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8 juillet 2015 3 08 /07 /juillet /2015 21:21

 

Le mois dernier avait lieu à Bruxelles, pour la 25ème année consécutive, dans le délicieux quartier du Sablon, la grand messe des amateurs de ces arts dits 'premiers', 'tribaux' ou de manière plus sophistiquée 'extra européens', mais que certains continuent à qualifier de 'primitifs'.

 

 

Cette manifestation, qui réunit une bonne centaine de galeries spécialisées, a pour nom 'BRUNEAF', ce qui, dans la langue de Shakespeare (il faut bien attirer les clients américains) signifie 'Brussels Non European Art Fair'.

 

 

 

A cette occasion, les galeries d'art qui ont pignon sur rue dans les jolies maisons qui bordent les ruelles et les places de ce quartier historique, hébergent, pour quelques jours, leurs collègues marchands venus des quatre coins du monde, spécialistes en arts tribaux. 

Les vitrines se remplissent alors d'objets singuliers qui fixent le chaland avec une étrange intensité.

 

 

 

 

Ils proviennent d'enclos sacrés, de temples, de mausolées, de sanctuaires, et les voilà devenus objets de vitrine.

 

 

 

Ils avaient des fonctions magiques, ils conjuraient le mauvais sort, les peurs, les maladies, ils marquaient les grandes étapes de la vie, ils assuraient la bonne marche de la communauté.

 

 

 

 

Ils étaient insignes de pouvoir, ils étaient intermédiaires entre le monde des vivants et celui des ancêtres, ils permettaient à ces derniers de trouver le repos et de ne plus errer sans fin dans les limbes de l'éternité.

 

 

 

Ils ont été échangés il y a longtemps de cela contre de la verroterie de Venise ou des couteaux de jet, ils ont parfois été pillés ou rapportés dans les malles des missionnaires qui brûlaient les idoles paiennes ou dans celles des expéditions de collecte commanditées par les grands musées occidentaux.

 

 

 

Et voila qu'ils sont alignés dans leurs vitrines, statues figées, danseurs immobiles.

Mais tous ont désormais un 'pedigree', parfois long comme un jour sans fin:

collection de la comtesse de x,

collection de l'administrateur y,

ancienne collection de la congrégation de z...

 

 

 

Ils étaient cachés dans les forêts profondes, visibles des seuls initiés. Ils ne sortaient au grand jour qu'en de rares occasions, Et voici qu'à présent, tout un chacun peut les regarder impunément dans le blanc des yeux.

 

 

 

Eux pour qui l'argent ne signifiait rien, les voilà devenus objets de spéculation. On les achète et on les revend en un cycle ininterrompu, et le pedigree s'allonge, s'allonge, indéfiniment.

S'il advient pour certains d'entre eux d'avoir partagé un temps la vie d'un Picasso, d'un Miro, d'un André Breton, ou d'un quelconque collectionneur fortuné, alors les prix grimpent, et grimpent encore, et le ciel n'est plus la limite à l'envolée des records.

 

 

 

Ils viennent des quatre bouts de la Terre et sont réunis là par le hasard des acquisitions marchandes, un peu surpris tout de même d'être ainsi assemblés.

 

 

 

 

 

Et, comme si ce rassemblement rituel de témoins des mondes fracassés ne suffisait pas à satisfaire l'insatiable appétit des visiteurs, BRUNEAF coincide toujours (les amateurs d'initiales apprécieront) avec  deux autres manifestations, AAB (Asian Art in Brussels), et BAAF (Brussels Ancien Art Fair), ce qui multiplie d'autant les dialogues imprévus d'une vitrine à l'autre.

 

 

 

 

On quitte à regret ces vestiges fragiles de mondes disparus, qui poursuivront, à New York, Berlin, Paris, Londres ou Shanghai, le cycle éternel des réincarnations marchandes. Peut-être effectueront-ils un séjour éclair dans le bureau feutré d'un spéculateur ? Peut-être auront-ils la chance de partager un temps la vie d'un amoureux (fortuné) des arts, c'est tout le bien qu'on peut leur souhaiter.

 

ooo000ooo

 

Etant donné qu'il est délicat - et indélicat - de photographier les objets à l'intérieur des galeries, la plupart de ces photos ont été prises dans l'Ancienne Nonciature, place du Grand Sablon, où se tenait - dans le cadre de la manifestation - une extraordinaire exposition rassemblant quelques uns des plus beaux chefs-d'oeuvre des collections belges.

Pour mémoire, une manifestation semblable ' Parcours des Mondes' se tient tous les ans à Paris, en Septembre, dans le quartier de Saint-Germain des Prés.

J'avoue, pour ma part, avoir un petit faible pour l'atmosphère de la manifestation bruxelloise, mais c'est une opinion bien sûr tout-à-fait personnelle.

Ces témoins venus d'ailleurs
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29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 15:43

 

Le Jardin du Temps qui passe se trouve de l'autre côté du miroir.

Il n'est accessible qu'en songe.

 

 

Le Jardin du Temps qui passe n'a rien du bel ordonnancement d'un parc à la française.

Il refléte l'inextricable complexité de nos passions et l'enchevêtrement de nos désirs. 

 

 

 

 

Il arrive pourtant que des échappées dans l'écheveau du rêve débouchent inopinément sur de lumineux paysages, souvenirs heureux enfouis dans les profondeurs de la mémoire.

 

 

 

Le Jardin du Temps qui passe est peuplé de statues songeuses, témoins muets d'amours disparues.

 

 

 

 

Les eaux dormantes de l'oubli le submergent peu à peu.

 

 

 

Elles laissent par endroits apparaître les vestiges engloutis des fêtes d'autrefois.

 

 

 

 

Le Jardin du Temps qui passe est gardé par un bien étrange personnage. On ne peut pas dire qu'il soit beau. On pourrait même à la rigueur admettre qu'il est franchement laid.

On le trouve généralement au pied d'un arbre gigantesque, si grand et si haut qu'il semble vouloir égratigner le ciel.

 

 

 

S'il vous trouve sympathique, l'infortuné gardien vous emménera sur son bateau et vous fera découvrir quelques uns des aspects insoupçonnés du Jardin.

 

 

 

 

Il vous parlera du héron bleu, qui se confond avec la nuit, et pour montrer sa reconnaissance envers vous qui acceptez sa différence, il parsémera votre route de jolies guirlandes aux couleurs vives. 

 

 

 

 

Mais voilà que le brouillard envahit soudain le Jardin.

Il est temps de retraverser le miroir et d'abandonner le rêve à regret.

 

 

Le Jardin du Temps qui passe n'existe qu'en songe, 

Les photos de ce conte ont été prises aux quatre coins du Monde, mais le petit personnage difforme et si laid n'a pas eu lui la chance de courir la planète. Je l'ai trouvé à Paris ... au Bois de Boulogne !

Il se cache tout au bout du lac réservoir de Longchamp ! Alors, si d'aventure vous passez par là, allez donc lui rendre une petite visite. Personne ne le remarque et cela lui fera un immense plaisir.

Peut-être même, s'il vous trouve sympathique, parsémera-t-il votre route de jolies guirlandes vert pomme...

 

oooOOOooo.  

 

 

 

Le Jardin du Temps qui passe.
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10 juin 2015 3 10 /06 /juin /2015 10:56

 

Il y a deux manières d'aborder San Fruttuoso.

Le marcheur, qui arpente l'un des sentiers de randonnée du Mont, quelques 200 mètres plus haut, peut emprunter, d'un côté ou de l'autre de la baie, un chemin pentu qui descend, après maints et maints détours... et un nombre impressionnant de marches,  jusqu'à la minuscule localité.

 

 

Il pourra ainsi, au travers de trouées dans la végétation, avoir un premier aperçu de ce qui l'attend lorsqu'il posera enfin le pied sur les galets de la petite plage.

Le vacancier, le touriste ou simplement l'amateur d'une journée en famille au bord de l'eau, loin de l'agitation urbaine, de la pollution et des voitures, arrivera par la mer, à bord de l'une des navettes qui desservent San Fruttuoso au départ de Camogli ou, à l'opposé, de Santa Margharita ou de Portofino.

 

 

Après avoir longé les falaises tourmentées qui plongent brutalement dans le bleu, il aura la surprise, au détour d'une avancée rocheuse, alors que rien ne pouvait le laisser prévoir, de découvrir une miraculeuse petite baie, aux eaux extraordinairement transparentes, au fond de laquelle, fermant totalement le paysage, se trouve l'abbaye aux fines fenêtres ogivales, surmontée d'une massive tour hexagonale.

 

 

San Fruttuoso, c'est l'image, projetée par un appareil à remonter le temps, d'une bourgade de pêcheurs ligures au coeur du Moyen-Age.

L'abbaye aux élégantes arcades fut fondée, au 8ème siècle de notre ère, par des moines espagnols de Tarragone fuyant les pirates barbaresques et échouant, après moult pérégrinations, dans ce petit port où ils construisirent cet édifice pour y déposer les reliques de leur saint patron.

 

 

A compter du 13ème siècle, la famille Doria, qui compte un nombre impressionnant de doges de Gênes, prit pour habitude d'y enterrer plusieurs de ses membres. Neuf sepultures y sont toujours présentes. La famille Doria conserva la propriété des lieux jusqu'en 1983, à la suite de quoi l'abbaye fut reprise par la municipalité et restaurée grâce au mécénat du couturier Armani.

 

 

Il n'y a, je crois, guère plus d'une trentaine d'habitants permanents à San Fruttuoso. Faute d'espace, c'est une localité sans place ni rue. En raison de l'exiguité du lieu et de la forte déclivité du terrain, les quelques habitations se bousculent, un peu en désordre, de part et d'autre de l'abbaye, et les sentiers qui les relient traversent des jardinets où croissent légumes et arbres fruitiers, car ici on a depuis longtemps l'habitude de vivre en autarcie.

 

 

Ou plutôt on avait ... car il est bien difficile à la belle saison de reconnaitre ce lieu si tranquille en hiver, quand le silence n'est rompu que par le bruit des vagues poussant des monticules de galets jusqu'au pied de l'abbaye.

Ce sont désormais les vagues de visiteurs qui, à peine débarquées de la navette, vont déposer leurs serviettes à quelques pas des arcades millénaires, tandis que les pêcheurs, reconvertis en plagistes et en restaurateurs gérent tant bien que mal cette manne bruyante venue d'ailleurs.

Il flotte alors sur la petite plage une odeur entêtante mêlant subtilement effluves de fritto misto et senteurs de crème à bronzer.

 

 

S'il devient ardu, par un bel après-midi ensoleillé de traverser la petite plage sans écraser un orteil au passage, cela ne rebute pas outre mesure les habitants, car gérer le manque de place, c'est pour eux une seconde nature. Les filets et les barques sont entreposés jusqu'au beau milieu du cloître.

A San Fruttuoso, on sait bien en outre que, lorsque sonnera l'appel insistant de la dernière navette, la plage se videra comme par enchantement. Gare au distrait qui manquerait à l'appel. Il devra alors affronter la longue et pénible montée pour rejoindre, dans une lumière déclinante, le sentier sinueux qui le raménera à bon port, au prix d'une marche harassante.

 

 

 

Les barques, qui attendaient sagement la quiétude retrouvée, glisseront alors jusqu'àu rivage. Elles reviendront à l'aube, chargées, si la pêche a été fructueuse, de poissons ruisselants à l'oeil chaviré, qui figureront en bonne place sur le prochain menu turistico.

 

 

Les plongeurs-bouteilles, venus rendre hommage au Cristo degli Abissi, immergé à l'entrée de la baie, auront embarqué leur encombrant matériel qui gênait quelque peu, comme s'il en était encore besoin, l'accès au petit appontement.

Dans une eau d'une incroyable limpidité, le rédempteur ouvre grand les bras vers la surface scintillante et bénit le Mont et ses courageux habitants qui lui vouent un attachement indéfectible.

 

 

Dans le mini-musée maritime de Camogli, au milieu des nombreux témoignages, naïfs ou émouvants, illustrant les terribles péripéties d'une mer souvent cruelle, on peut voir une plaque tombale dont l'épitaphe gravée, au lyrisma échevelé, révèle bien l'amour immodéré des gens de Ligurie pour leur Mont :

" O Marin Italien, quand tu apercevras les rochers de Portofino scintiller au soleil, tels des diamants, et se tinter de pourpre et de violet au crépuscule, aies une pensée émue pour la discrète calanque de San Fruttuoso et murmure en une prière le nom de MARIA AVEGNO "

 

 

Les sentiers qui courent au-dessus de San Fruttuoso ont été parcourus par Byron, qui y pleura sans doute la mort de son ami Shelley, disparu tout prés d'ici dans un naufrage au large de La Spezia, mais aussi par Nietzsche, Freud et tant d'autres. 

Les fantômes de gens célèbres sont innombrables tout au long de ces chemins si divers qui offrent à chaque instant une vue à grande échelle sur la beauté du monde. 

 

 

C'est pour celà que la lutte pour préserver le Mont de l'avidité des promoteurs immobiliers a été farouche.

Avant que le Mont ne devienne Parc National, on pouvait, dans les années 70, lire à la une des quotidiens régionaux et parfois même nationaux, des gros titres qui, dans ce style si particulier de la presse italienne, reflétaient bien l'intensité de la lutte :

 

LE CIMENT NE PASSERA PAS !

LES BULLDOZERS A L'ASSAUT DU MONT !

MAIN BASSE SUR PORTOFINO : PAYSANS CONTRE MILLIARDAIRES !

                    LES NOUVEAUX SARRASINS ATTAQUENT PORTOFINO !        

etc.. etc...

 

Des incendies criminels firent rage et l'on put découvrir, hélas trop souvent, un paysage affligeant de milliers de pins calcinés sur des pans entiers du Mont.

Tout semble à présent rentré dans l'ordre et l'invasion des bulldozers a fait place à une menace peut-être plus insidieuse, celle d'un engouement touristique pour une Nature protégée qui, s'il devient excessif, finit par être en contradiction avec la sérénité recherchée.

 

 

A partir de Pietre Strette , les Pierres Etroites, à la partie supérieure du Mont, le regard embrasse d'un coup tout le Golfo del Tigullio jusqu'aux Cinque Terre là-bas aux portes de la Toscane, Entre les deux, il y a les cités côtières de villégiature que sont Santa Margherita, Chiavari et Rapallo  où tant de conférences internationales eurent lieu.

Entre deux sessions, les diplomates qui décidaient du sort des peuples pouvaient contempler, depuis le balcon de leur hôtel, le soleil rougeoyant disparaître derrière la masse sombre du Mont de Portofino.

 

 

Et puis, là, tout en-bas, il y a Portofino, que les romains nommérent Portus Delphini à la vue des bandes de dauphins qui folâtraient alors dans la baie.

La bourgade a bien changé depuis que Maupassant la décrivit si joliment depuis son yacht 'Bel Ami'. Tant de personnalités s'y succédèrent qui tiendraient en haleine les dévoreurs de romans les plus blasés, à commencer par ce consul anglais qui, à la fin du 19ème siècle acquit puis restaurât le vieux fort qui garde jalousement l'entrée de la crique et qui se nomme depuis le Castello Brown.

 

 

D'incroyables villas, inaccessibles au commun des mortels, se pressent au ras des flots aux abords immédiats de Portofino. D'abord propriétés de l'aristocratie britannique et européenne, beaucoup d'entre elles servirent de résidences à des acteurs d'outre-atlantique qui, à la suite de Rex Harrison ou Richard Burton s'entichèrent du lieu.

Sur les hauteurs, la luxueuse villa Altachiara souffre d'une terrible réputation. En 1923, le comte de Carnarvon, septième du nom, l'égyptologue découvreur de la tombe deTutankhamon, y décéda soudainement et l'on évoqua bien entendu à son sujet la malédiction des pharaons. En 2001, ce fut le tour de la belle comtesse Agusta, précipitée dans la mer depuis la terrasse de la villa, et dont on retrouva le corps quelque temps plus tard ... au large de l'éternelle rivale St Tropez !!

 

 

    La liste des signataires du Livre d'Or de l'hôtel Splendido est si longue, têtes couronnées, artistes, grands de ce monde, célébrités en tous genres, stars du cinéma et du show-biz .. qu'elle ne tiendrait pas dans un rouleau de peinture chinoise.

On ne peut que regretter que, parmi les visiteurs que ne rebutent pas les interminables attentes  pour atteindre le petit port mythique, il en est qui ne viennent qu'avec le secret espoir d'entre-apercevoir la dernière vedette à la mode hébergée dans la villa de Dolce & Gabbana.

 

 

 

Ceux-là resteront indifférents au charme indéniable de la trop célèbre localité. Ils ne verront pas les façades peintes en décor de théâtre, les petits jardins secrets à la luxuriance tropicale qui se cachent derrière des murs discrets.

 

 

Ils ne s'arrêteront pas devant la plaque commémorative érigée à la mémoire de la baronne von Mumm, celle des champagnes, qui en 1945 sauva le petit port de la destruction par l'occupant nazi (Portofino brûle-t-il ? en quelque sorte).

Et les pêcheurs poursuivront leur tâche, sans se soucier des cinéastes en repérage pour un prochain tournage, il faut bien assurer le fritto misto du lendemain.  

 

 

Au large de Portofino, en face de Paraggi aux eaux turquoises, il y a un étrange rocher en forme de chaise, carega en dialecte ligure, avec l'inévitable pin d'Alep accroché à son sommet.

On prétend que le Créateur, après avoir achevé son oeuvre sur le Mont et l'avoir doté de tant de beauté, a voulu se reposer un instant et contempler encore une fois la mer avant de poursuivre sa route... 

 

 

 

oooOOOooo

Je reviendrai à Portofino (3)
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30 mai 2015 6 30 /05 /mai /2015 09:52

 

Au départ de Camogli, pour rejoindre San Rocco, point de départ de nombreux sentiers pédestres qui parcourent le Mont de Portofino, on peut bien sûr faire en voiture le détour qui consiste à monter jusqu'à la via Aurelia et de là rejoindre un parking à quelques mètres du petit bourg.

Pour se mettre en jambes cependant, rien de tel que de se lancer à l'assaut des marches qui, passé le luxueux hôtel Cenobio dei Dogi, mènent directement, quelques 200m plus haut, jusqu'à la petite place de San Rocco d'où l'on domine toute la baie.

 

 

Il faut dire qu'en Ligurie, à peine s'écarte-t-on de quelques mètres du rivage, il faut grimper. Ici, les petites vieilles, au visage buriné par le temps, ont des mollets de coureur cycliste. Des escaliers interminables débouchent toujours sur des escaliers qui n'en finissent jamais.

Je pense qu'en fait tous ces escaliers, si on les mettait bout à bout, conduiraient directement au paradis.

Celui-ci, en tous cas, n'a rien de bien spectaculaire et n'offre pas de points de vue sublimes sur le golfe. Il chemine entre des vergers ceints de petits murets où alternent oliviers et arbres fruitiers, avec, par endroits, de gros blocs de rochers pointant leur nez hors du sol.

 

 

Parvenus, quelque peu essoufflés, sur le belvédère de San Rocco, on découvre que, tout en bas, Camogli s'est bien miniaturisée. On peut apercevoir derrière l'église, un antique fortin, le Castello della Dragonara (encore une histoire de dragons !). Il abritait, jusqu'à la fin des années 90 un bel aquarium, l'Acquario Tirrenico, qui présentait des spécimens remarquables de la faune marine méditerranéenne.

On raconte qu'un beau jour - ou plutôt une nuit - des voleurs s'introduisirent dans l'aquarium et dérobèrent dans les bacs les représentants les plus gustatifs de cette faune. C'est ainsi que mérous, bars et crustacés emplirent les besaces des malfrats, qui ne laissèrent sur place que les méduses et une murène jugée sans doute trop vindicative.

Bien entendu, les brochures touristiques ne mentionnent pas ce méfait, se contentant de préciser que les hôtes de l'Acquario ont été transférés dans le nouvel Aquarium géant qui fait à présent la gloire de Gênes.

 

 

Le souffle revenu, à peine dépassée l'église de San Rocco, on risque fort de le reperdre à nouveau tant le spectacle qui s'offre à la vue est impressionnant.

Un balcon en apesanteur paraît défier les lois de l'équilibre, suspendu de façon vertigineuse au-dessus du bleu, avec en arrière-plan les contreforts des Appenins et un ciel qui essaie vainement de rivaliser avec la mer.

 

 

 

Chaque détour du sentier est désormais l'occasion de visions grandioses. Depuis ce versant du Mont, lorsque le temps est suffisamment clair, le regard porte jusqu'à Imperia, tout près de la frontiére française. En fond de décor, souvent tard dans la saison, les sommets alpins arborent des chapeaux de neige résiduelle étincelante.

 

 

Des micro localités, peuplées seulement de quelques dizaines d'âmes jalonnent les différents parcours. Leurs habitants s'accrochent comme ils peuvent à ce sol pentu, héritiers d'une tradition millénaire et têtue de cultures en terrasse sous le feuillage argenté des oliviers.

 

 

Quand vient le temps de la récolte des olives, le sentier chemine alors sous de légers filets transparents semblables à des voiles que gonfle le vent.

 

 

Les habitations même modestes  arborent, comme il se doit, des décors en trompe-l'oeil et possèdent bien souvent des terrasses où l'on resterait volontiers des journées entières à suivre le dialogue éternel et sans cesse renouvelé du ciel et de la mer.

 

 

A un certain point du sentier, il est possible, en empruntant une vertigineuse volée de marches,  de descendre jusqu'à Punta Chiappa, la pointe extrême du promontoire, que l'on aperçoit par intermittance à l'occasion d'échappées dans l'abondante végétation.

 

 

Cette variante permet de découvrir tout en bas, avant de parvenir à la pointe, un incroyable refuge de pêcheurs au pied d'une impressionnante et menaçante falaise, Porto Pidocchio. Une acrobatique passerelle en bois le traverse, permettant de rejoindre le bout du promontoire en passant par l'embarcadère où accoste la navette reliant Camogli à Santa Margharita. 

 

 

Le manque de place est l'une des caractéristiques de la Ligurie. On joue donc les funambules.et, sur de savants assemblages de bois, s'accrochent dans un invraisemblable enchevêtrement, filets, rames, réas, bouées, flotteurs, fanions, casiers etc.. etc..

 

 

 

 

Les barques, qui sortiront le soir, et donneront de loin, dans la nuit noire avec leurs lamparos allumés, l'illusion d'être un essaim dansant de lucioles, sont remisées tant bien que mal sur un petit bout de grève au pied même de l'énorme falaise  On tremble à l'idée d'un bloc rocheux se détachant inopinément et pulvérisant d'un coup cette arachnéenne structure.

 

 

La mer est, à cet endroit, d'une extraordinaire transparence et révèle des fonds tourmentés qui n'ont rien à envier aux bouleversements spectaculaires de la partie émergée.

 

 

Le Mont est le siège d'une sourde rivalité opposant les chataigners, qui règnent en maîtres sur les versants nord et est, plus frais, et les pins, suzerains incontestés des versants ouest et sud, de type nettement méditerranéen.

On peut ainsi monter, par une belle matinée d'automne transie d'humidité, au beau milieu d'une sombre forêt noyée de brume mêlant racines, lianes et troncs tordus alors qu'une odeur tenace de champignons et de feuilles en décomposition sature l'atmosphère..

 

 

Plus haut, à un détour du sentier, quand les marches cèdent enfin la place à un petit chemin de terre et que le soleil perce soudain l'écharpe nuageuse, voilà qu'on se retrouve au beau milieu d'une odorante garrigue où arbousiers, genêts et lentisques se pressent dans une broussailleuse et inaccessible bousculade. Les parasols des pins couronnent le tout avec l'altière condescendance qui les caractérise.

 

 

Plus loin encore, parvenus à la limite extrême et vertigineuse où seuls des rochers instables et nus contemplent l'immensité de la mer, il ne reste plus que les pins d'Alep, contorsionnistes fous, à s'accrocher à ces cailloux stériles, sans que l'on puisse vraiment savoir ce qui peut bien maintenir en vie ces acrobates que le vent façonne au gré de ses bourrasques.

 

 

Il faut alors s'arrêter et profiter du spectacle grandiose de la mer infinie qui scintille sous le soleil. Il parait que, par temps exceptionnellement clair, lorsqu'après plusieurs jours d'une méchante tramontane le ciel, délavé, semble soudain d'une extraordinaire pureté, on peut distinguer au loin sur la gauche, les côtes de la Corse.

Le regard court jusqu'à un horizon qui semble infiniment lointain et inaccessible, suit les plages d'ombre que les nuages projetent sur la mer-miroir et les palmes que le vent y fait naître furtivement pour les faire disparaître aussitôt...

 

 

Des bateaux passent, dont le sillage vient compliquer la mystérieuse cartographie que dessinent les courants de surface. Sur la droite, en direction du port de Gênes, des navires sont à l'ancre en attente d'un poste à quai, tournant lentement sur leur erre, tous ensemble, sous l'action des risées.

 

 

Les grillons stridulent, l'air exhale les mille senteurs de la garrigue, des lézards vifs filent brusquement dans les broussailles, un écureuil noir apparaît un court instant accroché à un tronc, puis disparaît, un rouge-gorge à l'oeil rond se pose tout près, sachant par expérience qu'un humain assis peut signifier une alternative heureuse à un régime insectivore.

L'agitation mondaine de Portofino semble à ce moment se situer à des années-lumière..

Il ne reste plus qu'à découvrir le joyau dont le Mont est le gardien jaloux, une perle enchâssée au fond d'une toute petite crique, à mi-distance entre Camogli et Portofino, et qui a pour nom San Fruttuoso.

 

oooOOOooo

 

à suivre

Je reviendrai à Portofino (2)
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22 mai 2015 5 22 /05 /mai /2015 18:21

 

Pour la communauté des amoureux de l'Italie, je réédite ce petit conte, vieux déjà de quatre ans.

(Overblog et Deezer étant ce qu'ils sont, les cloches de l'église ne sonnent plus et les grillons se sont tus, mais j'ose espèrer que le charme toscan opérera encore !)

 

Le soleil était déjà haut dans le ciel quand, par une chaude matinée d'été, Padre Francesco mit le nez à sa fenêtre.

 

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Il se dit alors avec ravissement que la journée s'annonçait absolument splendide.

 

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Sous ses yeux, des champs verdoyants s'étendaient à perte de vue, nimbés dans le lointain d'une brume annonciatrice des torpeurs de midi.

 

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Les toits de couleur brique se chevauchaient dans un savant désordre.

 

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Ils cédaient la place par endroits à d'étroites ruelles où flottaient encore les bannières honorant le cortège d'un saint patron.

 

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Ailleurs, ils révélaient l'existence de fraîches et discrètes oasis que l'on ne pouvait apercevoir que d'en haut.

 

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Une blanche colombe roucoulait au dessus de la fenêtre et le parfum ennivrant du jasmin saturait l'air alentour.

 

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Padre Francesco s'imprégnait de toutes ces merveilles et rendait grâce au Créateur de lui avoir permis de vivre en en lieu aussi magnifique.

 

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Il devait visiter le jour même une noble dame, très fortunée, qu'il sollicitait pour la remise en état d'une chapelle fort délabrée.

 

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Il se mit donc en route un peu plus tard, et comme il était en avance, il décida de faire un grand détour par les remparts pour savourer à loisir le délicieux spectacle qui s'offrait à lui.

 

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Des cascades de fleurs odorantes ruisselaient des cours et des balcons qu'il longeait..

 

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La chaleur était maintenant bien présente et il y avait comme une vibration dans l'air qui répondait au chant strident des grillons.

 

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Lorsqu'il atteignit enfin les remparts, le soleil était de plomb et Padre Francesco était bien essoufflé et transpirant.

 

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Par les ouvertures du chemin de ronde, il pouvait contempler un paysage fin prêt à être couché sur le papier brillant des cartes postales.

 

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C'est alors qu'auprès d'un olivier centenaire, il avisa un banc fort opportun et ne put résister à l'envie de s'y asseoir.

Le chant des oiseaux, la chaleur et les grillons aidant, il sombra bientôt dans un profond sommeil.

 

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Il rêva tout d'abord d'un lac merveilleux.

 

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Ses eaux avaient par endroits la couleur de l'émeraude.

 

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Pas une ride ne venait troubler sa surface. C'était l'image même de la sérénité.

 

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Padre Francesco rêva ensuite aux innombrables dons qui ne manqueraient pas d'affluer pour la restauration de sa chapelle.

 

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Ce furent les cloches de l'angelus du soir qui le tirèrent brutalement de sa douce rêverie

Il avait passé tout l'après-midi à dormir et, bien entendu, totalement oublié son rendez-vous avec la noble dame.

 

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Honteux d'avoir ainsi succombé aux langueurs estivales il redescendit des remparts en toute hâte avec l'espoir, certes.bien mince, de pouvoir toujours honorer l'entrevue programmée.

 

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Les passants qui croisèrent la route de Padre Francesco en ce jour mémorable se souviennent encore de l'allure vertigineuse avec laquelle il dévalait les escaliers menant au centre ville où résidait la dame en question.

 

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Comme il était à craindre, la dame s'était lassée, et tandis que Padre Francesco se présentait enfin devant sa demeure, il trouva porte close.

 

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Dire que le remords du Padre fut grand serait une bien faible affirmation. Pendant des jours, il se refusa à quitter sa cellule.

 

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Si d'aventure il passait devant une fenêtre donnant sur la campagne, il détournait les yeux de peur de ne pouvoir résister à l'appel d'une si riante nature.

 

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C'est ainsi que, par la faute du Padre Francesco, de superbes fresques auraient, encore aujourd(hui, bien besoin d'être restaurées.

 

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Mais comment ne pas penser que la Vierge, qui, malgré les outrages du temps, n'a pas cessé de veiller sur une aussi douce Nature, a finalement pardonné au Padre de n'avoir su résister à tant de splendeur.

 

 

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La Toscane et l'Ombrie ont servi de cadre à cette petite fable, principalement Sienne, San Gimignano, Assise, Gubbio, Castiglione del Lago et le lac Trasimène, de merveilleux endroits en vérité.

Une trop belle journée d'été
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21 mai 2015 4 21 /05 /mai /2015 08:34

 

Pour célébrer dignement mon arrivée dans la communauté des 'Bancs d'ici et d'ailleurs'  j'ai cru bon de rééditer un article publié il y a 3 ans, avant qu'Overblog ne nous prive du plaisir des partages communautaires.

J'espère,qu'il fera sourire les amoureux de ces complices de nos méditations et de nos balades.

 

Monsieur de la Pallice n'aurait pas manqué de le rappeler, les chaises et les bancs ont été créés pour que l'on s'assoie dessus.

 

Banc dans un parc

Banc dans un parc à Melbourne

 

A la différence de la grande majorité des animaux qui posent leur derrière n'importe où, les hommes partagent avec les grands primates la faculté de s'asseoir d'une manière agréable sur ces précieux auxiliaires mis à notre disposition pour notre confort.

 

singe assis

Singe assis, photo de Sandra Moreira, publiée dans l'Internaute du 15/09/2007

 

Il est un fait avéré que nous passons une très large partie de notre vie en position assise, mais croyez-vous vraiment que le Penseur de Rodin aurait pu méditer aussi profondément s'il était resté debout ??

 

le penseur de Rodin

'le Penseur', exemplaire de la Ny Carlsberg Glyptotek de Copenhague

 

Bien sûr, il y a des cas extrêmes et nul n'est contraint de s'asseoir dans des conditions aussi inconfortables que celles représentées dans les célèbres photos prises par Charles Ebbets dans les années 1930 à l'occasion de la construction des premiers gratte-ciel new-yorkais.

 

la pause déjeuner

Charles Ebbets, 'la pause déjeuner', 29/09/1932

 

Le seul fait de regarder ces images ne vous met-il pas le coeur à l'envers.?

 

l'homme-planche

Charles Ebbets, 'l'homme-planche', 1932

 

Non, c'est plutôt lorsque, autour de soi, la vie ressemble à un vaste tourbillon, qu'il est bon de se poser un peu pour reprendre ses esprits.

 

P1080899

Melbourne, Hosier lane

 

Si la multiplication des suggestions du monde moderne vous déroute, alors rien de tel qu'un petit somme sur un banc pour redonner un sens à la vie.

 

'Solitude' - Banc public à La Défense.

Paris, quartier de la Défense

 

Si les ennuis quotidiens vous dominent de leur hauteur monstrueuse, une petite pose téléphone sera la bienvenue. .

 

P1080870

Melbourne, Hosier lane

 

Ces jeunes et accortes personnes l'ont bien compris, l'usage du portable est tout de même plus commode en position assise.

 

Océanie 3 140

Melbourne, le jour du Derby

 

Mais quand l'heure d'une retraite heureuse a sonné, un moment de repos bien mérité, au soleil, sur un rebord de pierre sera l'occasion d'une paisible confrontation avec ses souvenirs.

 

Camoglie 63

Italie, Camogli (GE)

 

Alors, si d'aventure un banc vous invite clairement à échapper, ne fut-ce qu'un instant, aux turpitudes de la vie de tous les jours, s'il vous plaît n'hésitez pas, asseyez-vous, et regardez autour de vous le monde poursuivre inlassablement sa course folle.

 

Bancal1

Paris, quartier de la Défense

 

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Du bien fondé d'être assis
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Published by Jean-François - dans Photographie - Voyages
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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 19:03

 

Autant l'avouer tout de suite, "mon" Portofino, ce n'est pas ce petit village décrit par Maupassant "qui s'étend comme une demi-lune autour d'un bassin silencieux".

S'il est indéniable que le minuscule port, dont les petites maisons joyeusement colorées se serrent en arc de cercle autour du plan d'eau, est un véritable bijou serti dans un écrin de verdure exubérante, il y a belle lurette que l'on a oublié ici ce que le mot silence pouvait bien signifier.

 

 

Portofino est le rendez-vous incontournable de la jet-set internationale. Les villas des milliardaires hollywoodiens saupoudrent les pentes embaumées comme sucre en poudre sur un gâteau. Les boutiques de luxe ont remplacé les petites échoppes traditionnelles. Des yachts immenses, immatriculés aux îles Caïman ou en d'autres paradis tropicaux, toisent les quidams à quai du haut de leur bastingage chromé. Quant aux restaurants, ils affichent des menus qui défient les estimations tarifaires les plus extravagantes et je ne m'apesentirai pas sur les heures interminables passées en voiture le week-end à prier pour qu'une place de parking se libère enfin dans ce lieu mythique qui ne dispose que d'une voie d'accès, et qu'il faut donc emprunter à l'aller comme au retour.

 

 

Non, mon Portofino à moi, c'est le Mont, "Il Monte", comme on le désigne ici affectueusement, un promontoire rocheux de treize kilomètres de large qui s'avance dans la mer à une quarantaine de kilomètres au sud de Gênes. La seule protubérance notoire en fait de cette côte qui va de la frontière française jusqu'en Toscane. Le nez de la Ligurie en quelque sorte, bordé, côté Portofino, qui s'y adosse, par le Golfo del Tigullio, et côté Gênes, par le bien nommé Golfo Paradiso.

 

 

Ce nez, on le voit de loin. Il faut dire d'ailleurs qu'en son point le plus élevé, le Monte di Portofino s'élève à 610 mètres tout de même, un point culminant qui souvent, l'hiver, disparaît dans les nuages lorsque les brouillards marins s'accrochent en écharpe à son sommet.

Le Mont a été déclaré Parc National en 2003. Il était auparavant protégé, depuis 1935, de la contamination spéculative qui a tellement défloré une grande partie de la riviera ligure. Ayant échappé miraculeusement au béton, il constitue un hâvre de paix et de tranquillité pour la plus grande joie des promeneurs et randonneurs qui, comme moi, ont eu le bonheur de parcourir ses sentiers parfumés.

 

 

Lorsqu'on arrive en avion en venant du nord, l'appareil, avant de se poser à Gênes, joue les grands albatros. Il décrit une large courbe paresseuse autour du Mont, contourne et frôle les antennes de Portofino Vetta, à la partie supérieure du promontoire et s'en va caresser de l'aile la Riviera di levante, frangée d'écume, qui se chauffe au soleil, blottie sur l'étroite bande côtière qu'ont bien voulu lui concéder les collines pentues et austères qui ceinturent le paysage gênois. Une myriade d'habitations s'accrochent sur les pentes des collines, à la limite, semble-t-il, de la rupture d'équilibre.

 

 

Vu depuis la côte, le Mont impose sa présence. A Nervi, au crépuscule, la vieille tour de guet qui n'a plus depuis bien longtemps à signaler l'apparition à l'horizon des voiles barbaresques, semble se satisfaire d'une bienveillante surveillance de cette excroissance terrestre partie effrontément à la conquête de la mer.

 

 

Côté mer, le Mont révèle une nature tourmentée. Ses pentes abruptes et inhospitalères, refuge des oiseaux de mer, dévoilent le tohu-bohu originel qui déposa, il y a des millions et des millions d'années, couche après couche, les strates de sédiments, évocatrices d'un nappage inspiré, oeuvre d'un patissier démiurge.

Tout en haut, le clocher blanc de l'église du petit village de San Rocco, point de départ de nombreuses randonnées, parait bien miniscule.

 

 

L'une des étrangetés du Mont est d'être constitué en partie d'un conglomérat rocheux - une rareté parait-il - qui a recouvert des gros blocs granitiques érodés d'une matrice essentiellement calcaire qui ressemble à s'y méprendre à une coulée de ciment. 

On a donné en italien le drôle de nom de puddinga, pudding, à ce phénomène géologique, ce qui pourrait éventuellement expliquer l'attirance immodérée des britanniques pour cette région de la côte méditerranéenne !!

Punta Chiappa, pointe extrême du promontoire, est tout-à-fait représentative de ce fameux pudding, étonnant à défaut d'être digeste.

 

 

En fait, c'est par la délicieuse cité maritime de Camogli, véritable carte postale vivante, qu'il faut approcher le Mont. Cette petite ville est blottie, tout au fond de la courbe sensuelle du Golfo Paradiso, carrément au pied du promontoire.

Il y a cinq ans déjà - comme le temps passe - j'avais inauguré ce blog par un très long article consacré à ce lieu magique qui ne peut laisser indifférent. Les façades peintes des maisons traditionnelles qui s'alignent au bord de la plage de galets évoquent toujours un décor de théâtre, même si les flétrissures du temps ont été soigneusement effacées et que quelques boutiques de mode et galeries d'art ont fait leur apparition. Les chats n'y règnent plus en maîtres absolus et, dès les premiers beaux week-ends de printemps, le port est envahi par la foule bruyante des milanais, trop heureux d'échapper un temps aux brouillards malsains de la cité lombarde.

 

 

Manteaux de fourrure, hauts talons et tenues décontractées-chic du dernier styliste à la mode déambulent alors sur les pavés du porticciolo, observant avec une infime pointe de condescendance ces drôles de pêcheurs en bonnet qui réparent leurs filets, indifférents au remue-ménage environnant.

 

 

Les pêcheurs, eux, en ont vu d'autres. Les plus anciens s'interpellent en gênois, cette langue qui a les aspérités rugueuses des rochers battus par les flots. Ils ont la fierté d'appartenir à une longue lignée d'hommes de mer qui firent la gloire de cette ville qui, au milieu du XIXème siècle comptait encore plus de navires enregistrés dans ses livres que le port de Hambourg, ce qui lui valut d'être surnommée 'la città dei mille bianchi velieri' la ville aux mille voiliers blancs. 

 

 

Aujourd'hui, les draps qui séchent au soleil, avec le Mont en arrière-plan, sont peut-être les seuls à évoquer encore ce glorieux passé, mais, si nombreux ont été les enfants de Camogli à embrasser le métier de marin qu'il arrive toujours que la corne de brume d'un navire navigant près de la côte signale joyeusement aux habitants qu'un fils du pays est de passage.

Les pêcheurs le savent bien, les beaux jours et les touristes partis, la mer n'est pas toujours le miroir étincelant qui fait la joie des plaisanciers. 

 

 

Ils savent les jours sans fin où la mer pousse ses gerbes d'écume à l'assaut des façades, le vacarme assourdissant des galets que les vagues roulent avec une régularité de métronome, l'air saturé d'embruns et poisseux quand tout autour s'oxyde, se corrode, se décolle, se délite. Ils savent la pluie et le vent..

En Ligurie, la rose des vents a plus de branches qu'une étoile de mer, tramontana alta, tramontana bassa, maestrale, scirocco, libeccio, la liste est longue. Encore heureux qu'ils ne soufflent pas tous en même temps !

Il faudrait aussi parler de la pluie. Elle adore cette région, pas une petite pluie fine, non, des torrents déversés du ciel qui transforment les petits cours d'eau anodins de l'été en furies dévastatrices et provoquent des glissements de terrain meurtriers qui n'épargnent même pas les jolis sentiers forestiers du Mont.

 

 

C'est peut-être pour tout cela que la petite église de la ville, élevée au rang de basilique, rien que çà, est si outrageusement décorée et que les ex-voto y sont si nombreux. Tant de naufrages ont eu lieu dans les eaux si belles qui bercent cette étonnante petite cité dont l'origine du nom, contestable et contestée, pourrait être Cà da mogee c'est-à-dire Casa delle moglie en italien, la maison des épouses...dont les hommes sont en mer !....

 

 

Dans le délicieux petit musée maritime de Camogli on peut voir ce tableau qui représente la partie la plus méridionale de la ville, là où le Mont semble soudain surgir des profondeurs avec le mouvement ondulatoire d'une échine de dragon. Rien d'étonnant d'ailleurs, Saint-Georges est le saint protecteur de Gênes, et puis ici, depuis qu'en 1923 un énorme poisson d'une espèce inconnue et ressemblant vaguement à un rhinocéros échoua sur la plage, on a un peu l'habitude du surnaturel et de l'extraordinaire.

Ce dragon là est couvert d'une végétation luxuriante. Pins maritimes et pins d'Alep s'accrochent aux rochers, à la limite du raisonnable. Le bâtiment à gauche est un ancien couvent converti à présent en hôtel de luxe, avec piscine donnant directement sur le Golfe, le Cenobio dei Dogi, le Monastère des Doges.

 

 

Mais trêve de rêverie et de fantastique, c'est par un beau matin ensoleillé, après avoir pris soin d'emporter boissons et provisions dans sa musette, alors que par la porte ouverte du panificio s'échappe une ensorcelante odeur de focaccia toute chaude, qu'il faut partir à l'assaut du Mont.

 

Et la balade s'annonce riche de promesses...

 

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                                                                                                                                          à suivre

Je reviendrai à Portofino (1)
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22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 21:00

 

Un mannequin de bois nageant avec délice dans un lagon bleu, entouré de poissons multicolores,

 

 

dansant le reggae au son d'un steel band jamaicain,

 

 

 se promenant tranquillement dans la brousse africaine sous le regard incrédule des éléphants,

 

 

ou bien encore jouant les touristes à Paris, main dans la main avec sa petite amie,

 

 

Ce ne sont là, penserez-vous, qu'élucubrations déjantées résultant d'un trop plein d'imagination.

Eh bien, je m'en vais vous conter une histoire qui fera peut-être vaciller vos belles certitudes.

 

Matériel utilisé par le peintre Ernest-Jules Renoux - Petit Pallais - Paris

Cela faisait déjà bien longtemps que le peintre avait déposé ses pinceaux,

 

Auguste Rodin - 'Le Sommeil' - Musée Rodin - Paris

Ou peut-être était-ce le sculpteur qui, las de poursuivre en vain un idéal de beauté inatteignable, avait fini par abandonner ses ciseaux.

Toujours est-il que l'atelier était à présent triste et froid, engourdi dans une pénombre silencieuse que venaient occasionnellement troubler les pas précautionneux des rares visiteurs qui résonnaient fort sur les lattes disjointes de l'antique parquet.

 

 

C'est à peine si on le remarquait, tant il paraissait évident, qu'au même titre que l'armoire, le chevalet, la table basse ou les chaises de guingois,  il avait toujours été là, un meuble en quelque sorte.

Il fixait intensément la danse des grains de poussière dans le rai de lumière diffusé parcimonieusement par une grande verrière que l'on avait renoncé à nettoyer depuis des lustres.

 

 

C'était un mannequin d'artiste de taille humaine et de belle prestance, à la patine d'usage luisante. Il avait du, autrefois, appartenir à un Maître de renom car inaccessible aux bourses plates des tacherons au ventre creux qui devaient se contenter de ces maigres humanoïdes en bois blanc que l'on trouve encore aujourd'hui à la devanture des magasins spécialisés.

 

Thomas Gainsborough - 'Heneage Lloyd & His Sister' - 1750

Peut-être même qu'un peintre illustre, dans le souci d'éviter de pénibles séances de pose à son aristocratique clientèle, l'avait utilisé comme modèle, avec le paradoxal résultat que les personnages représentés paraissaient en fin de compte plus désarticulés que le mannequin lui-même.

Nul doute qu'il se remémorait ces temps glorieux et les multiples manipulations dont il avait été l'objet et dont ses articulations conservaient la mémoire douloureuse.

 

 

Il y avait dans l'atelier un autre mannequin avec lequel notre modèle au corps patiné entretenait des rapports distants. Peut-être était-ce au fond de la jalousie, car cet autre locataire portait une combinaison de coton qui le préservait en hiver du froid abominable qui régnait en ce lieu. De plus, ce confrère aux yeux bleus, avait la fâcheuse manie de se vanter qu'au lieu de servir de modèle à des humains, il avait été choisi par son Maître pour être lui-même le sujet de ses tableaux.

 

 

Huiles sur toile d'Alan Beeton (1880 - 1942)

Ces constantes vantardises étaient bien pénibles à supporter, et ceci d'autant plus que le hâbleur au visage poupin prétendait en outre avoir visité l'Amérique, ce qu'il ne manquait pas de rappeler à l'envie, force selfies à l'appui.

 

 

Ce fut à partir de ce moment qu'un déclic se produisit dans la cervelle de bois de notre mannequin qui, dès que les ombres commencaient à s'allonger dans l'atelier déserté, se réfugiait de plus en plus dans des voyages imaginaires qui le menaient chaque fois à l'autre bout du monde.

 

 

 

C'est ainsi qu'au cours de ses pérégrinations, il croisa la route de collègues qui, comme lui  avaient fui la solitude des ateliers oubliés et parcouraient le monde,pour jouir d'une liberté et d'une identité retrouvées.

 

 

 

 

Pourtant, voyager sans cesse et découvrir de nouveaux horizons ne le satisfaisait qu'à demi. Son rêve le plus cher était de nager dans des eaux transparentes et chaudes, ce qui paraissait bien irréalisable car ses articulations métalliques étaient un obstacle de taille à sa flottabilité et il risquait tout bonnement de couler à pic au premier contact avec l'élément liquide.

 

Jose Maris Sert (1874-1945) - Etude photographique pour 'Les Triomphes de l'Humanité'

Mais quand on a une tête de bois, on ne se décourage pas pour si peu et notre mannequin aventureux s'entraina si bien et si assidûment qu'en peu de temps il était devenu un nageur émérite en dépit de son handicap.

Il ne lui restait qu'à partir plus loin encore qu'il ne l'avait fait jusqu'alors, jusqu'à cette île perdue des mers du sud où il pouvait enfin s'adonner à sa secrète passion.

 

 

Le Musée Bourdelle à Paris présente jusqu'au 12 Juillet une très intéressante et originale exposition, intitulée 'Mannequins d'artistes, Mannequins fétiches'.

 

Mannequin italien du début du XIXème siècle (détail)

Cette exposition est  consacrée à ces dociles auxiliaires qui, du XVIIIème siècle à nos jours, ont exercé une trouble fascination sur bon nombre d'artistes, les surréalistes notamment.

 

Giorgio de Chirico - 'Deux Masques' - 1930

L'inquiétante étrangeté' qui entoure ces simulacres du corps humain a donné lieu à de bien étonnantes déviances, allant quelquefois jusqu'à un érotisme plus ou moins appuyé.

Vous ne trouverez dans cette exposition nulle trace des voyages imaginaires de notre mannequin rêveur, mais si d'aventure vous vous hasardez dans l'atelier du Maître, vous l'apercevrez fixant obstinément un indécelable horizon.

Ne vous y trompez pas, il est dans son île lointaine.

 

 

Il y a retrouvé sa petite amie et tous deux nagent à présent dans le bonheur.

Avouez que, pour une fois, c'est bien là une histoire avec une fin heureuse, ne trouvez-vous pas ? 

 

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Les Voyages extraordinaires d'un Mannequin d'Artiste
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7 mars 2015 6 07 /03 /mars /2015 18:48

 

Sigiriya, inscrit au patrimoine mondial par l'UNESCO, est le site archéologique le plus visité du Sri Lanka.

Sirigiya, c'est le rêve insensé, au Vème siècle de notre ère, d'un souverain parricide qui, pris de remord et craignant une réincarnation fatale, décida de transférer sa capitale au sommet d'un énorme et mystérieux rocher, monolithe posé en plein coeur d'une jungle hostile.

 

 

Sirigiya, c'est la volonté de recréer le paradis sur terre, un lieu de beauté où tout serait en harmonie avec la nature, dans un splendide isolement, loin de la fureur destructrice des hommes.

Sirigiya, le 'rocher du lion', ainsi nommé parce que, au stade ultime de l'ascension pour parvenir au saint des saints, le palais du roi au sommet du monolithe, il fallait passer entre les pattes d'un énorme et impressionnant lion de pierre, peint de vives couleurs.

Il n'en reste aujourd'hui que les griffes.

 

 

Depuis le toit du rocher, où avaient été aménagés jardins parfumés, piscines et parterres fleuris autour des habitations royales, le souverain pouvait contempler, quelques deux cents mètres plus bas, le bel ordonnancement de sa capitale et l'harmonieuse disposition des douves, bassins, étangs et jeux d'eaux, alternant avec les corps d'habitation, les parcs ombragés et les jardins de pierre utilisant habilement la configuration naturelle du terrain où d'imposants blocs rocheux émergeaient du sol.

 

 

Là-haut, lorsque les brumes du matin enveloppaient le rocher, le roi pouvait se sentir l'égal d'un Dieu, dominant le reste du monde.

 

 

Pour accentuer cette impression, il avait fait recouvrir le rocher d'une couche d'un plâtre blanc lumineux. Vu d'en bas, cela donnait l'impression que le rocher flottait comme un nuage habité par des êtres divins.

Il avait en outre demandé à ses artistes de peindre sur ce revêtement des images féminines à la beauté rayonnante, témoignant ainsi de l'opulence et de la grandeur du souverain.

 

 

 

 

Richement parées et représentées à mi-corps, elles paraissaient flotter dans l'espace, telles des nymphes célestes.

Les chroniqueurs assurent qu'il y avait un total de quelques cinq cent figures féminines qui agrémentaient ainsi le blanc nuage. Quinze siècles plus tard, elles ne sont plus que vingt et une à avoir échappé aux outrages du temps car protégées par une anfractuosité du rocher.

 

 

 

En 1967, ces dernières survivantes faillirent bien disparaître à jamais, victimes d'un vandalisme qui effaça irrémédiablement le visage de deux d'entre elles et recouvrit les autres d'une peinture verte que les autorités sri-lankaises eurent bien de la peine à éliminer, au prix sans doute d'un certain défraîchissement des vives couleurs originelles.

 

 

L'dentité de ces demoiselles a fait couler beaucoup d'encre.

A la différence de leurs consoeurs indiennes d'Ajanta, toute connotation religieuse est absente. Ce sont des êtres de chair et de sang, à la féminité triomphante, incroyablement vivantes, aux formes généreuses, voluptueuses et désirables, mais jamais provocantes. Elles célèbrent le pouvoir et la splendeur du maître de la cité des dieux.

 

 

L'hypothèse la plus vraisemblable est que les jeunes femmes du harem royal servirent de modèles à ces fresques délicates, sans doute les plus belles que l'on puisse trouver datant de cette période et qui prouvent la très grande habileté des artistes au service du roi.

Cette hypothèse est confortée par le fait que toutes portent au cou un très fin tatouage en forme de petit collier, probable témoignage de leur appartenance au souverain.

 

 

 

 

Toutes portent une profusion de bijoux précieux, mais certaines d'entre elles arborent en outre des coiffures très élaborées et des rangées de bracelets, pouvant signifier qu'il s'agissait de membres de la famille royale, accompagnées de leurs suivantes.

 

 

Images fragiles, émouvantes, aux couleurs vibrantes, parfois à demi effacées, ces demoiselles au sourire énigmatique fascinent toujours, comme elles ont dû à l'époque fasciner les visiteurs de ce monarque qui se prenait pour un dieu.

 

 

A la dix-huitième année de son règne, apprenant que son frère, décidé à venger la mort de leur père, approchait de la citadelle à la tête d'une armée, le roi, sourd aux conseils de ses mages, descendit de son rocher pour aller le combattre. Trahi par son chef des armées qui fit battre ses soldats en retraite, il se retrouva seul, isolé, sur son éléphant de guerre.

Les chroniqueurs racontent que, plutôt que de se rendre, il préféra se trancher la gorge avec sa dague sertie de pierres précieuses.

Il s'appelait Kasyapa. Il avait régné de 477 à 495 de notre ère.

C'en était fini d'un beau rêve. Il n'avait duré que dix-huit ans, dix-huit petites années, une infime goutte d'eau dans l'océan de l'histoire. 

 

image web, vue aérienne du site

Délavé par les pluies tropicales, le blanc nuage se dissipa peu à peu et le grand monolithe retourna se poser au milieu de la jungle. 

Reconverti un temps en monastère par les prêtres qui n'avaient que modérément apprécié cet étalage de plaisirs séculiers, le site, qui terrorisait les habitants de la région, qui le pensaient hanté, finit par sombrer dans l'oubli.

Quinze siècles s'écoulèrent, jusqu'à ce jour de 1831, où un officier britannique, venu chasser l'éléphant dans les parages, ne le redécouvrit, rongé et envahi par une épaisse végétation.

 

 

On peut se demander si ce roi tourmenté, qui avait soulevé une montagne pour en faire le siège céleste de son pouvoir divin, trouva quelque repos dans une vie ultérieure.

Toujours est-il que son palais reste à ce jour bien protégé. D'énormes essaims de frelons, que les anglais appellent 'hornets' ont vaillament résisté à toute tentative d'éradication. On les surnomme les 'gardiens de Sigiriya'.

 

 

Ils inspirent une crainte respectueuse aux essaims de touristes qui montent à l'assaut du site aux heures chaudes de la journée.

Peut-être au fond est-ce pour cela que les demoiselles survivantes ont conservé leur énigmatique sourire ??

 

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Les Demoiselles de Sigiriya
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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 22:42

 

 

Essai

- toujours aussi téméraire - 

d'illustration 

du poème d'Arthur Rimbaud

'Le Bateau Ivre'

(2ème partie)

 

Ferdinand Hodler - 'Le lac de Thoune et le glacier de Stockhorn' huile sur toile, ca 1913

 

Henri (le Douanier) Rousseau - 'La Charmeuse de serpents' - huile sur toile - 1907 - (détail)

 

Australie, dans l'aquarium de Sydney

 

Mouette à tête noire dans les Caraïbes

 

Moorea, l'île soeur, apperçue de Tahiti au crépuscule

 

Algues en mer Rouge

 

Australie, envol de sternes dans la région de Melbourne

 

Bill Viola, projection vidéo - 'Ascension' - 2000

 

Emil Nolde -'Mer au crépuscule avec voilier' - Aquarelle - ca 1930

 

Chili, épave sur une plage de l'île de Chiloé

 

Emil Nolde - 'Deux bateaux à vapeur' huile sur toile

 

Emil Nolde - 'Mer bleu-jaune' - Aquarelle

 

Jean-Michel Othoniel - 'Le Bateau de larmes' - 2005  et figures de tatouage

 

Emil Nolde - 'Soleil du tropique' - huile sur toile - 1914

 

Brésil/Argentine, dans la région des chutes d'Iguazu

 

Italie, crépuscule sur la 'passeggiata al mare'de Nervi, Ligurie

 

Crépuscule sur la côte sud-est australienne

 

Scène nocturne à Moorea, Polynésie française

 

Afrique du Sud, lever du soleil près du Cap

 

Emil Nolde - La Mer III' - huile sur toile - 1913

 

Flaque d'eau - image web, photo de Michèle Trinckquel

 

Paris, dessin de 'Seth' (Julien Malland) sur un mur du quartier de la Butte aux Cailles

 

Anonyme, huile sur toile - 'Trois-mâts barque'

 

Zeng Fanzhi - 'Swimming' - huile sur toile - 2006 et surimpression d'une représentation ancienne des pontons de Cadiz

 

 

 

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Hommage à Arthur Rimbaud (2)
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