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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 13:25

Il serait vraiment dommage, quand on a fait le long voyage jusqu'aux lointaines îles Samoa, perdues là-bas au beau milieu du Pacifique, de ne pas visiter la villa Vailima, une superbe et grande demeure de style colonial située dans un écrin de verdure sur les hauteurs d'Apia, la petite capitale des Samoa Occidentales, dans l'île d'Upolu.

 

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Vailima doit sa renommée à Robert Louis Stevenson, l'immortel auteur de "l'Ile aux Trésors" et de "L'étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde", sans oublier - entre autres - le délicieux "Voyage avec un âne dans les Cévennes", aujourd'hui encore bible des randonneurs. Stevenson passa les quatre dernières années de sa vie à Vailima, jusqu'à sa mort le 3 décembre 1894, à l'âge de 44 ans.

 

Robert Louis Stevenson-1885

 

Singulier personnage que RLS, comme il était d'usage de l'appeler familièrement. Poète, romancier, essayiste, auteur de nouvelles, de romans d'aventures ou d'horreur, aventurier bohême et voyageur impénitent, il était au faîte de sa gloire lorsqu'en 1890, au terme de maintes pérégrinations, il décida qu'il ne bougerait plus des Samoa et acquit 125 hectares d'une terre recouverte d'une épaisse forêt primaire, sur une colline dominant Apia, au pied du mont Vaea.

 

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Le climat tropical chaud et humide apportait en fait un peu de répit à la santé défaillante de ce grand malade - il souffrait de tuberculose  - dont la vie itinérante, depuis son enfance écossaise, avait été un long calvaire et une succession de rechutes qui le laissaient, à chaque fois, un peu plus exsangue.

 

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On peut imaginer sans peine en contemplant le paysage aux alentours de Vailima, dans la chaleur oppressante qui sévit ici une bonne partie de l'année, le défi immense que représentait la construction de la belle résidence que l'on peut admirer aujourd'hui. Il ne fait pas de doute que, surtout pour les quelques blancs résidant à Apia, le fol entêtement de cet écrivain célèbre devait susciter bien des commentaires ironiques.

 

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C'était là méconnaître la volonté sans faille de Stevenson. D'autre part, il n'était pas seul. Auprès de lui, il y avait Fanny, son épouse, un petit bout de femme énergique, infatigable, qui l'avait suivi partout, qui avait été de toutes les aventures, qui avait foi en son talent, l'encourageait, le protégeait, l'avait soigné et sauvé à diverses reprises lorsque sa vie fragile n'avait tenu qu'à un fil.

 

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Ils s'étaient rencontrés à Grez-sur-Loing, près de Fontainebleau, refuge de peintres impressionnistes, et leur relation avait fait scandale à l'époque car cette américaine, de dix ans son aînée, était mariée et mère de deux enfants, Isobel et Lloyd. Plus tard, Fanny divorça. RLS la retrouva en Californie et l'épousa en 1880. A Vailima, Fanny devait déployer une incroyable énergie, travaillant sans relâche et transformant peu à peu cette terre sauvage en une opulente plantation où poussait une grande variété d'espèces fruitères et potagères. Depuis sa chambre reconstituée, on l'imagine aisément contrôlant avec satisfaction l'avancée des travaux.

 

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Un autre élément qui jouait en faveur de Stevenson était la fascination profonde qu'il éprouvait pour la civilisation et les moeurs des peuples du Pacifique et le grand respect qu'il avait pour leurs coutumes. Il sut ainsi les écouter, les comprendre et, en retour, il n'eut aucun mal à se faire aimer d'eux et à obtenir leur aide pour l'édification de son royaume tropical, ce qui à n'en pas douter dut engendrer bien des jalousies au sein de la colonie occidentale d'Apia.

 

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C'est ainsi que Vailima vit le jour, et RLS put faire venir le reste de sa famille. à savoir Maggie, la mère de l'écrivain, que tout le monde appelait familièrement "Tante Maggie", fille de révérend qui, sur les photos, avec ses coiffes impeccablement empesées, ressemble comme deux gouttes d'eau à la reine Victoria, mais aussi Isobel, surnommée "Belle" la fille de Fanny, à laquelle par la suite RLS devait dicter les oeuvres qu'il continuait à écrire chaque jour. Sur une photo d'époque, on reconnait de gauche à droite Fanny, RLS, Belle et Tante Maggie.

 

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Belle était venue avec son mari, Joseph Strong - Jo -, et son fils Austin. Jo, artiste bohême avait été peintre officiel du roi de Hawaï, avant que ce territoire ne devienne américain. Coureur, buveur, flambeur et opiomane, il s'attira très vite les foudres de la famille et Belle divorça en 1892. A Vailima, Belle retrouva son frère Lloyd que la vie aux Samoa enthousiasmait. Les murs de la villa déclinent à plusieurs reprises une photo célèbre qui montre l'ensemble de la tribu Stevenson ainsi que leurs employés samoans sur le seuil de la demeure.

 

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Tout ce singulier petit monde avait donc fini par poser ses malles dans la grande et belle maison.

 

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"Tante" Maggie aimait beaucoup sa chambre d'où elle jouissait d'une vue superbe sur le beau jardin tropical. A une époque où les voyages intercontinentaux étaient si longs et si éprouvants, elle avait supervisé l'acheminement depuis l'Ecosse du beau mobilier dont on peut aujourd'hui admirer les copies fidèles dans les différentes pièces de la villa.

 

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La grande véranda qui court sur toute la façade et sur laquelle ouvrent toutes les piéces donne une grande impression de légèreté à l'ensemble. L'aile Est toutefois, surnommée l'aile allemande, n'existait pas à l'époque des Stevenson. Elle fut ajoutée ultérieurement lorsque les Samoa devinrent  allemandes et que Vailima fut transformée en résidence du gouverneur Wolfgang Solf de 1889 à 1914.

 

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A l'époque de Stevenson, la véranda servait occasionnellement de salle de banquet où les copieux festins "à la samoane" réunissaient aisément jusqu'à une cinquantaine de convives.

 

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Avant l'extension de la véranda, RLS pouvait, depuis la fenêtre de la bibliothèque, son sanctuaire, contempler le mont Vaea. C'est là qu'il demandera par la suite à être enterré avec ses bottes aux pieds, celles avec lesquelles il avait parcouru ces îles qu'il chérissait tant.

 

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On imagine aisément le Maître à son bureau, où il travaillait comme un forcené à ses ouvrages, entouré des livres,  des objets familiers et des souvenirs de voyage qu'il affectionnait..

 

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Une photo le représente dictant à Belle, avec ses bottes bien sûr, les récits qu'il n'a cessé de composer jusqu'à sa mort.

 

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Dans la "pharmacie", on peut voir l'alignement des potions, des sirops, des fioles et des remèdes sur lesquels Fanny veillait jalousement pour parer à toute rechute de son grand malade.

 

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La chambre de Belle, où elle aménagea après le départ de Jo Strong, est à son image, lumineuse. Elle pouvait y régir la grande maisonnée. Son association avec son beau-père, lorsqu'elle fit fonction de secrétaire, devait lui apporter gloire et fortune quand le temps fut venu de publier à titre posthume les ouvrages de RLS.

 

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La chambre d'Austin, quant à elle, est celle d'un petit garçon heureux de vivre une vie d'exception au bout du monde, dans ces îles où l'on parcourt à cheval des espaces sauvages inviolés, où de farouches guerriers parés de plumes et de colliers, couverts d'étranges tatouages, lui apprennent à manier la lance et la massue, et où à table RLS fascine son auditoire avec des histoires qui lui font écarquiller grand les yeux et l'empêchent parfois de s'endormir paisiblement le soir.

 

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Une vie idyllique pensera-t'on, comme pourrait le suggérer cette image bucolique de RLS et de Fanny dans la nature, des fleurs dans les cheveux, en compagnie d'amis samoans.

 

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Peut-être pas vraiment.

 

à suivre...

 

oooOOOooo

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commentaires

eva 14/10/2015 12:17

Un récit passionnant avec des documents d'époque et de merveilleuses photos ! vite, vite, la suite !

Jean-François 14/10/2015 16:46

Tu vois qu'on se passionne vite pour une vie aussi extraordinaire. Cela avait été mon cas en me penchant sur la biographie de RLS et la raison profonde de mon séjour aux Samoa.

Maripierre 21/07/2014 23:49

Bonsoir,je suis une "fan" de RLStevenson .Et j'ai été attirée par la peinture de Winslow Homer.ça faisait un moment que je pensais â eux deux ensemble.Je suis dans la lecture de la correspondance de RL stevenson et c'est un régal .merci pour ce moment ce soir.

Jean-François 22/07/2014 00:33

Merci beaucoup pour la visite. Cela faisait longtemps que je n'avais relu cet article. J'avais vraiment été très heureux de visiter Vailima et surtout de monter jusqu'à la tombe de RLS. Un moment bien émouvant. Je suis aussi un grand amateur de Winslow Homer et il est tout-à-fait vrai que ses aquarelles illustreraient parfaitement nombre des ouvrages de l'écrivain. Bonne fin de soirée à vous.

midolu 09/12/2011 17:06

Très intéressant, documenté et illustré. On a l'impression de participer à cette vie d'exception, et c'est comme une " aventure " de vous suivre, Jean-François.
Et ... le suspense est bien entretenu ...
Merci. À bientôt, et bonne fin de semaine.

Thaddée 08/12/2011 22:12

J'aime bien la façon dont vous racontez cette histoire ! Je m'en vais lire la suite.

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