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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 18:36

T

Cela fait déjà quelque temps que je suis allé à Bénarès et les souvenirs de ce voyage commencent à s'effilocher doucement dans ma mémoire, mais quelques images de cette ville fascinante continuent pourtant à me hanter. Visiter Bénarès-Vârânâsi pour la première fois, c'est comme recevoir un énorme coup de poing dans l'estomac qui vous laisse groggy, abasourdi, incrédule, ébahi devant l'incroyable vitalité de ce lieu magnétique.

Arrivant en voiture de l'aéroport, le premier contact avec cette cité plusieurs fois millénaire vers laquelle convergent en permanence des milliers de pélerins fervents animés d'une foi irradiante, est pourtant plutôt déroutant.

 

 

Le véhicule se fraie péniblement un chemin au milieu d'un invraisemblable amoncellement de vélos, de motos, de rickshaw, de charrettes, de camions pétaradants, tous chargés de cargaisons défiant les lois de l'équilibre, formant un énorme embouteillage qui, pour un esprit occidental, paraît totalement inextricable.

Et pourtant, ce flot s'écoule, certes lentement, mais de façon continue, chacun se frôlant au millimètre près, motivé, à n'en pas douter, par le désir irrépressible d'approcher enfin Gângâ, la déesse Gange.

 

 

Arrivés au carrefour central Godaulia, la densité du trafic échappe à toute description. Il faut alors abandonner le véhicule qui ne peut s'engager dans les ruelles labyrinthiques de la vieille ville et emprunter l'un de ces nombreux cyclo-rickshaw propulsés à la force des mollets par des hommes d'un âge parfois bien avancé. On les surnomme ici 'indian helicopters' car ils présentent l'insigne avantage de se faufiler partout, au beau milieu d'une circulation dantesque.

 

 

En dépit d'une chaleur écrasante qui donne constamment l'impression de vouloir obstinément vous vider de tout liquide corporel, c'est depuis la terrasse de l'hotel où l'on est enfin parvenu que la ville sainte offre à votre regard un premier aperçu de l'incroyable spectacle qui anime en permanence les Ghâts. Les Ghâts, ce sont ces ensembles de marches - il y en a 84 au total - qui descendent jusqu'au fleuve sacré dont les eaux, à cette heure torride de la fin de matinée, miroitent au soleil.

Des familles procèdent à leurs ablutions rituelles dans le fleuve tandis que, protégés par de grands parasols et installés sur des estrades en bois, les ghatias, ces brahmanes 'fils du fleuve' fournissent aux pélerins les ingrédients nécessaires à l'accomplissement du rite.

 

 

Mais c'est le soir, lorsque l'air devient enfin respirable, qu'il faut se mêler à la foule qui se dirige gravement, en rangs serrés, vers ce ghât au nom pour nous imprononçable,Dashâshvamedh Ghât que les touristes désignent généralement sous le vocable de 'Main Ghât', ce qui est tout de même plus commode. 

C'est là qu'a lieu tous les soirs, au coucher du soleil, une cérémonie fascinante, inoubliable, l'Arati en hommage à la déesse Gangâ.

 

 

La foule, recueillie, s'est sagement installée sur des bancs, face au fleuve, tandis qu'une myriade d'embarcations a convergé jusqu'à la berge pour assister à la cérémonie depuis le Gange.

 

 

Les brahmanes officiants, vêtus de tuniques de soie grège et safran, procèdent, au son des conques, aux rites préliminaires, dépôt de guirlandes de fleurs, de poudres rituelles colorées, et versement de lait dans le fleuve.

 

 

La nuit est à présent tombée. Tambours, gongs et cloches rythment les différentes phases de la cérémonie. La musique est envoûtante et de lourdes volutes d'encens s'élèvent au dessus des officiants et de la foule aux mains jointes.

 

 

Perpétrant des gestes millénaires et murmurant des mantras, les brahmanes lèvent tour à tour, en direction des quatre orients, de lourds candélabres enflammés en forme de cobra, hommage à l'Eau, au Feu et à la Lumière, créant des arabesques crépitantes dans la nuit.

 

 

Trop tôt, la cérémonie prend fin et les nuages d'encens se dissipent dans l'air parfumé. Les restes du repas sacrificiel en l'honneur de Gangâ et des divinités du fleuve sont partagés avec la foule.

 

 

Chacun peut alors déposer sur l'eau, avec ses voeux les plus ardents, les petites coupelles de fleurs et de feu qui brûleront un temps. Dans l'arc parfait formé par la succession des Ghâts, ces coupelles formeront comme un scintillement d'étoiles à la surface du fleuve sacré baignant cette ville initiatique qui s'appelait autrefois Kâshi, la Cité de Lumière.

La foule regagne alors le centre ville en un flot continu, s'écartant au passage pour contourner une vache, d'une étonnante placidité, qui s'est installée là, au beau milieu de la route, superbement indifférente à la marée humaine qui se presse tout autour.

 

à suivre

 

 

 

oooOOOooo

 

 

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Se souvenir de Bénarès (1)

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commentaires

eva 14/10/2015 10:11

Des photos extraordinaires dont l'encadrement accentue le côté onirique et l'éloignement de ton souvenir. Un très beau reportage Jean-François, qui nous donne un aperçu de la magie du lieu et de l'atmosphère à la fois étouffante, agitée et recueillie... Bravo !

Jean-François 14/10/2015 16:28

Merci Eva. Une ville fascinante en vérité qu'en qualité de visiteur on a l'impression de regarder avec des yeux d'enfant faute de comprendre tous ces rites, toutes ces cérémonies. On prend alors conscience du fossé de connaissances qui nous sépare de cette foule ardente. Il faut être humble pour visiter Bénarès.

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