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30 mai 2015 6 30 /05 /mai /2015 09:52

 

Au départ de Camogli, pour rejoindre San Rocco, point de départ de nombreux sentiers pédestres qui parcourent le Mont de Portofino, on peut bien sûr faire en voiture le détour qui consiste à monter jusqu'à la via Aurelia et de là rejoindre un parking à quelques mètres du petit bourg.

Pour se mettre en jambes cependant, rien de tel que de se lancer à l'assaut des marches qui, passé le luxueux hôtel Cenobio dei Dogi, mènent directement, quelques 200m plus haut, jusqu'à la petite place de San Rocco d'où l'on domine toute la baie.

 

 

Il faut dire qu'en Ligurie, à peine s'écarte-t-on de quelques mètres du rivage, il faut grimper. Ici, les petites vieilles, au visage buriné par le temps, ont des mollets de coureur cycliste. Des escaliers interminables débouchent toujours sur des escaliers qui n'en finissent jamais.

Je pense qu'en fait tous ces escaliers, si on les mettait bout à bout, conduiraient directement au paradis.

Celui-ci, en tous cas, n'a rien de bien spectaculaire et n'offre pas de points de vue sublimes sur le golfe. Il chemine entre des vergers ceints de petits murets où alternent oliviers et arbres fruitiers, avec, par endroits, de gros blocs de rochers pointant leur nez hors du sol.

 

 

Parvenus, quelque peu essoufflés, sur le belvédère de San Rocco, on découvre que, tout en bas, Camogli s'est bien miniaturisée. On peut apercevoir derrière l'église, un antique fortin, le Castello della Dragonara (encore une histoire de dragons !). Il abritait, jusqu'à la fin des années 90 un bel aquarium, l'Acquario Tirrenico, qui présentait des spécimens remarquables de la faune marine méditerranéenne.

On raconte qu'un beau jour - ou plutôt une nuit - des voleurs s'introduisirent dans l'aquarium et dérobèrent dans les bacs les représentants les plus gustatifs de cette faune. C'est ainsi que mérous, bars et crustacés emplirent les besaces des malfrats, qui ne laissèrent sur place que les méduses et une murène jugée sans doute trop vindicative.

Bien entendu, les brochures touristiques ne mentionnent pas ce méfait, se contentant de préciser que les hôtes de l'Acquario ont été transférés dans le nouvel Aquarium géant qui fait à présent la gloire de Gênes.

 

 

Le souffle revenu, à peine dépassée l'église de San Rocco, on risque fort de le reperdre à nouveau tant le spectacle qui s'offre à la vue est impressionnant.

Un balcon en apesanteur paraît défier les lois de l'équilibre, suspendu de façon vertigineuse au-dessus du bleu, avec en arrière-plan les contreforts des Appenins et un ciel qui essaie vainement de rivaliser avec la mer.

 

 

 

Chaque détour du sentier est désormais l'occasion de visions grandioses. Depuis ce versant du Mont, lorsque le temps est suffisamment clair, le regard porte jusqu'à Imperia, tout près de la frontiére française. En fond de décor, souvent tard dans la saison, les sommets alpins arborent des chapeaux de neige résiduelle étincelante.

 

 

Des micro localités, peuplées seulement de quelques dizaines d'âmes jalonnent les différents parcours. Leurs habitants s'accrochent comme ils peuvent à ce sol pentu, héritiers d'une tradition millénaire et têtue de cultures en terrasse sous le feuillage argenté des oliviers.

 

 

Quand vient le temps de la récolte des olives, le sentier chemine alors sous de légers filets transparents semblables à des voiles que gonfle le vent.

 

 

Les habitations même modestes  arborent, comme il se doit, des décors en trompe-l'oeil et possèdent bien souvent des terrasses où l'on resterait volontiers des journées entières à suivre le dialogue éternel et sans cesse renouvelé du ciel et de la mer.

 

 

A un certain point du sentier, il est possible, en empruntant une vertigineuse volée de marches,  de descendre jusqu'à Punta Chiappa, la pointe extrême du promontoire, que l'on aperçoit par intermittance à l'occasion d'échappées dans l'abondante végétation.

 

 

Cette variante permet de découvrir tout en bas, avant de parvenir à la pointe, un incroyable refuge de pêcheurs au pied d'une impressionnante et menaçante falaise, Porto Pidocchio. Une acrobatique passerelle en bois le traverse, permettant de rejoindre le bout du promontoire en passant par l'embarcadère où accoste la navette reliant Camogli à Santa Margharita. 

 

 

Le manque de place est l'une des caractéristiques de la Ligurie. On joue donc les funambules.et, sur de savants assemblages de bois, s'accrochent dans un invraisemblable enchevêtrement, filets, rames, réas, bouées, flotteurs, fanions, casiers etc.. etc..

 

 

 

 

Les barques, qui sortiront le soir, et donneront de loin, dans la nuit noire avec leurs lamparos allumés, l'illusion d'être un essaim dansant de lucioles, sont remisées tant bien que mal sur un petit bout de grève au pied même de l'énorme falaise  On tremble à l'idée d'un bloc rocheux se détachant inopinément et pulvérisant d'un coup cette arachnéenne structure.

 

 

La mer est, à cet endroit, d'une extraordinaire transparence et révèle des fonds tourmentés qui n'ont rien à envier aux bouleversements spectaculaires de la partie émergée.

 

 

Le Mont est le siège d'une sourde rivalité opposant les chataigners, qui règnent en maîtres sur les versants nord et est, plus frais, et les pins, suzerains incontestés des versants ouest et sud, de type nettement méditerranéen.

On peut ainsi monter, par une belle matinée d'automne transie d'humidité, au beau milieu d'une sombre forêt noyée de brume mêlant racines, lianes et troncs tordus alors qu'une odeur tenace de champignons et de feuilles en décomposition sature l'atmosphère..

 

 

Plus haut, à un détour du sentier, quand les marches cèdent enfin la place à un petit chemin de terre et que le soleil perce soudain l'écharpe nuageuse, voilà qu'on se retrouve au beau milieu d'une odorante garrigue où arbousiers, genêts et lentisques se pressent dans une broussailleuse et inaccessible bousculade. Les parasols des pins couronnent le tout avec l'altière condescendance qui les caractérise.

 

 

Plus loin encore, parvenus à la limite extrême et vertigineuse où seuls des rochers instables et nus contemplent l'immensité de la mer, il ne reste plus que les pins d'Alep, contorsionnistes fous, à s'accrocher à ces cailloux stériles, sans que l'on puisse vraiment savoir ce qui peut bien maintenir en vie ces acrobates que le vent façonne au gré de ses bourrasques.

 

 

Il faut alors s'arrêter et profiter du spectacle grandiose de la mer infinie qui scintille sous le soleil. Il parait que, par temps exceptionnellement clair, lorsqu'après plusieurs jours d'une méchante tramontane le ciel, délavé, semble soudain d'une extraordinaire pureté, on peut distinguer au loin sur la gauche, les côtes de la Corse.

Le regard court jusqu'à un horizon qui semble infiniment lointain et inaccessible, suit les plages d'ombre que les nuages projetent sur la mer-miroir et les palmes que le vent y fait naître furtivement pour les faire disparaître aussitôt...

 

 

Des bateaux passent, dont le sillage vient compliquer la mystérieuse cartographie que dessinent les courants de surface. Sur la droite, en direction du port de Gênes, des navires sont à l'ancre en attente d'un poste à quai, tournant lentement sur leur erre, tous ensemble, sous l'action des risées.

 

 

Les grillons stridulent, l'air exhale les mille senteurs de la garrigue, des lézards vifs filent brusquement dans les broussailles, un écureuil noir apparaît un court instant accroché à un tronc, puis disparaît, un rouge-gorge à l'oeil rond se pose tout près, sachant par expérience qu'un humain assis peut signifier une alternative heureuse à un régime insectivore.

L'agitation mondaine de Portofino semble à ce moment se situer à des années-lumière..

Il ne reste plus qu'à découvrir le joyau dont le Mont est le gardien jaloux, une perle enchâssée au fond d'une toute petite crique, à mi-distance entre Camogli et Portofino, et qui a pour nom San Fruttuoso.

 

oooOOOooo

 

à suivre

Je reviendrai à Portofino (2)

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commentaires

Jean-François 03/06/2015 22:58

Merci eva pour la visite. Les gênois peuvent paraître un peu rudes quand on les connait mal, mais ils ont un amour immodéré pour leur région et pour le 'Mont' en particulier (j'espère arriver à le démontrer dans un prochain épisode). Ces curieuses appellations sont à prendre en fait comme des marques d'ironie affectueuse, dissimulant une réserve et une pudeur profonde qui les différencie de leurs compatriotes, disons, plus méridionaux..
Bonne soirée, mais attention à ne pas lire la Vénus d'Ille avant d'aller dormir !!

eva 03/06/2015 22:06

C'est une région d'Italie que je ne connais pas encore... Mais toute l'Italie est belle, et il n'y a pas de jours où je ne rêve pas d'Elle... si belle, si lumineuse. Tu as su la photographier et la décrire avec de superbes images et des mots convaincants (fesse et pou sont cependant de curieux raccourcis pour de si beaux paysages !)... Bien entendu, je suivrai assidûment le reste du récit de ce formidable voyage !

JACQUELINE 30/05/2015 19:26

Tu nous offres là non seulement une série de photos à couper lesouffle mais un récit de vrai randonneur!
Chapeau ! J'ai souri en lisant la punta chiappa.....tu connais l'italien n'est cepas?? L'Italie n'est que mer et montagne. On l'oublie trop souvent...la montagne!
Bises Jean François

Jean-François 30/05/2015 23:19

Merci Jacqueline pour la visite. En Ligurie, on aime bien un langage un peu direct, et en gênois c'est encore plus significatif, question de dureté de la vie sans doute. Beaucoup de lieux dans la région s'appellent Chiappa, en Corse aussi d'ailleurs. Pour ma part, j'ai un faible pour Porto Pidocchio.. Evidemment, pour les milanais en visite, tout cela semble un peu rude..
N.B. pour les visiteurs non familiers avec la langue de Dante, Chiappa signifie Fesse et Pidocchio Pou, deux mots imagés qui traduisent bien la configuration de ces endroits si particuliers.
Bonne soirée romaine.. où le dialecte local est aussi bien épicé !

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