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19 mars 2016 6 19 /03 /mars /2016 22:10

 

Je m'en vais vous conter une histoire à laquelle il vous sera peut-être difficile d'adhérer.

Il était une fois une dame caïman - une caïmane si vous préférez - qui était tombée amoureuse d'un beau cheval blanc.

Tout à fait abracadabrantesque, penserez-vous.

Je vous rétorquerai qu'il n'y a pas si longtemps de cela, vous aviez fini par admettre qu'en dépit des difficultés, un petit oiseau et un petit poisson pouvaient fort bien s'aimer d'amour tendre.

 

Patrick O'Reilly - 'Chacun y trouve son compte' bronze - 2003

 

Alors, pourquoi pas une caïmane et un beau cheval blanc ?

La scène se passe au Brésil, dans le Pantanal, une immense zone inondable, grande comme la Belgique et plate comme une galette, qui se trouve dans le centre/sud-ouest du pays, à la limite de la Bolivie et du Paraguay.

 

 

 

Pendant 4 à 6 mois de l'année, durant la saison des pluies, les fleuves, notamment le rio Cuiaba et le rio Paraguay, débordent.

Le Pantanal est alors complétement noyé sous les eaux,

C'est la plus grande zone humide de la planète, et y parvenir à cette époque, ou immédiatement après, n'est pas une mince affaire.

 

 

 

Si toutefois vous parvenez à destination, vos yeux émerveillés découvrent un paradis originel, une extraordinaire réserve de flore et de faune sauvage que l'on a parfois surnommée :

le 'diamant vert du Brésil'

 

photo mauriciotravels.com

 

 

Pour ne parler que de la faune, songez que pas moins de 650 espèces d'oiseaux ont été répertoriées là,

Une liste, même incomplète, des innombrables espèces animales, allant du minuscule moustique au jaguar, qui ont élu domicile dans ce marécage géant, prendrait des pages et des pages..

Il convient tout de même de préciser que la probabilité de rencontrer un moustique est infiniment supérieure à celle de se trouver nez à nez avec un jaguar.

On peut très bien passer une vie entière dans le Pantanal sans apercevoir ne serait-ce que l'ombre de la moustache de ce noble félin.

 

                                                                                                                     ara bleu

 

                                                                                                                                                                                               tapir

 

                                                                                                                                                                                         capivara

 

Mais notre propos n'étant pas de parler des tapirs, tamanoirs, paresseux, capivaras, loutres géantes, anacondas et autres singes hurleurs qui peuplent ce paradis perdu, revenons donc à notre surprenante histoire.

Quand l'eau commence à transformer les prairies en lacs et que la décomposition des organismes végétaux donne aux marigots une étrange coloration rougeâtre, il y a deux catégories d'animaux qui deviennent incontournables dans le Pantanal :

les chevaux et les caîmans

 

 

 

 

Dans ce monde où l'on ne sait plus très bien où commence l'eau et où finit la terre, le cheval -  mis à part le bateau bien sûr - demeure le moyen de locomotion le plus commode.

Il n'est pas rare de rencontrer en chemin, les pantaneiros qui accompagnent leurs troupeaux, véritables centaures qui semblent ne faire qu'un avec leurs montures.

 

,  

 

 

photo wwf.org.br

 

Quant aux caïmans, on ne peut pas les manquer, ils sont partout !

Alors qu'en saison séche ils s'enterrent dans la boue pour noyer leur chagrin, dès qu'arrive la saison des pluies, ils ne se sentent plus de joie et envahissent allégrement cet immense et providentiel terrain de chasse. 

 

 

 

Les caïmans du Pantanal n'ont rien de commun avec leurs cousins les crocos africains, ces gros monstres qui passent le plus clair de leur temps la gueule ouverte, à attendre qu'un oiseau obligeant ait la bonté de venir leur nettoyer les crocs.

 

photo DDEA EDO photography

 

A côté de ces rescapés de la préhistoire, dans le gotha des sauriens, les caïmans font figure d'aristocrates, plus fins, plus racés, plus subtils, avec ce soupçon d'ironie qui leur donne l'air en permanence de se moquer du monde.

 

photo intolatinamerica.com

 

Ils ne sont que modérément dangereux pour l'homme, étant entendu qu'il est préférable que les jeunes enfants ne prennent pas la berge pour un terrain de jeux.

Le Pantanal n'est pas vraiment fait pour les petits enfants. mais qui aurait d'ailleurs l'idée saugrenue d'ouvrir une garderie au coeur du Pantanal ?

La nourriture favorite des caïmans, ce sont les piranhas.

Personne à ce jour n'a exprimé la moindre plainte à ce sujet. 

 

 

photo intolatinamerica.com

 

Deux espèces de caïmans fréquentent assidument le Pantanal, 

Il y a les caïmans à lunettes. Ils sont ainsi nommés, non parce que leur vue déficiente les oblige à porter cet accessoire, mais en raison d'une protubérance osseuse entre les yeux qui évoque vaguement la forme d'une monture.

Leurs proches parents, les jacaré, ont les dents du dessous qui ressortent lorsqu'ils ont la gueule fermée.

On les surnomme caïmans piranhas, c'est tout dire ! 

 

 

Le décor étant posé et les acteurs étant en place, il serait peut-être temps à présent d'en arriver à notre histoire de passion entre une dame caïman et un beau cheval blanc.

Mais voici que tout à coup la nuit tombe sur le Pantanal ...

 

photo tourisme-bresil.com

 

 

oooOOOooo

 

(photos de l'auteur, sauf indication contraire)

 

à suivre ...

Le Caïman amoureux (1)
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13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 23:52

 

Lorsqu'on descend le cours d'un fleuve et que l'on regarde la rive défiler lentement sous nos yeux, on a toujours l'impression que ce sont les berges qui glissent doucement, comme dans un film, alors que ce sont le fleuve et le bateau qui bougent.

Il nous semble que les gens sur la berge, les animaux, les maisons, les montagnes au loin se déplacent dans le sens contraire de notre marche, alors qu'ils sont immobiles.

En fait, ce sont les gens sur la berge, les animaux, les maisons, les montagnes au loin qui nous regardent passer.

Ils continueront à regarder le fleuve, même quand nous aurons disparu.

Nous aimerions aller à la rencontre de ces gens sur la berge, voir de près ces animaux, ces maisons, ces montagnes au loin, mais le fleuve ne s'arrête jamais. Il nous emporte et nous poursuivons inexorablement notre voyage.

 

La vidéo jointe déroule, au rythme lent du Fleuve, quelques souvenirs de beaux voyages effectués dans divers pays d'Afrique, d'Amérique et d'Asie.

 

" Tout ce que l'on voit passe avec le temps et rien de ce que nous voyons n'est stationnaire.

Le nom du Fleuve reste, mais l'eau s'est écoulée "   (Sénèque)

 

 

 

 

Au Fil du Fleuve
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Published by Jean-François - dans Photographie - Voyages
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9 mars 2016 3 09 /03 /mars /2016 18:37

 

Peut-être ne connaissez-vous pas les coatis ??

Ce sont de drôles de petits mammifères. Apparentés aux ratons-laveurs, mais plus gros, d'aspect plutôt sympathique, ils peuplent les forêts l'Amérique centrale ainsi que la partie tropicale de l'Amérique du Sud.

Certains ont un joli pelage roux et une belle queue annelée. Tous possèdent un long nez à la Pinocchio terminé par une sorte de trompe perpétuellement en mouvement. Les scientifiques les désignent sous le vocable de 'nusa nusa', ce qui convient parfaitement à ce grand renifleur devant l'éternel.

 

                 photo wikipedia.org  

                                   

Les coatis sont insectivores, frugivores, carnivores à l'occasion, omnivores en somme  : de vrais goinfres !

Fouisseurs, fouineurs, fureteurs, chapardeurs, ce sont de fieffés coquins qui n'ont pas leur pareil pour dévaliser d'un coup de patte le contenu du sac d'un touriste.

Ajoutez à cela qu'ils sont d'un naturel généralement agressif et querelleur. Les ratons-laveurs eux-mêmes, qui n'ont pourtant pas la réputation d'être particulièrement lymphatiques, leur cédent prudemment le passage s'ils viennent à les rencontrer en forêt.

 

photo wikipedia.org

 

A l'état sauvage, on ne peut apercevoir les coatis que furtivement. Ils courent toujours en bandes organisées à la recherche de nourriture, ou vers Dieu sait quelle destination, 

Celui qui nous intéresse, appelons-le Diego pour le reconnaître plus facilement, habite avec ses congénères dans le Parc National d'Iguaçu au sud-est du Brésil, que se partagent le Brésil et l'Argentine ( les argentins l'écrivent Iguazu ).

Le Parc est mondialement célèbre et attire chaque année des millions de visiteurs, car il abrite, dans un cadre somptueux de forêt tropicale humide, l'une des sept Merveilles de la Nature, les plus belles chutes d'eau qu'il soit donné de contempler sur Terre, les plus grandes, les plus majestueuses, devant lesquelles on reste saisi d'admiration :

 

les chutes d'Iguaçu.

 

 

 

photo cityzeum.com

 

 

photo wikipedia.org

 

Un total de 275 cataractes sur un front de 3 kilomètres, auprès desquelles les chutes du Niagara font figure de cabine de douche.

On imagine sans peine l'attraction que représente pour les visiteurs venus des quatre coins du monde la contemplation d'une telle merveille. Mais c'est là justement que réside le problème de nos chers coatis.

Ils se sont tellement habitués à la présence quotidienne de milliers de touristes qu'ils en ont oublié leurs saines pratiques alimentaires et en sont réduits à faire le beau devant les visiteurs attendris - quelle honte - afin d'obtenir quelque friandise et se faire photographier dans cette indécente attitude.

 

photo tripadvisor.com

 

Diego, lui, n'a que mépris pour les membres de sa tribu qui se livrent à ces exhibitions qu'il juge indignes, et maugrée contre ces amuseurs publics devenus esclaves de leur insatiable appétit.

Il préfère de beaucoup laisser là ces clowns impudiques et profiter des précieux moments où l'afflux touristique se raréfie pour trottiner le nez au vent sur les passerelles et chemins panoramiques qui bordent les chutes.

 

 

Son plus grand plaisir est alors de sentir au bout de son museau le goût des embruns qui montent en permanence des cascades assourdissantes et d'observer l'extraordinaire spectacle qu'offre le jeu, sans cesse renouvelé et toujours imprévisible, auquel se livrent la lumière et l'eau dans les transparences de ces déversements titanesques.

 

 

 

 

 

Quiconque parcourt les sentiers du Parc ressent tôt ou tard l'impression d'être assimilé à une espèce florale, tant sont nombreux les papillons de toutes les couleurs qui viennent voleter autour de soi et souvent se poser sur l'épaule ou la tête.

Il y a parait-il plus de 400 espèces différentes dans le parc et Diego aime bien les regarder, sans arrière-pensée gustative cette fois, car ils ne constituent pas à dire vrai un mets bien consistant.

 

 

Agraulis vanillae maculosa - photo Mauricio Skrock

 

Diaethria clymena marchalii - photo MauricioSkrock

 

J'ai oublié de vous dire que les coatis sont arboricoles. Ils grimpent dans les arbres avec une incroyable agilité et peuvent en redescendre accrochés au tronc la tête en bas, ce qui leur est rendu possible grâce à la facilité qui leur a été accordée de pouvoir effectuer une rotation quasi complète des chevilles. De quoi rendre jaloux un gymnaste de haut-niveau !

Une fois installé dans la frondaison, Diego peut bénéficier à loisir du panorama grandiose offert par la succession des chutes... sans omettre, l'occasion aidant,  de gober un oeuf au passage.

 

photo tripadvisor.com

 

 

 

 

Dans son arbre perché, il se souvient que, tel un oisillon, il a passé les six premières semaines de son existence dans un nid douillet haut-perché, construit amoureusement par sa maman.

 

photo treeoflifecostarica.com

 

Il peut alors rêver qu'il a des ailes et qu'il plane très haut au-dessus de ce site majestueux brusquement surgi au coeur de la dense forêt tropicale.

 

 

 

 

Ce soir, alors que les dernières lueurs du jour embraseront les eaux du fleuve en amont des chutes, et que la nuit surviendra très vite, comme il se doit sous les tropiques, Diego s'en ira rejoindre ses copains pour une folle sarabande nocturne dans les sentiers que les touristes auront désertés.

 

 

photo ambergriscaye.com

 

Non contents d'être tout à la fois arboricoles, acrobates, omnivores, querelleurs et saltimbanques, les coatis mènent aussi une double vie, diurne et nocturne !

Décidément de drôles d'animaux, ne trouvez-vous pas ??

 

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Les photos de cette inhabituelle façon de présenter le site des chutes d'Iguaçu sont, sauf indication contraire, de l'auteur.

Les Coatis du Parc d'Iguaçu
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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 14:20

 

Ceci est la réédition, sous la forme cette fois d'un clip vidéo, d'un article publié à la fin 2012 en hommage au grand Jacques et à son inoubliable chanson :

 

'Les Marquises'.

 

Quelques photos d'un voyage, maintenant lointain, dans ces îles lointaines, servent de toile de fond aux paroles du chanteur-poète.

 

Quiconque a eu un jour la chance de parcourir ces îles à la fois douces et tourmentées, rudes et indolentes, en conserve à jamais le souvenir ému.

 

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La diffusion de cette vidéo ayant été apparemment bloquée par des distributeurs ayants-droit, je ne peux qu'inviter les éventuels visiteurs qui seraient intéressés à se reporter à mon précédent article sur ce sujet, à l'adresse suivante :  

 

http://memoirederivages.over-blog.com/article-marquises-3-113088701.html

 

Ils y retrouveront les photos accompagnant - silencieusement - le merveilleux texte de Jacques Brel .

Y est jointe une vidéo trouvée sur le net, dont les images ont eu la chance de pouvoir servir de toile de fond à la voix si émouvante de l'artiste. 

Marquises - Hommage à Jacques Brel
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27 février 2016 6 27 /02 /février /2016 20:30

 

Si je vous disais que les barques des pêcheurs préfèrent rester au port plutôt que de sortir en mer, vous auriez, je pense, bien du mal à me croire.

 

 

Après tout, direz-vous, elles sont faites pour danser sur les flots. Elles ont été construites pour cela, pas pour se balancer mollement sur le miroir d'un bassin portuaire.

 

 

Je ne parle pas, bien évidemment, des jours où la mer gronde et blanchit, et envoie sa cavalerie de vagues écumantes exploser en charges obstinées contre la digue.

Non, je parle de ces journées tranquilles où la respiration de la mer est à peine perceptible et où elle semble effleurer le rivage d'une caresse alanguie.

 

 

C'est que, si l'on prend la peine d'y penser, la vie d'une barque de pêche est d'une monotonie désespérante et c'est sans doute pour cela qu'on les peint de vives couleurs pour leur donner du coeur à l'ouvrage.

 

 

Car c'est tous les jours la même chose.

Elles partent au crépuscule, chargées de tout un fatras de filets, de bouées, d'ancres, de rames, de fanaux, de bidons et de cageots.

 

 

 

Elles passent toute la nuit à se balancer sur l'eau noire et reviennent au petit matin, poisseuses et transies, chargées en plus, si la pêche a été bonne, de bacs remplis de poissons à l'oeil chaviré.

 

 

Bien sûr, la nuit, vu de la côte, c'est joli. Avec leurs lamparos allumés, on croirait un ballet de lucioles.

Mais, croyez-moi, c'est tout de même au port qu'elles sont le plus heureuses car, à peine le déchargement terminé, elles ont droit à une bonne douche, et on les laisse enfin en paix pour le restant de la journée.

 

 

Elles peuvent alors discuter entre copines, se pousser de la quille, comparer leurs équipements et parader devant les badauds.

 

 

Elles se raconteront, encore et encore, l'histoire de ce pêcheur indigne qui, la nuit venue, chargeait discrétement sur sa barque les poissons de son congélateur, pour les revendre à prix d'or au petit matin, aux touristes gogos levés dès potron minet pour bénéficier de la marée du jour.

Et puis, il y a leurs amis les oiseaux...

 

 

 

 

Et les chats, les chats surtout.

 

 

De tous temps, les chats ont entretenu avec les barques une relation confiante et amicale, peut-être à cause de leurs flancs rebondis et confortables, peut-être aussi parce que, dans leur sommeil, les narines délicates des félins leur rappelent de somptueux festins de poissons à la chair tendre et délicieuse.

 

 

Mais, paradoxalement, ce sont les tempêtes hivernales que les barques apprécient le plus. Comme il est hors de question de sortir dans une mer déchaînée, les barques sont bichonnées, hissées à terre et recouvertes d'une bâche pour les protéger de l'humidité.

Elles peuvent alors passer des nuits entières à dormir, serrées les unes contre les autres, et rêver qu'elles dansent la barcarole dans des lagons turquoise.

 

 

 

 

Le bonheur ... enfin !

 

 

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Toutes les photos ont été prises par l'auteur sur la côte ligure.

Les Barques
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Published by Jean-François - dans Photographie - Mer - Italie
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23 février 2016 2 23 /02 /février /2016 11:33

 

C'est en 1871, à l'âge de dix-sept ans, que Rimbaud écrivit ce que d'aucuns considèrent comme le plus beau poème de la langue française :

 

Le Bateau Ivre

 

Il y a un peu plus d'un an, j'avais tenté dans ce blog, au travers d'oeuvres d'artistes et d'images diverses, d'illustrer ce monument de la littérature.

Je réitère, cette fois sous la forme d'un essai de clip vidéo censé 'dynamiser' quelque peu le défilé des images d'un article de blog.

Il y est toujours beaucoup fait appel aux oeuvres du peintre expressionniste allemand Emil Nolde (1867 - 1956) qui semblent si parfaitement traduire les fulgurances colorées du poème.

 

Ont également et involontairement contribué à l'illustration de la vidéo :

 

- un artiste Cheyenne anonyme,

- François Truffaut (Antoine courant sur la plage dans les 'Quatre Cents coups'),

- Winslow Homer,

- Catherine Van Den Steen,

- Bill Viola (les noyés et les phosphores jaunes et bleus sont extraits de ses vidéos),

- Ferdinand Hodler,

- le Douanier Rousseau,

- Jean-Michel Othoniel,

- Zeng Fanzhi,

- Jean-Christophe Lerouge (le portrait d'Arthur Rimbaud).

 

Les autres images sont, pour partie, des photos-souvenirs de lointains voyages, avec l'adjonction de quelques photos trouvées sur le net.

L'accompagnement musical est l'aria des Bacchianas Brasileiras n°5 d'Heitor Villa-Lobos, interprété par Victoria De Los Angeles.

 

Sur un mur de l'Hôtel des Impôts, rue Férou à Paris, l'artiste néerlandais Jan Willem Bruins a gravé l'intégralité des 25 quatrains du 'Bateau Ivre', à proximité de l'endroit où le jeune poète présenta son oeuvre pour la première fois à une réunion des 'Vilains Bonshommes'.

Il faut le lire de la droite vers la gauche, dans le sens du méchant vent qui soufflait, dit-on, depuis la place Saint-Sulpice.

 

Beaucoup de chanteurs, d'acteurs, de comédiens ont interprété ou récité  le Bateau Ivre, sans jamais cependant faire oublier la fougueuse et passionnée version qu'en offrit le regretté Léo Ferré en 1983.

 

 

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Le Bateau Ivre
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19 février 2016 5 19 /02 /février /2016 12:34

 

Dans une vitrine - j'allais dire un aquarium - du musée Guimet à Paris, on peut contempler de bien étranges poissons au museau pointu.

 

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Ils sont très vieux.

Ils ont l'âge de la petite danseuse chinoise de mon dernier article :

Vingt siècles !

 

 

Ils sont en verre soufflé.

Les spécialistes les décrivent sous le vocable de 'flacons icthyomorphes', un nom lourd à porter pour ces petites créations si fragiles et si légères qu'on peut les voir trembloter lorsqu'un visiteur curieux s'approche de la vitrine.

 

 

Intrigué, vous vous approchez à votre tour pour découvrir la provenance de ces élégants et surprenants vestiges de l'antiquité, mais la lecture du petit carton explicatif vous laisse pantois :

Afghanistan

Begram

vallée de la Kapisa

Se peut-il vraiment que ces délicates sculptures de verre proviennent de cette vallée aux sublimes paysages, que l'on a qualifiée de maudite, où plus de cinquante militaires français trouvèrent la mort entre 2004 et 2014, et plus précisément de cette ville, Begram - on dit aussi Bagram -, rendue tristement célèbre par les effroyables exactions qu'y commirent des tortionnaires dans la prison locale ?

 

 

 

En 1937, quand Joseph et Marie-Alice Hackin, un couple d'archéologues français, mirent à jour ce que l'on devait appeler par la suite 'le trésor de Begram', ils pouvaient se promener tranquillement dans la vallée, à cheval ou en voiture, jouir de l'extraordinaire beauté des paysages et de la gentillesse proverbiale de ses habitants.

Ils devaient malheureusement disparaître tragiquement durant la Seconde Guerre Mondiale.

Aujourd'hui, des soldats surarmés, équipés comme des cosmonautes, patrouillent, la peur au ventre, dans les pauvres villages aux murs de terre craquelée qui s'alignent dans la vallée autrefois riante ...

 

 

Mais revenons à nos poissons.

Qu'est-ce au juste que le trésor de Begram ?

A dire vrai, on n'en sait trop rien. Les fouilles effectuées avant la guerre, mirent à jour un nombre impressionnant d'objets de grande qualité (souvent très endommagés car le plafond d'une salle s'était effondré) curieusement disposés par catégories, verrerie, terres cuites, ivoires, bronzes etc..d'où la conclusion qu'il pourrait s'agir du fonds de commerce d'un riche marchand dans ce lieu qui fut un carrefour d'échanges important entre Orient et Occident sur la route de la soie.

 

 

 

 

 

Ces objets raffinés ne sont pas de fabrication locale.

Ils proviennent d'Inde, de Chine, d'Asie centrale, de Perse, de Grèce ou de Rome.

L'origine des poissons est incertaine, sans doute proviennent-ils des confins du monde romain, et sont-ils de facture Scythe ou égyptienne ?

 

 

Il est sûr en tous cas que ces fragiles représentants du monde marin ont subi l'épreuve d'un dur périple avant de parvenir à Begram. Il leur a fallu traverser des déserts brûlents pour ensuite affronter les contreforts de l'HIndu Kouch où l'hiver, comme le notait Kipling, il fait un froid de chien et où les routes ne sont jamais plus larges que le dos de la main ..

 

 

Depuis Cyrus, Darius et Alexandre le Grand, bien des armées ont traversé ces vallées profondes de l'Est de l'Afghanistan, points de passage obligé sur le route de l'Orient.

Plus près de nous, les soviétiques ont érigé à Begram une base aérienne gigantesque, à laquelle devait succéder, quelques années plus tard une autre base, encore plus gigantesque, érigée cette fois par les américains ...

 

 

Mais alors, direz-vous, vos jolis poissons irisés qui tremblent dans leur vitrine, ils ne s'en sont pas si mal tirés après tout :

Ils ont été exfiltrés à temps, à la barbe des talibans, échappant ainsi à leur folie meurtrière.

Ils ont été amoureusement et minutieusement restaurés, bichonnés, rafistolés.

Ils auraient très bien pu subir le même sort que les malheureux bouddhas de Bamiyan.

Ils auraient pu - ce qui est un comble pour un poisson - périr noyés dans le ciment des bases aériennes.

Et la Syrie et l'Irak alors. N'est-ce pas bien pire ?

Et tous ces pays où l'on prie Dieu cinq fois par jour, mais que Dieu a sans doute oubliés !!!

 

 

Je regarde encore une fois ces antiques poissons de verre.

Ils proviennent d'une lointaine vallée où l'homme paraît bien petit confronté à la majesté de la Nature.

De leur bouche grande ouverte semble s'échapper un message que nous ne parvenons pas à entendre.

Je crois qu'ils tentent en vain de nous faire prendre conscience de la folie des hommes et de l'absurdité des guerres ....

 

 

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Les Poissons de Verre
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28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 11:28

 

Elle a la fragilité des rêves.

Un souffle la briserait.

Cela fait déjà plus de vingt siècles qu'elle danse.

 

 

Elle danse à la cour des Han.

Elle est au centre du Monde

Elle danse pour le Fils du Ciel, l'Empereur tout puissant.

 

 

Elle ne connait même pas son visage.

Nul n'est censé lever les yeux vers le souverain despotique et cruel.

 

 

Elle danse à l'occasion de fêtes somptueuses.

Une musique raffinée rythme le froissement des étoffes précieuses.

Et les riches tentures, les paravents, les boiseries luisantes dansent aussi à la lueur de milliers de flammes vacillantes.

 

 

Ses longues manches tournoient et dessinent les figures codifiées d'une chorégraphie savante et immuable.

 

 

Elle demeure dans le quartier des femmes du Palais Impérial.

Elle a appris que la vie n'y tient souvent qu'à un fil de soie et que les jalousies, les intrigues et les trahisons se dissimulent parfois sous un simple battement d'éventail.

 

 

Elle glisse à pas menus dans le labyrinthe des couloirs du palais, tout bruissants de chuchotements et de murmures.

Il lui faut respecter la hiérarchie complexe des courtisanes, concubines, favorites et princesses, des suivantes de l'Impératrice et s'assurer par dessus tout de ne pas déplaire à la redoutée Impératrice Douairière, la mère de l'Empereur.

 

 

Elle ne voit du monde extérieur que l'enchevêtrement sans fin des cours de l'immense Palais.

 

 

Ce n'est que subrepticement qu'elle apercoit le ciel entre les toits pentus des nombreux batiments de la Cité Impériale.

 

 

Elle ne connait des événements qui agitent l'Empire que les rumeurs qui parcourent, tels des courants d'air en hiver, le dédale des antichambres où se pressent courtisans et dignitaires.

La guerre, encore et toujours, contre les barbares du Nord, les vassaux rebelles ou les généraux félons.

 

 

C'est à peine si parviennent à ses oreilles les clameurs énormes qui saluent sur la Grand Place le retour des guerriers victorieux.

 

 

Alors, on organisera à nouveau une grande fête et la musique envahira les salles illuminées aux murs tapissés de soieries de couleurs vives.

 

.

 

Il y aura des bateleurs, des jongleurs, des acrobates, des cracheurs de feu, et la petite danseuse fera encore tournoyer gracieusement ses longues manches. 

 

 

Elle dansera et sa danse fera naître des éclats de feu dans le regard des dignitaires invités par le Souverain Tout-Puissant.

 

 

Peut-être songera-t-elle en dansant à la maison qui la vit naître, à sa lointaine province qu'elle ne reverra plus, où des écharpes de brume dissimulaient trop souvent les montagnes alentour.

 

.

 

Elle tournera et tournera encore, enroulée sur elle-même, jusqu'à perdre conscience du monde qui l'entoure...

 

 

Tant de siècles et tant d'empereurs se sont succédés depuis.

Dans une cour discrète du Palais où le chant des oiseaux est le seul bruit perceptible, des volutes d'encens s'élèvent d'un brûle-parfums.

 

 

Elles tournoient et s'enroulent doucement.

Se pourrait-il que l'âme de la petite danseuse habite toujours ces lieux ?

 

 

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Les photos de statuettes qui illustrent cet article ont été prises à l'occasion d'une visite à la très belle exposition "Splendeurs des Han" qui s'est tenue du 22/10/2014 au 02/03/2015 au Musée Guimet à Paris.

Les photos de lieux ont été prises à ll'intérieur de la Cité Interdite à Pékin.

Les portraits du Premier Empereur Qin, Qin Shi Huangdi, (celui de l'armée en terre cuite de Xian), et de Wu Di, (140 à 87 av JC) de la dynastie Han (considéré par beaucoup comme le plus grand Empereur Chinois) ont été trouvés sur le net.

A l'époque où l'Empire Céleste Han couvrait d'immenses territoires allant jusqu'à la Corée, très loin à l'ouest, l'Empire Romain à son apogée s'étendait de la Mésopotamie à l'Angleterre, mais il ignorait encore le papier, la manivelle, la roue hydraulique, la porcelaine ou la boussole dont les chinois, sous la dynastie Han, maitrisaient déjà l'usage.

 

La Petite Danseuse Chinoise
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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 22:34

 

Afin d'honorer mon admission dans la communauté 'Les Yeux ouverts', je vous propose la réédition d'un article publié il y a déjà près de cinq années, alors que la défunte et regrettée communauté 'Les Couleurs dans notre vie' existait encore.

Je pense que ce petit conte pourrait contribuer, certes bien modestement, à garder les yeux ouverts sur la beauté du monde, ce qui, il faut bien l'avouer par les temps qui courent, exige parfois une certaine dose d'optimisme.

 

 

C'était au temps du cinéma muet, des bus à impériale, des messieurs en gibus....

 

 

En ce temps là, le monde semblait n'exister qu'en noir et blanc

 

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Emile Friant - 'Les amoureux' - 1888, Musée des Beaux-Arts de Nancy

 

Seuls, les peintres, bénis des dieux,

avaient la faculté rare de restituer les couleurs de la vie.

 

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C'est alors que Kodak survint

et nos yeux étonnés purent enfin contempler la diversité colorée du monde.

 

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Les oranges redevinrent oranges,

 

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Les piments, verts,

 

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et les aubergines, violettes.

 

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Les fleurs retrouvaient leur splendeur

 

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et les couchers de soleil redevenaient magiques.

 

Gérard Fromanger - Corps à corps - bleu - Paris - Sienne

Gérard Fromanger - 'Corps à corps - bleu ' - Ctre G.Pompidou

 

Les artistes, quant à eux, s'en donnaient à coeur joie

 

Willem De Kooning - Sans Titre XX - 1976

Willem De Kooning - 'Sans Titre XX' - 1976- Ctre G.Pompidou

 

et traquaient sans répit l'âme des couleurs.

 

Kazuo Shiraga - 'Hika' - 1999 (det)

Détail d'une oeuvre de Kazuo Shiraga - 'Hika' - FIAC 1999

 

Lasses d'être ainsi torturées,

les couleurs décidèrent un beau jour de partir en guerre

contre l'ingratitude humaine.

 

Yayol Kusama - 'Infinity Dots ASNH' - 2010

Détail d'une oeuvre de Yuyol Kusama - 'Infinity Dots ASNH' FIAC 2010

 

Les jaunes formèrent des bataillons serrés.

 

Yayol Kusama - 'Universe AJKN' - 2010

Détail d'une oeuvre de Yuyol Kusama - 'Universe AJKN' - FIAC 2010

 

Les bleus s'organisèrent en escouades.

 

Tiger Balm dragon

Dragon à Hong-Kong

 

Les rouges élirent un vaillant chef de guerre.

 

Oyvind Fahlström - Green Power (det) - 1969

Détail d'une oeuvre de Oyvind Fahlström - 'Green Power' - 1969 - Ctre G.Pompidou

 

Les verts se rangèrent derrière un prophète inspiré.

 

Erro - Le Cri - 1967

Gudmundur Erro - 'Le Cri' - 1967 (d'après le tableau d'Edvard Munch)

 

La guerre bientôt fit rage

 

Alighiero Boetti - Aerei - 1989

Alighiero Boetti - 'Aerei' - 1989

 

Le conflit s'étendit aux quatre coins de la planète.

 

Kirsten Everberg - Falling Rocket - 2006

Kirsten Everberg - 'Falling Rocket- - FIAC 2006

 

Le monde ne fut bientôt plus qu'un vaste champ de ruines

 

Monory - 'Meurtre N° 9' - 1968

Jacques Monory - ' Meurtre n°9 ' - 1968 - Ctre G.Pompidou

 

et les traces des combats étaient partout visibles.

 

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Déjeuner de bonzes au Laos

 

Confronté à une situation apparemment sans issue,

un comité de sages se réunit

pour tenter de mettre un terme aux hostilités.

 

Nabil Nahas, 'Bolero' - 2003

Nabil Nahas - Bolero' - 2003

 

Il fut alors décidé de reconnaître l'indépendance des couleurs.

 

Jean-Michel Basquiat - Slave Auction - 1982

Jean-Michel Basquiat - 'Slave Auction' - 1982

 

Il ne serait jamais plus tenté à l'avenir

de les asservir pour quelque motif que ce soit.

 

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et c'est ainsi que les couleurs se réapproprièrent le monde

 

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et que tout un chacun put à nouveau jouir

de l'infinie beauté de ce qui nous entoure.

 

oooOOOooo

La révolte des couleurs
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1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 18:52

 

En rééditant, à l'occasion de ce tout début d'année, le conte que m'inspira, il y a déjà quelque temps, la découverte du portrait d'un très jeune gentlhomme anglais de la fin du XVIIIème siècle, George Thomas Staunton, je me propose.tout simplement de vous transporter, en compagnie d'un robinson du siècle des lumières, sur une île déserte perdue au beau milieu du grand océan.

Imaginez le bruit des vagues, le souffle chaud des alizés, le froissement des palmes et le cri des oiseaux marins. Vous y êtes déjà !

 

 

Sur le tableau, Thomas - appelons le ainsi pour faire simple - est représenté, comme il était d'usage à l'époque, désignant de son index pointé sur le globe terrestre, une destination qui pouvait être à la limite du monde connu mais sûrement pas hors de portée des rêves aventureux de l'intrépide jeune homme.

 

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Lorsqu'il embarqua, un beau matin de l'an de grâce 1792, sur un trois-mâts barque à destination des Indes Orientales, il est fort probable qu'il possédait déjà une certaine expérience maritime.

Peut-être même avait-il participé, en qualité de mousse à l'un de ces épouvantables combats navals qui opposaient alors les flottes des grandes nations européennes et que les peintres de la cour représentaient ensuite avec force détails terrifiants.

 

 

 

Il est en tous les cas certain que Thomas avait bel et bien le pied marin lorsque le navire appareilla et que les côtes de son Angleterre natale disparurent peu à peu à l'horizon.

En ce temps là les traversées étaient interminables et les conditions de vie à bord si rudes qu'elles avaient tôt fait d'endurcir les cadets les plus tendres.

 

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Mais le jeune Thomas ne se plaignait pas et s'émerveillait chaque jour un peu plus du fabuleux spectacle que lui offrait l'océan.

 

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La première partie du voyage se déroula le mieux du monde.

Il n'en fut pas de même quand, doublé le cap de Bonne Espérance, le navire s'engagea dans ce traître océan que l'on appelle Indien.

 

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Une horrible tempête secoua bientôt le navire. Des montagnes d'eau s'abattirent sur le pont du voilier qui, incapable de maintenir un cap dans ces conditions, finit par devenir le jouet des flots.

Lorsque les voiles se déchirèrent dans un craquement sinistre, chacun à bord ne put que recommander son âme à Dieu.

Pour le malheureux équipage, cet enfer parut durer un temps infini, puis il y eut un choc énorme et le navire s'enfonça irrémédiablement dans l'eau noire ...

 

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Quand Thomas ouvrit les yeux, il était allongé sur une plage de sable fin. Il avait dû rester bien longtemps inconscient car le hurlement du vent et le déchaînement des vagues avaient cédé la place au souffle régulier d'une mer turquoise qui venait doucement lécher un rivage d'un blanc immaculé. ,

 

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Aucune trace de présence humaine, C'était comme au premier matin du monde. Seuls, des vestiges blanchis d'arbres déracinés, témoins de fureurs passées, paraissaient, dans la lumière aveuglante, adresser au ciel des suppliques muettes.

 

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Thomas s'aperçut soudain de la présence à son côté d'un drôle d'oiseau au long bec qui observait le naufragé du coin de l'oeil.

 

 

Et c'est alors seulement, comme s'il retrouvait l'usage de ses sens, qu'il prit conscience qu'un bruit assourdissant emplissait l'air. Des milliers d'oiseaux voletaient en tous sens dans une extrême confusion de trajectoires et de sons suraigus.

Thomas dut se rendre à l'évidence, les oiseaux étaient les seuls habitants de cette ïle.

 

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Ils n'avaient apparemment jamais eu à souffrir de la présence humaine car ils se laissaient facilement approcher.

 

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Par bonheur pour le malheureux naufragé, cette île-volière se révéla plutôt accueillante. L'abondance de fruits et la présence de sources écartèrent bien vite tout risque de périr de faim et de soif.

 

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En outre, l'épave de l'infortuné navire, opportunément rejetée par l'océan, lui fournit bois et outils pour la construction d'un logis de fortune.

 

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Plusieurs longues années s'écoulèrent, au cours desquelles Thomas et les oiseaux eurent tout loisir pour faire plus ample connaissance et s'apprivoiser réciproquement.

 

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Or, voilà qu'un beau matin, des pêcheurs indigènes escalèrent sur le rivage pour se reposer d'un long périple et faire provision d'eau douce...

 

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Quelle ne fut pas leur stupeur quand ils découvrirent qu'un homme blanc, barbu, aux cheveux longs et au teint basané, parlait aux oiseaux et que ceux-ci, assemblés par milliers , l'écoutaient sagement en silence, sans même un battement d'aile.

 

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La rumeur se répandit comme une trainée de poudre dans tous les archipels alentour qu'un étranger, venu de la mer, parlait aux oiseaux.

La légende de l'île aux oiseaux était née...

 

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On raconte encore aujourd'hui que si les oiseaux marins, avant d'accomplir leur grande migration annuelle, se rassemblent par centaines de milliers, voire par millions, sur cet ilot perdu au fin fond de l'océan, c'est pour honorer la mémoire de ce naufragé qui, il y a bien longtemps, faute de pouvoir communiquer avec ses semblables, avait accompli le miracle de se faire écouter et comprendre de ces éternels coureurs de tempêtes.

 

 

Voila, j'espère, à l'aube balbutiante de cette Nouvelle Année, avoir apporté aux lecteurs éventuels de cette histoire, la petite part de rêve qui permet parfois d'oublier temporairement une réalité bien austère.

 

BONNE ANNEE 

 

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Les photos de tableaux anciens qui figurent dans cet article ont été prises au Musée de la Marine à Paris. Les photos d'oiseaux l'ont été dans l'ilôt bien nommé de Bird Island aux Seychelles.

Dans la vraie vie, s'il n'échoua pas sur une île déserte et s'il ne parvint sans doute jamais à parler aux oiseaux, George Thomas Staunton n'en a pas moins vécu un grand et beau roman d'aventures. Il embarqua effectivement comme mousse en 1792 sur un navire en partance pour la Chine, Durant l'interminable traversée, il se familiarisa avec la langue et l'écriture chinoise auprès de deux prêtres interprètes qui étaient du voyage. A son arrivée dans l'Empire du Milieu, il devint le page de l'ambassadeur anglais auprès de l'empereur de Chine. Remarqué par ce dernier pour sa maîtrise de la langue chinoise, il reçut récompenses et distinctions. Devenu à l'âge adulte directeur de la représentation de l'East India Company à Canton, il entra au Parlement britannique à son retour en Angleterre, fut nommé Pair du Royaume et devint co-fondateur de la Royal Asiatic Society.

Son portrait, enfant, par Thomas Hickey, faisait partie, lorsque je l'ai découvert, de la collection d'une galerie d'art londonienne.

La Légende de l'Ile aux Oiseaux
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