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10 juillet 2014 4 10 /07 /juillet /2014 18:55

 

En visite dans les Parcs Nationaux de l'Ouest américain, après avoir admiré les beautés naturelles de Zion, s'être immergé dans la magie d'Antelope Canyon ou cheminé au coeur de la forêt pétrifiée de Bryce, on serait un peu tenté de douter que Mère Nature puisse encore nous laisser béats d'admiration..

Elle nous réserve pourtant la surprise de découvrir la plus extraordinaire, la plus gigantesque, la plus fantastique, la plus incroyable des merveilles ;

le Grand Canyon.

 

 

Le Grand Canyon, on a tous l'impression de déjà le connaître, tant son image est familière, mais lorsqu'il apparaît au détour de la route, on ne peut qu'avoir le souffle coupé.

 

 

On l' imaginait ocre, brun et rouge brique, et voilà que tout le paysage baigne dans une douce lumière bleutée dont les nuances délicates se fondent, à la limite du champ visuel, en un voile subtil qui nimbe les lointains reliefs.

 

 

Partout où le regard porte, ce ne sont qu'amoncellements de roches qui se chevauchent et s'entrechoquent. Des canyons débouchent sur d'autres canyons, à l'infini, dans ce qui semble être le résultat complexe d'un bouleversement minéral des premiers âges de la Terre.

 

 

Le Grand Canyon est immense, et l'on ressent vraiment sur place cette écrasante impression d'immensité.

Le Parc National, dans le Nord-Ouest de l'Arizona, couvre une superficie deux fois supérieure à celle du Luxembourg. et le Canyon principal s'y étire sur une longueur totale de 446 kilomètres. On estime que les roches les plus anciennes qui constituent son socle et affleurent en plusieurs endroits au fond du canyon, joliment qualifiées de 'shistes de Vishnou', sont âgées de 1 milliard 700 millions d'années !!

 

 

A titre de comparaison, la Colorado river, responsable du travail de sape qui l'a conduite à serpenter en un brillant ruban émeraude, prés de 2 kilomètres plus bas, n'est âgée que de 60 millions d'années, née après le soulèvement des Montagnes Rocheuses, alors que les ptérodactyles voletaient encore au-dessus des énormes herbivores et des méchants tigres à dents de sabre.

 

 

 

 

 

 

Façonné par la mer, la pluie, le vent et les fleuves, le Grand Canyon a aussi connu les soulèvements tectoniques, les secousses sismiques (45 tremblements de terre, rien qu'au 20ème siècle) et même les éruptions volcaniques (la dernière remontant tout de même au haut Moyen-Age, le nôtre, pas celui géologique).

 

 

Le résultat de tout cela est un mille-feuilles de 40 couches géologiques bien visibles, véritable livre ouvert sur l'histoire de la Terre, pour la plus grande joie des spécialistes..

 

 

C'est par égard sans doute pour l'âge vénérable de cet environnement minéral que bien des arbres, au bord du vide, se découvrent respectueusement.

 

 

 

Un spectacle aussi impressionnant et grandiose a naturellement donné naissance à des superstitions et des croyances, et les noms donnés à certaines formations remarquables reflètent l'imaginaire qu'a pu susciter leur aspect : Temple d'Isis, Pyramide de Chéops, Temple de Buddha, Ranch Fantôme ...

 

 

On pourrait croire, devant la majesté des lieux, tant, à l'échelle humaine, la disproportion est évidente, que jamais l'Homme ne pourra porter atteinte à une telle merveille de la Nature. Ce serait oublier que l'homme est un apprenti-sorcier.

Le Grand Canyon est incroyablement riche en minerais précieux et stratégiques. Dans les années 50/60, au plus fort de la Guerre Froide, 800,000 tonnes d'un minerai à très forte concentration d'uranium ont été extraites d'une mine située sur la rive Sud du Canyon. Les ouvriers, en majorité indiens, étaient descendus par benne dans des conditions acrobatiques et travaillaient dans l'excavation sans protection particulière. 

 

 

Les communautés indiennes, d'abord favorables à l'implantation des mines en considération des bénéfices procurés, ont ensuite pris conscience des risques sanitaires encourus et des pollutions engendrées, notamment concernant l'eau potable. Des analyses, effectuées sur des échantillons d'eau de la Colorado River, n'ont pas été particulièrement rassurantes !

 

 

Si la mine de la rive Sud, ainsi d'ailleurs que beaucoup d'autres, a été depuis démantelée, il en existe toujours plusieurs en activité, et le débat fait toujours rage entre défenseurs et opposants à une extension de l'extraction. Ce débat connait des hauts et des bas en fonction des fluctuations des marchés et du désir temporairement plus ou moins aigu d'indépendance énergétique.

 

 

Le site du Grand Canyon est inscrit au Patrimoine Mondial de l'UNESCO et reçoit chaque année près de 5 millions de visiteurs.

Dans la partie Ouest du Canyon, une grande passerelle à plancher de verre, en forme de fer à cheval, le 'Skywalk', surplombe le vide afin de donner aux touristes le grand frisson et l'illusion de planer 2 kilomètres au-dessus du Colorado. Cette construction dénature d'autant plus le site qu'il est prévu d'y adjoindre un hôtel-restaurant et un casino, mais, mis à part cette exception notoire, il faut admettre que, dans le reste du Parc, - et il est grand - l'impression d'un contact privilégié avec une Nature d'une extraordinaire beauté est toujours bien réelle.

 

 

Les visiteurs qui communient chaque soir à la Grand Messe du coucher du soleil sur ces témoins des origines de la Terre, ont-ils conscience que l'Homme, dans sa quête frénétique de Puissance et de Profit, pourrait bien, au final, libérer les démons qui sommeillent depuis tant de millions et de millions d'années au plus profond d'une aussi belle Nature ? 

 

 

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Grand Canyon. Les Premiers Matins du Monde.
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6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 10:24

 

Erosion, érosion, que de folies commises en ton nom !

L'Ouest des Etats-Unis, c'est un fait reconnu, est prodigue en délires géologiques de tous ordres, mais là où cela frise la démence c'est bien dans Bryce Canyon, au Sud-Ouest de l'Utah.

Ce n'est pas à proprement parler un Canyon, mais plutôt une succession d'amphithéâtres s'étirant sur plus de 20 kilomètres, dans lesquels s'aligne un gigantesque jeu de quilles qui semble avoir été mis en place pour le divertissement de géants mythologiques.

 

 

Encore une fois, c'est la mer, dont nous sommes tous issus, qui est à l'origine de cette parade minérale. 

La mer, c'est connu, monte et descend, puis remonte et redescend, indéfiniment, Elle a fait cela au cours des ères géologiques alors qu'elle recouvrait puis abandonnait  la région, déposant à chaque fois une nouvelle couche de sédiments.

 

 

Après que la mer, il y a environ 40 à 60 millions d'années, eut fait place à des lacs intérieurs recouvrant ce qui était toujours un plateau, se déroula un phénomène que les éminents spécialistes ont qualifié de 'formation géologique de Clarion' consistant en dépôts successifs de roches sédimentaires, sables argiles et calcaires friables.

 

 

Quand le plateau se retrouva asséché, les deux compères que sont la pluie et le vent, qui n'attendaient que cela, se ruèrent  sur les parties les plus tendres de cet appétissant mille-feuilles et le grignotèrent à belles dents, patiemment, aidés en cela par l'alternance de froids et de chaleurs extrêmes qui faisait éclater des pans entiers de roche.

 

 

Etant donné que la partie supérieure du mille-feuilles est constituée par une roche plus dure, qui de ce fait sert de parapluie aux couches inférieures, l'érosion a sculpté ces étranges colonnes que, dans nos régions, on désigne sous le vocable de 'cheminées de fées' et auxquelles les américains ont donné le drôle de nom de 'hoodoos'.

 

 

Pas évident de saisir la subtilité du mot 'hoodoo'. Le verbe to hood signifie encapuchonner, ce qui pourrait le relier à l'aspect décidément phallique de certaines 'cheminées'. Mais 'hoodoo' ou 'oodoo' signifie aussi 'vaudou' et là, on entre dans une toute autre dimension, celle de l'aspect magique du site. 

 

 

Les indiens Paiute, qui habitaient la région avant l'arrivée des colons blancs, considéraient que ces rochers bizarres étaient les restes pétrifiés d'anciens êtres, punis pour avoir mal agi.

Nul doute que les fautifs devaient être bien nombreux, vu l'étendue du site. Quant à la blanche 'reine Victoria', il est tout de même improbable qu'elle ait été changée en pierre pour fautes commises au cours de son interminable règne !

 

 

Le charpentier Ebenezer Bryce qui, en 1875, s'établit dans la région et devait par la suite donner son nom au site, se souciait, lui, fort peu du prétendu mauvais sort qui entourait ces étranges formations. Avec le bon sens terre-à-terre des paysans, il aurait déclaré :

" Foutu endroit pour perdre une vache"

 

 

Dans la lumière du matin, les hoodoos, puisqu'il faut les appeler ainsi, revêtent, pour la plupart d'entre eux, une forte coloration rougeâtre due à la présence d'hématite, alors que d'autres adoptent des teintes allant du jaune soutenu au blanc diaphane en fonction de leur composition chimique..

 

 

L'envie devient alors pressante, puisqu'un arbre semble indiquer le chemin, d'aller voir en bas quelle magie se dissimule dans les méandres d'un tel labyrinthe.

 

 

La descente est longue, avec, chemin faisant , l'arrière-pensée qu'il faudra ensuite remonter dans la chaleur de midi, le souffle court, car on est quand même à 2000/2500 mètres d'altitude.

 

 

 

En bas, le spectacle est saisissant lorsqu'on se faufile entre les gigantesques hoodoos dont certains peuvent atteindre 35 mètres.

 

 

En approchant de la partie basse de l'amphithéâtre, la végétation, d'abord incapable de rivaliser avec les géants de pierre, finit par se mélanger à ceux-ci pour créer un paysage chaotique où le vert des feuillages vient atténuer quelque peu le grand chambardement minéral.

 

 

 

On pourrait croire ce paysage figé à jamais. Il n'en est rien. A une échelle sans commune mesure avec nos pauvres petites existences, l'érosion continue inlassablement son travail de sape. Les arches que l'on aperçoit dans la muraille ceinturant le site finiront par s'écrouler, libérant de nouveaux hoodoos, qui viendront s'ajouter à l'immobile parade de leurs congénères, tandis que de vieux hoodoos, autrefois majestueux, connaitront la déchéance et finiront simples monticules.

 

 

Ainsi va la vie géologique ! Mais la magie est bien réelle. Les êtres pétrifiés suivent de leur regard de pierre ces drôles de randonneurs assoiffés qui parcourent le fascinant décor, cet incroyable dédale que l'on croirait sorti tout droit d'une BD fantastique.

 

 

Et le fantastique est bien là. Tapi au plus profond du Canyon, un dragon veille. Il n'est pas franchement intimidant ce dragon, qui bat des ailes comme un chapon et dont les flammèches qu'il crachouille auraient bien du mal à déclancher un feu de brousailles, même par temps de grande sécheresse.

 

 

Qui peut pourtant prétendre qu'une fois l'obscurité venue, le petit dragon ne se transformera pas en un fabuleux animal ailé et qu'il ne s'en ira pas rejoindre les âmes errantes pétrifiées dont la plainte est parfois entendue au cours des nuits sans lune ?

 

 

Les hoodoos de Bryce Canyon font partie de l'imaginaire américain. Reconstitués en béton armé et peints de couleurs vives, ils constituent le décor de la plus célèbre des attractions des parcs Disneyland à travers le monde, la 'Big Thunder Mountain', des montagnes russes parcourues à une allure démente par un train fou qui emmène ses passagers épris de sensations fortes à travers une mine hantée, peuplée de bébêtes inquiétantes.

Magie toujours ...

 

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Les photos illustrant cet article sont de l'auteur, à l'exception de la dernière, qui est un cliché de Jeff Bergman. pris sur le site du parc Disneyland d'Orlando (Fl) et que l'on peut retrouver à l'adresse suivante:

www.dadsguidetowdw.com/big-thunder-mountain-railroad.html

 

Le Dragon de Bryce Canyon
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27 juin 2014 5 27 /06 /juin /2014 22:17

 

Les regards vides des fenêtres-miroirs reflètent un paysage de collines chauves sous un ciel sans nuages.

 

 

La lumière est crue en ce début d'été, l'air est sec et le chaleur de midi paraît engourdir ces étranges maisons de bois éparpillées un peu partout aux alentours.

 

 

Qu'on ne s'y trompe pas cependant. La belle saison est ici, sur les contreforts de la Sierra Nevada en Californie, de courte durée. On est à 2.500 m d'altitude. Les hivers sont rudes et il arrive parfois qu'il tombe tellement de neige que la seule route d'accès devienne totalement impraticable.

 

 

Bodie, la plus célèbre des cités minières fantômes de l'Ouest des Etats-Unis, lorsque les derniers touristes ont regagné leurs véhicules, se mure dans un épais silence, troublé seulement par le sifflement du vent, descendu des collines sans arbres qui l'entourent de toutes parts.

 

 

Les derniers habitants de Bodie (ils étaient 3 en 1943) abandonnèrent la ville dans les années 1940, mais le déclin avait commencé bien avant, dès la fin du 19ème siècle alors que l'annonce de la découverte de nouveaux filons dans d'autres régions incitait nombre de mineurs à miser ailleurs sur leur bonne étoile.

Au plus fort de l'exploitation aurifère, dans les années 1870, la ville comptait près de 10.000 habitants et comportait environ 2.000 maisons. Aujourd'hui, 170 bâtiments, plus ou moins de guingois, plus ou moins branlants, sont encore debout. 

 

 

A la grande époque, la rue principale, qui s'étirait sur 2 kms, ne comptait pas moins de 65 saloons !! Il y avait une banque, un bureau de poste, 4 postes de pompiers volontaires, une école, des boutiques, des magasins, des ateliers, un gymnase, une voie ferrée, une centrale électrique, un journal, une prison, les bureaux des syndicats, un cimetière très fréquenté, une salle de bal, un quartier chinois, et bien sûr des tripots et des bordels...mais pas d'église.

D'où le mythe longtemps entretenu de la petite fille qui, apprenant que ses parents décidaient de déménager pour Bodie, avait ajouté à ses prières du soir ; "Adieu Seigneur, nous partons pour Bodie"..

 

 

Ce n'est qu'en 1880 que fut érigée l'église Méthodiste, qui est toujours visible. Sa construction eut lieu alors que la ville recouvrait un aspect plus familial après le départ des 'mineurs d'un jour' attirés par les nouvelles découvertes et leurs prometteuses pépites.  

 

 

Il faut dire que la réputation de Bodie, archétype d'un Ouest sauvage et sans foi ni loi n'était plus à faire. Meurtres, agressions en tous genres, vols à main armées, attaques de banques et de diligences (il fallait bien transporter l'or qui était extrait) étaient monnaie courante, sans compter la prostitution et les ravages de l'alcool, de l'héroïne et de l'opium.

Une plaisanterie courante à San Francisco était de dire qu'il était impossible de traverser une rue de Bodie sans qu'une balle aille transpercer votre chapeau. Le panneau 'Shell' à la station d'essence porte encore aujourd'hui des traces d'impact !

 

 

Si, à la différence d'autres lieux comme Tombstone ou Dodge City, Bodie n'eut pas le "privilège" de voir un Wyatt Earp ou Doc Holliday arpenter les rues de la ville et dégainer plus vite que son ombre, elle fut à l'origine d'une expression, le "Bad Man from Bodie" qui, dans toute l'Amérique désigna bientôt un individu peu recommendable, truand, ruffian, bagarreur et éventuellement meurtrier de sang froid.

 

 

Aujourd'hui, on peut traverser la ville désertée sans essuyer le feu d'un tireur embusqué. En 1962, Bodie a été déclarée Parc Historique d'Etat et maintenue dans un état de 'délabrement arrêté', l'intérieur des bâtiments étant laissé tel que lors de son abandon.

 

 

Les grands chariots et les élégantes calèches ne brinquebalent plus à travers la ville en soulevant des nuages de poussière.

 

 

 

A travers les vitres salies, on distingue d'émouvants vestiges, objets du quotidien pour lesquels le temps s'est arrêté et que personne n'ose toucher, comme si une catastrophe nucléaire était soudain venue éradiquer toute vie à la surface de la terre. 

 

 

 

 

 

 

Les fenêtres-miroirs regardent des rues vides et leurs rideaux dépenaillés semblent évoquer les fantômes du passé.

 

 

Ces fantômes, je crois qu'ils rôdent toujours autour des bâtisses dont les planchers craquent sous les pieds de manière inquiètante, à commencer par Wakeman S. Body, l'un des quatre prospecteurs qui découvrirent en 1868 le premier filon en ce lieu qui, avec une légère déformation, portera par la suite son nom. Il s'était construit une barraque dans ce qui devait devenir Green Street. On retrouva son corps congelé peu de temps après pour avoir tenté de s'approvisionner dans une agglomération voisine un jour de méchant blizzard.

 

 

Comment ne pas évoquer Madame Mustache, flamboyante tenancière de tripots et accessoirement pourvoyeuse de filles de joie, de son vrai nom Eleanor Dumont, d'origine française, ainsi nommée parce qu'une fine pilosité ornait sa lèvre supérieure. Elle avait traîné ses guètres dans tout l'Ouest sauvage et acquis une solide réputation de femme généreuse. On disait qu'elle terminait ses parties de cartes en offrant un verre de lait au malheureux joueur qui se mesurait à elle et le faisait raccompagner jusqu'à son domicile où il devait affronter son épouse. 

 

 

Au soir du 9 Septembre 1879, Madame Mustache eut un gros revers de fortune dans l'établissement 'Le Magnolia' qu'elle gérait à Bodie. Elle sortit et marcha en direction des collines. Au petit matin, on retrouva son corps, auprès duquel il y avait un flacon d'héroine avec un petit mot disant qu'elle en avait assez de vivre.

 

 

Les habitants de Bodie étaient plutôt blasés en matière d'enterrements mais celui de Madame Mustache dépassa de loin en grandeur tout ce qui avait été fait auparavant. On fit spécialement venir pour l'occasion un superbe corbillard de Carson City à plus de 200 kms de là et l'assistance à la cérémonie fut exceptionnelle.

Et Rosa May, la prostituée au grand coeur, fille d'immigrés irlandais. Son fantôme aussi doit errer la nuit dans le vent des collines. Elle soigna sans relâche les mineurs durant une terrible épidémie avant d'être elle-même emportée par la maladie pendant l'hiver 1911/1912.

 

 

Bien des fantômes hélas ne sont pas recommendables, tel ce bon à rien de Washoe Pete dont l'histoire fut rapportée en 1878 dans le 'San Francisco Argonaut'. Hâbleur, bagarreur, sortant Colt ou couteau pour un rien, il s'en prit un jour, dans l'un des multiples saloons de Bodie, à un petit expert des Mines, chétif et timide, qui buvait tranquillement sa bière sans rien demander à personne. Tout Bodie en fit des gorges chaudes lorsque le petit expert envoya le malotru au tapis d'un magistral uppercut et offrit ensuite à l'assistance une tournée générale.

 

 

Le 15 Janvier 1878, John Bresnan et James Blair inauguraient la longue série des homicides en s'entretuant mutuellement. Des centaines et des centaines devaient suivre, faisant de Bodie la ville maudite dont la réputation sulfureuse allait bientôt dépasser de très loin les frontières de l'Etat.

 

 

A présent, le silence et le vent ont pris la place des réglements de comptes, mais la légende de Bodie perdure et les superstitieux croient toujours percevoir la présence d'âmes errantes dans ce qui reste de la mythique ville-frontière du temps de la ruée vers l'or.

 

 

Certains parlent même de la 'Malédiction de Bodie' qui voudrait que quiconque ramasse un objet-souvenir, même un clou, au cours de la visite du site, encourt ensuite les pires calamités.

Les rangers qui assurent la sécurité et l'entretien des lieux, admettent recevoir régulièrement des lettres, accompagnées de paquets, dans lesquelles d'anciens visiteurs s'excusent sincérement de leur larçin et retournent de menus objets 'collectés' lors de leur passage, avec l'espoir de mettre ainsi fin à la série de malheurs qui n'a cessé de les frapper depuis.  

 

 

Quoi qu'il en soit, Bodie, la ville-fantôme, demeure un endroit fascinant qui marque l'esprit de toute personne qui le visite. C'est un lieu magique qui ne laisse pas indifférent et où l'impression de temps suspendu fait qu'on s'attend, à chaque instant, à voir apparaître, au détour d'un bâtiment décrépi, quelques uns de ces personnages hauts en couleurs,que le cinéma a rendu familiers et qui firent les beaux jours de l'Ouest sauvage.

 

 

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Les photos de cet article ont été prises par l'auteur sur le site.

Je suis en outre redevable à l'historien américain Michael H. Piatt, spécialiste de Bodie, pour les anecdotes concernant quelques personnages qui vécurent plus ou moins brièvement à Bodie. Il est l'auteur d'un ouvrage intitulé :' Bodie "The Mines are Looking Well".

La photo d'époque représente Warren Loose, propriétaire de la première des 9 usines de concassage du minerai d'or de Bodie, et sa femme. Elle est datée de 1903 et figure dans l'ouvrage de M.H.Piatt...

 

Les Fantômes de Bodie
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24 juin 2014 2 24 /06 /juin /2014 18:30

 

De l'extérieur, on ne soupçonne même pas son existence. On est au mois de Juin, sur le territoire de la nation Navajo, au nord de l'Arizona. Il fait chaud, le ciel étale un bleu intégral au-dessus d'un paysage semi-désertique.

 

 

Et pourtant, là-dessous se trouve une merveille géologique, une cathédrale de l'érosion, le réseau de failles le plus photographié au monde, que des milliers et des milliers de touristes, dûment chapitrés par leurs guides indiens, parcourent chaque année, émerveillés de réussir des clichés aux couleurs tellement irréelles qu'elles semblent le produit d'un usage irraisonné de Photoshop.

 

 

Après s'être glissé dans une fente de la roche que rien ne semble particulièrement distinguer, voilà qu'on se retrouve, quelques mètres plus bas, au beau milieu d'un incroyable chaos minéral où la lumière, en cette fin de matinée, versée depuis le sommet de la fente, éveille d'infinies nuances de jaune, d'orangé, d'ocre, de mauve et de violet.

 

   

 

Mais ce qui frappe le plus, c'est la douceur des formes. La pierre, en fait un grès particulier, le 'Navajo soft stone', est polie à l'extrême, paraît littéralement onduler, couler, refluer, se lover en vagues sensuelles.

 

 

 

 

 

 

L'air, à l'intérieur du canyon, est incroyablement sec, il faut s'hydrater continuellement, et cependant l'impression dominante est celle d'une immersion dans un monde sous-marin où la clarté venue de la surface crée d'improbables irisations.

 

 

Les plongeurs en eau profonde doivent ressentir des sensations similaires. On a peine à imaginer que c'est pourtant l'eau, une eau tumultueuse et dévastatrice, qui, au long de millions et de millions d'années, a sculpté ces vagues immobiles et ces tourbillons figés.

 

 

 

Si le mois de Juin est normalement celui où l'hygrométrie est la plus faible, il n'en va pas de même le reste de l'année. La région connait de fréquents orages qui peuvent éclater soudainement avec une rare violence. Les pluies torrentielles qui en résultent remplissent d'abord les réservoirs naturels qui, une fois saturés, déversent brutalement un flot impétueux dans les canyons que ces mêmes pluies ont patiemment façonné dans la roche tendre au cours des millénaires.

 

 

Ce phénomène a un nom. On appelle cela des 'flash floods', des crues subites. Elles peuvent survenir alors que l'orage a frappé a des kilomètres de distance. Un flot boueux, chargé de débris, dont on a dit qu'il avait la couleur et la densité du chocolat, submerge alors ces canyons à fente, poursuivant sa route vers le lac Powell proche, sapant et érodant un peu plus à chaque passage les obstacles rocheux, jusqu'à leur donner cet aspect fantasmagorique et ce poli extrême propre à faire douter de la réalité minérale de ces épanchements aux couleurs subtiles.

 

 

Ces crues subites sont bien sûr un réel danger. A l'entrée du 'Lower Canyon', une plaque commémorative rappelle le tragique accident survenu le 12 Août 1997 où un groupe de 12 personnes fut surpris à l'intérieur du canyon par un tel événement. Il y eut 11 morts, dont sept touristes français et 2 corps ne furent jamais retrouvés. Depuis, les précautions sont extrêmes et l'accès au site est interdit en cas de menace d'orage.

 

 

C'est donc en toute sécurité que les touristes d'aujourd'hui peuvent parcourir ces étroits passages et s'émerveiller des couleurs irréelles que la lumière fait naître sur les parois, hautes, dans le 'Upper Canyon', jusqu'à 35 mètres. Il parait qu'il y a bien longtemps, des troupeaux d'antilopes vagabondaient dans les parages et empruntaient ces boyaux pour aller se désaltérer dans le lac Powell, d'où le nom. 

 

 

A l'approche de la sortie, les teintes subtiles sont gommées par le dur soleil, et la magie s'efface. On émerge enfin, tout étourdi par cet incroyable spectacle donné par la Nature et que rien ne laissait présager dans ce paysage âpre et désolé.

 

 

On a prétendu que le Lower Canyon fut découvert accidentellement en 1931 par une bergère indienne partie à la recherche d'un mouton égaré. Il semble infiniment plus vraisemblable que les Navajos connaissaient l'existence de ces canyons depuis fort longtemps et qu'ils considéraient ces merveilles de la nature comme des endroits sacrés. Ils nomment d'ailleurs dans leur langue le Upper Canyon 'Le Lieu où l'eau coule à travers les rochers' et assurent toujours avec le plus grand respect l'entretien des sites.

 

 

On peut imaginer sans peine la crainte admirative qui étreignait les premiers Navajos lorsqu'ils pénétrèrent dans ces lieux magiques où l'âme, comme la roche, est mise à nu, 

 

 

lls y retrouvaient peut-être le lien originel qui les reliait au Grand Créateur, celui qui animait les arbres, les roches, la terre, l'eau et le ciel. La nuit venue, tout disparaissait, mais, quand le lendemain le soleil revenait à l'aplomb des fissures, le prodigieux spectacle était renouvelé, merveilleux témoignage de la grandeur d'une Nature avec laquelle ils se sentaient si proches,  

 

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Antelope Canyon
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18 mai 2014 7 18 /05 /mai /2014 18:04

J'aurais très bien pu naître armoire à linge, armoire à glace ou armoire à pharmacie, et pourquoi pas, armoire normande ou savoyarde, toute ornementée de belles moulures. Le sort hélas en décida autrement et je devins tout simplement une de ces armoires électriques urbaines qui semblent avoir poussé sur le bitume comme champignons après la pluie.

 

 

Avec mon allure terne et parallélépipédique on ne peut vraiment pas dire que je contribue à l'embellissement de la ville et les passants d'ailleurs m'ignorent superbement. Comme pour accentuer ma détresse, on m'a couverte d'un triste revêtement marron granuleux censé décourager les collages et graffiti sauvages en tous genres.

 

 

C'était sans compter sur l'opiniâtreté des barbouilleurs locaux qui vandalisent allégrement tout ce qui passe à portée de leurs bombes. Il ne me restait donc plus, entre deux séances de karcher appliqué brutalement par les justiciers municipaux, qu'à subir l'outrage honteusement en feignant l'indifférence.

 

 

C'est alors qu'une star de l'art urbain eût l'idée géniale de m'utiliser comme support de ses merveilleux portraits au pochoir.

 

 

Le succès fut immédiat et bientôt nombre de mes consoeurs se parèrent également de superbes oeuvres qui n'ussent pas déparé dans une galerie d'art à la mode.

 

 

 

On venait de loin pour nous contempler. On nous photographiait, nous les humbles, les modestes armoires aux portes closes sur de mystérieux compteurs dissimulés aux regards des passants. 

 

 

Nous existions enfin, nous étions devenues des oeuvres d'art qui participaient à l'enrichissement esthétique de la cité.

 

 

 

D'autres artistes suivirent l'exemple dans ce qui était devenu un musée à ciel ouvert.

 

 

Le dimanche, on venait en famille explorer le quartier à la recherche de nouvelles créations, un jeu de piste où les enfants excellaient.

 

 

C'était la fête, une vie nouvelle animait des rues autrement bien moroses.

 

 

Pendant un temps, tout se passa de la meilleure façon, mais les graffeurs sauvages, d'abord intimidés par des oeuvres avec lesquelles ils étaient bien incapables de rivaliser, commencèrent petit à petit à y mêler leurs gribouillis avec, comme conséquence ultime pour les armoires concernées, la karchérisation finale lorsqu'il devenait évident que le dessin initial n'était plus qu'un infame embrouillamini.

 

 

Les vandales à la bombe trouvèrent même, à l'occasion des élections à la Mairie de Paris, un allié inattendu en la personne de colleurs d'affiches trop zélés, qui trouvèrent terriblement intelligent de transformer le déjà célèbre fumeur à la cigarette en contribuable effrayé à la perspective d'une hausse prétendue des impôts locaux.

 

 

Mais le danger le plus insidieux vint de la notoriété même de l'artiste, dont les oeuvres étaient à présent exposées dans les meilleures galeries de par le monde et dont la cote, en salles de vente atteignait des niveaux jusqu'alors inégalés.

 

 

Il y avait à Vitry-sur-Seine une armoire que le Maître honora d'un superbe portrait de vieillard enturbanné. Les habitants du quartier l'aimaient bien ce portrait.  Or, par une sombre nuit d'hiver, des malfaiteurs d'un nouveau genre, espérant sans doute tirer profit du portrait, agressèrent sauvagement la pauvre armoire et arrachèrent brutalement la porte et le vieillard avec.

 

    

Dans le journal du matin suivant, on put voir la photo de la malheureuse dont la plaie béante laissait apparaître l'intimité de ses compteurs et de ses cables.

Triste sort en vérité que celui des armoires EDF qu'un artiste a tenté de soustraire à l'implacable fatalité qui les poursuit, pour finalement les exposer à un danger plus grand encore que sa notoriété fit naître.

 

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C215 (Christian Guémy) est à présent mondialement connu. Plusieurs de ses pochoirs sont toujours visibles le long de la Seine entre le quai d'Austerlitz et le pont National, ainsi qu'à Ivry et Vitry-sur-Seine, où il a son atelier.

 

Requiem pour une armoire défunte
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9 mai 2014 5 09 /05 /mai /2014 18:50

 

Partir allègrement, le nez en l'air et l'appareil photo en bandoulière, à la chasse au 'street art'' dans le 13ème arrondissement de Paris, c'est, pour celui qui pratique ce sport, l'occasion de comprendre soudain, au détour d'une rue, ce qu'a pu ressentir Gulliver lorsque, à l'occasion de son deuxième voyage, il débarqua à Brobdingnag, l'île des géants.

 

JanaundJs - 110, rue Jeanne d'Arc (2011)

 

Ne voila t'il pas que l'innocent photographe se retrouve lui-même objet d'une vive curiosité de la part de ces géants, hauts parfois de dix étages, qui paraissent amusés de découvrir cet intriguant petit personnage venu à leur rencontre.

 

Auteur non connu - Oeuvre maintenant détruite ayant figuré sur la Tour 13

 

L'intrépide explorateur n'est pas au bout de ses surprises car ce monde gargantuesque, au fur et à mesure qu'il le découvre, se révèle d'une étonnante diversité.

 

 

Seiner - 13, avenue de la Porte d'Italie

 

Ignorant l'infernale rumeur du périphérique à ses pieds, cette étrange figure, déité sans doute d'un monde champêtre disparu, semble habitée de visions crépusculaires.

 

Jorge Rodriguez-Gerada - Portrait de Philippe Pinel - place Pinel - (2013)

 

Ici, ce digne personnage d'un autre temps, parait trouver tout à fait normal d'avoir sauté deux siécles sans même y prendre garde.

 

Shepard Fairey (OBEY) - 'Rise above rebel' - 93, rue Jeanne d'Arc - (2012)

 

Là, une passionaria rêveuse se remémore les combats héroiques de la lutte révolutionnaire.

 

Alapinta Crew (Maher & Aner) - 'Tierra Madre' - 50, rue Jeanne d'Arc - (2011)

 

Pacha Mama en personne, la Terre Mère des amérindiens, est là aussi, qui nourrit les humains de ses bienfaits.

 

STEW - Oeuvre maintenant détruite, ayant figuré sur la Tour 13 - (2013)

 

Un pélerin japonais poursuit pendant ce temps sa quête d'éternité.

 

Inti - 'Our utopia is their future' - 129, avenue d'Italie - (2012)

 

Ces êtres immenses ne seraient-t'ils en fait que des marionnettes manipulées par un créateur gigantesque ?

 

Inti - école Lahire, 8, rue Lahire - (2011)

 

Qu'en est-il alors de ce curieux dormeur vêtu d'un étonnant patchwork aux couleurs vives?

 

  

STEW - 'Le Grand Héron Bleu' - place de Vénétie - (2013)

 

Dans ce monde épris de gigantisme, les animaux eux-mêmes ont atteint des proportions colossales.

 

C215 - angle boulevard Vincent Auriol et rue Nationale

 

Et le chat qui guette les oiseaux est devenu quant à lui un monstrueux félidé.

 

 

SETH - 2, rue Emile Deslandres

 

Il apparait pourtant, passée la surprise initiale, que ces géants ont su préserver un monde enchanté où rêve et poésie se côtoient. 

 

Cyril Vachez & David N. - 'De tous pays viendront tes enfants' - angle rue des Malmaisons et avenue de Choisy - (1988)

 

Il y a dans leur regard quelque chose de l'innocence originelle.

 

C215 - école Dorée, 90, boulevard Vincent Auriol - (2011)

 

Leur monde est un monde magique, à mille lieues de notre univers déjanté et chaotique.

 

M-City - 122, boulevard de l'Hôpital

 

A la cruelle rigidité d'un machinisme dévorant et impitoyable ...

 

SETH & Kislow - 29, rue des Cordelières - 

 

... ils opposent le monde oublié de l'enfance et du rêve.

 

C215 - 'Nina et Nina' - rue des Frères d'Astier de la Vigerie, angle rue Baudricourt / avenue d'Ivry - (2013)

 

Nous croyons les regarder, mais c'est en fait sur nous que leurs regards se posent.

 

Vhils - 173, rue du Château des Rentiers

 

Leur questionnement muet, obsédant, nous interpelle.

 

Claudio Ethos - stade Carpentier, boulevard Masséna

 

Boulevard Masséna, un vent impétueux essaie en vain de chasser hors les murs ces envahisseurs hors normes.

 

JanaundJs - 110, rue Jeanne d'Arc - (2011)

 

Notre promeneur photographe qui aura parcouru en tous sens les rues et les ruelles de ce singulier Arrondissement reviendra de sa chasse aux géants avec quelque chose de plus précieux encore que ses chers clichés.

 

C215 - 'Mélancolique' - avenue de Choisy, à côté du lycée Gabriel Fauré

 

Il gardera l'image d'un monde merveilleux et magique où les murs lui rappelent qu'au delà de la fureur et du bruit de la ville, il y a toujours au fond de nous une petite part de poésie qui ne demande qu'à éclore, fleur fragile et qu'il faut protéger.

 

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Ils viennent de Cuba, de Pologne, des USA, de France, du Chili, du Portugal, du Brésil, et d'autres pays encore. La Municipalité du 13ème Arrondissement de Paris a eu la clairvoyance de leur confier, avec la collaboration active des propriétaires des immeubles concernés, la réalisation de grandes fresques qui égaient à présent de nombreux murs de cette partie de la capitale.et attirent chaque jour plus de visiteurs amateurs du 'street art'. Ces artistes talentueux ont su insufler une vitalité nouvelle à des quartiers attachants.

 De par leurs caractéristiques 'monumentales', ces fresques ont, pour la plupart, la chance d'échapper aux dégradations des graffiti sauvages que des tagueurs barbouilleurs infligent trop souvent à de superbes oeuvres. Ce ne fut malheureusement pas le cas pour la belle fresque de ZED, rue Watt, 'la Locomotive', que sa position trop à la portée des gribouilleurs vandales a conduit à sa perte.

Mais n'est-ce pas après tout le caractère éphèmère de l'art de la rue qui en rend émouvantes les réalisations les plus sensibles ?

 

 

 

Les Géants de Paris 13
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22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 16:30

 

 

C'est peut-être la résultante d'un trop-plein d"expositions ? Toujours est-il qu'il m'arrive ces derniers temps de faire un bien étrange rêve.

Cela commence en général de la façon suivante :

 

Jan Fabre - 'Bruges 3004 (Ange en os)' - 2002

 

Dans les salles désertées du Musée du Louvre, un moine fantôme en lamelles d'os glisse silencieusement.

 

 

Tout de blanc vêtu, il passe et repasse devant les sombres tableaux XVIIème.

 

Jeff Koons - 'Yellow Balloon Flower' - 1995-2000

 

Sur le parvis du Château de Versailles, une étincelante météorite en forme de fleur est posée là, tombée sans doute d'une autre planète. 

 

Javier Perez - 2008

 

Sous la voûte du Grand Palais, des squelettes amoureux dansent très doucement au son d'une musique doucereuse.

 

Jean-Marc Laroche - "Les Amants du Néant'

 

Dehors, deux squelettes qui n'ont pas eu l'honneur d'être conviés, s'enlacent tendrement sur un banc public.

 

Jaime Piensa - 'Le Voleur de Mots' - 2008

 

Un Homme de lettres promène sa blanche vacuité devant des toiles aux couleurs vives.

 

 

Une visiteuse examine des oeuvres sous la menace.

 

David Mach - 'Silver back' - 2007

 

Un grand gorille mâle à l'air revêche se promène au milieu de la foule.

 

Sylvie Fajfrowska - 2007

 

De multiples visages m'observent d'un regard froid. 

 

Georgi Gourianov - 'Flotte baltique' - 1997-2000 (Sots Art à la Maison Rouge - Février 2010)

 

A l'instar du marin au troisième rang, je ne peux toutefois me défaire d'une image obsédante. 

 

Kimiko Yoshida - Peinture 'Mère Angélique Arnaud de Philippe de Champaigne - Autoportrait' - 2010

 

Une apparition fantomatique à l'irréelle blancheur, et aux lèvres rouge sang.

 

Alain Séchas - 'Monument pour Jacques Lacan' - 2007

 

Je ressens l'impression bizarre d'échapper à mon corps. 

 

Roberto Barni - 'Divergenze rosse" - (détail) - 2000

 

Je flotte en apesanteur et arpente les salles tel un funambule.

 

Erro - 'Le Cri' - 1967

 

Je ne m'étonne plus dès lors qu'un raid aérien ait pu déclancher le 'Cri' de Munch...

 

Erro - 'Mozart' - 1978

 

Ni que Mozart, le divin dentiste, m'attende, souriant, à la porte de son cabinet.

 

Juan  Muñoz - 2 seated on the wall with big chairs' - 2000

 

Les joyeux compères, en lévitation contre un mur, n'ont pas fini d'en faire des gorges chaudes.

 

Javier Perez - 'Linea de horizonte' - 2006

 

Une ligne ininterrompue de visages me barre la route..

 

Projection vidéo de Bill Viola - 'Tristan's Ascension (The Sound of a Mountain under a Waterfall)' - 2005

 

L'âme de Tristan remonte inlassablement le cours inversé d'une cascade aux eaux grondantes.

 

Jason Martin (détail) - 2012

 

C'est à ce moment précis de mon rêve que je suis aspiré au coeur d'un maêlstrom sombre et angoissant.

 

David Walker à la Tour 13

 

Je me retrouve dans un appartement vide dont les multiples pièces me sont inconnues.

 

David Walker à la Tour 13

 

Les murs sont tapissés d'immenses portraits de femmes au regard fixe.

 

Speto à la Tour 13.

 

Je me réveille alors tandis que l'appartement se dissous en un véritable chaos.

 

Logan Hicks, rue Drouot - Octobre 2013

 

En-bas, dans la rue, un artiste parachève une oeuvre sombre et envoûtante.

 

Mear One, rue Drouot - Octobre 2013

 

A deux pas de là, un autre artiste évoque l'angoisse de l'homme seul, perdu au milieu des tours de la mégapole..

 

 

Sur le parvis du Musée d'Orsay, des touristes orientales semblent inconscientes de la menace qui les guette.

 

Fresque de Philippe Baudelocque - 2012

 

Sur un mur du quartier de la Butte aux Cailles, un bondissant joueur de flûte prend son envol à l'image du grand échassier qui se fond dans l'azur du ciel. 

 

Dessin de Seth, rue de l'Espérance 

 

Sur un autre mur, dans le même quartier, des enfants sages s'inventent des vacances au bord de la mer. 

 

 

Chaque coin de rue de la grande ville est une invitation au rêve, que je peux donc poursuivre... mais éveillé cette fois.

 

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Un Rêve singulier
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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 18:45

 

A l'occasion de la toute récente manifestation d'Art Contemporain 'Art Paris', l'artiste espagnol Carlos Aires, connu pour être un brin perturbateur, a présenté une série de trente oeuvres réalisées à partir de billets de banque de divers pays, au graphisme détourné pour dénoncer guerres, violences, intolérances et injustices de toutes natures. Ces oeuvres étaient rassemblées sous le titre évocateur 'Disaster - 30 pieces'

 

En voici quelques exemples pour lesquels les commentaires sont superflus ;

 

 

 

 

 

 

 

 

En 2007, c'était je crois à l'occasion de la FIAC à Paris, l'artiste camerounais Pascale Marthine Tayou avait rêvé d'une grande Afrique unie et avait dessiné de superbes billets illustrant les beautés de ce vaste continent. A l'image de l'Euro, il avait imaginé une monnaie unique qu'il avait baptisée Afro.

Conscient sans doute du côté chimérique de ce grand rêve, il avait malicieusement glissé son nom à la place de Dieu en personne dans la formule consacrée :

'In God We Trust'

 

 

 

 

 

 

 

Ainsi donc, des artistes ont détourné le sacro-saint papier monnaie, avec lequel ils entretiennent souvent des rapports conflictuels, en oeuvres d'art pour y exprimer espoirs et révoltes.

Incidemment, Windows, alors que je préparais cet article, a tout bonnement fait disparaître une image (pourquoi une ?) au prétexte que le système n'autorise pas la reproduction de billets de banque !!! On se croit bien tranquille devant son petit écran et voilà qu'on réalise soudain que Big Brother est derrière vous et vous surveille !!

Carlos Aires, encore lui, est allé jusqu'à découper au laser des billets de banque du monde entier, sous forme de petites figurines rassemblées et qui font la ronde, avec ce titre évocateur :

"Money makes the world go around"

"l'Argent fait tourner le Monde" 

 

 

 

 

Je me demande ce qu'en pense Windows !

 

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Faux Billets, Vrais Artistes
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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 22:39

 

Il s'agissait là d'un événement tout-à-fait exceptionnel.

Ce dernier dimanche, la galerie des sculptures et des moulages de la Petite Ecurie du Roi à Versailles ouvrait - c'est rarissime - ses portes au public pour y dévoiler l'extraordinaire et fragile collection de moulages d'après l'Antique, issus pour une large part de la Gypsothèque du Musée du Louvre.

 

 

Une occasion unique de contempler cet incroyable ensemble de copies de chefs-d'oeuvre anciens - elles-même d'un âge souvent vénérable, certains datant du XVIIème siècle - que des générations d'artistes  se sont évertuées à reproduire au sein des Académies de sculpture et de dessin qui sanctionnèrent leur talent jusqu'au milieu du XXème siècle.

 

 

Si le public se précipita pour contempler ces trésors cachés, il ignora que les sculptures, tout à la joie de rompre la calme monotonie de ces lieux historiques, avaient décidé de fêter l'événement à leur manière.

 

 

Trop heureuses d'échapper pour un temps au silence ambiant, seulement troublé par les opérations orthopédiques que, vu leur grand âge, ces doubles de dieux et de déesses devaient régulièrement subir, les statues décidèrent avec enthousiasme d'organiser un bal à l'ancienne.

 

 

Dûment dépoussiérés (on essuya les plâtres pour l'occasion), les grecs, les romains, les étrusques, les divinités de l'Olympe, les héros mythologiques, les nymphes et les éphèbes, les vestales et les hoplites, bref tout ce petit monde jugea l'idée géniale.

 

 

Les seules réticences vinrent des originaux des statues du parc de Versailles, remisées là pour les préserver des outrages du temps alors que des copies les remplaçaient in situ. De fait, elles demeurèrent de marbre durant toute la durée de la fête. 

 

 

Au début, tout se déroula de la façon la plus convenable et les invités arrivaient par familles entières.

 

 

L'organisation était irréprochable et le maître de cérémonie indiquait à chacun la place qui lui avait été assignée.

 

 

On avait fait venir tout spécialement un DJ d'Athènes et lorsque les premiers accords résonnèrent, l'ambiance était franchement joyeuse.

 

 

Alors qu'une irrésistible musique disco s'élevait sous les voûtes plusieurs fois centenaires, les dames s'alignèrent sagement pour la danse.

 

 

Chez les hommes, on s'était montré très libéral em matière de tenue et le port de la feuille de vigne avait été laissé à la libre appréciation de chacun.

 

 

Quand la sono devint assourdissante, tout ce beau monde de plâtre ne put résister plus longtemps et commença à se déhancher en cadence.

 

 

Bientôt, la vaste salle toute entière donna l'impression de vibrer au rythme d'un tempo endiablé.

 

 

Les jeunes filles, tout particulièrement, se lançaient dans des exhibitions audacieuses.

 

 

Un peu à l'écart, deux nobles vieillards se remémoraient avec émotion les bacchanales d'antan.

 

 

La chaleur et la boisson aidant, la fête commença au bout d'un certain temps à dégénérer quelque peu

 

 

Il se trouva plusieurs jeunes filles qui perdirent la tête au cours de danses échevelées.

 

 

 

Sous l'emprise de l'alcool, certains en vinrent aux mains.

 

 

Il fallut même enfermer temporairement un dieu de l'Olympe que l'excès d'ambroisie avait rendu violent.

 

 

C'est alors qu'on vit passer un lion de cirque, attiré sans doute par cet appétissant étalage  de chairs académiques.

 

 

La panique qui s'ensuivit fut indescriptible.

 

 

Une dame perdit son colier dans la cohue.

 

 

Un bébé faillit périr écrasé sous les pieds des fuyards.

 

 

L'animal maîtrisé et le calme revenu, on découvrit avec horreur que certains fêtards avaient tout bonnement oublié qu'ils étaient faits de plâtre.

 

 

Dès lors, la musique eut beau reprendre, l'ambiance n'était plus à la joie débridée.

 

 

Le feu d'artifice, qui devait être le clou de la fête, ne provoqua que de rares cris d'admiration.

 

 

Déjà, les dames de la noblesse romaine s'étaient éclipsées discrétement.

 

 

Les jeunes danseuses se rhabillèrent.

 

 

Une mère courroucée tança vigoureusement son débauché de fils.

 

 

Il ne resta bientôt plus en ce lieu, un moment si joyeux, qu'un homme désabusé et philosophe, méditant sur la fragilité des choses de ce monde.

 

 

Bien sûr, tout ceci n'est qu'un songe et les moulages n'ont pas bougé. Peut-être cependant que, pour les enfants qui admirèrent tant de belle statues ce dimanche, il en est  qui s'animèrent à leurs yeux...

 

 

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La Fête antique
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23 février 2014 7 23 /02 /février /2014 17:50

 

Ils sont pour la plupart bien sagement alignés dans des vitrines, éclairés juste ce qu'il faut, rassemblés dans une même division des collections permanentes du Musée du Quai Branly à Paris, au nom évocateur de cocotiers, de lagons bleus et de sable immaculé ; Océanie.

 

Crochet agiba - population Kerewa - Papouasie-Nouvelle Guinée  (détail)

 

Ils viennent de cette myriade d'îles, parsemées, telle une poussière d'étoiles, à la surface du grand Océan, et que nous, les Blancs, avec notre manie de tout classifier, avons divisé en trois immenses régions dont les noms riment avec poèsie : Mélanésie, Micronésie, Polynésie, dont les frontières démesurées courent sur les vagues sombres du Pacifique.

 

Sculpture iniet Tolaï - île de Nouvelle Bretagne   (détail)

 

Tous ces objets, qui paraissent tellement satisfaits d'être ainsi harmonieusement présentés à la contemplation des foules ont connu des péripéties dont peu de visiteurs, qui se penchent sur les petits cartels explicatifs, ont pleinement conscience.

 

Poteau bisj Asmat - Indonésie - Papouasie occidentale  (détail)

 

Si tous ces objets ne sont pas d'un âge vénérable et n'ont pas nécéssairement connu le choc du premier "contact" avec les navigateurs blancs, contact initial d'ailleurs parfois limité à une volée de flèches, ils ont tous, à un degré ou à un autre, été au coeur de cérémonies et de rituels scandant la vie des hommes au sein de la communauté qui leur donna naissance.

 

Masque des Salomon - île Bougainville

 

Que l'on se trouve dans un atoll minuscule isolé au ras des flots ou perdu dans une vallée reculée au fin fond de la Papouasie, la grande affaire ce sont les esprits. Ils sont partout, esprits des eaux, de la terre, des arbres  du ciel, que sais-je encore. Pour le bon ordre des choses et le bien-être des villageois, il convient avant tout de s'assurer que les esprits sont satisfaits, faute de quoi le chaos aura tôt fait de s'abattre sur la communauté.

 

Ceinture de danse mbangu shamia Iatmul & masque Iatmul - Papouasie - Nouvelle Guinée  (détail)

 

Pour apaiser les esprits, les masques dansent au son des tambours, et les danseurs disparaissent sous des accoutrements de fibres, de plumes  de feuillages, de plantes parfumées, d'ornements en coquillages qui bruissent au rythme des instruments en un tourbillon de couleurs et de sons.

 

Masques du Vanuatu - île d'Ambae  (détail)

 

S'il y a une catégorie d'esprits dont il est primordial de s'assurer du bien-être, c'est bien celle des ancêtres du clan. Gare aux défunts qui errent sans trouver le repos car ils ne laisseront pas en paix les vivants.

 

Pirogue cérémonielle wuramon Asmat - Indonésie - Papouasie occidentale  (détail)

 

On veillera particulièrement à ce que la pirogue des âmes les emporte en douceur vers ce lieu où les vivants ne peuvent aller et où les ancêtres vénérés connaîtront enfin paix et sérénité.

 

Crâne surmodelé d'un mannequin funéraire rambaramp - Vanuatu - île de Malekula  (détail)

 

Les crânes surmodelés des ancêtres prestigieux feront l'objet d'une dévotion particulière, surtout s'ils ont été de valeureux guerriers. La force spirituelle qui en émane contribuera à renforcer la vitalité de la communauté et sera source d'émulation pour les jeunes initiés avides d"en découdre avec les adversaires du clan.

 

Statuette du bas Sepik - population Tin Dama - Papouasie-Nouvelle Guinée  (détail)

 

Quoi de plus exaltant et viril qu'une belle chasse aux crânes qui, si elle se révèle fructueuse, permettra de laver l'affront précédemment causé par le clan rival de la vallée voisine. Le vainqueur s'appropriera l'énérgie vitale de l'ennemi tué dont le crâne viendra s'ajouter aux trophées suspendus dans la maison commune.

 

Masque des Salomon - île de Nissan  (détail)

 

Et les masques danseront à nouveau, comme ils dansent pour l'initiation des jeunes garçons, pour les cérémonies funéraires et tous ces rituels qui marquent l'ascension d'un membre du clan dans la hiérarchie de la société.

 

Masque-coiffe de passage de grade - Vanuatu - île de Malekula  (détail)

 

Le nouveau promu exhibera fiérement au cours de sa danse les attributs de son nouveau statut, qu'il aura chèrement payé en offrant une quantité non négligeable de dents de cochons recourbées.

 

Masque à igname Abelam - Papouasie-Nouvelle Guinée  (détail)

 

Membre reconnu de la communauté, il participera aux rites de fertilité à l'occasion de la récolte des ignames, tubercules sacrés qui ne pourraient croître sans une relation étroite entre les esprits de la terre et le travail des hommes. Les specimens les plus remarquables seront recouverts de masques en vannerie et honorés comme il se doit.

 

  

Figure d'esprit Tolaï en calcaire - île de Nouvelle Bretagne  (détail)

 

Le premier choc passé après que les voiles des grands navigateurs eurent disparu à l'horizon, la vie aurait pu continuer comme avant, avec ses rites, ses cultes, ses cérémonies, ses guerres et ses interdits  La fureur missionnaire en décida autrement.

 

Marionnette Small Nambas - Vanuatu - île de Malekula  (détail)

 

Dans leur zèle évangélisateur, les bons pères, fraîchement débarqués dans ces îles cannibales, s'en prirent à tous les signes de croyances païennes. Les autodafés d'objets sacrés furent légion et les jolies vahinés enfilèrent bientôt la 'robe mission'.

 

Détail d'un plat à nalot - Vanuatu - île de Malo

 

Il se trouva pourtant un certain nombre d'objets que les missionnaires expédièrent à leurs supérieurs au delà des mers, trophées destinés à prouver la progression de la vraie foi sur les rites barbares... et qui sont exposés à présent dans les musées occidentaux !

 

Poteau bisj  Asmat - Indonésie - Papouasie occidentale  (détail)

 

Paradoxalement, beaucoup d'objets océaniens n'étaient pas conçus pour durer. Les immenses poteaux bisj de la partie indonésienne de la Papouasie-Nouvelle Guinée, dédiés au culte des ancêtres, étaient abandonnés dans les marécages après usage. En pourrissant, ils servaient de nutriment aux racines des sagoutiers, assurant ainsi la pérennité du cycle vital et l'approvisionnement en nourriture de la communauté.

 

Masque Baining de Papouasie-Nouvelle Guinée - île de Nouvelle Bretagne  (détail)

 

Réalisés à partir d'ue fragile ossature en rotin et composés le plus souvent de fibres, de tissus, d'enduits végétaux, d'éléments d'origine animale, de toiles d'araignée, de fleurs etc.. les masques qui fascinèrent tant les surréalistes par leur inventivité, étaient en général mis au rebut après leur performance.

 

Masque de danse funéraire jipae Asmat - Indonésie - Papouasie occidentale  (détail)

 

Lorsque vint le temps des expéditions scientifico-géographiques, les anciens du village ne se souvenaient déjà plus de la signification profonde des objets qu'on leur achetait 1 ou 2 shillings ou qui étaient échangés contre une herminette, un couteau ou un lot de verroterie de bazar.

 

Sculpture de grade - Vanuatu - île de Malekula  (détail)

 

Aujourd'hui, dans une vente publique, quand s'abat le marteau du commissaire-priseur à l'issue d'une lutte d'enchères éffrénée pour une pièce importante, le prix final d'acquisition  permettrait au commun des mortels de jouir d'une retraite heureuse dans l'une de ces îles paradisiaques....

 

Sculpture masculine - région du lac Sentani - Indonésie - Papouasie occidentale  (détail)

 

Un grand nombre d'objets, désormais figés au garde-à-vous dans leur vitrine, ont vécu ces péripéties.

 

Masque-coiffe temes napal - Vanuatu- île de Malekula  (détail)

 

lls regardent désabusés les visiteurs qui les regardent et donnent parfois l'impression de mal comprendre l'enchainement de circonstances qui les a conduit à cette incarcération muséale.

 

Masque - population Elema - Papouasie-Nouvelle Guinée  (détail)

 

Dans la partie consacrée aux arts du Vanuatu, les enfants, assis en cercle, écoutent fascinés, la jolie conférencière leur conter l'histoire de l'ogresse Nevimboumbao et de son drôle de mari filiforme juché sur ses épaules.

 

Masque-coiffe de passage de grade - Vanuatu - île de Malekula

 

De même que Matisse et Picasso avaient été tellement impressionnés par ces figures étranges aux formes déroutantes et aux couleurs vives - en fait des coiffes de passage de grade - les enfants adorent ces objets d'une créativité si débridée, aux antipodes des canons artistiques traditionnels.

 

Marionnettes Small Nambas - Vanuatu - île de Malekula  (détail)

 

Les temes, marionnettes 'fantômes' peuplent aussi toute une vitrine. Ils avaient pour vocation de divertir les esprits ancestraux qui, pendant ce temps là n'allaient pas chercher noise aux vivants.

 

Masque de façade Chambri - Papouasie-Nouvelle Guinée

 

Rescapés du choc des cultures, du zèle missionnaire, de l'abandon et de l'oubli, tous ces objets océaniens, maintenant dispersés dans les musées du monde, témoignent de la grande originalité et de la diversité des cultures dont ils sont l'expression. 

 

Tambour à fente Small Nambas - Vanuatu - île de Malekula  (détail)

 

Ils sont les vestiges de rencontres - certaines ont eu lieu il y a moins d'un demi-siècle - qui  ont profondément modifié les modes de pensée et de vie des habitants de ces régions.

 

Crâne surmodelé d'un mannequin funéraire rambaramp - Vanuatu - île de Malekula  (détail)

 

Beaucoup d'îles et d'archipels de l'Océanie ont traversé les horreurs de la guerre du Pacifique et les bouleversements qui en ont résulté.

 

Masque en écorce - Vanuatu ?  (détail)

 

Depuis, différents états ont accédé à l'indépendance et se réapproprient peu à peu leur culture ancestrale. Les traditions renaissent et, avec elles, la fierté d'appartenir à une communauté. Les festivals des arts du Pacifique qui se multiplient dans cette immense région du monde sont la démonstration de ce renouveau.

 

Figure d'esprit Tolaï en pierre calcaire - île de Nouuelle Bretagne

 

Répondant à l'engouement des touristes pour ces objets venus d'ailleurs, d'habiles artisans reproduisent en série des boucliers, masques et sculptures qui jamais ne connaîtront une cérémonie rituelle, mais c'est bien dans les salles et les couloirs des musées que ces intercesseurs du divin, ceux qui communiquent avec les esprits, ont trouvé leur dernier refuge.

 

Masque Tamake - Vanuatu - île d'Ambrym  (détail)

 

Les objets océaniens ont bien une âme. Même dépouillés de leurs fleurs, de leurs plumes et de leur accoutrement de feuilles, même condamnés à l'immobilité, fragiles témoins de temps révolus, ils regardent toujours fixement un monde auquel nous n'avons pas accès.

 

Statuette des îles Salomon  (détail)

 

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Toutes les photos de cet article ont été réalisées au Musée du Quai Branly, à Paris, dans la section Océanie du Plateau des Collections.

Objets océaniens, avez-vous donc une âme ?
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