrouver à l'adresse suivante:

www.dadsguidetowdw.com/big-thunder-mountain-railroad.html

 

Le Dragon de Bryce Canyon

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Published by Jean-François - dans Photographie - Voyages
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commentaires

JACQUELINE 06/07/2014 13:46

la magie de la nature a encore frappé!!!!! J'imagine le bonheur éprouvé à se trouver dans un tel endroit et au souffle qu'il faut pour s'y faufiler! Comment rendre en photo tes émotions???? Tu as su le faire!
Bravo!!

Jean-François 07/07/2014 13:57

Éternel dilemme du voyageur qui passe brièvement et du site qui demeurera pour l'éternité. On aimerait le découvrir à l'aube, au crépuscule, sous la neige ou l'orage etc.. D'autre part, au moment de la visite, on peut très bien être fatigué d'avoir trop marché, avoir très soif ou très faim ou encore être assommé par un soleil de plomb.. Les photos présentent l'avantage de suspendre le temps et de dissocier le sujet concerné du photographe suant et soufflant qui l'a fixé dans l'objectif. Comme les voyages lointains en fait, ils sont souvent éreintants, mais ils sont une drogue, on repart toujours..Belle journée romaine.

Thaddée 06/07/2014 13:07

Splendeur !!! Et c'est incroyablement bien écrit, décrit, expliqué. Ainsi comme à Sodome les coupables auraient été statufiés ! Un mythe qui épouse à merveille ce décor légendaire, hallucinant de pierres debout ! Que c'est beau ! J'ai du mal à imaginer quelle sensation on éprouve en s'enfilant dans les dédales étroits de cette forêt minérale, à mon avis ce doit être une expérience forte en émotions ! Toi qui aimes les statues, Jean-François, ce sont un peu des statues que tu as photographiées là, des statues naturelles, sans visage, mais à la forte personnalité ! C'est tout simplement merveilleux. Un grand merci pour ces images hors du temps. Ce roc qui travaille au fil des siècles est vivant ! Un beau dimanche à toi, peut-être dans des contrées moins fantastiques ;-) ?

Jean-François 07/07/2014 12:02

Un lieu incroyable en effet, dont les indiens, beaucoup plus proches que nous de la nature, ressentaient l'influence magique. Il faudrait le voir en toutes saisons pour en découvrir les multiples facettes, ce qui n'est hélas guère possible pour le voyageur pressé...Alors il reste les photos ... Bonne journée Thaddée

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