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1 octobre 2016 6 01 /10 /octobre /2016 10:15

 

Il est un pays, tout au bout de la terre, où se parer pour la fête est une religion.

 

 

L'art de la parure corporelle y a été poussé jusqu'à un incroyable niveau.

 

 

 

Dans la langue du pays on appelle cet art bilas et il était autrefois lié à des cérémonies d'initiation ou à des célébrations rituelles au cours desquelles les danseurs, ainsi parés, se produisaient sur la place du village pour le bien de la communauté.

 

 

 

Cet art a perduré et les danses traditionnelles ou singsing, si elles ont quelque peu perdu de leur authenticité, sont toujours l'occasion d'exprimer de la façon la plus extraordinaire, la plus exubérante aussi, le goût immodéré de ces populations si diverses pour l'art chatoyant et minutieusement codifié de la parure corporelle.

 

 

 

Dans ce pays, le pigeon commun, le goura victoria, est élégamment fardé et porte avec grace un aérien diadème digne des impératrices chinoises. Dans la forêt profonde, il est toujours possible d'entre apercevoir le kumul, l'emblématique paradisier de Raggi au somptueux plumage, dont la parade nuptiale est un incroyable spectacle.

 

 

 

Comment, dans ces conditions, ne pas comprendre que, d'instinct, dès le plus jeune âge, on développe un sens inné de la parure.

 

 

 

 

Ce pays, c'est la lointaine Papouasie-Nouvelle Guinée, deuxième île au Monde par sa superficie, longtemps considérée comme le pays de l'inattendu. Pays à la réputation sulfureuse, enfer et paradis réunis, où, il y a peu encore, vivaient des populations totalement ignorées du reste du monde et qui ne comprenaient pas très bien pourquoi il n'était pas permis de tuer des missionnaires..

 

 

 

C'est dans les années 50 que les australiens, qui géraient alors le territoire, comprirent qu'il pouvait être judicieux de tirer parti de ce goût immodéré de la parure corporelle et de la fête pour transformer le sport national que constituent les meurtriers affrontements tribaux en une compétition culturelle. La danse et l'affrontement des plumages des différents groupes ethniques remplaçaient litiges incessants et subséquentes volées de flèches.

 

 

 

C'est ainsi que fut créé en 1957 à Goroka, dans les hauts-plateaux du centre de l'île, le Goroka Show ,où ces photos ont été prises. Beaucoup de festivals ont été créés depuis, un peu partout dans l'île, mais le Goroka Show, qui se tient tous les ans en Septembre, reste le plus couru et le plus important d'entre eux, réunissant une cinquantaine de groupes venus de toutes les régions du pays.

 

 

 

Maquillages faciaux aux couleurs vives,à base de pigments naturels, extravagantes coiffures ornées de plumes d'oiseau de paradis, de perroquet, de casoar, casques des initiés kalam ornés d'une multitude d'élytres de scarabées verts, lourds colliers de coquillages des danseuses malpa, jaune éclatant du maquillage des danseurs huli, colliers de dents animales, ornements de nacre, dents de cochons, becs de rhyticeros, une espèce de calao, fourrure de couscous, petit marsupial de la forêt, perles, bois, tissus, feuillages, fleurs, et des plumes , des plumes toujours et encore, à rendre jaloux le plus emplummé des indiens du Brésil ...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Deux jours de bruits et de danses, rythmés par le battement des kundu, les tambours à percussion tenus par les danseurs, un tourbillon de couleurs et de sons sous un soleil accablant, le vertige des sens et la perte des repères dans la foule qui envahit le terrain où se produisent les groupes.

On quitte le Festival étourdi par cette profusion joyeuse, cette fierté affichée par les participants de faire revivre et connaître leurs traditions. Les groupes repartiront dans leurs villages où, à la différence de l'insécurité qui taraude les villes, et spécialement la capitale Port Moresby, ils offriront aux visiteurs de passage l'image d'un peuple accueillant, ouvert, et d'une profonde gentillesse.

 

 

 

 

 

oooOOOooo

 

Photos et viféos de l'auteur, prises à l'occasion de l'édition 2016 du Festival de Goroka.

 

Danse Sowa - Markham - province de Morobe

Chant et danse des guerriers Malpa des Hautes Terres - Anglimp - Jiwaka

Au Pays des Hommes-plumes

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commentaires

JACQUELINE 14/10/2016 14:47

L'homme s'inspire de la nature mais ne la respectepas. Des civlisations méconnues sont aujourd'hui re-pechées pour le plaisir du voyageur. Mais tant mieux!! Tu nous offres dans cet article un voyage magnifique dans une contrée que peu d'entre nous aurons la chance devisiter...Je retourne écouter!

Jean-François 15/10/2016 19:02

Les populations indigènes connaissent la nature bien mieux que nous et ne prélèvent en général que ce qui est nécessaire à leur survie, alors que la civilisation industrielle a entraîné des dévastations irréversibles Il est tout-à-fait remarquable que des traditions séculaires soient maintenues, le touriste y satisfait certes son besoin d'exotisme mais ce sont surtout les habitants concernés qui y retrouvent une fierté longtemps brimée.Ce pays est singulier, complexe et souvent déroutant, mais finalement tellement fascinant.

poison et caramel 07/10/2016 22:15

Des photos chatoyantes, et de belles videos montrant un peuple soucieux de perpétuer ses traditions. Merci du partage !

Jean-François 07/10/2016 23:38

Merci pour la visite, qui m'a aussi permis de découvrir un blog raffiné. Le souci de perpétuer les traditions est une caractéristique commune à beaucoup de pays de la région Pacifique où les festivals sont de plus en plus nombreux et l'occasion de faire revivre une culture ancestrale longtemps opprimée par la colonisation. C'est ainsi que mélanésiens, marquisiens, maoris entre autres retrouvent avec fierté des racines qu'ils croyaient perdues. Une bien belle chose en vérité, même si parfois un inévitable côté touristique vient un peu gâcher ce renouveau..

Jean 01/10/2016 20:07

Bravo pour ces superbes photos. Il vaut mieux voir ces guerriers dans un show annuel que les rencontrer en chasse dans la forêt ; donc merci aux Australiens mais du coup, ces tribus n'ont-elles pas perdu une partie de leur âme? Question habituelle à laquelle la réponse pour l'habitant d'un pays "développé" est ambiguë...

Jean-François 01/10/2016 20:53

Merci Jean pour la visite. C'est en fait dans les villes, où la criminalité est galopante, que les papous ont perdu leur âme. Les show culturels, comme d'ailleurs dans toute la région Pacifique, sont l'occasion de faire revivre des traditions ancestrales. Ils rencontrent un énorme succès auprès des populations locales qui ont l'impression de retrouver leurs racines. Comme le Goroka Show coincide avec les célébrations de l'indépendance du pays, ce n'en est que plus symbolique. Le problème par contre est bien différent en Papouasie Occidentale sous occupation indonésienne. Les populations locales s'y sentent opprimées et le choc des cultures est énorme. Mais les ressources minières y sont telles qu'une solution parait bien improbable..

Nicole 01/10/2016 16:20

Extraordinaires photos ! Un témoignage saisissant tout en restant respectueux ! Les parures récentes font-elles preuve de la même magnificence, de la même exubérance que les anciennes ? Merci Jean-François pour cette belle découverte.

Jean-François 01/10/2016 17:36

Bonjour Nicole. Les parures récentes sont tout aussi somptueuses que les anciennes car faites de plumes, de coquillages, d'éléments végétal et animal. Ce qui a peut-être changé, c'est la qualité des ornements portés en collier, pectoral ou dorsal (les plus beaux sont maintenant dans les musées ou en vitrine des galeries spécialisées). On ne voit guère plus non plus de scarifications, remplacées le plus souvent par des peintures, mais il reste cet incroyable talent pour le maquillage corporel et le chatoiement des couleurs. J'ai par contre laissé de côté les fameux 'mudmen' recouverts de cendre et au casque de fantôme, devenus par trop une attraction touristique. Ils hantent les restaurants des hôtels, placent leur casque sur la tête d'un touriste et se font photographier en sa compagnie. Affligeant !
Bon Dimanche et Merci pour la visite et le commentaire.!

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