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15 août 2013 4 15 /08 /août /2013 22:10

Pour la majorité de ses visiteurs, Paris c'est surtout la Tour Eiffel, Montmartre, Pigalle, le Louvre, Notre Dame et les Champs Elysées.

 

 

Force est de reconnaître cependant qu'à la différence des habitants stressés qui marchent le portable vissé à l'oreille en regardant le bout de leurs chaussures, les touristes eux, prennent le temps d'arpenter la capitale le nez en l'air. Ils y découvrent souvent des lieux et des détails ignorés même des parisiens.

 

 

Sans aller jusqu'à suivre à la lettre cette recommendation notée au bord du canal de l'Ourcq, car de malencontreuses déjections canines placées sous nos pas pourraient alors nous ramener aux dures réalités de la vie urbaine, il est un fait que si l'on ne lève pas suffisamment le menton on risque fort de passer à côté de bien des endroits, cachés ou insolites, révélateurs d'un Paris fascinant.

 

Vous êtes peut-être passés vingt fois devant le 42 de la rue Galande, dans le 5me Arrondissement.

 

 

Avez-vous jamais remarqué ce curieux bas-relief en pierre ?? Il représente un personnage auréolé, debout sur une barque traversant un fleuve impétueux, entouré par deux rameurs, un homme et une femme, se dirigeant vers une petite maisonnette sous les arbres. Il s'agit de la plus vieille enseigne de Paris,datant du début du 14ème siècle. Le rameur est St Julien l'Hospitalier,devenu passeur avec sa femme en expiation d'un crime. Le personnage auréolé n'est autre que Jésus, qui s'était fait passer pour un lépreux en sollicitant le passage. Les aubergistes du Moyen-Age plaçaient volontiers leur établissement  sous la protection de St Julien, considéré alors comme patron des voyageurs !!

 

A quelques pas de là, en franchissant allégrement six siècles, on trouve, au 27 de la rue Saint-Jacques, un bien étonnant cadran solaire.

 

 

Il est l'oeuvre de Salvador Dali et représente un visage en forme, bien sûr, de coquille St. Jacques en mémoire des pélerins qui passérent par là au fil des siècles.

 

 

Le cadran, qui n'est d'ailleurs pas particulièrement précis, fut inauguré par le Maître en personne en 1966 au cours d'une cérémonie délirante dans la pure tradition mégalomaniaque de l'artiste.

Aujourd'hui, de même que pour l'enseigne vénérable de la rue Galande., peu de gens lévent le nez et remarquent ce drôle de cadran.

 

Avant de quitter le quartier, accordons juste un petit clin d'oeil, rue Dante, à ces cariatides, visiblement fatiguées de supporter le poids d'un lourd balcon.

 

 

Mais en matière de cariatides, c'est bien dans le 3ème Arrondissement, dans le secteur des Arts et Métiers, qu'il faut musarder  La surprise est alors garantie.

On peut très bien passer au pied de l'immeuble du 39, rue Réaumur et ne rien remarquer du tout, car c'est au niveau du 4ème étage qu'il faut porter son regard, et pour cela il est préférable de se poster sur le trottoir d'en face.

 

Ces bustes de femme, disons un peu grassouillette, sont à l'image d'une seule et même personne, une danseuse d'origine américaine, Loïe Fuller, fort admirée à la fin du 19ème siècle, notamment par Toulouse-Lautrec et Rodin. Elle dansait parait-il divinement. Bien oubliée aujourd'hui, la voici condamnée à soutenir sans fin de son bras potelé le balcon de cet immeuble Art Déco.

Non loin de là, dans une vitrine qui reflète les ogives gothiques de Saint Nicolas des Champs, des mannequins paraissent esquisser un étrange ballet.

 

 

Un hommage peut-être à la danseuse disparue.

 

C'est toutefois au 57 de la rue de Turbigo que l'on peut découvrir la plus grande, la plus incroyable et la plus mystérieuse des cariatides de Paris.

 

 

Gigantesque femme-ange aux ailes largement déployées, haute de trois étages, vêtue à la mode Second Empire, elle tient un rameau de myrthe de la main gauche, et une curieuse petite bourse de la main droite, qui la fit surnommer un temps 'La Dame qu'a le sac'.

 

 

Elle a sans conteste quelque chose de troublant et d'énigmatique. Agnès Varda ne s'y était pas trompée, qui en fit une figure emblématique de son court-métrage sur les cariatides de Paris.

 

Poursuivant notre déambulation, après un court arrêt devant une vitrine du quartier pour contempler une partie de jambes en l'air, digne d'une revue des Folies Bergères,

 

 

nous franchissons le boulevard de Sébastopol, qui fait office de frontière avec le 2ème Arrondissement voisin.

 

Rue Réaumur, une vitrine au symbolisme onirique.

 

 

Cette autre, rue d'Aboukir, pourrait nous faire douter, s'il en était besoin, de notre perception des couleurs, et nous voici enfin place du Caire, à l'entrée du passage commerçant du même nom.

 

 

Avec ces têtes de déesses au gros nez, ces hiéroglyphes approximatifs, ces colonnes et ces fenêtres à l'orientale, on est en pleine egyptomanie triomphante.

 

 

L'immeuble fut en effet édifié à l'époque où Bonaparte menait, sur les rives du Nil, la campagne victorieuse que l'on sait.

Et maintenant, pour conclure en beauté cette première pérégrination dans un Paris méconnu, un nouveau grand saut dans le temps au 51 de la rue de Montmorency où se trouve la plus ancienne maison de Paris.. jusqu'à nouvel ordre, car la capitale, contrairement à d'autres villes, est plutôt chiche en authentiques demeures médievales et les revendications d'ancienneté sont parfois sujettes à caution.

 

 

L'austère demeure, à la façade plutôt ingrate, date de 1407.Elle abrite aujourd'hui un restaurant que le 'Guide du Routard' qualifierait de 'chic et cher'.

 

 

Son histoire pourtant n'est pas inintéressante. Elle appartenait à l'origine à un écrivain-juré de l'Université de Paris, Nicolas Flamel. Ce dernier, et son épouse Dame Pernelle, logeaient gratuitement à l'étage les travailleurs des environs grâce aux revenus des loyers des boutiques du rez-de-chaussée. Un bandeau courant sur l'édifice rend toujours hommage à la bonté de ce couple charitable.

 

 

Voilà, Paris est une mine inépuisable de découvertes et d'émotions, et j'espère revenir bientôt avec de nouvelles balades curieuses ou insolites.

 

oooOOOooo

 

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Published by Jean-François
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commentaires

www.poweredmanagement.com 10/07/2014 13:16

These pictures tempt me to pack my bags for a trip to Paris. I have heard that, if you ever go to visit Paris, while taking a tour of the city you should go by road, walking, or else you will miss the real Paris.

Jean-François 10/07/2014 20:38

Absolutely true ! If you take a bus tour, you will certainly see the main sights, but not the intimate Paris, which can only be discovered if you walk by the streets. Paris center still presents an advantage : being of human size.. so the best is definitively to walk.

midolu 02/09/2013 11:17

Merci au guide talentueux qui partage avec nous ses découvertes, au fil d'un Paris surprenant !
Bonne journée de septembre. À bientôt Jean-François.

midolu 01/09/2013 23:21

Bonsoir Jean-François,
Heureuse de vous retrouver ici et de retrouver le blog ! Je n'ai pas reçu les notifications, je vais me réinscrire et je reviendrai admirer votre Paris et vous lire.
Amicalement.

Jean-François 02/09/2013 11:35

Le plaisir est partagé. Après moult pérégrinations à travers Paris, j'ai accumulé pas mal de clichés dont certains sont surprenants. Je compte bien les faire partager sur le blog ... dont j'ai enfin compris comment il fonctionne sans passer par les modèles recommandés par Overblog. Il est vrai que l'informatique n'est pas vraiment ma spécialité !!
Amitiés,

eva 18/08/2013 23:27

jolie promenade ! et vous m'avez fait découvrir qui est cette mystérieuse Loïl Fuller qui m'avait intriguée un jour de musée...

http://eva.baila.over-blog.com/article-elle-50288563.html

Jean-François 20/08/2013 00:34

Merci Eva,
Paris réserve bien des surprises quand on se donne la peine de lever le nez, et il y a tant de cariatides à découvrir, dont certaines sont vraiment étonnantes.

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