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26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 18:06

 

On ne fait pas la grasse matinée dans la plus grande volière au monde !

Dans le Pantanal, à peine les premières lueurs de l'aube ont-elles commencé à dissoudre l'obscurité, que des milliers et des milliers d'oiseaux, des grands, des petits, des minuscules, des ras sur pattes ou au contraire juchés sur d'interminables échasses, décident brusquement, mais dans un désordre absolu, de participer à la grande cérémonie quotidienne : l'ouverture symphonique et cacophonique célébrant la naissance du jour..

 

jacquespoulardphoto.fr

 

Dans le cadre d'une compétition destinée sans aucun doute à démontrer que, dans le tintamarre général, il est toujours possible de surpasser son voisin, c'est à qui chantera, pépiera, sifflera, jacassera, caquetera ou trompettera le mieux et le plus fort..

Cependant, dès que le jour prend de la vigueur, la competition des ramages cède peu à peu la place à la confrontation des plumages. 

Il serait vain de décrire ici la diversité des livrées de tous ces volatiles tant est riche la palette de coloris dont ils se parent et qu'aucun nuancier ne parviendrait à assembler.

 

 

photo tourisme-brazil.com

 

Aigrettes neigeuses à la blancheur immaculée, spatules roses, ibis rouges ou verts, pénélopes bleues, toucans bicolores, moucherolles vermillon, paroare à tête écarlate et bec jaune, aras multicolores, la gamme est vaste jusqu'à l'emblématique ara hyacinthe, devenu rarissime, dont le bleu profond aurait rendu Yves Klein lui-même vert de jalousie. 

 

blogdestinomundo.com

 

Tout ce beau monde va désormais se livrer à l'activité commune à tous les animaux de la création : la quête continue et obsessionnelle de nourriture.

Une recherche tellement importante aux yeux de l'impatient hocco qu'il en oublie toujours de se coiffer avant de partir déjeuner !

 

photo tourisme-bresil.com

 

C'est au beau milieu de cette effervescence matinale que dame caîman était venue prendre position, surveillant sans en avoir l'air les déplacements d'une colonie de piranhas. 

On aurait pu croire qu'il s'agissait d'une branche dérivant à la surface de l'eau tant son immobilité était parfaite.

 

 

C'est alors qu'apparut sur la berge un magnifique cheval blanc.

Il était seul et resta lui aussi un long moment immobile, plongé sans aucun doute dans ses pensées équestres.

Notre caîmane en resta bouche bée, ce qui, après tout, n'est pas une attitude si inhabituelle que cela pour un caïman.

Elle ne pouvait simplement pas détacher son regard de cette blanche apparition.

 

 

Dire que ce fut un coup de foudre serait un bien faible mot, car longtemps qprès que le cheval eut disparu, elle demeura comme paralysée, oubliant même - fait exceptionnel - son petit déjeuner de piranhas.

Dès lors, elle n'eut plus qu'une idée en tête, revoir au plus vite le beau cheval blanc ..

 

 

 

Elle se mit à le guetter lorsqu'il se reposait dans son enclos.

Elle avait repéré les heures auxquelles il avait l'habitude de venir boire.

Elle se cachait alors et le contemplait de loin, dissimulée derrière un tapis de plantes aquatiques.

 

 

 

Puis, s'enhardissant peu à peu, elle se rapprocha chaque jour davantage jusqu'à venir s'immobiliser en face du groupe de chevaux qui se désaltéraient.

 

 

 

Elle pouvait passer ainsi des heures et des heures sans bouger, bien après que le groupe de chevaux se fut éloigné, repassant dans sa tête la blanche apparition.

Elle en vint même à le suivre quand il transportait des touristes en balade dans le marécage.

 

 

photo hiddenpousadasbrazil.com

 

Une telle situation ne pouvait passer longtemps inaperçue.

Le Pantanal a son concierge, le kamichi à collier, un gros oiseau un peu balourd, par ailleurs excellent nageur et planeur de haut vol, qui passe le plus clair de son temps juché au sommet des arbres à surveiller les allées et venues des habitants de ce domaine lacustre.

Rien ne lui échappe, ce qui, à l'occasion, présente l'avantage d'avertir tout le monde d'un danger immédiat, son cri tonitruant s'entendant à des kilomètres à la ronde.

 

 

Le kamichi avait bien entendu remarqué le manège de la caïmane.

On ne tarda donc pas à jaser dans les branchages.

 

 

Le grand héron cendré se tordit le cou pour avoir trop voulu observer une affaire aussi insolite.

 

 

Le milan des marais s'apitoya sur le comportement déplorable de l'infortunée caïmane qu'il voyait passer et repasser sous son perchoir.

 

 

Les palmipèdes bien-pensants s'offusquèrent.d'une situation aussi contraire aux bonnes moeurs.

 

 

Toute entière à sa poursuite du beau cheval blanc, notre caïmane en était arrivée à délaisser son nid, une faute impardonnable compte-tenu du nombre de prédateurs potentiels ravis de profiter d'une telle négligence. 

 

 

C'en était trop pour la famille qui décida de réunir un grand conseil auquel assistèrent même de lointains cousins venus des quatre coins du grand marécage.

 

photo tourisme-brazil.com

 

L'adulation de l'espèce chevaline n'entrant pas dans les normes comportementales habituelles des caïmans, la coupable fut vertement réprimandée et priée, sous peine d'exclusion définitive de la communauté, de s'en tenir aux us et coutumes de l'espèce.

Tout rentra donc dans l'ordre, et la vie au Pantanal put reprendre son cours normal.

 

 

A la saison humide, quand le soir descend à nouveau sur les prairies inondées et que l'obscurité commence à estomper les contours du paysage, on peut apercevoir, si on éclaire la surface de l'eau avec une torche, des dizaines de petits points lumineux qui vont par paires.

 

 

Ce sont les yeux des caïmans.

Il n'est pas inconcevable que, dans l'un de ces regards, subsiste encore l'image lumineuse d'un beau cheval blanc qui avait un temps jeté le trouble dans l'âme innocente d'une jeune caïmane.

Elle avait fini par admettre que les chevaux et les caïmans ne peuvent entretenir de liens affectifs durables.

 

 

 

(N.B. C'est toujours à dos de cheval - et non à califourchon sur un caïman - que les touristes découvrent le Pantanal et s'émerveillent de la beauté sauvage de ce site que l'on a qualifié de 'tableau vivant' ...)

 

 

oooOOOooo

 

(photos de l'auteur, sauf indications contraires)

 

Le Caïman amoureux (2)

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commentaires

eva 06/04/2016 15:43

hé voilà comment tout rentre dans l'ordre ! De belles photos qui donnent l'occasion d'un joli conte utopique! Merci Jean-François !

Jean-François 06/04/2016 23:14

Merci Eva pour la visite. Même si, dans le monde animal, on ne se fait pas de cadeau - mais sans acrimonie aucune, contrairement à l'espèce à laquelle nous appartenons - je ne pouvais pas décemment terminer ce conte sur une note pessimiste. Et puis le Pantanal est si merveilleusement préservé qu'il serait dommage de gâcher un aussi beau spectacle par une triste histoire. Espérons que cet espace demeurera épargné encore quelque temps, car tout autour les champs de soja grignotent..grignotent..

Thaddée 31/03/2016 18:33

C'est un merveilleux conte, l'histoire d'un amour impossible. Et je n'ai jamais vu d'oiseaux aussi colorés ! Mais peut-être que la caïmane continue d'aimer secrètement son cheval blanc. C'est ce que je lui souhaite, ça ferait une si jolie histoire ! Bonne soirée Jean-François, merci pour ce conte merveilleusement illustré ! J'adore les oiseaux mauves et roses marcher d'un bon pas, je les aime tous !

Jean-François 31/03/2016 20:00

Il est difficile d'imaginer que 650 espèces d'oiseaux ont été répertoriées dans le Pantanal ! De quoi rendre fou le 'bird watcher' le plus blasé.. Le concert matinal est vraiment incroyable. J'aime bien aussi les deux palmipèdes qui pressent le pas : ils ont l'air franchement outragés ! De beaux souvenirs qu'il était tentant d'illustrer sous forme de conte. Bonne soirée Thaddée et merci pour la visite.

danielle 29/03/2016 21:04

et le hacco rendrait vert de jalousie tous les jeunes usagers de gel pour les cheveux, lol...

Jean-François 30/03/2016 14:06

Sans aucun doute ! Le grand hocco n'est qu'un exemple parmi les animaux 'étranges' du Pantanal, il y en a tant. On va de surprise en surprise dans ce paradis perdu où les habitants à plumes et à poils n'ont pas appris à craindre l'homme et se laissent donc facilement approcher.

midolu 26/03/2016 19:59

Dommage pour la caïmane qui était sans doute trop candide, qui croyait à une belle histoire ...
J'avoue que j'ai craint pour le cheval ... Je crains encore pour ceux qui portent les touristes avec de l'eau plus haut que le poitrail. Ne risquent-ils pas une " mauvaise " rencontre ? Les jambes des touristes aussi, mais eux ont choisi !
Jean-François, j'espère que tu vas me rassurer ...
Bonne soirée et bon week-end pascal pour toi et pour les visiteurs de ce blog merveilleux.

Jean-François 27/03/2016 00:00

Les caïmans du Pantanal sont heureusement différents de leurs confrères crocos africains australiens, ou autres alligators.Leur ration quotidienne de piranhas leur suffit amplement et la faune aquatique est tellement riche .. Et puis le Brésil tient tout de même à ses touristes ! Le Pantanal reste donc un paradis pour les amoureux de la nature sauvage, et surtout pour les ornithologues.
Je te souhaite, en t'espérant rassurée, un très heureux week-end pascal.
Amitiés
Jean-François

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