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9 mars 2016 3 09 /03 /mars /2016 18:37

 

Peut-être ne connaissez-vous pas les coatis ??

Ce sont de drôles de petits mammifères. Apparentés aux ratons-laveurs, mais plus gros, d'aspect plutôt sympathique, ils peuplent les forêts l'Amérique centrale ainsi que la partie tropicale de l'Amérique du Sud.

Certains ont un joli pelage roux et une belle queue annelée. Tous possèdent un long nez à la Pinocchio terminé par une sorte de trompe perpétuellement en mouvement. Les scientifiques les désignent sous le vocable de 'nusa nusa', ce qui convient parfaitement à ce grand renifleur devant l'éternel.

 

                 photo wikipedia.org  

                                   

Les coatis sont insectivores, frugivores, carnivores à l'occasion, omnivores en somme  : de vrais goinfres !

Fouisseurs, fouineurs, fureteurs, chapardeurs, ce sont de fieffés coquins qui n'ont pas leur pareil pour dévaliser d'un coup de patte le contenu du sac d'un touriste.

Ajoutez à cela qu'ils sont d'un naturel généralement agressif et querelleur. Les ratons-laveurs eux-mêmes, qui n'ont pourtant pas la réputation d'être particulièrement lymphatiques, leur cédent prudemment le passage s'ils viennent à les rencontrer en forêt.

 

photo wikipedia.org

 

A l'état sauvage, on ne peut apercevoir les coatis que furtivement. Ils courent toujours en bandes organisées à la recherche de nourriture, ou vers Dieu sait quelle destination, 

Celui qui nous intéresse, appelons-le Diego pour le reconnaître plus facilement, habite avec ses congénères dans le Parc National d'Iguaçu au sud-est du Brésil, que se partagent le Brésil et l'Argentine ( les argentins l'écrivent Iguazu ).

Le Parc est mondialement célèbre et attire chaque année des millions de visiteurs, car il abrite, dans un cadre somptueux de forêt tropicale humide, l'une des sept Merveilles de la Nature, les plus belles chutes d'eau qu'il soit donné de contempler sur Terre, les plus grandes, les plus majestueuses, devant lesquelles on reste saisi d'admiration :

 

les chutes d'Iguaçu.

 

 

 

photo cityzeum.com

 

 

photo wikipedia.org

 

Un total de 275 cataractes sur un front de 3 kilomètres, auprès desquelles les chutes du Niagara font figure de cabine de douche.

On imagine sans peine l'attraction que représente pour les visiteurs venus des quatre coins du monde la contemplation d'une telle merveille. Mais c'est là justement que réside le problème de nos chers coatis.

Ils se sont tellement habitués à la présence quotidienne de milliers de touristes qu'ils en ont oublié leurs saines pratiques alimentaires et en sont réduits à faire le beau devant les visiteurs attendris - quelle honte - afin d'obtenir quelque friandise et se faire photographier dans cette indécente attitude.

 

photo tripadvisor.com

 

Diego, lui, n'a que mépris pour les membres de sa tribu qui se livrent à ces exhibitions qu'il juge indignes, et maugrée contre ces amuseurs publics devenus esclaves de leur insatiable appétit.

Il préfère de beaucoup laisser là ces clowns impudiques et profiter des précieux moments où l'afflux touristique se raréfie pour trottiner le nez au vent sur les passerelles et chemins panoramiques qui bordent les chutes.

 

 

Son plus grand plaisir est alors de sentir au bout de son museau le goût des embruns qui montent en permanence des cascades assourdissantes et d'observer l'extraordinaire spectacle qu'offre le jeu, sans cesse renouvelé et toujours imprévisible, auquel se livrent la lumière et l'eau dans les transparences de ces déversements titanesques.

 

 

 

 

 

Quiconque parcourt les sentiers du Parc ressent tôt ou tard l'impression d'être assimilé à une espèce florale, tant sont nombreux les papillons de toutes les couleurs qui viennent voleter autour de soi et souvent se poser sur l'épaule ou la tête.

Il y a parait-il plus de 400 espèces différentes dans le parc et Diego aime bien les regarder, sans arrière-pensée gustative cette fois, car ils ne constituent pas à dire vrai un mets bien consistant.

 

 

Agraulis vanillae maculosa - photo Mauricio Skrock

 

Diaethria clymena marchalii - photo MauricioSkrock

 

J'ai oublié de vous dire que les coatis sont arboricoles. Ils grimpent dans les arbres avec une incroyable agilité et peuvent en redescendre accrochés au tronc la tête en bas, ce qui leur est rendu possible grâce à la facilité qui leur a été accordée de pouvoir effectuer une rotation quasi complète des chevilles. De quoi rendre jaloux un gymnaste de haut-niveau !

Une fois installé dans la frondaison, Diego peut bénéficier à loisir du panorama grandiose offert par la succession des chutes... sans omettre, l'occasion aidant,  de gober un oeuf au passage.

 

photo tripadvisor.com

 

 

 

 

Dans son arbre perché, il se souvient que, tel un oisillon, il a passé les six premières semaines de son existence dans un nid douillet haut-perché, construit amoureusement par sa maman.

 

photo treeoflifecostarica.com

 

Il peut alors rêver qu'il a des ailes et qu'il plane très haut au-dessus de ce site majestueux brusquement surgi au coeur de la dense forêt tropicale.

 

 

 

 

Ce soir, alors que les dernières lueurs du jour embraseront les eaux du fleuve en amont des chutes, et que la nuit surviendra très vite, comme il se doit sous les tropiques, Diego s'en ira rejoindre ses copains pour une folle sarabande nocturne dans les sentiers que les touristes auront désertés.

 

 

photo ambergriscaye.com

 

Non contents d'être tout à la fois arboricoles, acrobates, omnivores, querelleurs et saltimbanques, les coatis mènent aussi une double vie, diurne et nocturne !

Décidément de drôles d'animaux, ne trouvez-vous pas ??

 

oooOOOooo

 

Les photos de cette inhabituelle façon de présenter le site des chutes d'Iguaçu sont, sauf indication contraire, de l'auteur.

Les Coatis du Parc d'Iguaçu
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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 14:20

 

Ceci est la réédition, sous la forme cette fois d'un clip vidéo, d'un article publié à la fin 2012 en hommage au grand Jacques et à son inoubliable chanson :

 

'Les Marquises'.

 

Quelques photos d'un voyage, maintenant lointain, dans ces îles lointaines, servent de toile de fond aux paroles du chanteur-poète.

 

Quiconque a eu un jour la chance de parcourir ces îles à la fois douces et tourmentées, rudes et indolentes, en conserve à jamais le souvenir ému.

 

oooOOOooo

 

La diffusion de cette vidéo ayant été apparemment bloquée par des distributeurs ayants-droit, je ne peux qu'inviter les éventuels visiteurs qui seraient intéressés à se reporter à mon précédent article sur ce sujet, à l'adresse suivante :  

 

http://memoirederivages.over-blog.com/article-marquises-3-113088701.html

 

Ils y retrouveront les photos accompagnant - silencieusement - le merveilleux texte de Jacques Brel .

Y est jointe une vidéo trouvée sur le net, dont les images ont eu la chance de pouvoir servir de toile de fond à la voix si émouvante de l'artiste. 

Marquises - Hommage à Jacques Brel
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27 février 2016 6 27 /02 /février /2016 20:30

 

Si je vous disais que les barques des pêcheurs préfèrent rester au port plutôt que de sortir en mer, vous auriez, je pense, bien du mal à me croire.

 

 

Après tout, direz-vous, elles sont faites pour danser sur les flots. Elles ont été construites pour cela, pas pour se balancer mollement sur le miroir d'un bassin portuaire.

 

 

Je ne parle pas, bien évidemment, des jours où la mer gronde et blanchit, et envoie sa cavalerie de vagues écumantes exploser en charges obstinées contre la digue.

Non, je parle de ces journées tranquilles où la respiration de la mer est à peine perceptible et où elle semble effleurer le rivage d'une caresse alanguie.

 

 

C'est que, si l'on prend la peine d'y penser, la vie d'une barque de pêche est d'une monotonie désespérante et c'est sans doute pour cela qu'on les peint de vives couleurs pour leur donner du coeur à l'ouvrage.

 

 

Car c'est tous les jours la même chose.

Elles partent au crépuscule, chargées de tout un fatras de filets, de bouées, d'ancres, de rames, de fanaux, de bidons et de cageots.

 

 

 

Elles passent toute la nuit à se balancer sur l'eau noire et reviennent au petit matin, poisseuses et transies, chargées en plus, si la pêche a été bonne, de bacs remplis de poissons à l'oeil chaviré.

 

 

Bien sûr, la nuit, vu de la côte, c'est joli. Avec leurs lamparos allumés, on croirait un ballet de lucioles.

Mais, croyez-moi, c'est tout de même au port qu'elles sont le plus heureuses car, à peine le déchargement terminé, elles ont droit à une bonne douche, et on les laisse enfin en paix pour le restant de la journée.

 

 

Elles peuvent alors discuter entre copines, se pousser de la quille, comparer leurs équipements et parader devant les badauds.

 

 

Elles se raconteront, encore et encore, l'histoire de ce pêcheur indigne qui, la nuit venue, chargeait discrétement sur sa barque les poissons de son congélateur, pour les revendre à prix d'or au petit matin, aux touristes gogos levés dès potron minet pour bénéficier de la marée du jour.

Et puis, il y a leurs amis les oiseaux...

 

 

 

 

Et les chats, les chats surtout.

 

 

De tous temps, les chats ont entretenu avec les barques une relation confiante et amicale, peut-être à cause de leurs flancs rebondis et confortables, peut-être aussi parce que, dans leur sommeil, les narines délicates des félins leur rappelent de somptueux festins de poissons à la chair tendre et délicieuse.

 

 

Mais, paradoxalement, ce sont les tempêtes hivernales que les barques apprécient le plus. Comme il est hors de question de sortir dans une mer déchaînée, les barques sont bichonnées, hissées à terre et recouvertes d'une bâche pour les protéger de l'humidité.

Elles peuvent alors passer des nuits entières à dormir, serrées les unes contre les autres, et rêver qu'elles dansent la barcarole dans des lagons turquoise.

 

 

 

 

Le bonheur ... enfin !

 

 

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Toutes les photos ont été prises par l'auteur sur la côte ligure.

Les Barques
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Published by Jean-François - dans Photographie - Mer - Italie
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23 février 2016 2 23 /02 /février /2016 11:33

 

C'est en 1871, à l'âge de dix-sept ans, que Rimbaud écrivit ce que d'aucuns considèrent comme le plus beau poème de la langue française :

 

Le Bateau Ivre

 

Il y a un peu plus d'un an, j'avais tenté dans ce blog, au travers d'oeuvres d'artistes et d'images diverses, d'illustrer ce monument de la littérature.

Je réitère, cette fois sous la forme d'un essai de clip vidéo censé 'dynamiser' quelque peu le défilé des images d'un article de blog.

Il y est toujours beaucoup fait appel aux oeuvres du peintre expressionniste allemand Emil Nolde (1867 - 1956) qui semblent si parfaitement traduire les fulgurances colorées du poème.

 

Ont également et involontairement contribué à l'illustration de la vidéo :

 

- un artiste Cheyenne anonyme,

- François Truffaut (Antoine courant sur la plage dans les 'Quatre Cents coups'),

- Winslow Homer,

- Catherine Van Den Steen,

- Bill Viola (les noyés et les phosphores jaunes et bleus sont extraits de ses vidéos),

- Ferdinand Hodler,

- le Douanier Rousseau,

- Jean-Michel Othoniel,

- Zeng Fanzhi,

- Jean-Christophe Lerouge (le portrait d'Arthur Rimbaud).

 

Les autres images sont, pour partie, des photos-souvenirs de lointains voyages, avec l'adjonction de quelques photos trouvées sur le net.

L'accompagnement musical est l'aria des Bacchianas Brasileiras n°5 d'Heitor Villa-Lobos, interprété par Victoria De Los Angeles.

 

Sur un mur de l'Hôtel des Impôts, rue Férou à Paris, l'artiste néerlandais Jan Willem Bruins a gravé l'intégralité des 25 quatrains du 'Bateau Ivre', à proximité de l'endroit où le jeune poète présenta son oeuvre pour la première fois à une réunion des 'Vilains Bonshommes'.

Il faut le lire de la droite vers la gauche, dans le sens du méchant vent qui soufflait, dit-on, depuis la place Saint-Sulpice.

 

Beaucoup de chanteurs, d'acteurs, de comédiens ont interprété ou récité  le Bateau Ivre, sans jamais cependant faire oublier la fougueuse et passionnée version qu'en offrit le regretté Léo Ferré en 1983.

 

 

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Le Bateau Ivre
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19 février 2016 5 19 /02 /février /2016 12:34

 

Dans une vitrine - j'allais dire un aquarium - du musée Guimet à Paris, on peut contempler de bien étranges poissons au museau pointu.

 

.

 

Ils sont très vieux.

Ils ont l'âge de la petite danseuse chinoise de mon dernier article :

Vingt siècles !

 

 

Ils sont en verre soufflé.

Les spécialistes les décrivent sous le vocable de 'flacons icthyomorphes', un nom lourd à porter pour ces petites créations si fragiles et si légères qu'on peut les voir trembloter lorsqu'un visiteur curieux s'approche de la vitrine.

 

 

Intrigué, vous vous approchez à votre tour pour découvrir la provenance de ces élégants et surprenants vestiges de l'antiquité, mais la lecture du petit carton explicatif vous laisse pantois :

Afghanistan

Begram

vallée de la Kapisa

Se peut-il vraiment que ces délicates sculptures de verre proviennent de cette vallée aux sublimes paysages, que l'on a qualifiée de maudite, où plus de cinquante militaires français trouvèrent la mort entre 2004 et 2014, et plus précisément de cette ville, Begram - on dit aussi Bagram -, rendue tristement célèbre par les effroyables exactions qu'y commirent des tortionnaires dans la prison locale ?

 

 

 

En 1937, quand Joseph et Marie-Alice Hackin, un couple d'archéologues français, mirent à jour ce que l'on devait appeler par la suite 'le trésor de Begram', ils pouvaient se promener tranquillement dans la vallée, à cheval ou en voiture, jouir de l'extraordinaire beauté des paysages et de la gentillesse proverbiale de ses habitants.

Ils devaient malheureusement disparaître tragiquement durant la Seconde Guerre Mondiale.

Aujourd'hui, des soldats surarmés, équipés comme des cosmonautes, patrouillent, la peur au ventre, dans les pauvres villages aux murs de terre craquelée qui s'alignent dans la vallée autrefois riante ...

 

 

Mais revenons à nos poissons.

Qu'est-ce au juste que le trésor de Begram ?

A dire vrai, on n'en sait trop rien. Les fouilles effectuées avant la guerre, mirent à jour un nombre impressionnant d'objets de grande qualité (souvent très endommagés car le plafond d'une salle s'était effondré) curieusement disposés par catégories, verrerie, terres cuites, ivoires, bronzes etc..d'où la conclusion qu'il pourrait s'agir du fonds de commerce d'un riche marchand dans ce lieu qui fut un carrefour d'échanges important entre Orient et Occident sur la route de la soie.

 

 

 

 

 

Ces objets raffinés ne sont pas de fabrication locale.

Ils proviennent d'Inde, de Chine, d'Asie centrale, de Perse, de Grèce ou de Rome.

L'origine des poissons est incertaine, sans doute proviennent-ils des confins du monde romain, et sont-ils de facture Scythe ou égyptienne ?

 

 

Il est sûr en tous cas que ces fragiles représentants du monde marin ont subi l'épreuve d'un dur périple avant de parvenir à Begram. Il leur a fallu traverser des déserts brûlents pour ensuite affronter les contreforts de l'HIndu Kouch où l'hiver, comme le notait Kipling, il fait un froid de chien et où les routes ne sont jamais plus larges que le dos de la main ..

 

 

Depuis Cyrus, Darius et Alexandre le Grand, bien des armées ont traversé ces vallées profondes de l'Est de l'Afghanistan, points de passage obligé sur le route de l'Orient.

Plus près de nous, les soviétiques ont érigé à Begram une base aérienne gigantesque, à laquelle devait succéder, quelques années plus tard une autre base, encore plus gigantesque, érigée cette fois par les américains ...

 

 

Mais alors, direz-vous, vos jolis poissons irisés qui tremblent dans leur vitrine, ils ne s'en sont pas si mal tirés après tout :

Ils ont été exfiltrés à temps, à la barbe des talibans, échappant ainsi à leur folie meurtrière.

Ils ont été amoureusement et minutieusement restaurés, bichonnés, rafistolés.

Ils auraient très bien pu subir le même sort que les malheureux bouddhas de Bamiyan.

Ils auraient pu - ce qui est un comble pour un poisson - périr noyés dans le ciment des bases aériennes.

Et la Syrie et l'Irak alors. N'est-ce pas bien pire ?

Et tous ces pays où l'on prie Dieu cinq fois par jour, mais que Dieu a sans doute oubliés !!!

 

 

Je regarde encore une fois ces antiques poissons de verre.

Ils proviennent d'une lointaine vallée où l'homme paraît bien petit confronté à la majesté de la Nature.

De leur bouche grande ouverte semble s'échapper un message que nous ne parvenons pas à entendre.

Je crois qu'ils tentent en vain de nous faire prendre conscience de la folie des hommes et de l'absurdité des guerres ....

 

 

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Les Poissons de Verre
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28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 11:28

 

Elle a la fragilité des rêves.

Un souffle la briserait.

Cela fait déjà plus de vingt siècles qu'elle danse.

 

 

Elle danse à la cour des Han.

Elle est au centre du Monde

Elle danse pour le Fils du Ciel, l'Empereur tout puissant.

 

 

Elle ne connait même pas son visage.

Nul n'est censé lever les yeux vers le souverain despotique et cruel.

 

 

Elle danse à l'occasion de fêtes somptueuses.

Une musique raffinée rythme le froissement des étoffes précieuses.

Et les riches tentures, les paravents, les boiseries luisantes dansent aussi à la lueur de milliers de flammes vacillantes.

 

 

Ses longues manches tournoient et dessinent les figures codifiées d'une chorégraphie savante et immuable.

 

 

Elle demeure dans le quartier des femmes du Palais Impérial.

Elle a appris que la vie n'y tient souvent qu'à un fil de soie et que les jalousies, les intrigues et les trahisons se dissimulent parfois sous un simple battement d'éventail.

 

 

Elle glisse à pas menus dans le labyrinthe des couloirs du palais, tout bruissants de chuchotements et de murmures.

Il lui faut respecter la hiérarchie complexe des courtisanes, concubines, favorites et princesses, des suivantes de l'Impératrice et s'assurer par dessus tout de ne pas déplaire à la redoutée Impératrice Douairière, la mère de l'Empereur.

 

 

Elle ne voit du monde extérieur que l'enchevêtrement sans fin des cours de l'immense Palais.

 

 

Ce n'est que subrepticement qu'elle apercoit le ciel entre les toits pentus des nombreux batiments de la Cité Impériale.

 

 

Elle ne connait des événements qui agitent l'Empire que les rumeurs qui parcourent, tels des courants d'air en hiver, le dédale des antichambres où se pressent courtisans et dignitaires.

La guerre, encore et toujours, contre les barbares du Nord, les vassaux rebelles ou les généraux félons.

 

 

C'est à peine si parviennent à ses oreilles les clameurs énormes qui saluent sur la Grand Place le retour des guerriers victorieux.

 

 

Alors, on organisera à nouveau une grande fête et la musique envahira les salles illuminées aux murs tapissés de soieries de couleurs vives.

 

.

 

Il y aura des bateleurs, des jongleurs, des acrobates, des cracheurs de feu, et la petite danseuse fera encore tournoyer gracieusement ses longues manches. 

 

 

Elle dansera et sa danse fera naître des éclats de feu dans le regard des dignitaires invités par le Souverain Tout-Puissant.

 

 

Peut-être songera-t-elle en dansant à la maison qui la vit naître, à sa lointaine province qu'elle ne reverra plus, où des écharpes de brume dissimulaient trop souvent les montagnes alentour.

 

.

 

Elle tournera et tournera encore, enroulée sur elle-même, jusqu'à perdre conscience du monde qui l'entoure...

 

 

Tant de siècles et tant d'empereurs se sont succédés depuis.

Dans une cour discrète du Palais où le chant des oiseaux est le seul bruit perceptible, des volutes d'encens s'élèvent d'un brûle-parfums.

 

 

Elles tournoient et s'enroulent doucement.

Se pourrait-il que l'âme de la petite danseuse habite toujours ces lieux ?

 

 

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Les photos de statuettes qui illustrent cet article ont été prises à l'occasion d'une visite à la très belle exposition "Splendeurs des Han" qui s'est tenue du 22/10/2014 au 02/03/2015 au Musée Guimet à Paris.

Les photos de lieux ont été prises à ll'intérieur de la Cité Interdite à Pékin.

Les portraits du Premier Empereur Qin, Qin Shi Huangdi, (celui de l'armée en terre cuite de Xian), et de Wu Di, (140 à 87 av JC) de la dynastie Han (considéré par beaucoup comme le plus grand Empereur Chinois) ont été trouvés sur le net.

A l'époque où l'Empire Céleste Han couvrait d'immenses territoires allant jusqu'à la Corée, très loin à l'ouest, l'Empire Romain à son apogée s'étendait de la Mésopotamie à l'Angleterre, mais il ignorait encore le papier, la manivelle, la roue hydraulique, la porcelaine ou la boussole dont les chinois, sous la dynastie Han, maitrisaient déjà l'usage.

 

La Petite Danseuse Chinoise
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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 22:34

 

Afin d'honorer mon admission dans la communauté 'Les Yeux ouverts', je vous propose la réédition d'un article publié il y a déjà près de cinq années, alors que la défunte et regrettée communauté 'Les Couleurs dans notre vie' existait encore.

Je pense que ce petit conte pourrait contribuer, certes bien modestement, à garder les yeux ouverts sur la beauté du monde, ce qui, il faut bien l'avouer par les temps qui courent, exige parfois une certaine dose d'optimisme.

 

 

C'était au temps du cinéma muet, des bus à impériale, des messieurs en gibus....

 

 

En ce temps là, le monde semblait n'exister qu'en noir et blanc

 

Emile Friant 2

Emile Friant - 'Les amoureux' - 1888, Musée des Beaux-Arts de Nancy

 

Seuls, les peintres, bénis des dieux,

avaient la faculté rare de restituer les couleurs de la vie.

 

DSCN3135

 

C'est alors que Kodak survint

et nos yeux étonnés purent enfin contempler la diversité colorée du monde.

 

P1020309 (20)

 

Les oranges redevinrent oranges,

 

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Les piments, verts,

 

P1020309 (37)

 

et les aubergines, violettes.

 

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Les fleurs retrouvaient leur splendeur

 

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et les couchers de soleil redevenaient magiques.

 

Gérard Fromanger - Corps à corps - bleu - Paris - Sienne

Gérard Fromanger - 'Corps à corps - bleu ' - Ctre G.Pompidou

 

Les artistes, quant à eux, s'en donnaient à coeur joie

 

Willem De Kooning - Sans Titre XX - 1976

Willem De Kooning - 'Sans Titre XX' - 1976- Ctre G.Pompidou

 

et traquaient sans répit l'âme des couleurs.

 

Kazuo Shiraga - 'Hika' - 1999 (det)

Détail d'une oeuvre de Kazuo Shiraga - 'Hika' - FIAC 1999

 

Lasses d'être ainsi torturées,

les couleurs décidèrent un beau jour de partir en guerre

contre l'ingratitude humaine.

 

Yayol Kusama - 'Infinity Dots ASNH' - 2010

Détail d'une oeuvre de Yuyol Kusama - 'Infinity Dots ASNH' FIAC 2010

 

Les jaunes formèrent des bataillons serrés.

 

Yayol Kusama - 'Universe AJKN' - 2010

Détail d'une oeuvre de Yuyol Kusama - 'Universe AJKN' - FIAC 2010

 

Les bleus s'organisèrent en escouades.

 

Tiger Balm dragon

Dragon à Hong-Kong

 

Les rouges élirent un vaillant chef de guerre.

 

Oyvind Fahlström - Green Power (det) - 1969

Détail d'une oeuvre de Oyvind Fahlström - 'Green Power' - 1969 - Ctre G.Pompidou

 

Les verts se rangèrent derrière un prophète inspiré.

 

Erro - Le Cri - 1967

Gudmundur Erro - 'Le Cri' - 1967 (d'après le tableau d'Edvard Munch)

 

La guerre bientôt fit rage

 

Alighiero Boetti - Aerei - 1989

Alighiero Boetti - 'Aerei' - 1989

 

Le conflit s'étendit aux quatre coins de la planète.

 

Kirsten Everberg - Falling Rocket - 2006

Kirsten Everberg - 'Falling Rocket- - FIAC 2006

 

Le monde ne fut bientôt plus qu'un vaste champ de ruines

 

Monory - 'Meurtre N° 9' - 1968

Jacques Monory - ' Meurtre n°9 ' - 1968 - Ctre G.Pompidou

 

et les traces des combats étaient partout visibles.

 

P1020667

Déjeuner de bonzes au Laos

 

Confronté à une situation apparemment sans issue,

un comité de sages se réunit

pour tenter de mettre un terme aux hostilités.

 

Nabil Nahas, 'Bolero' - 2003

Nabil Nahas - Bolero' - 2003

 

Il fut alors décidé de reconnaître l'indépendance des couleurs.

 

Jean-Michel Basquiat - Slave Auction - 1982

Jean-Michel Basquiat - 'Slave Auction' - 1982

 

Il ne serait jamais plus tenté à l'avenir

de les asservir pour quelque motif que ce soit.

 

P1030240

 

et c'est ainsi que les couleurs se réapproprièrent le monde

 

013f (6)

 

et que tout un chacun put à nouveau jouir

de l'infinie beauté de ce qui nous entoure.

 

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La révolte des couleurs
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1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 18:52

 

En rééditant, à l'occasion de ce tout début d'année, le conte que m'inspira, il y a déjà quelque temps, la découverte du portrait d'un très jeune gentlhomme anglais de la fin du XVIIIème siècle, George Thomas Staunton, je me propose.tout simplement de vous transporter, en compagnie d'un robinson du siècle des lumières, sur une île déserte perdue au beau milieu du grand océan.

Imaginez le bruit des vagues, le souffle chaud des alizés, le froissement des palmes et le cri des oiseaux marins. Vous y êtes déjà !

 

 

Sur le tableau, Thomas - appelons le ainsi pour faire simple - est représenté, comme il était d'usage à l'époque, désignant de son index pointé sur le globe terrestre, une destination qui pouvait être à la limite du monde connu mais sûrement pas hors de portée des rêves aventureux de l'intrépide jeune homme.

 

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Lorsqu'il embarqua, un beau matin de l'an de grâce 1792, sur un trois-mâts barque à destination des Indes Orientales, il est fort probable qu'il possédait déjà une certaine expérience maritime.

Peut-être même avait-il participé, en qualité de mousse à l'un de ces épouvantables combats navals qui opposaient alors les flottes des grandes nations européennes et que les peintres de la cour représentaient ensuite avec force détails terrifiants.

 

 

 

Il est en tous les cas certain que Thomas avait bel et bien le pied marin lorsque le navire appareilla et que les côtes de son Angleterre natale disparurent peu à peu à l'horizon.

En ce temps là les traversées étaient interminables et les conditions de vie à bord si rudes qu'elles avaient tôt fait d'endurcir les cadets les plus tendres.

 

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Mais le jeune Thomas ne se plaignait pas et s'émerveillait chaque jour un peu plus du fabuleux spectacle que lui offrait l'océan.

 

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La première partie du voyage se déroula le mieux du monde.

Il n'en fut pas de même quand, doublé le cap de Bonne Espérance, le navire s'engagea dans ce traître océan que l'on appelle Indien.

 

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Une horrible tempête secoua bientôt le navire. Des montagnes d'eau s'abattirent sur le pont du voilier qui, incapable de maintenir un cap dans ces conditions, finit par devenir le jouet des flots.

Lorsque les voiles se déchirèrent dans un craquement sinistre, chacun à bord ne put que recommander son âme à Dieu.

Pour le malheureux équipage, cet enfer parut durer un temps infini, puis il y eut un choc énorme et le navire s'enfonça irrémédiablement dans l'eau noire ...

 

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Quand Thomas ouvrit les yeux, il était allongé sur une plage de sable fin. Il avait dû rester bien longtemps inconscient car le hurlement du vent et le déchaînement des vagues avaient cédé la place au souffle régulier d'une mer turquoise qui venait doucement lécher un rivage d'un blanc immaculé. ,

 

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Aucune trace de présence humaine, C'était comme au premier matin du monde. Seuls, des vestiges blanchis d'arbres déracinés, témoins de fureurs passées, paraissaient, dans la lumière aveuglante, adresser au ciel des suppliques muettes.

 

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Thomas s'aperçut soudain de la présence à son côté d'un drôle d'oiseau au long bec qui observait le naufragé du coin de l'oeil.

 

 

Et c'est alors seulement, comme s'il retrouvait l'usage de ses sens, qu'il prit conscience qu'un bruit assourdissant emplissait l'air. Des milliers d'oiseaux voletaient en tous sens dans une extrême confusion de trajectoires et de sons suraigus.

Thomas dut se rendre à l'évidence, les oiseaux étaient les seuls habitants de cette ïle.

 

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Ils n'avaient apparemment jamais eu à souffrir de la présence humaine car ils se laissaient facilement approcher.

 

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Par bonheur pour le malheureux naufragé, cette île-volière se révéla plutôt accueillante. L'abondance de fruits et la présence de sources écartèrent bien vite tout risque de périr de faim et de soif.

 

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En outre, l'épave de l'infortuné navire, opportunément rejetée par l'océan, lui fournit bois et outils pour la construction d'un logis de fortune.

 

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Plusieurs longues années s'écoulèrent, au cours desquelles Thomas et les oiseaux eurent tout loisir pour faire plus ample connaissance et s'apprivoiser réciproquement.

 

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Or, voilà qu'un beau matin, des pêcheurs indigènes escalèrent sur le rivage pour se reposer d'un long périple et faire provision d'eau douce...

 

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Quelle ne fut pas leur stupeur quand ils découvrirent qu'un homme blanc, barbu, aux cheveux longs et au teint basané, parlait aux oiseaux et que ceux-ci, assemblés par milliers , l'écoutaient sagement en silence, sans même un battement d'aile.

 

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La rumeur se répandit comme une trainée de poudre dans tous les archipels alentour qu'un étranger, venu de la mer, parlait aux oiseaux.

La légende de l'île aux oiseaux était née...

 

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On raconte encore aujourd'hui que si les oiseaux marins, avant d'accomplir leur grande migration annuelle, se rassemblent par centaines de milliers, voire par millions, sur cet ilot perdu au fin fond de l'océan, c'est pour honorer la mémoire de ce naufragé qui, il y a bien longtemps, faute de pouvoir communiquer avec ses semblables, avait accompli le miracle de se faire écouter et comprendre de ces éternels coureurs de tempêtes.

 

 

Voila, j'espère, à l'aube balbutiante de cette Nouvelle Année, avoir apporté aux lecteurs éventuels de cette histoire, la petite part de rêve qui permet parfois d'oublier temporairement une réalité bien austère.

 

BONNE ANNEE 

 

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Les photos de tableaux anciens qui figurent dans cet article ont été prises au Musée de la Marine à Paris. Les photos d'oiseaux l'ont été dans l'ilôt bien nommé de Bird Island aux Seychelles.

Dans la vraie vie, s'il n'échoua pas sur une île déserte et s'il ne parvint sans doute jamais à parler aux oiseaux, George Thomas Staunton n'en a pas moins vécu un grand et beau roman d'aventures. Il embarqua effectivement comme mousse en 1792 sur un navire en partance pour la Chine, Durant l'interminable traversée, il se familiarisa avec la langue et l'écriture chinoise auprès de deux prêtres interprètes qui étaient du voyage. A son arrivée dans l'Empire du Milieu, il devint le page de l'ambassadeur anglais auprès de l'empereur de Chine. Remarqué par ce dernier pour sa maîtrise de la langue chinoise, il reçut récompenses et distinctions. Devenu à l'âge adulte directeur de la représentation de l'East India Company à Canton, il entra au Parlement britannique à son retour en Angleterre, fut nommé Pair du Royaume et devint co-fondateur de la Royal Asiatic Society.

Son portrait, enfant, par Thomas Hickey, faisait partie, lorsque je l'ai découvert, de la collection d'une galerie d'art londonienne.

La Légende de l'Ile aux Oiseaux
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21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 17:48

 

En cette fin d'année morose, on a tous un peu besoin de légèreté.

Le titre de l'exposition qui se tient au Petit Palais à Paris pour quelques jours encore, 'Fantastique', dans le cadre de laquelle est présentée pour la première fois en France une rétrospective du peintre japonais Utagawa Kuniyoshi, ne semble pas a priori correspondre à cette recherche..

Kuniyoshi (1797-1861), beaucoup moins célèbre que ses illustres contemporains, Hokusai (vous savez.., 'la Vague') ou Hiroshige, est surtout connu pour sa truculence et les excentricités géniales qui l'ont fait surnommer le 'Démon de l'Estampe'.

Son oeuvre, dans laquelle abondent squelettes, monstres marins et autres araignées géantes fascine encore de nos jours les créateurs de mangas et auteurs de bandes dessinées fantastiques.

Mais alors direz-vous, et la légèreté dans tout çà ? J'y arrive justement.

Kuniyoshi était un amoureux des animaux et il les dessina à en user ses crayons.

 

 

Surtout, il était fou de chats qui, parait-il, pullulaient dans son atelier

Un vrai charivari.

C'est ainsi que dans nombre de ses estampes qui, au pays du Soleil Levant, se vendaient alors pour le prix d'un bol de nouilles, les chats sont omniprésents.

 

 

Il est de notoriété publique que ces énigmatiques félins sont, depuis des temps immémoriaux passés maîtres dans l'art de la séduction, pas toujours désintéressée d'ailleurs.

 

 

A y regarder de plus près, il apparait toutefois que les chats de Kuniyoshi ont un air plutôt chafouin.

 

 

Observez bien ce chapardeur surpris la patte dans le sac. Il va se prendre une rouste, mais à considérer son air filou on comprend à l'évidence qu'il n'en est pas à son premier larcin.

 

 

Emporté par sa fougue picturale, Kuniyoshi dessina des planches entières de chats nippons, parfois chahuteurs et chamailleurs, croqués dans une infinité d'attitudes dont certaines ne sont pas sans rappeler des comportements humains.

 

 

 

 

Non content de représenter ainsi les chats dans toutes les situations possibles et imaginables, Kuniyoshi inventa les chats-mots, des chats contorsionnistes qui n'auraient pas déparé sous un chapiteau et dont les positions, dignes du kama-sûtra, formaient des caractères - japonais bien sûr - constitutifs de mots. 

 

 

Mais l'artiste fit encore plus fort. Réalisant des estampes à deux faces destinées à des éventails, Kuniyoshi invita les chats à se déguiser.

 

 

Côté face, le chat du centre va se transformer en chat-huant, - c'est logique -, l'acrobate de gauche en lion chinois et les deux chenapans de droite, en masque de démon.

 

 

Côté pile, en ombres chinoises ... pardon, japonaises, voilà ce que cela donne. Stupéfiant, non ?

En plus de ses multiples qualités, Kuniyoshi était aussi un caricaturiste talentueux.qui aimait à saisir sur le vif les attitudes de ses contemporains. Il publia ainsi quantité de planches où au beau milieu de croquis saisissants surgissait soudain, allez savoir pourquoi, la silhouette fantomatique d'un chat déluré.

 

 

En 1842, un décret impérial prohiba la représentation picturale des courtisanes, geishas et acteurs, jugée contraire aux bonnes moeurs.

Qu'à cela ne tienne, Kuniyoshi  qui avait réalisé de superbes et nombreux portraits de geishas et d'acteurs et qui pouvait aussi bien dessiner des poissons qui pêchent et des oiseaux qui lisent, décréta que désormais tout ce beau monde serait représenté en chat.

Sitôt dit, sitôt fait, et les chats se mirent à singer les humains.

 

 

 

 

 

 

 

Mais peut-être trouverez-vous qu'il y a décidément trop de chats dans cette histoire ?

Je vous offre en guise de compensation, - et ce sera mon cadeau de Noël - une belle gravure sur bois  (ca 1843) avec le mont Fuji en arrière-plan, qui prouve, s'il en était encore besoin, la virtuosité d'un artiste dont Monet s'enticha (tiens donc !)

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(toutes les photos de cet article ont été prises par l'auteur lors de sa visite de l'exposition au Petit Palais)

 

Entre chats - Les chats pitres de Kuniyoshi
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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 18:52

 

Nous voici donc de retour dans la Galerie Vivienne.

A l'endroit où, passées quelques marches, la Galerie bifurque à angle droit pour rejoindre la rue Vivienne, se trouve la vénérable Librairie Jousseaume - elle a l'âge de la Galerie - véritable mine d'or pour les amateurs de livres rares et éditions anciennes.

 

 

 

De l'extérieur, la vue plonge sur l'intimité feutrée d'une bibliothèque d'antan, tandis qu'en devanture, pour rester fidèle sans doute à l'esprit des lieux, l'astucieux libraire a mis en valeur, devinez quoi, l'Assassinat de la rue Saint-Roch, d'Alexandre Dumas !

 

 

 

Apposée bien en vue, une affiche évoque le bon temps des Maisons Closes, tandis que de mystérieux personnages hantent les vitrines, ajoutant ce zeste d'incongruité qui semble être la marque distinctive de cette Galerie décidément pas comme les autres.

 

 

 

 

Il vous vient alors le soupçon qu'il souffle ici un air délicieusement irrévérencieux.

Mais c'est en parvenant à l'extrêmité du passage, là où la grille d'accés dévoile d'un coup d'éventail ouvragé l'architecture à l'antique de la Bibliothèque Richelieu, que le doute cède le pas à la certitude.

 

 

Dans la vitrine donnant sur la rue de ce marchand d'estampes et d'objets de curiosité, un cataclysme livresque a déclenché un terrible éboulement et provoqué la chute d'une compagnie de cochons roses.

 

 

 

Côté Galerie, au milieu d'une profusion de globes terrestres évocateurs d'expéditions géographiques lointaines, une carte de la Méditerranée révèle que, projetée sous un angle inhabituel, Mare Nostrum peut revêtir l'aspect d'un gnôme inquiétant.

 

 

 

Voilà qu'à présent vous perdez pied. Soucieux d'en avoir le coeur net, vous retournez sur vos pas, bien décidé cette fois à vérifier si cette supposée irrévérence n'est que le fruit de votre imagination rendue fertile par l'intemporalité du lieu.  

A priori, tout semble parfaitement normal. Sur le seuil de la délicieuse boutique de jouets au nom évocateur 'Si tu veux', un ours débonnaire est en faction, comme à l'accoutumée. Il vous parait cependant qu'à l'intérieur deux étranges personnages chuchotent quelque chose à votre sujet.

 

 

 

Parvenu au fond de l'allée, vous tombez en arrêt devant la débauche de lumière ruisselant de cette devanture qui en clôt le parcours de façon si étincelante.

 

 

Votre curiosité vous pousse alors à jeter un oeil à la petite boutique qui la jouxte sur la gauche. Et voilà que, ô stupeur, vous vous retrouvez soudainement confronté à la représentation édifiante des vices cachés de la bourgeoisie 19ème.

 

 

Voyez cette malle, qui semble tout juste exhumée du grenier de grand-mère, emplie de délicats portraits d'ancêtres dont l'existence vous était jusqu'alors inconnue. En approchant, vous découvrez avec horreur que cette innocente jeune femme porte le masque d'Hannibal Lecter dans le Silence des Agneaux. Son facétieux créateur a d'ailleurs intitulé le tableau 'Annie Bal'.

 

 

Cette boutique est l'atelier de Blase, le peintre hacker. Il restaure, avec minutie et talent, des tableaux anciens souvent fort endommagés, mais en prenant bien soin d'y ajouter un détail incongru, piquant et iconoclaste de son inspiration. C'est ainsi que ce digne notable municipal dont le portrait trône dans sa vitrine a désormais les traits de ... Coluche !    

 

 

L'irrévérence est flagrante et nul autre que ce lieu chargé d'histoire, qui abrita Vidocq, ne semble plus approprié à de tels dévoiements.

En face, dans l'annexe de la librairie Jousseaume, des poissons étranges évoluent dans la lumière d'aquarium diffusée par la verrière.

 

 

Vous en êtes à présent convaincu, cette Galerie est bien singulière et vous vous demandez avec appréhension comment va se dérouler votre retour dans le reel lorsque le charme sera rompu et qu'il vous faudra reprendre contact avec le tohu bohu extérieur.

 

 

Un sapin rouge a poussé au beau milieu de la rotonde et, dans les vitrines, il y a toujours de drôles de personnages qui vous dévisagent effrontément.. 

 

 

Retardant encore un peu le moment de fouler le trottoir de la ville, vous vous accordez une pause et décidez de savourer un café liégeois bien crémeux dans un café qui a dû voir défiler tant de gens et de modes.

 

 

Votre esprit voyage...

Dehors, près de la sortie rue de la Banque, une plaque rappelle que le navigateur Antoine de Bougainville a vécu là ses derniers instants. A l'opposé, rue Vivienne, une autre plaque mentionne que Simon Bolivar, le Libertador, habita là quelque temps.

Voyages...Voyages...

 

 

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(les photos de ces deux articles sont toutes de l'auteur).

Le Charme troublant de la Galerie Vivienne (2)
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