Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
26 octobre 2015 1 26 /10 /octobre /2015 22:17

 

On ne dort pas beaucoup à Bénarès. C'est avant le lever du soleil qu'il faut prendre place à bord de l'une des nombreuses embarcations qui permettent aux touristes et aux pèlerins venus des quatre coins de l'Inde d'observer le rituel quotidien des ablutions matinales sur les Ghâts que baigne le Fleuve sacré.

 

 

L'air est doux, presque frais. Dans ces petites heures de l'aube, les palais vétustes qui bordent le Gange arborent encore des teintes pastels, attendant que Sûrya, le Dieu solaire, illumine soudainement les eaux du fleuve et redonne vie à toutes choses. Un arc-en-ciel de couleurs vives se répandra alors sur le patchwork de batiments hétéroclites qui se bousculent en désordre sur la rive.

 

 

 

 

 

Le Gange est un fleuve divin. Descendu de l'Himalaya, il s'épanouit là où le rejoignent les rivières Asî et Vâranâ, là où Shiva fonda autrefois Kâshî, que l'on appelle aujourd'hui Vâranâsî de préférence au nom pourtant vénérable de Bénarès, trop prononcé sans doute par des lèvres anglo-saxonnes durant les longues années de colonisation. 

 

 

 

 

Le Fleuve est source de vie et de rédemption, c'est pourquoi tous les matins, à l'aube, hommes et femmes, jeunes et vieux, hommes d'affaires et gens de peu se pressent au bas des marches pour accomplir un rituel millénaire, le bain dans les eaux sacrées.

Mains jointes, prononçant les paroles consacrées, tous s'inclinent vers le Gange, puis s'avancent dans l'eau jusqu'à mi-taille. Le centre d'énergie vitale du corps est ainsi mis en contact avec l'énergie du fleuve dans lequel il faudra ensuite s'immerger totalement à trois reprises.

 

 

A l'occasion des grandes célébrations, dictées par le cycle des planètes, ce seront des dizaines, voire des centaines de milliers de pèlerins fervents qui envahiront les Ghâts pour perpétrer cet acte de foi ardente, étape indispensable sur le chemin de l'Absolu.

 

 

L'embarcation passe devant le Ghât funéraire, Manîkarnîkâ, alors que l'enveloppe corporelle des défunts achève de s'envoler en une fumée légère vers les déités qui sont au firmament. Ensuite, les cendres seront offertes au Gange.

 

 

 

 

Les images défilent au rythme lent de la navigation. Temples et palais aux vives couleurs et aux formes étranges, ghât tranquille où un dévot solitaire procède à ses ablutions, berges pentues où les draps qui ont été lavés dans le Gange et qui seront très vite asséchés par un soleil de plomb dessinent d'abstraites compositions.

 

 

 

Des hommes ont abandonné leurs vêtements sur les marches et, en dépit d'un fort courant, nagent dans le fleuve en criant très haut le nom de Krishna.

L'étranger de passage, s'il est peu au fait de la culture hindouiste, peine à saisir le sens de cette ferveur que l'on ressent à chaque instant dans la ville sacrée. Trop de dieux et de déesses, trop de temples - il y en a parait-il 108 à Bénarès - trop de rituels, trop de cérémonies, trop de fêtes. Faute de comprendre, il ne sera que simple spectateur, voyeur fixant avec sa caméra une profusion d'images aux couleurs certes éclatantes mais dont la signification profonde lui échappe.

 

  

 

 

 

Et tous ces ascètes, ces Sadhus au regard de lumière, ces ermites, ces yogis, ces errants aux semelles de vent, ces renonçants, ces méditants, ces contemplatifs et ces saints. Ils viennent de partout et de nulle part et convergent tous vers le fleuve magnétique où ils s'immobilisent, paraissant avoir trouvé la réponse aux questions existentielles que nous nous posons tous.

 

 

 

 

Bénarès - Kâshî - Vârânasî, il faut avoir le sens du merveilleux pour l'appréhender et s'en imprégner. Comment sinon admettre que ce fut Brahma en personne qui persuada la déesse Gangâ de dévier sur la Terre le Fleuve céleste afin que ses habitants ne périssent pas. Comment sinon ne pas être reconnaissant envers Shiva, souverain de Kâshî, dieu des fins et des recommencements, pour avoir retenu les eaux sacrées dans son chignon et avoir placé la ville au bout de son trident, lui épargnant ainsi les effets dévastateurs du déluge primordial. Il importe de croire aux mille et une histoires fabuleuses dont tant de divinités sont les héros et les héroines..

Alors peut-être qu'en parcourant les ruelles labyrinthiques de cette ville hors du temps, au-delà du pittoresque coloré qui l'assaille à chaque instant, le touriste traqueur d'images ressentira-t-il cette impression étrange de poursuivre l'âme d'une ville qui semble se jouer de notre logique d'occidental.

 

 

 

 

 

 

 

Lorsque viendra le temps de la mousson bienfaisante et destructrice, le fleuve, redevenu terrible ,envahira les Ghâts et redessinera les rives de la cité de Lumière.

Il submergera à nouveau un temple aux assises fragilisées par le courant, qui s'enfoncera chaque fois un peu plus dans les eaux divines et gorgées de limon.

 

 

 

 

Dans l'encoignure d'une porte, un vieil homme dialogue avec lui-même, face au fleuve.

Comme chaque soir depuis la nuit des temps, les brahmanes célébreront l'hommage du Feu au Gange et invoqueront les divinités du Fleuve. Les fumées d'encens monteront à nouveau vers le ciel, les gongs résonneront, et dans le crépitement des flammes chacun pourra ressentir une vibration, un souffle mystique parcourant cette ville si particulière, étrange et envoûtante, initiatique et intemporelle.

 

 

oooOOOooo

 

Si les photos de ce récit en forme de souvenir sont toutes de l'auteur, le texte doit beaucoup à l'ouvrage illustré, passionnant et passionné, de Mireille-Joséphine Guézennec 

Bénarès Kâshi-Vârânasî

Voyage initiatique dans la capitale spirituelle de l'Inde (éditions l'àpart)

dans lequel cette éminente spécialiste, philosophe de formation et initiée au sanskrit, sait mettre à la portée de tous l'incroyable complexité des mythes et des rituels de l'hindouisme, permettant ainsi au profane curieux de mieux appréhender cette ville fascinante.

 

Se souvenir de Bénarès (2)

Partager cet article

Repost 0

commentaires

philae 06/11/2015 01:32

superbe série j'apprécie

Jean-François 06/11/2015 13:13

Merci Philae pour la visite. Bénarès est un endroit fascinant, unique, qu'il est impossible d'oublier. Les contrastes y sont permanents et saisissants. On ne peut en revenir indemne.

Présentation

  • : Mémoire de Rivages
  • Mémoire de Rivages
  • : Pourquoi ce blog? Pour ne pas oublier tous ces rivages, proches ou lointains, que j'ai connus, pour faire partager ces regards, ces visions, ces impressions fugaces, ces moments suspendus et qui ne se reproduiront plus, pour le plaisir de montrer des images et d'inventer des histoires, pour rêver tout simplement..
  • Contact

Profil

  • Jean-François
  • Amoureux invétéré des voyages, des tropiques, des bords de mer, des jardins, de la nature, de l'art etc.. etc..
  • Amoureux invétéré des voyages, des tropiques, des bords de mer, des jardins, de la nature, de l'art etc.. etc..

Recherche

Catégories