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11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 18:01

 

La Galerie Vivienne est à coup sûr le plus emblématique de ces étonnants passages couverts qui se faufilent en catimini d'une rue à l'autre dans les arrondissements du cœur de Paris.

Ils hébergent habituellement une procession ininterrompue de boutiques aux devantures plus inventives et plus affriolantes les unes que les autres, comme si le fait d'être ainsi protégées du charivari urbain les incitait à développer une créativité débridée propre à appâter pour ensuite ferrer le chaland.

 

 

La Galerie Vivienne est sans conteste la plus belle de ces trouées urbaines.

L'emploi du féminin s'impose à son propos car, dès son ouverture en 1823, le terme de Galerie fut préféré à celui de Passage jugé trop 'populaire' par la noble clientèle du proche Palais Royal qui constituait la cible privilégiée des commerçants qui s'y installèrent.

 

 

A l'image des maisons de Cadet Rousselle, la Galerie Vivienne a trois entrées.

La plus incitative, la plus tentatrice, est celle ouvrant sur la rue des Petits Champs par où les acheteurs potentiels du Palais Royal étaient censés arriver.

Elle est surmontée de sculptures et d'un bel ouvrage de ferronnerie. Derrière la grille d'accès, un grand rideau rouge est parfois déployé, suffisamment écarté toutefois pour permettre d'apercevoir les brillantes lumières et l'animation qui règne à l'intérieur.

 

 

A moins d'être déjà très en retard à un important rendez-vous, il est humainement impossible pour le passant occasionnel de résister à la tentation de pénétrer en ce lieu dédié au plaisir immodéré du lèche-vitrine.

Les deux autres entrées, rue de la Banque et rue Vivienne, sont plus austères.

 

 

L'entrée de la rue Vivienne annonce clairement la couleur. Cet endroit est un hymne à la gloire du Commerce, avec un Grand C.

Une statue imposante du Dieu Mercure avait d'ailleurs été érigée au centre de la grande rotonde. Elle finit par s'écrouler à l'occasion de travaux de restauration effectués dans la Galerie.

 

 

Pénétrer dans la Galerie Vivienne, c'est couper les ponts avec le monde extérieur, c'est faire un saut dans le temps, plus d'un siècle et demi en arrière.

Il serait à peine surprenant de se retrouver nez-à-nez au détour d'une allée avec des promeneurs en gibus et crinoline, car la galerie n'est pas uniformément longiligne mais constituée de trois parties qui se recoupent à angle droit, avec par instants quelques marches qui compensent habilement la déclivité du terrain.

 

 

En journée, la lumière diffusée par la verrière à double pente révèle insidieusement la fatigue des peintures murales vieillissantes. Elle dévoile aussi inexorablement la poussière qui ombre le profil des nymphes et des déesses, porteuses des symboles de la réussite commerciale et bourgeoise.

 

 

 

 

Caressés par la lumière, les murs exposent la panoplie complète des attributs de l'aventure marchande ; caducées de Mercure, rubans, ancres, gerbes de blé, palmes, couronnes de laurier, cornes d'abondance, tout y est.

 

 

Mais c'est à n'en pas douter sous les pas des visiteurs que se trouve le plus beau joyau de ce lieu étonnant : le superbe revêtement mosaïque, dans le style pompéien, réalisé par les mosaistes de l'Opéra, Facchina et Mazzioli, qui déroule ses ondulations évocatrices de voyages ultramarins sur les quelques 500 mètres carrés de sol de la Galerie.

 

 

 

 

 

En période de fêtes, la Galerie resplendit, ajoutant au charme suranné des lustres d'un autre âge, la magie éclatante des illuminations de Noël.

 

 

Sous le regard absent des fenêtres en demi-lunes qui les surplombent, les boutiques s'alignent tout au long des coursives de cet étrange vaisseau au toit de verre.

 

 

Il y a là quelques grands noms de la mode, des galeries d'art, des restaurants au décor immuable, des librairies anciennes, un salon de thé, un caviste renommé, un bottier, l'empereur de la fleur artificielle, des créateurs, des décorateurs, j'en passe et non des moindres.

Mais serait-ce parce que Vidocq, le célèbre bagnard devenu chef de la police sous Louis-Philippe, habita ici au numéro 13 de la Galerie où il dirigea la première agence parisienne de détectives, il me semble que les mannequins dans les vitrines ont des regards un brin soupçonneux.

 

 

 

 

Il arrive d'ailleurs que l'on croise dans la rotonde un comédien en costume d'époque venu narrer les détails tragiques d'un sordide assassinat. Il propose à son auditoire attentif de résoudre une énigme, le meurtre d'une belle duchesse dont on retrouva le corps sans vie dans l'escalier en colimaçon menant à l'appartement de Vidocq...

 

 

Je sens que vous commencez à considérer cette troublante Galerie d'un autre oeil.

Et bien sachez que vous n'êtes pas au bout de vos surprises.

 

à suivre...

 

 

oooOOOooo 

Le Charme troublant de la Galerie Vivienne (1)

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commentaires

JACQUELINE 26/12/2015 20:09

J'yétais il y a toutjuste un an!!
Jedois direquej'étais à l'affut des passages parisiens et cettegalerie m'a enormement plu
Le temps semble s'etre arreté!!

Jean-François 27/12/2015 16:07

Il est vrai qu'il règne dans cette galerie une atmosphère très particulière. C'est sans doute pour cela que les devantures des boutiques y rivalisent tellement d'originalité.

eva 18/12/2015 10:24

Bonjour Jean-François, je ne connaissais pas la Galerie Vivienne, mais ça ressemble fort à la Galerie Umberto à Naples !... J'adore, merci pour ces belles photos, et je poursuis la promenade avec plaisir...

Jean-François 18/12/2015 16:33

Bonjour Eva. Il y a une succession de passages couverts dans le même secteur, tous avec leur personnalité, mais je trouve que la galerie Vivienne est celle qui a le plus de charme et où les boutiquiers et galéristes font le plus preuve d'originalité.

danielle 14/12/2015 19:07

une belle visite. c'est vrai qu'en quelques dizaines de mètres on oublie un peu le présent.

Jean-François 14/12/2015 20:07

Tout à fait. Cet endroit a énormément de charme et j'y reviens toujours avec plaisir. Le temps semble vraiment s'y être arrêté. Merci Danielle pour la visite.et bonne soirée à vous.

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