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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 18:35

 

Dans le vent de la plage, un danseur immobile

 

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esquisse un entrechat, araignée malhabile.

 

Imploration

 

Il danse pour ses frères, emprisonnés au loin.

 

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Il danse pour tous ceux qui se convulsent en vain.

 

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Etrangers à ces rives, arrachés à la terre,

 

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Squelettes abandonnés, épaves solitaires.

 

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Ils ont été forêt, ils ont été feuillage.

 

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La mer les a jeté, blanchis, sur le rivage.

 

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Ballotés par les flots et repris par les vagues,

 

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Ils ont échoué là où la raison divague.

 

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S'ils implorent le ciel en gestes pathétiques,

 

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Le sable emporte au loin leur muette supplique.

 

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Ils n'ont plus de mémoire, nul ne connait leur âge.

 

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Ils servent de perchoir aux oiseaux de passage.

 

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Le vent assourdissant rend leur plainte inaudible.

 

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Le danseur, seul, poursuit ses ébats impossibles.

 

oooOOOooo

 

Mise à part la photo n°2, prise dans le quartier de la Défense à Paris, toutes les photos illustrant ce (mauvais) poème ont été prises sur une plage de Bird Island aux Seychelles.

 

 

 

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Published by Jean-François - dans Photographie - Voyages
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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 19:25

 

Nous avions laissé notre héron voyageur parcourir le monde en rêve et s'émerveiller de ses découvertes.

 

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(héron cendré des Galapagos)

      D'une curiosité insatiable, il avait poursuivi son périple et, têtu comme peut l'être un héron, il s'aventurait toujours plus loin.  

 

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(paysage de la cordillère orientale, Equateur)

      Il avait ainsi franchi des montagnes..

 

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(réserve de Samana, Rép. Dominicaine)

      .. et manqué se perdre dans d'inextricables mangroves.                                                          

 

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(désert du Namib, Namibie)

      C'est après avoir survolé un désert rougeoyant qu'il se trouva soudain confronté à de bien dures réalités.

 

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(rassemblement de sternes avant leur migration annuelle, Seychelles)

      La sécheresse avait sévi sur d'immenses territoires et des populations entières avaient été déplacées.

 

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Des camps de réfugiés avaient bien été mis en place à la hâte...

 

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.. mais de nouveaux arrivants affluaient sans cesse.

 

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(calaos au Kenya)

      La distribution de nourriture par les ong en place donnait lieu à un indescriptible chaos..

 

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(aigrettes et cormorans au Pantanal, Brésil)

      Ailleurs, sévissait la ségrégation et blancs et noirs ne se mélangeaient guère.

 

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(vol de frégates aux Seychelles)

Ailleurs encore, il y avait la guerre, et la menace venue du ciel était constante.

 

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(noddi bruns, espèce endémique aux Seychelles)

      Les survivants se terraient dans les décombres

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      ..  car les snipers rendaient toute sortie aventureuse.

 

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(bébé phaéton aux Seychelles)

      Les orphelins tremblaient d'effroi dans des refuges improvisés

 

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(noddi brun, Seychelles)

      .. et chacun s'abritait des projectiles comme il le pouvait..

 

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(réserve de Betty's Bay, Afrique du Sud)

      Le régime dictatorial en place avait transformé des îles au large en colonies pénitentiaires.

 

Pélican

(pélican en Rép. Dominicaine)

      Les abords en étaient sévèrement contrôlés.

 

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(pélican des Galapagos)

      Partout des miradors.

 

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(fous à pattes bleues, Galapagos)

      Partout d'inflexibles vigiles.

 

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(pingouins du Cap à Boulders Beach, Afrique du Sud)

      Les détenus traînaient leur ennui au long de jours interminables.

 

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(pingouins du Cap à Betty's Bay, Afrique du Sud)

      et toute tentative d'évasion par la mer était vouée à l'échec.

 

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(héron blanc aux Galapagos)

      Notre héron se dit alors que, même si le vaste monde regorgeait de merveilles, rien ne valait au fond la douce sécurité d'un chez-soi bien tranquille.  

 

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(héron des rochers aux Galapagos)

C'est au moment où, intriguée sans doute par la présence en ces lieux d'un insolite étranger, une hérone indigène le dévisageait avec insistance - ce qui, entre nous, eut pu faire évoluer l'histoire sur un mode fort différent -  le héron de cette histoire fut tiré brutalement de sa longue rêverie

 

Camoglie 62

(port de Camoglie, Italie)

      La pause terminée, le port de pêche bruissait à nouveau d'une intense activité..

 

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(Camoglie, Italie)

Tout en feignant la somnolence, le chat, dans la barque à côté, s'était dangereusement rapproché, or notre héron,   malgré sa taille imposante, n'avait qu'une confiance relative dans la gent féline. Les chats, n'ayant pas à ce jour ratifié le pacte de non-agression à l'encontre des espèces à plumes, le héron jugea opportun d'aller se dégourdir ailes et pattes en un autre lieu..  

 

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(héron cendré des Galapagos)

      Il quitta donc à regret son emplacement favori et s'en retourna contempler la mer.

 

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(Camoglie, Italie)

      Mais serait-ce la conséquence de son étrange rêve, à compter de ce jour, il ne jalousa plus les oiseaux de mer pour la facilité qu'ils ont à parcourir les océans et à se reposer sur les flots

 

oooOOOooo

 

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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 18:06

 

C'était un héron singulier. Alors que ses congénères échassiers ne quittaient guère les eaux peu profondes des mares, étangs et ruisseaux alentour, il avait, lui, une préférence marquée pour les bords de mer. 

 

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(île de Floreana, Galapagos) 

Il pouvait ainsi passer des journées entières à cheminer précautionneusement sur les rochers, en s'arrêtant souvent pour contempler l'océan.

 

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(île de Floreana, Galapagos) 

Mais ce qu'il préférait par dessus tout, c'était l'ambiance si particulière des ports.

 

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(Santa Cruz, Galapagos) 

Il avait installé un poste d'observation sur une barque de pêcheur, après une sérieuse prise de bec avec un goéland querelleur. 

 

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(Camoglie, Italie) 

Ce dernier, sans doute impressionné par la taille imposante du héron, avait fini, non sans force vociférations, par se choisir un autre emplacement.

 

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(Camoglie, Italie) 

A l'heure de la sieste, tout le monde dormait dans les barques voisines, et notre héron, figé dans cette immobilité propre à la gent héronnière, pouvait alors se perdre dans des rêveries sans fin qui l'emportaient loin, très loin du rivage qui lui était familier.

 

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      (Camoglie, Italie)

Ce n'étaient pas les ronflements sonores du chat, confortablement installé dans une embarcation voisine, qui pouvaient le sortir de sa rêverie.

 

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(otarie aux Galapagos) 

Ni d'ailleurs les bâillements incessants d'une otarie bedonnante qui préférait le confort moelleux d'un catamaran à la rusticité des barques traditionnelles.

 

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(mouette rieuse, St Domingue) 

Dans son rêve, le héron se métamorphosait en mouette et suivait à tire d'ailes les bateaux au large. Chacun sait que le Créateur n'a pas donné aux hérons la faculté de se poser sur les flots, ce qui les prive à tout jamais de grands voyages intercontinentaux, injustice criante s'il en fut.

 

Just before darkness

(Moorea, la baie de Cook) 

Libéré de toute contrainte, le héron globe trotter parcourait le monde et découvrait des endroits sublimes.

 

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(au large de Bora Bora) 

Jamais il n'aurait imaginé que de tels spectacles pouvaient exister.

 

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(iguane marin, Galapagos) 

Cependant, les rencontres qu'il faisait parfois pouvaient surprendre et il lui arrivait de battre en retraite devant un danger inconnu.

 

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(fou du Cap, Seychelles) 

L'accueil des indigènes n'était pas non plus toujours d'une franche cordialité.

 

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(delta de l'Okavango, Botswana) 

Et les plus attirants marécages s'avéraient recéler de mortelles menaces.

 

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(grand héron cendré, Pantanal, Brésil) 

Mais, en dépit des dangers, notre héron poursuivait inlassablement ses explorations.

 

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(jabiru, Pantanal, Brésil) 

Il se découvrit des lointains cousins dont il avait jusqu'alors ignoré l'existence.

 

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(héron bihoreau, Galapagos) 

Certains vivaient dans les arbres et étaient bleus comme la nuit.

 

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(flamants roses, Galapagos)    

D'autres se prélassaient dans les étangs et arboraient orgueilleusement une belle coloration rouge.

 

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(buffle et aigrette blanche, Botswana)

D'autres encore, plus petits, voyageaient commodément sur le dos d'inquiétantes créatures.

 

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(cigogne et ibis roses, Pantanal, Brésil) 

Le soir venu, un noble échassier, aux pattes interminables, regagnait sa demeure perchée. Ses courtisans zélés, auxquels revenait l'honneur insigne de veiller sur son sommeil, se partageaient quant à eux pour la nuit quelques branches dénudées. 

 

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(grand héron cendré, Pantanal, Brésil) 

Tout cela était bien extraordinaire, et notre héron voyageur ne savait plus où donner du cou pour contempler toutes ces merveilles.

 

à suivre..

 

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 22:45

 

 

Hiva Hoa

 

" Ils parlent de la mort comme tu parles d'un fruit "

 

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" Ils regardent la mer comme tu regardes un puits "

 

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Dessin de Jacques Boullaire (1893 - 1976)

 

" Les femmes sont lascives au soleil redouté "

 

Mar26

 

" Et s'il n'y a pas d'hiver, cela n'est pas l'été "

 

Stevenson 005

 

" La pluie est traversière, elle bat de grain en grain "

 

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" Quelques vieux chevaux blancs qui fredonnent Gauguin " 

 

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" Et par manque de brise, le temps s'immobilise "

" Aux Marquises "

 

Mar22

 

" Du soir, montent des feux et des points de silence "

 

Moorea by night

 

"  Qui vont s'élargissant, et la lune s'avance "

 

Mar12

 

" Et la mer se déchire, infiniment brisée "

 

Mar4

 

" Par des rochers qui prirent des prénoms affolés "

 

Sud67

 

" Et puis, plus loin, des chiens, des chants de repentance "

 

Sud43

 

" Et quelques pas de deux et quelques pas de danse "

 

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" Et la nuit est soumise et l'alizé se brise "

" Aux Marquises "

 

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Dessin de Jacques Boullaire (1893 - 1976)

 

" Le rire est dans le coeur, le mot dans le regard "

 

paille-en-queue-3

 

" Le coeur est voyageur, l'avenir est au hasard "

 

Palms in Cook's Bay

 

" Et passent des cocotiers qui écrivent des chants d'amour "

 

220px-Armand Gautier Nuns

      Peinture d'Armand Gautier (1825 - 1894) 'Les filles de la Charité'

 

" Que les soeurs d'alentour ignorent d'ignorer "

 

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" Les pirogues s'en vont, les pirogues s'en viennent "

 

112

 

" Et mes souvenirs deviennent ce que les vieux en font " 

 

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Dessin de Jacques Boullaire (1893 - 1976)

 

"' Veux-tu que je te dise : 

 

Mar14

 

gémir n'est pas de mise "

" Aux Marquises "

 

oooOOOooo 

 

photos de l'auteur

en l'absence d'une vidéo personnelle bloquée par des distributeurs bénéficiant de droits de diffusion pour certains pays, la vidéo jointe, trouvée sur le net, dont les images accompagnent les merveilleuses paroles du chanteur-poète, illustre bien le caractère particulier de ces îles du bout du monde.

 

 

Aux Marquises - Hommage à Jacques Brel
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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 19:05

 

Il est une expression qui revient souvent dans la bouche des voyageurs qui ont eu la chance d'aborder ces îles du bout du monde : "les Marquises, il faut les mériter". Ceci est d'autant plus vrai qu'à l'époque où j'y séjournai, il fallait vraiment le vouloir pour parvenir jusqu'à ces terres que l'on a parfois décrites comme les plus solitaires du globe.

 

Mar21

 

Douze îles, dont six seulement sont habitées ! Il n'est pas facile de les atteindre, mais à l'inverse, quand le charme a opéré, il est peut-être encore plus difficile de s'en détacher.

 

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On pourrait classer les visiteurs des Marquises en trois catégories. Il y a d'abord les plaisanciers, hardis navigateurs qui, à l'occasion d'une circumnavigation autour du globe, ont profité des courants porteurs pour relâcher dans ces îles après la longue traversée océane depuis le canal de Panama. Leurs élégants voiliers se balancent dans les baies abritées et semblent faire partie intégrante du paysage.

 

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Il y a ceux qui, comme moi, sont arrivés en avion de Tahiti. Il y a enfin ceux, sans doute les plus nombreux, qui visitent l'archipel à bord de l'Aranui, ce cargo mixte providentiel, véritable cordon ombilical qui, une fois par mois, apporte de Tahiti tout ce dont les insulaires ont besoin. Le navire offre en outre à ses passagers l'occasion de visiter les îles pendant qu'à chaque escale s'effectuent les opérations commerciales. Lors de mon séjour, on en était à l'Aranui I ou II, maintenant c'est au tour de l'Aranui III d'assurer la liaison avec ce lointain territoire, et je me suis laissé dire que l'Aranui V entrerait bientôt en service..

 

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Sur la brochure de la compagnie, une peinture, dans le style des affiches coloniales du début du siècle, illustre le va-et-vient des chaloupes entre le navire au mouillage et le 'quai' de Ua Pou. Lors de mon passage, l'Aranui n'était pas là et seul le bruit des vagues se brisant sur le rivage venait perturber la tranquillité des lieux.

 

Mar38

 

On estime généralement que, lorsqu'elles furent découvertes au XVIème siècle, les Marquises comptaient environ 100,000 habitants. Ils n'étaient plus que 2000 au début du 20ème siècle. Le contact avec la 'civilisation' avait été dévastateur. .Maladies, épidémies, destructions, asservissement, acculturation, alcoolisme avaient eu raison de ce peuple fier. Les marquisiens faillirent perdre leur âme et tout bonnement disparaître.

 

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gravure de E.Kourlandtzoff - 1813 - habitant de Nuku Hiva

 

Qui se souciait d'ailleurs de ces farouches guerriers décrits par l'illustre navigateur James Cook lorsqu'il escala à Hiva Hoa au Siècle des Lumières ? Tatoués de la tête aux pieds, ils maniaient leur redoutable casse-tête, le u'u, avec l'aisance d'un club de golf. Les baleiniers de passage n'allaient-ils pas jusqu'à tirer à vue ces sauvages cannibales qui d'ailleurs se massacraient allégrement entre eux d'une vallée à l'autre. Il faudrait encore parler des santaliers destructeurs de forêts ou des négriers chiliens qui déportaient les captifs dans les mines de cuivre d' Amérique du sud.

 

Sud49

 

Les missionnaires zélés faillirent donner le coup de grâce. Au nom de la foi en un Dieu unique ils s'en prirent aux traditions païennes, brûlèrent les idoles, interdirent la langue marquisienne, les rites, la danse et le tatouage, fustigèrent la nudité. Les marquisiens oublièrent leurs traditions. Ils se mouraient.

 

Gauguin à Hiva Hoa

 

Gauguin le coquin, dont la 'Maison du jouir' , à présent reconstituée, irritait tant les ministres du culte, s'en prit avec force aux méfaits de l'évangélisation forcée et aux aberrations d'une administration coloniale française tatillonne..

 

Mar311

 

Sur sa tombe à Hiva Hoa, il y a toujours quelqu'un qui dépose une fleur, mais à sa mort en 1902, l'évêque d'alors prononça, en guise d'épitaphe, cette phrase, bel exemple de charité chrétienne : "Mieux vaut l'avoir mort avec nous que vivant contre nous".

A presque un siècle de distance, Jacques Brel, autre grand pourfendeur d'hypocrisies et d'injustices en tous genres est enterré à quelques pas de la tombe du peintre. Les marquisiens se rappellent toujours avec émotion les services qu'il leur rendait losqu'il pilotait d'une île à l'autre son petit avion, le célèbre 'Jojo'.

 

Hiva Hoa 2

 

Sur sa tombe, une jolie stèle le représente en compagnie de sa dernière compagne Maddly Barny  Les frangipaniers embaument dans le petit cimetière qui domine la superbe baie d'Atuona, grande ouverte sur l'océan. Nul doute que le peintre et le chanteur-poète ont enfin trouvé en ce lieu l'apaisement qu'ils recherchaient si ardemment.

 

Sud71

 

Juste retour des choses, ce fut un évêque, breton bretonnant s'il en fut, Mgr Le Cleac'h - il demeura aux Marquises jusqu'en 1986 - qui eut l'intuition géniale que les marquisiens ne pouvaient être sauvés que s'ils se réappropriaient leur culture. Il encouragea la pratique de la langue marquisienne et remit à l'honneur les traditions locales, les arts, la danse, les coutumes, mais pas l'anthropophagie bien sûr... Aujourd'hui, le nombre d'habitants des îles est remonté aux environs de 9000 et la culture marquisienne est extraordinairement vivante.

 

Sud36

 

A Taiohae, dans la charmante "cathédrale" construite par les habitants et où, comme dans tout le Pacifique, on chante à pleins poumons le dimanche, une sculpture en bois de rose immortalise Notre Dame des Marquises sous les traits d'une belle marquisienne.

 

Marquisian beauty

 

A n'en pas douter, cette jeune personne rencontrée sur la baie d'Anaho, aurait pu tout aussi bien servir de modèle.

 

Tiki 1

 

Sur le site archéologique d'Hatiheu, dans la forêt, les grands tiki de pierre qui ont présidé à tant de sacrifices humains perpétrés en leur nom, semblent avoir eux aussi trouvé l'apaisement.

 

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Sur le bord de mer de Taiohae, ces personnages mythiques, oeuvre d'un sculpteur contemporain, nous questionnent de leurs yeux immenses.

 

Mar39

 

Ils continuent, comme leurs lointains ancêtres, à interroger le ciel en quête d'une réponse à la question essentielle : où allons-nous ? Peut-être le savent-ils, mais leurs yeux-miroirs restent pour nous indéchiffrables.

 

 

oooOOOooo

 

 

( photos de l'auteur )

 

 

Marquises (2)
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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 12:25

 

C'était au tout début du monde. Deux dieux, qui répondaient aux jolis noms de Oatea, 'Lumière du Jour', et Atanua, 'Lumière de l'Aube', sa compagne, menaient une existence paisible, vivant comme mari et femme, en toute liberté. Un beau jour cependant, Oatea, poussé par Atanua, décréta qu'ils ne pouvaient pas continuer ainsi et qu'il leur fallait une maison.  Comme il n'y avait pas d'îles, ils n'avaient en effet aucun endroit pour abriter leurs amours. Oatea se mit alors au travail et; en une nuit, la nuit originelle, il assembla les éléments de leur maison.

 

Moorea by night

 

Au fur et à mesure que la maison prenait forme, chacun de ses éléments devenait une île. Les deux piliers principaux, ce fut Ua Pou, la poutre faîtière, Hiva Oa. Nuku Hiva rassembla l'ensemble des traverses, poteaux de soutien, poutres et chevrons qui sont la charpente de la maison. La couverture en palmes de cocotier, ce fut Fatu Hiva. Alors que l'aube blanchissait, Atanua fit part de son inquiétude à Oatea car la maison devait être achevée avant le jour, et ce fut Tahuata, l'île le plus à l'est.. Lorsque le chant de l'oiseau du matin se fit entendre, la maison était terminée, Oatea avait jeté dans une fosse tous les débris de la construction, et ce fut Ua Huka, l'île où il y a tout..

 

Mar201

 

C'est ainsi que, selon la légende, les Dieux fondateurs créèrent ces îles, Te Henua Enana, 'la Terre des Hommes'. que l'on appelle aujourd'hui Marquises depuis qu'en 1595 un navigateur espagnol, du nom de Alvaro de Mendaña, les baptisa de la sorte en l'honneur de son protecteur, vice-roi du Pérou et de surcroît marquis..

 

Tropical paradise 2

 

Pour le cas, ô combien improbable, où vous penseriez que les Marquises ressemblent à çà, vous auriez vraiment tout faux. Les Marquises sont âpres et rudes, toutes en falaises, murailles, aiguilles, crevasses, vallées profondes et isolées.

 

Mar8

 

Ici, pas de lagon protecteur, la mer, souvent forte, vire au bleu noir et les amoncellements basaltiques plongent à pic dans l'eau profonde sous un ciel qui n'évoque pas toujours le bleu éclatant des mers du sud. 

 

Sud15

 

Il y a déjà bien longtemps, dans les années 80, j'étais arrivé aux Marquises par le petit avion qui dessert l'archipel depuis Tahiti - à quelques 1500 kms tout de même. Il était occupé majoritairement par des marquisiens revenant au pays avec tout le bric-à-brac domestique acheté à Papeete et qu'il est impossible de trouver localement.

Ce fut bien la seule et unique fois où j'ai pu voir une chèvre trottiner dans l'allée centrale du bimoteur et, malheureusement, elle ne distribuait pas de boissons fraîches !!

 

Sud45

 

Juste avant d'atterrir à l'aéroport 'Nuku Ataha', sur la grande île-préfecture de Nuku Hiva, l'avion passa au dessus d'une crique où l'on voyait distinctement les débris éparpillés de l'aéronef qui s'était craché là une semaine auparavant.

Bienvenue aux Marquises !! 

 

Sud69

 

Le minuscule aéroport de Nuku Hiva est situé sur une hauteur, à l'ouest de l'île, au milieu de nulle part, dans une région qu'on appelle 'Terre déserte' et qui mérite bien son nom, visiblement le seul endroit de l'île où l'on peut décemment poser un avion. A cette époque, la route goudronnée qui relie à présent l'aéroport à la capitale administrative en passant par les crêtes n'existait pas. Il fallait grimper dans une fourgonnette brinquebalante qui, par des lacets vertigineux, descendait jusqu'à l'embarcadère.où attendait la navette maritime pour Taiohae, capitale des Marquises. On était trop heureux d'apprendre alors que le chauffeur venait tout juste de signer avec le prêtre de sa paroisse, la 'Croix bleue', engagement 'sous le regard de Dieu', de ne pas boire d'alcool... tout au moins pendant la durée de l'engagement. Un réel soulagement !!

 

Sud12

 

Embarqués enfin à bord de la navette, on longeait la côte qui dévoilait le caractère altier et sauvage de ces îles du bout du monde, d'une beauté sévère, au relief tourmenté. Pas de plages en vue, pas d'habitations non plus. Un littoral inhospitalier et, en arrière-plan, des sommets se perdant dans les nuages.

 

Mar5

 

Un paysage qui laissait une impression de totale liberté, renforcée par la vision fugitive de chevaux sauvages que l'on distinguait parfois galopant sur les hauteurs. Passé un certain cap, le navire se retrouvait en travers de la houle et il fallait se réfugier à l'intérieur sous peine d'arriver à destination trempés et dégoulinants.

 

Sud9

 

Enfin, le navire se présentait devant le quai de Taiohae. Je ne sais pas à quoi ressemble ce quai à présent mais on n'aurait pas vraiment songé alors à le comparer à un terminal ferry du port de Rotterdam. J'ose espérer toutefois qu'il n'a pas trop changé et que peut-être même on peut encore apercevoir à mi-hauteur, un troupeau de chèvres surveillant tranquillement l'accostage d'un oeil désabusé.

 

40

 

Une demi-heure ne s'était pas écoulée depuis le débarquement que je croisais des passagers du navire, transfigurés, tout à la joie de retrouver un mode de vie dont Tahiti, l"européenne", les avait cruellement privés.

 

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Décidément un autre monde....

 

à suivre..

Marquises (1)
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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 12:25

 

En Chine du Sud, le riz est la grande affaire. Comme on le récolte deux fois dans l'année, on a donc deux fois plus de chance, si l'on voyage aux confins du Guangxi et du Guizhou, de se retrouver à l'époque où, après battage, les grains sont mis à sécher au soleil partout où cela est humainement possible.

 

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C'est dans ces régions que, depuis des temps immémoriaux, les minorités Dong ou Yao cnt sculpté les montagnes en dessinant, au prix d'un labeur acharné, des rizières en terrasse que l'on désigne aussi sous le nom évocateur d'écailles de dragon.

 

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On peut bien sûr préférer la saison où, les rizières étant mises en eau, la lumière s'y reflète en un miroir étincelant, mais les ondulations du riz mûr dans les brumes de l'automne et les lointains bleutés ont aussi leur charme.

 

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Les femmes sont donc venues couper les gerbes à grands renforts de faucilles.

 

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Tondus de leur paille et de leur grain, les champs dessinent alors une bien étrange géométrie.

 

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Avant battage, les gerbes sont mises à sécher dans les champs, semblables aux tentes d'une armée attendant  la bataille.

 

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La vraie bataille, ce sera en fait le séchage des grains, de ce riz paddy encore trop humide pour être ensuite conservé dans de bonnes conditions.

 

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Vu de loin, on distingue sur la place du village d'intrigantes taches claires.

 

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Vu de près, on comprend que la moindre surface plane au sol a été mise à profit pour sécher le riz.

 

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Que ce soit à même le sol, en terre battue ou en ciment, sur des nattes ou des bâches plastiques, les grains ont été étalés.

 

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Les chemins, les ruelles, les places, les ponts, tout ce qui est plan et sec est mis à profit. On chemine en zigzag entre des parterres de grains.

 

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On prétend même, lorsque le mauvais temps menace que des routes peuvent être coupées ou des pistes d'aéroports neutralisées pour permettre à la précieuse manne d'atteindre à temps son taux d'humidité optimum

 

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C'est que la chose est moins simple qu'il n'y paraît car, contrairement à ce que l'on pourrait croire, le séchage au soleil direct élève trop vite la température des grains qui risquent de se briser et d'être ensuite impropres à la consommation.

 

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Alors, inlassablement, on trie et on ratisse pour abaisser la température des grains.

 

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Penchés, courbés, accroupis, devant la maison, dans la cour, sur le toit, on répète patiemment les mêmes gestes, minutieux, avec un infini respect pour ce trésor de la terre qui de tout temps a assuré la survie des hommes.

 

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Pour faire bonne mesure, des gerbes entières non battues sont aussi mises à sécher sur le devant des maisons de bois, ajoutant encore au pittoresque de ces villages si prisés des touristes.

 

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On peut même, avec un peu de chance, saisir sur un seul cliché le séchage simultané des gerbes de riz et des fameuses teintures indigo, couleur traditionnelle du vêtement de la minorité Dong !

 

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La modernité atteindra probablement bientôt ces villages. Leurs habitants y gagneront sans doute une vie moins dure mais peut-être aussi y perdront-ils un peu leur âme.

 

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Si d'aventure vous passez par ces régions où les jolis ponts du Vent et de la Pluie agrémentent un stupéfiant paysage de rizières miroitantes, ayez une pensée pour le labeur têtu et minutieux que la culture traditionnelle du riz représente.

Vous n'en verrez peut-être que le côté photogénique, mais la vieille dame sur le pas de sa porte qui mange pensivement son petit bol de riz sait, elle, ce qu'il en a coûté d'efforts pour parvenir à ce simple geste si familier.

 

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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 18:20

Tout a commencé par un matin brumeux.

 

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On ne distinguait en premier plan qu'une fine dentelle de feuilles dessinée par la végétation tropicale. Je sentais pourtant qu'ils étaient là, invisibles dans le brouillard épais.

 

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Doucement, le voile a commencé à se dissoudre et le premier d'entre eux est apparu, semblable à un fantôme bleuté..

 

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Puis, tel un rideau de scène, l'horizon s'est élargi d'un coup dévoilant la petite ville de Yangshuo sertie dans son écrin de géants opalescents qui donnaient curieusement l'impression de veiller sur elle.

 

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Colosses débonnaires émergeant de la brume, ils semblaient considérer avec une affection curieuse ces fourmis humaines s'agitant à leurs pieds dans la petite ville cernée de toutes parts par ces sentinelles de pierre.

 

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Village devenu ville, Yangshuo s''étire paresseusement le long de la jolie rivière Li, dans cette région du Guangxi, dans le sud-ouest de la Chine, rendue mondialement célèbre par l'étrange beauté de ses paysages.

 

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Où que l'on se trouve en ville ou dans les environs, il n'est pas un endroit où l'horizon ne révèle la présence attentive des géants bleutés aux formes irréelles.

 

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Dans le centre ville même, ils ne rechignent pas à l'occasion à se mirer dans l'eau d'un canal.

 

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Lorsque l'invasion touristique devient par trop flagrante, on peut cependant percevoir en y prêtant attention, un certain agacement de leur part.

 

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Le doigt pointé de l'un de ces colosses pourrait-il être interprété comme un avertissement ?

 

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Nés il y a quelques 200 millions d'années de la grande convulsion himalayenne et souvent désignés sous le vocable de 'pains de sucre', ce sont en réalité des karst. Entre soulèvements et affleurements, l'intense érosion des roches en climat subtropical humide à fortes pluies de mousson a entraîné la dissolution des calcaires et créé ces paysages fantomatiques de tours et de cônes, de buttes arrondies et de pitons aux versants acérés et aux pentes improbables.

 

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Une relation d'affection a très tôt lié ces témoins de la frénésie géologique aux habitants de cette région restée longtemps isolée. Il n'en est pour preuve que les noms évocateurs attribués aux plus belles formations bordant la rivière : Grand -Père regardant une Pomme, le Lion montant la colline des Cind Doigts, les Huit Surnaturels traversant la rivière, le Lion qui regarde la colline de la Fresque des Neuf Chevaux etc.. etc..

 

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Il faut croire que, flattés par ces désignations avantageuses, les karst ont décidé en retour d'offrir à leurs admirateurs un spectacle grandiose. Lorsque le temps est clair, ils dévoilent au crépuscule une envoûtante féerie.

 

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Yangshuo s'endort alors dans la magie de couchers de soleil fulgurants.

 

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La nuit venue, les karst renaîtront une fois encore à la lumière, cette fois artificielle, du féérique spectacle évoquant la fuite en radeau sur la rivière de la chanteuse Liu Sanjie.

 

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Dans la fantasmagorie des projecteurs et des fumigènes, la lune semblera se poser sur le miroir des eaux.

 

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Le lendemain, les rives de la Li retrouveront leur agitation coutumière.

 

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Avant de regagner leurs mégapoles bétonnées et trépidantes,  les jeunes couples en week-end dans la Chine profonde contempleront une dernière fois ce paysage magique si éloigné des complexes urbains tentaculaires, chaotiques et pollués dans lesquels ils vivent.

 

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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 15:15

Marchés d'ailleurs' , 'marchands de couleurs', la rime est bien sûr tentante, car pour  le photographe avide de sensations chromatiques les marchés exotiques sont une bénédiction.

 

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Au rayon alimentation, les fruits et légumes tropicaux sont alignés pour une parade aussi colorée qu'éphémère.

 

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Ils ont des noms qui font rêver, caramboles, corossols, sapotilles, papayes, goyaves, jujubes, mangoustans et autres ramboutans, sans parler des fruits du dragon qui ressemblent au toit des pagodes chinoises ou des jacquiers dont la peau n'est pas sans rappeler la carapace des dinosaures.

 

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Les légumes quant à eux ne sont pas en reste; qui rivalisent de couleurs acides propres à faire saliver le chaland.

 

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Nul besoin de préciser que du côté des épices, poudres et condiments divers, couleur et saveur se mêlent en un enivrant et étourdissant tourbillon.

 

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L'infinie variété des pharmacopées locales ne laisse pas de surprendre et on se perd souvent en conjectures sur la nature et l'utilisation de plantes aux formes improbables.

 

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Mais c'est peut-être dans le marché aux poissons que la couleur émeut, là où de splendides specimens de la faune coralienne jettent leurs derniers feux dans une agonie multicolore.

 

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Il ne faudrait cependant pas croire que seul, le secteur alimentation détient le monopole de la couleur. Les textiles aussi participent à la fête et il suffit de contempler les amoncellements de laines et tissus en tous genres pour constater que la couleur est ici encore la reine des étals.

 

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Il n"est pas jusqu'aux chapeaux, les fameux panamas, qui obéissent à la règle et se parent d'une palette à rendre jaloux le peintre le plus inspiré.

 

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Que dire alors des petits sujets en balsa si prisés des touristes ?

 

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Grisés par cette explosion colorée, nous en arriverions presque à oublier les gens qui, marchands ou acheteurs, sont l'âme de ces lieux d'échange. Ce sont eux qui donnent vie à ces marchés que nous qualifions volontiers de 'typiques' ou d'exotiques'. Alors, pourquoi ne pas leur rendre un petit peu hommage ?

 

Market 2

 

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Market 3

 

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Child of Lombok

 

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Et peut-être qu'un jour, dans le dédale des allées, au beau milieu de la foule, étourdi de bruit, de chaleur, d'odeurs, d'impressions fugaces et de sons inconnus, il vous arrivera, ne serait-ce qu'un infime instant, de croiser, dans un rai de lumière, un regard qui ravivera pour vous à jamais le souvenir de ces lieux fascinants.

 

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Dans leur grande majorité ces photos ont été prises sur des marchés de Thaïlande. Les autres photos concernent des marchés de Birmanie, du Laos, de Lombok et d'Equateur. Les photos de poissons ont été prises sur le marché d'Apia, aux Samoa Occidentales.

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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 12:45

 

En Equateur, dans la charmante ville de Cuenca, inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco pour la richesse de son patrimoine artistique et culturel, le Musée des Cultures Aborigènes, situé au coeur du quartier historique, abrite une importante collection d'objets illustrant la diversité des cultures du pays, depuis la préhistoire jusqu'au début du XVIème siècle, avant donc l'arrivée des espagnols. C'est surtout dans la période allant de 500 avant JC à 500 après JC que ce sont développées dans la région des cultures aux réalisations artistiques particulièrement abouties.

 

le penseur, culture Jama Coaque

 

'El Pensador', le Penseur, est une oeuvre-phare représentative de cette période, saisie par le sculpteur dans une attitude que n'aurait pas reniée Rodin s'il avait vécu il y a 2000 ans.

 

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agriculteur, culture Jama Coaque

 

Shamans, chasseurs, agriculteurs, musiciens, se pressent dans les vitrines, saisis dans une attitude hiératique ou en mouvement, témoins émouvants des civilisations qui peuplèrent ces contrées andines il y a bien longtemps.. 

 

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personnage debout, culture Jama Coaque

 

En parcourant les salles de ce fascinant musée, on ne peut que remarquer le nombre impressionnant de récipients de toutes sortes, pots, vases, bassins, jarres, bouteilles, marmites, coupes et coupelles, cruches et cruchons, habilement décorés et peints de couleurs vives, qui témoignent de l'importance donnée à ces contenants en des temps où la conservation des aliments était gage de survie pour le groupe. .

 

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détail d'une jarre, culture Tacalshapa

 

Plusieurs de ces ustensiles présentent des traces de suie, preuve d'une longue utilisation domestique, mais ce qui frappe le plus c'est le fait que beaucoup d'entre eux sont décorés de visages humains avec parfois l'addition de petites têtes d'enfants, probablement symbole de fertilité.

 

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détail de la partie supérieure d'une jarre, culture Tacalshapa.

 

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partie supérieure d'une jarre, culture Puruhá

 

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une marmite qui aurait pu inspirer les potiers de Vallauris, culture Tacalshapa

 

L'impression est saisissante, comme si, au delà des siècles, ces objets du quotidien dévisageaient le visiteur.

 

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jarre à visage humain, culture Tacalshapa

 

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récipient à visage souriant, culture Puruhá

 

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partie supérieure d'une jarre, culture Tacalshapa

 

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détail d'une poterie, culture Cashaloma

 

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récipient à visage, culture Puruhá

 

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poterie-personnage, culture Tacalshapa

 

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récipient à visage, culture Puruhá

 

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jarre-personnage, culture Tacalshapa

 

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détail d'une poterie à décor polychrome, culture Puruhá

 

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verre en forme de personnage assis, culture Manteña

 

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verre en forme de personnage assis, culture Manteña

 

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poterie-visage, culture de la région orientale

 

Les poteries n'étaient en fait bien souvent que le seul mobilier de leurs propriétaires, d'où leur importance, mais surtout elles avaient fréquemment un rôle  lié à des pratiques shamaniques, servant à la préparation de boissons servies à l'occasion de cérémonies rituelles, revêtant ainsi un caractère sacré.

 

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bouteille-sculpture, période formative

 

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marmite de sorcier, culture Bahia

 

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jarre sculptée, culture Manteña

 

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encensoir, culture Manteña

 

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verre à visage, culture Cashaloma

 

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récipient figurant un joueur de flûte de Pan, culture Cashaloma

 

Anthropomorphes ou zoomorphes, comme les décrivent doctement les petits cartons explicatifs placés dans les vitrines, les poteries peuvent aussi revêtir l'aspect d'animaux mythiques ou même prendre la forme d'objets inattendus, vraisemblablement liés à des rites initiatiques.

 

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poterie-oiseau, période formative

 

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verseuse avec personnage mythique, culture Bahia

 

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récipient rn forme de tête d'animal, culture Cashaloma

 

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bouteille avec singe, période formative

 

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urne en forme de félin, période formative

 

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vase zoomorphe, culture Manteña

 

Dans la première moitié du XVème siècle de notre ère, ces cultures encore si mal connues disparurent brutalement sous le joug de l'expansion Inca. Puis vinrent les espagnols et la suite est bien connue. Ces étranges ustensiles continuent pourtant à nous lancer des interrogations muettes auxquelles nous serions bien en peine de répondre.

 

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vue de Cuenca depuis la fenêtre d'un céramiste

 

Aujourd'hui, les céramistes ne dessinent plus de visages sur les flancs rebondis des jarres, mais, alors que derrière la vitre, la jolie ville-musée s'étire voluptueusement dans son écrin de montagnes, alignées sur le rebord de la fenêtre, les créations contemporaines témoignent du merveilleux savoir-faire hérité de lointains ancêtres, ceux-là même qui recherchaient la protection des dieux en modelant la terre à leur image.

 

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A Cuenca, les poteries ont un visage.
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