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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 14:40

 

Une très belle exposition rétrospective consacrée à l'artiste chinois Zeng Fanzhi s'achève dans les prochains jours au Musée d'Art Moderne du Palais de Tokyo à Paris.

 

Zeng Fanzhi - 'Portrait' - 2004 (détail)

 

Zeng Fanzhi est surtout connu pour ses représentations de personnages masqués dont les yeux grands ouverts révèlent des pupilles cruciformes. 

 

Zeng Fanzhi - 'Pure Land' - 2013

 

Dans ses dernières ouvres, souvent de taille gigantesque et réalisées en un temps très court, il représente de singuliers paysages.

 

Zeng Fanzhi - 'Untitled' - 2012

 

Si certains tableaux paraissent être les héritiers de la grande tradition picturale chinoise, il y a un détail que l'on remarque tout de suite et qui caractérise toutes les réalisations récentes de l'artiste, à savoir une prolifération tentaculaire d'excroissances végétales tourmentées qui ne sont pas sans évoquer l'univers si particulier des mangroves.

 

 

Mangrove aux Galapagos

 

J'avais, il y a déjà pas mal de temps, commis un article sur ce monde fascinant créé par l'enchevêtrement des racines de palétuviers, monde qui n'appartient plus à la mer et qui n'est pas encore la terre, et l'idée m'est venue de mettre en parallèle mes souvenirs de lointains voyages et ces entrelacements reptiliens qui hantent les oeuvres du peintre.

 

Zeng Fanzhi - 'Pure Land' - 2013 (détail)

 

L'impression qui domine est celle d'une lutte impitoyable, comme si chaque brindille, chaque rameau, chaque branche, cherchait à puiser dans le sol l'énergie nécessaire à sa survie.

 

Mangrove en République Dominicaine

 

Un monde impénétrable où les racines, semblables à des araignées géantes, s'entremêlent dans des affrontements titanesques.

 

Zeng Fanzhi - 'Pure Land' - 2013 (détail)

 

Et voilà que, visiteur de cette exposition, je me retrouve plongé dans cette exubérance végétale qui parait vouloir absorber le paysage, annihilant toute perspective. 

 

Mangrove aux Galapagos

 

Je revois cet inextricable fouillis de branches et de racines au travers duquel on pressent, plutôt qu'on ne la découvre, la présence d'une eau immobile.

 

Zeng Fanzhi - 'Pure Land' - 2013 (détail)

 

La mangrove est source de vie et pourtant rien ne bouge en apparence. Tout de qui rampe, nage, glisse, vole, se déroule  s'étire ou se déploie attend la nuit pour se mouvoir.

 

Mangrove en République Dominicaine

 

La couleur pourtant n'est pas absente de ces convulsions échevelées. 

 

Zeng Fanzhi - 'Pure Land' - 2013 (détail)

 

La décomposition des feuillages donne à l'eau, lorsqu'on peut l'apercevoir, des teintes sanguinaires.

 

Mangrove aux Galapagos

 

De délicats feuillages d'un vert tendre égaient parfois les sombres ondulations des branchages.

 

Zeng Fanzhi - 'Pure Land' - 2013 (détail)

 

La mangrove aussi offre ces courts instants de répit.

 

 

Mangrove aux Galapagos

 

De ces paysages, baignés d'une lumière irréelle, l'Homme est absent.

 

Zeng Fanzhi - 'Untitled 08-4-9'  2008

 

Dans cette énorme confrontation l'Humain n'a pas sa place.

 

Dans la jungle laotienne

 

Ces lianes, ces racines, ces branches qui se contorsionnent ont envahi les toiles géantes comme si elles entendaient en étouffer toute vie.

 

Zeng Fanzhi - 'Hare' - 2012

 

Dans son interprétation monumentale du lièvre de Dürer, l'artiste a cependant donné sa place - et quelle place - à la vie animale.

 

Zeng Fanzhi - 'Hare' - 2012 (détail)

 

Mais le spectateur n'est pas dupe, il sait très bien que s'il repasse un peu plus tard devant l'oeuvre, la prolifération tentaculaire des branchages aura dissimulé aux regards le gros et placide animal. 

 

Mangrove aux Galapagos

 

C'est qu'en fait l'irrémédiable prolifération végétale symbolise la disparition programmée d'espèces en voie d'extinction. 

 

Zeng Fanzhi - 'Tai Ping You Xiang' - 2007

 

L'éléphant blanc lui-même semble impuissant face à l'inéxorable envahissement.

 

Zeng Fanzhi - 'Night' - 2005

 

Dans des oeuvres précédentes, Zeng Fanzhi avait mis en scène des personnages, mais la menace était perceptible et les herbes échevelées sur le bord du chemin avaient déjà un aspect inquiétant.

 

Zeng Fanzhi - 'Swimming' - 2006

 

Que dire alors de ces méchantes herbes noires qui paraissent lancer d'ondulants filaments en direction de ce nageur pâle. On a l'impression là encore qu'un rideau sombre est lentement tiré en travers de la toile dont il va bientôt recouvrir la surface.

Faudrait-il conclure pour autant que, dans ses gigantesques peintures actuelles, le peintre, et a fortiori le spectateur, est condamné à disparaître, étouffé par les lianes vibrionnantes ?

 

Zeng Fanzhi - 'Untitled' - 2013

 

Dans son dernier grand polyptyque réalisé pour l'exposition, une lumiére d'un jaune vif apparait, vers laquelle tout semble converger. Peut-être une lueur d'espoir dans le sombre enchevêtrement qui agite l'immense tableau ?

 

Zeng Fanzhi - 'Self Portrait 09-8-1' - 2009

 

Dans l'auto-portrait qu'il réalisa en 2009, l'artiste se représentait en moine bouddhiste sur fond de paysage d'une grande netteté.

De même que les mangroves débouchent sur la mer ouverte, gageons que cette confrontation avec des paysages mentaux dévorés par une végétation inquiétante, ouvrira la voie à d'autres recherches, témoignant de la volonté de l'artiste à explorer sans cesse de nouveaux horizons picturaux.

 

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Les Mangroves de Zeng Fanzhi
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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 18:49

 

A en croire le dictionnaire, les ombres seraient la résultante de l'interception de la lumière par un corps opaque, ou à la limite semi-opaque.

 

Oeuvre de Brigitte Biizard - 2007

 

Je peux moi vous assurer, sans l'ombre d'un doute, après avoir parcouru bien des salles de musées et d'expositions, que les ombres n'ont en fait qu'une idée en tête, s'échapper au plus vite de ces corps opaques dont elles multiplient l'image à l'envie.

 

Maria Teresa Bertina - 'Harmonie du corps et de l'âme' - 2007

 

Force est de constater que les ombres ne supportent plus d'être condamnées à jouer les doublures.

 

Oeuvre de Françoise Naudet - 2007

 

Servir de faire-valoir au bellâtre qui se retourne et contemple l'image flatteuse que les ombres projettent de sa personne, c'est bien fini !

 

Oeuvre de Marie Louise Prugnat

 

On en arrive même parfois à la situation cocasse d'une sculpture qui court après son ombre qui s'enfuit.

 

Au Musée de sculptures en plein air du Smithsonian de Washington

 

Plus question de rester debout pour l'éternité. Les ombres revendiquent désormais le droit de s'asseoir sur les bancs publics.

 

Catherine de Kermor - 'Emma' - 2007

 

La contestation peu à peu grandit et se radicalise.

 

Au Musée Guimet à Paris

 

Mondialisation oblige, les divinités indiennes ont accepté de se silhouetter en ombres chinoises.

 

Didier Marcel - ''Coucher de soleil''

 

Le mouvement de protestation a gagné le monde rural. Les ombres des machines agricoles ont clamé haut et fort leur droit au statut d'oeuvre d'art à part entière.

 

Masque Hopi de l'Arizona - Drouot, Paris

 

Les ombres ethniques ont fait valoir l'importance de leur rôle d'intercesseurs avec le monde des ancêtres.

 

Statues d'ancêtres d'Afrique centrale - Sotheby's, Paris

 

Qui d'autre d'ailleurs que ces ombres, revenues de l'empire des ténébres, pourrait se porter garant de leurs doubles terrestres ?

 

Masque nigérian - Sotheby's, Paris

 

Et que l'on aille surtout pas comparer certaines ombres au caractère ombrageux à des masques d'Halloween, elles n'en seraient que plus courroucées. 

 

Oeuvre de Viviane Guybet - 2003

 

En attendant leur libération prochaine, quelques ombres ont préféré dissimuler leur excitation et rester sagement alignées comme des ombres de bonne famille. 

 

Effigie de Papouasie Nouvelle-Guinée. Galerie parisienne

 

Ce n'est certes pas le cas de cette ombre joyeuse et dansante que ne renierait pas un contorsionniste hip hop.

 

Oeuvre de Michel Serraz - 2007

 

Même ambiance enjouée parmi les ombres gracieuses surprises à imiter les gestes des baigneuses.

 

Hans-Peter Feldmann - 'Two Girls, one clipped' - 2005

 

Il y a cependant une ombre au tableau.et la révolution annoncée des ombres ne pourra avoir lieu. De même qu'il n'y a que dans les romans qu'un personnage peut évoluer sans ombre, seul un artiste pourra montrer une ombre privée de son personnage.

 

Nuit d'encre en Mer de Chine

 

La vie des ombres est éphémère. Que la lumière s'éteigne et tout, personnages et ombres confondus, disparaît dans l'obscurité stoppant net toute vélléité d'émancipation.

 

Ombre féline à sa toilette

 

Tout n'est donc qu'illusion et, comme le dit le proverbe :

"Les Hommes courent après leur ombre et les chats courent après leur queue".

 

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La plupart des sculptures qui ont servi de support à cet article ont été exposées dans des manifestations publiques au Grand Palais à Paris, telles que la FIAC et Art Paris.

Présentées avec un arrière-plan de couleur rouge,et sous la lumière crue des spots, ces sculptures ont donné lieu à de curieux jeux d'ombres inspirateurs de cette fantaisie. 

 

 

La révolte des Ombres
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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 18:48

 

De ce côté-ci du monde, trois jeunes garçons ont pris pour habitude de se retrouver sur les rochers au bord du rivage et de regarder la mer.

 

Three boys on the shore - Aquarelle et gouache de Winslow Homer - 1873

Ils peuvent ainsi passer de longues heures à contempler le mouvement des vagues et les continuels changements de la couleur de l'eau, au gré des caprices du ciel et des nuages.

 

Voilier dans le port de Gênes

On les trouve aussi souvent sur les quais du port, en arrêt devant les beaux voiliers à l'ancre dont les flancs rebondis sont à eux seuls une irrésistible invitation au voyage.

 

Les Devoirs - Aquarelle de Winslow Homer - 1874

Chacun d'eux a lu et relu les récits des hardis navigateurs partis explorer les territoires inconnus des Mers du Sud à la recherche des derniers cannibales. Ils ont répété cent fois ces noms magiques évocateurs de lagons émeraude et de palmes bruissant au vent des alizés : baie de l'Astrolabe, péninsule de la Gazelle, archipel de Nouvelle Bretagne....

 

Masque-casque du Vanuatu - île de Malekula

Ils ont couru voir au Musée ces drôles d'objets que des intrépides voyageurs ont rapporté des îles de cendre et de corail.

 

La Korrigane - Navire de l'expédition d'Etienne de Ganay - 1935

Tandis qu'ils regardent la mer, leur imagination les embarque à bord de ces élégantes goëlettes que de fringants aristocrates ont menées au bord du monde connu.

 

Mouillage à Moorea

Ils abordent à leur tour des rivages parfumés où l'eau transparente laisse entrevoir des poissons aux couleurs extravagantes.

 

 

Paysage à Moorea

Ils découvrent la douceur de vivre au beau milieu d'une végétation luxuriante.

 

Paysage aux Samoa

Des sources bienfaisantes abondent dans les forêts que des oiseaux multicolores animent de leurs chants tandis que des papillons géants virevoltent dans la canopée.

 

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Costume de danse rituelle de l'archipel Bismarck

Des danseurs masqués, autrefois mangeurs d'hommes, débarquent à l'aube sur la grève  et partent en procession pour d'étranges cérémonies...

 

Trois garçons au bord de la mer - Aquarelle de J.J.Chen - 1997

Alors que nos amis rêvent d'Océanie, de l'autre côté du monde, trois jeunes garçons ont pris pour habitude de se retrouver dans une pirogue abandonnée au bord du rivage et de regarder la mer.

Ils peuvent ainsi passer de longues heures à contempler le mouvement des vagues et les variations de la couleur de l'eau, au gré des caprices du ciel et des nuages.

 

Sur les quais de Sydney

Ils ont lu dans les magazines qu'il existe des villes où les maisons sont hautes comme des montagnes.

 

Times Square - New York

Il parait même que dans ces villes l'activité ne s'arrête jamais et que la nuit les rues sont une débauche de lumière et de bruit.

 

Alexandre Kossolapov - 'Times Square - Lenin - Coca Cola' Huile sur toile - 1999

Là-bas, tout le monde possède une voiture et on peut trouver à chaque coin de rue tout ce qui est nécessaire pour rendre la vie plus facile, du réfrigérateur au Coca Cola.

 

​Alain Bublex - 'Plan Voisin de Paris - V2 circulaire secteur' (det)

Les gens habitent dans des grandes tours où ils disposent de toutes sortes d'équipements modernes qui accomplissent à leur place les tâches quotidiennes.

 

Wuhan - Chine

De leur fenêtre, ils peuvent avoir une vue d'ensemble sur la ville qui s'agrandit et s'agrandit toujours jusqu'à contenir des millions d'habitants...

 

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Sur la côte thailandaise

La mer est une belle insensible. Elle pousse inlassablement ses vagues à l'assaut de villes tentaculaires ou d'ilôts perdus d'archipels oublés

 

Australie - détroit de Bass

Elle poursuit indéfiniment ses voyages d'une extrêmité du monde à l'autre et les rêves qu'elle charrie se croisent au large dans l'immensité indifférente.

 

Australie - côte de l'état de Victoria

Peu d'entre eux parviendront à bon port, mais tant que la mer poursuivra ses voyages, il y aura toujours, à une extrêmité du monde, un jeune garçon qui se rendra sur le rivage et regardera l'horizon.

 

'Waiting for Dad' - Aquarelle et gouache de Winslow Homer - 1873

Il pourra rester ainsi des heures à contempler le mouvement des vagues et les variations de la couleur de l'eau, au gré des caprices du ciel et des nuages.

 

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Les garçons qui regardent la mer
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Published by Jean-François - dans Photographie - Voyages
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8 janvier 2014 3 08 /01 /janvier /2014 14:17

 

Je ne fréquente pas particulièrement les églises, mais je dois avouer entretenir une relation particulière avec Saint-Germain-l'Auxerrois. Menacée de disparition à diverses reprises au cours des siècles, à l'histoire particulièrement tourmentée, son architecture singulière en fait une église qui ne ressemble à aucune autre. Et puis, il faut bien le reconnaître, il n'est pas donné à toutes les églises de se situer face à la colonnade du Louvre, en plein coeur de Paris.

 

 

Lorsque les derniers feux du couchant viennent caresser la place du Louvre, ils illuminent cet étonnant ensemble d'édifices avec son beffroi central, qui a fait dire à des mauvaises langues qu'il ressemblait  à "un huilier avec ses deux burettes" !! C'est qu'en fait l'église médiévale se limite à la partie droite de l'ensemble. A gauche, c'est la Mairie du Ier Arrondissement, de style néo-gothique, qui date du milieu du XIXème siècle, de même que le beffroi central. La séparation entre l'Eglise et l'Etat se situe au niveau d'une petite cour à laquelle on accède en passant sous le porche central séparant l'église du beffroi.

 

 

Le baron Haussmann, encore lui, est responsable de cette surprenante co-existence. A la suite de la démolition frénétique des vieux immeubles entourant l'église, celle-ci se retrouva en situation de déséquilibre inesthétique à l'extrémité d'une grande place vide, d'où la décision de rétablir l'harmonie de l'ensemble. On murmure cependant que le baron, qui était protestant, n'aurait pas voulu courir le risque de se voir reprocher la destruction d'un édifice aussi symbolique, dont la cloche aurait, en 1572, sonné le tocsin annonciateur du massacre de la Saint Barthélémy.

 

 

Mais la raison pour laquelle je m'intéresse tellement à cette drôle d'église, ce n'est pas tant son histoire si riche, ni le fait que Molière et Rameau s'y marièrent et que Louis XIV y avait son banc privé, non, la véritable raison, ce sont ... ses gargouilles !!

 

 

      Si on se place côté sud de l'église, dans la rue des Prêtres-Saint-Germain-l'Auxerrois,  avec pour toile de fond l'infortunée Samaritaine, et qu'on lève le nez, on découvre un impressionnant alignement d'acrobates longilignes qui, défiant les lois de la pesanteur, paraissent s'élancer de la balustrade surplombant l'édifice. 

 

 

Venus tout droit des tréfonds du Moyen-Age, ces témoins de peurs et de terreurs ancestrales sont là pour nous rappeler que le Mal rôde autour de la Maison de Dieu.

 

 

 

Dégorgeoirs de pierre rejettant l'eau de pluie le plus loin possible du sanctuaire, les gargouilles rejettent aussi symboliquement les énergies néfastes en même temps que les eaux pluviales salies.

 

 

A une époque où, pendant des siècles, le Ciel et l'Enfer vont s'affronter dans une lutte sans merci, les gargouilles ont pour mission d'éloigner le Malin en l'effrayant par leur aspect hideux.

 

 

Issues d'un bestiaire imaginaire, elles prennent souvent la forme d'animaux monstrueux, quelquefois d'un dragon ailé en référence à la Gargouille primordiale, celle que Saint Romain vainquit, selon la légende, dans les marais de la région de Rouen.

 

 

 

 

L'habileté du sculpteur permet de varier à l'infini les formes animales qui décourageront le Vice de franchir le seuil de l'église, avec parfois une touche d'humour, tel cet ours revêtu d'une robe de moine.

 

 

 

 

Mais les plus impressionnantes représentations sont sans conteste ces figures humaines hurlantes qui devaient inciter les fidèles à regagner au plus vite la sécurité du lieu sacré. On prétend que lorsque le vent s'engouffrait dans ces sculptures, elles se mettaient à gémir, accentuant encore la terreur que leur vision inspirait.

 

 

 

 

 

Au dessus de la façade ouest, d'incroyables funambules vermiculaires s'étirent à la limite de la rupture d'équilibre, témoignant, s'il en était besoin, de la virtuosité de ces artistes anonymes, dignes contemporains des audacieux architectes des nefs gothiques.

 

 

 

 

Sous le porche principal, les rois, les saints et les reines dialoguent avec des créatures improbables.

 

 

 

 

Un immonde bestiaire escalade les arches ou joue au passe-murailles.

 

 

 

La vision effrayante des tourments de l'Enfer et le spectacle de nos turpitudes foulées aux pieds par les Saints devraient nous décourager à jamais de succomber à la pernicieuse tentation du Péché.

 

 

Plus étonnant est ce détail, difficile à distinguer, à la base d'une gargouille située dans le no man's land entre Eglise et Mairie. Il s'agit d'une boule dévorée par une multitude de rats, symbolisant vraisemblablement le Monde rongé par la Misère. Le grouillement frénétique des rongeurs est observé avec intérêt par un gros chat à la face lunaire. Il existe parait-il en France d'autres exemples de "boules-aux-rats" dans des édifices religieux gothiques, mais celle de Saint-Germain-l'Auxerrois présenterait la caractéristique singulière suivante : les rats en sortent, alors que dans les autres exemplaires connus, ils y pénétrent !!

 

 

Dans le calme du soir, le saint évêque d'Auxerre semble inviter les fidèles apeurés à retrouver le chemin du salut.

 

 

Vêtue de ses longs cheveux, la belle Marie l'Egyptienne apporte de Jérusalem les miches de pain dont elle se nourrira dans le désert. Cette sculpture, comme beaucoup de celles du porche, est une copie du XIXème siècle.

 

 

L'original du XVème siècle, avec sa superbe polychromie, est conservé à l'intérieur de l'église.

 

 

Non loin de là, Saint Germain en personne a lui aussi traversé les siècles et bénit les pêcheurs en quête de repentance.

Au dehors, la circulation automobile, rue de Rivoli et sur les quais de Seine, atteint son paroxysme, couvrant le gémissement des gargouilles acrobates, devenu inaudible.

 

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Les Gargouilles de Saint-Germain-l'Auxerrois
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31 décembre 2013 2 31 /12 /décembre /2013 14:05

 

 

 

 

A tous les visiteurs

 

fidèles, occasionnels ou accidentels

 

de ce modeste blog

 

je souhaite une très heureuse

 

Nouvelle Année

 

2014

 

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20 décembre 2013 5 20 /12 /décembre /2013 23:37

 

Dans la grande forêt équatoriale africaine on entend parfois un oiseau dont le cri évoque à s'y méprendre les pleurs d'un bébé. A n'en pas douter, les Lega, ces peuples des confins orientaux de l'actuelle République Démocratique du Congo, aux frontières de l'Uganda, du Rwanda et du Burundi, qui vivaient autrefois en parfaite harmonie avec la nature dans cette riante région riveraine des Grands Lacs de l'Afrique centrale, auraient pu l'identifier et en interpréter le message.

 

 

Photo Eliot Elisofon, 1967, National Museum of African Art, Smithsonian Institution Washington - USA

 

Malheureusement, cette région prospère qui aurait pu être l'image d'un paradis sur terre, est depuis près de vingt ans le théâtre d'atroces combats et de massacres quasi incessants pour le contrôle des terres, des richesses minières et du pouvoir, qui terrorisent la population. Les tirs de kalachnikov y ont désormais supplanté le chant des oiseaux.

Loin de ces horribles conflits, le Musée du Quai Branly présente actuellement une envoûtante exposition autour de la collection Jay T. Last de masques et d'objets rituels des Lega, collectés pour l'essentiel à l'époque où le Congo était encore une colonie belge. 

 

 

Alignés bien sagement dans leurs vitrines, les masques à longue barbe de fibres, si caractéristiques de l'ethnie, semblent flotter en apesanteur et onduler comme s'ils avaient gardé en mémoire le rythme lancinant des danses à l'occasion desquelles ils étaient portés.

 

 

Il faut dire que, pour un amateur d'art africain, reconnaître au premier regard qu'un masque est Lega est grandement facilité par le fait que l'art de ces peuples ne ressemble en rien à celui d'autres ethnies et que ses particularités, ovale des visages, nez droit, symétrie des yeux, barbe de fibres, blanc de kaolin et cet air toujours de tristesse élégante et indéfinissable font qu'il l'identifiera à coup sûr. 

 

  

 

 

 

 

L'art des Lega n'a connu que récemment la notoriété. C'est sans doute à la maîtrise de leurs sculpteurs, ces témoins de l'invisible, dans le travail de petits objets en os ou en ivoire, à la belle patine qui va d'une douce couleur miel à un somptueux rouge sombre , que l'on doit l'envolée spectaculaire des prix en vente publique.

 

 

 

 

 

Qu'il s'agisse de masques, de statuettes, d'objets de divination, de coiffures ou encore d'ornements de prestige ou insignes emblématiques, tous les objets d'art Lega ne sont créés que dans un seul but, servir de supports d'enseignement ou d'accomplissement des rites de la société initiatique du Bwami qui occupe une place déterminante au sein de la vie sociale et religieuse de ces peuples.

 

 

 

Le Bwami est une association ouverte à tous les membres de la communauté, hommes et femmes. Organisée en grades, dont on gravit les échelons tout au long de sa vie, elle implique, à chaque niveau des cycles d'initiation, des obligations financières et le passage par une série de rites qui mêlent musique, danse, sagesse proverbiale et arts divers. Dans ce contexte, les oeuvres d'art sont des codes laissés par les ancêtres, que l'initié saura décrypter pour en tirer les enseignements cachés.

 

 

 

 

La grande originalité de la production artistique Lega dévolue au Bwami est l'utilisation dans un but pédagogique ou de reconnaissance hiérarchique d'éléments aussi divers que des cuillers, des ornements de coiffure, des statuettes zoomorphes, mais aussi des éléments divers non transformés, d'origine végétale ou animale, qui trahissent l'étroite symbiose entre les Lega et leur environnement naturel.

 

 

 

 

 

 

Les rares initiés parvenus au stade ultime du Bwami étaient des sages tenus d'observer un code de conduite morale idéal, axé sur la vérité et spirituellement irréprochable, ce qui n'empêcha pas l'administration coloniale belge, qui y voyait un inquiètant contre-pouvoir, d'interdire l'association et d'en exiler les membres influents.

 

 

Que reste-t'il aujourd'hui du Bwami ? Difficile de le dire, bien qu'il semble qu'il se soit fortement politisé et qu'il soit devenu un symbole de l'individualité Lega. En tout état de cause, les atrocités n'ont jamais cessé dans la région des deux Kivu, habitat principal des Lega. Selon des ONG présentes dans la zone, rien que pour le premier semestre 2013, 3000 cas de viols ont été recensés au Nord Kivu et 9000 personnes déplacées au Sud Kivu. Toutes ethnies confondues, le nombre de morts dans cette partie de la République 'Démocratique' du Congo aurait atteint le chiffre effrayant de cinq millions en quatorze années.

Au Musée du Quai Branly, les murs faisant face aux vitrines d'exposition ont été décorés avec des représentations stylisées des objets-phares de l'art Lega. Leur aspect un peu fantomatique, en arrière-plan des délicates oeuvres offertes à la contemplation des visiteurs, semble nous rappeler qu'un monde n'est plus où l'on pouvait espérer, au terme d'une longue initiation, atteindre enfin le Beau et le Bien.

 

 

 

 

Triste ironie de l'histoire, le californien Jay T.Last, auquel on doit cette extraordinaire collection, est l'un des pionniers de la Silicon Valley et le concepteur de la première puice électronique, or l'une des raisons majeures des malheurs des habitants de l'est congolais est la fameuse 'malédiction des matières premières' et la richesse de leur sous-sol. Le Kivu est le premier producteur mondial de coltan, indispensable à la fabrication de nos chers portables. Les grands groupes internationaux n'hésitent pas à payer un droit de passage aux seigneurs de la guerre et aux groupes rebelles sévissant sur place pour s'assurer le libre approvisionnement du précieux minerai.

 

 

Peut-être après tout que, sous la tente d'un camp de réfugiés, un vieil homme, qui fut autrefois un grand dignitaire du Bwami, en entendant les pleurs des bébés alentour, se remémore le temps où, tandis que le soleil déclinait, il écoutait le cri de l'oiseau qui imitait si bien ces pleurs et se disait alors que cela n'augurait vraiment rien de bon.

 

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Mélancolie Lega au Musée du Quai Branly
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26 novembre 2013 2 26 /11 /novembre /2013 19:10

 

Pour cette deuxième promenade en zigzag, je vous convie à une balade franchement iconoclaste en compagnie de quelques représentants de la statuaire parisienne..

 

 

A Champs-Elysées - Clémenceau, le général De Gaulle presse le pas sous un ciel d'orage à la rencontre de son glorieux destin.

 

 

De l'autre côté de la place, Clémenceau se demande comment le général peut avancer si vite avec un tel vent.

 

 

Sur le parvis du Grand Palais, deux bambins stupides n'ont rien trouvé de mieux à faire que de s'ouvrir le ventre à coups de burin. Voilà ce qui arrive quand on laisse de vilains garnements sans surveillance.

 

 

Rue de Sèvres, ces deux là ont l'air trop gentils pour être honnêtes. Dieu sait quel tour pendable sont-ils en train de manigancer.

 

 

Sur la face Nord de l'Arc de Triomphe, ce vieillard est mort de peur et s'accroche où il peut. Se rend t-il seulement compte qu'il entrave ainsi la marche du guerrier ?. Vieillesse ne rime pas forcément toujours avec sagesse. 

 

 

Du côté du Petit Palais on s'ennuie ferme, mais, direz-vous, dans une vie de statue les divertissements sont plutôt rares.

 

 

Au cimetière du Père Lachaise, on n'a pas vraiment le moral, mais après tout, quoi de plus naturel en ce lieu.

 

 

Au cimetière Montparnasse, par contre, il y a quelqu'un qui ne parvient pas à trouver le repos, Charles Pigeon, l'inventeur de la célébrissime lampe. Lui  qui a permis à l'humanité de bénéficier d'inventions aussi géniales qu'un matelas insubmersible et une table de nuit inodore (!) tourne et retourne dans sa tête des projets qui, n'en doutons pas, devraient mettre en émoi la communauté scientifique.

 

 

Sur le pont de Grenelle, la statue de la Liberté, histoire de se rendre utile, a décidé de régler elle-même la circulation.

 

 

Sous le pont Mirabeau coule la Seine, ce n'est pas nouveau, et cette baigneuse impudique essaie vainement d'obtenir de l'aide pour atteindre le parapet.

 

 

Rue d'Abbeville, à la vue de ces affriolantes cariatides, on se demande vraiment quelle frustration poussait nos arrière grands-parents, qui prenaient des bains de mer tout habillés, à orner la façade de leurs immeubles d'accortes personnes aussi dévêtues.

 

..

 

Pas de quoi en tous cas distraire les doctes savants du Museum d'Histoire Naturelle qui posent pour la postérité devant leurs chers ossements blanchis.

 

 

Aux Invalides, l'Homme Invisible se repose après la bataille.

 

 

A Montmartre, le Passe-Muraille aux longs doigts décide, lui, de réapparaître à la vue de tous.

 

 

Sur le chantier du Trou des Halles, l'Homme qui écoute, téléphone pour savoir quand vont enfin se terminer les travaux.

 

 

Quai Anatole France on croit entendre ce beau jeune homme - qui visiblement n'a même pas eu le temps de se rhabiller - s'exclamer : 'Ciel, son mari !!'

 

 

Heureusement, le temps n'est pas aussi mauvais que l'hiver dernier quand les statues du Parc Monceau se recroquevillaient en grelottant de froid sous la neige.

 

 

Sur le parvis du Musée d'Orsay, ces imposantes dames de fer , qui ont connu l'ancienne gare, dévisagent avec incrédulité la petite effrontée, tout de même impressionnée, qui ose ainsi venir troubler leur sévère assemblée.

 

 

Aux Arènes de Lutèce, cette dame a carrément perdu la tête.

 

 

Au square Nadar, le malheureux chevalier de la Barre a retrouvé la sienne. Il faut dire qu'à peine âgé de 19 ans, ce gentilhomme avait été décapité en 1765 non sans avoir au préalable subi la question ordinaire et extraordinaire, eu la langue et le poignet coupés et être enfin brûlé vif. Tout cela en punition de quel crime atroce direz-vous : simplement parce qu'il n'avait pas soulevé son chapeau au passage d'une procession !! Autres temps, autres moeurs ... quoi que ...

 

 

A quelques pas de là, en l'église Saint Pierre de Montmartre, Saint Denis tient délicatement sa tête devant lui. Selon la légende, le premier évêque de Paris, martyrisé lui aussi, avait été privé de son chef. Avant d'aller s'enterrer dans le Neuf Trois, il aurait marché pendant 6 kilométres en portant sa tête sous le bras, traversant Montmartre par le chemin devenu depuis la rue des Martyrs (quelle coïncidence !).

 

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Rue Fortuny, des rats à la dentition particulièrement solide grignotent un mur de l'hôtel particulier de Sarah Bernhardt comme s'il s'agissait d'un vulgaire morceau de fromage.

 

 

Sur la façade est de l'Hôtel de Sens, un boulet perdu des journées révolutionnaires de 1830 est venu se ficher dans le mur. Il y est toujours, la date de l'événement étant gravée au dessous.

 

 

Boulevard Saint-Germain, le mur du Ministère de la Guerre .. pardon, du Ministère des Armées, exhibe toujours fiérement les stigmates des combats furieux de la Libération de Paris.

 

 

Rue Royale, à deux pas de chez Maxim's, on peut toujours trouver placardé l'Avis de Mobilisation Générale, mais qui s'en soucie à présent ?

 

 

Peut-être que le général devrait revenir mettre un peu d'ordre dans tout çà ?

 

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Paris en zigzag (2)
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24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 17:35

 

Peut-être était-ce parce que je revenais d'un voyage en Inde.

 

 

Peut-être était-ce parce que nous étions à l'orée de l'hiver et que la ville était devenue grise, les trottoirs gris, les murs gris, le ciel gris, les visages gris. Toujours est-il que je me mis alors à traquer les couleurs dans la cité.

 

 

Ce furent les vrais artistes de la rue qui me montrèrent la voie. Ils avaient recouvert les murs sans joie de fresques incandescentes et la couleur illuminait ces parois aveugles vouées à une décrépitude inéluctable.

 

 

Vus de près, les détails de ces fresques pouvaient à eux seuls, si on les imaginait accrochés aux cimaises d'une galerie d'art, devenir des tableaux, véritables explosions de couleurs.

 

 

 

 

 

Je me dis alors que même les choses les plus banales et les plus insignifiantes de la rue,, dont nous avions oublié jusqu'à la couleur, si elles étaient présentées comme des oeuvres d'art, prenaient soudain une dimension nouvelle, qu'il s'agisse de la carrosserie d'une camionnette de livraison.ou de simples taches de peinture sur le trottoir.

 

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C'était tout aussi vrai pour le flanc d'une péniche amarrée à quai, pour des bandes de couleur sur un vieux mur ou pour le rideau de fer tagué d'un commerçant. 

 

 

 

 

Et cela valait encore pour une enseigne de supermarché, un carton vide abandonné sur une poubelle, un graffiti dans une impasse, un vieux tuyau rouillé, un véhicule de pompiers, que sais-je encore.

 

 

 

 

 

 

Fort de ces constatations, je me réconciliai avec la ville  La couleur n'avait pas disparu à l'approche de l'hiver et il suffisait d'ouvrir grand les yeux autour de soi pour s'apercevoir qu'elle était toujours là, parfois même où nous ne la soupçonnions pas.

 

 

Peut-être qu'après tout nous n'étions pas si différents des Indiens. La couleur aide parfois à estomper la grisaille environnante.

 

 

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Une fringale de couleurs
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18 novembre 2013 1 18 /11 /novembre /2013 19:30

 

Flâner dans Paris, le nez au vent, au hasard des rues, c'est être assuré de revenir avec plein d'images dans la tête, étonnantes, inattendues, amusantes, incongrues ou poétiques.

La simple lecture du nom des rues peut donner lieu à bien des surprises.

 

 

 

Ces noms peuvent aussi être révélateurs de la condition des résidents qui habitèrent ces lieux il y a plus ou moins longtemps.

 

 

 

A voir cette plaque luttant désespérément contre un lierre envahissant, on se rend compte qu'il faudrait bien peu de temps pour que la nature reprenne vite ses droits sur le béton parisien.

 

 

Or, il se trouve parfois que des esprits facétieux détournent les noms des voies de manière ironique.

 

 

 

Certains panneaux indicateurs manquent totalement d'humour et peuvent laisser perplexe lorsque la localisation indiquée paraît par trop inadéquate..

 

 

La signalisation routière peut aussi, à l'occasion, faire l'objet de subtils détournements.

 

 

 

Sur les murs, il arrive qu'apparaissent d'étranges interdictions.

 

 

L'entrée du cimetière Montparnasse serait-elle également interdite aux centaures ?

 

 

Rue du Faubourg Saint-Denis le porche d'un immeuble pose une question existentielle.

 

 

 

Les noms des bistrots font assaut d'inventivité pour attirer le chaland.

 

 

 

J'aurais pour ma part une petite préférence pour ce restaurant de la rue du Bourg Tibourg bien que j'ignore à quels fous il est fait allusion.

 

 

Dans le même esprit, il y avait autrefois, rue de la Convention, un café situé juste en face de l'hôpital Boucicaut et qui s'appelait "Mieux vaut ici qu'en face". Il a été remplacé par un restaurant coréen qui ne cultive hélas pas le même sens de l'humour.

 

 

Devant la FNAC Etoile, il semblerait que les guerriers du 'Seigneur des Anneaux' ont échangé leurs fiers destriers contre des petits scooters. Quelle déchéance !!

 

 

Rue de Penthièvre, un chien curieux regarde les passants et, à Saint-Germain l'Auxerrois, une gargouille est à la limite de la perte d'équilibre pour tenter d'apercevoir ce qui se passe au carrefour.

 

 

Près du Centre Pompidou, un géant débonnaire tente en vain d'obtenir le silence.

 

 

Et pendant tout ce temps, à la Trinité, sur le toit d'un immeuble, il y a une cheminée qui danse...

 

 

Ici s'arrête cette promenade en zigzag.

A bientôt pour d'autres découvertes insolites et parisiennes.

 

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Paris en zigzag
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Published by Jean-François - dans Photographie - Paris
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15 novembre 2013 5 15 /11 /novembre /2013 19:25

 

Il faut bien le reconnaître, un radiateur, surtout s'il n'est plus dans sa prime jeunesse, n'est pas particulièrement esthétique. Hantise des décorateurs d'intérieur, on cherche le plus souvent à le dissimuler honteusement plutôt qu'à le mettre en valeur. Ceux de la Tour 13, vouée à la démolition dans le 13ème Arrondissement de Paris, n'échappaient pas à la règle et la perspective d'une fin prochaine les rendait infiniment moroses. C'est alors que, sans crier gare, les stars du Street Art international investirent un beau jour la Tour pour la transformer d'un coup de bombe magique en Temple éphémère de l'Art Urbain.

 

 

Les radiateurs se trouvèrent soudainement propulsés du rang de figurants anonymes à celui d'acteurs à part entière d'un film dont le sujet différait à chaque étage et dans chaque pièce.

 

 

Ils eurent l'insigne honneur de donner la réplique aux vedettes.

 

 

On les habilla de brillantes couleurs.

 

.

 

On revêtit l'un d'eux d'un costume de lumière.

 

 

Un autre fut absorbé dans un décor inquiètant.

 

 

Certains se virent attribuer un rôle dans des drames intimistes.

 

 

D'autres connurent l'angoisse de polars haletants.

 

 

D'autres encore jouèrent les second rôles de films d'épouvante. 

 

 

Les plus audacieux s'emparèret du premier plan des séquences d'action.

 

 

Les chats, ces éternels frileux, vedettes des films animaliers, vinrent leur tenir compagnie entre deux tournages, 

 

 

Les radiateurs avaient le sentiment d'être enfin reconnus. Ils connaissaient leur heure de gloire.

 

 

Eux, les mal-aimés, plus à l'aise dans les recoins abrités des regards, se retrouvaient au centre de scènes d'apocalypse, mitraillés par les flashs de milliers de visiteurs.

 

 

Certains en perdirent la raison et en vinrent à commettre l'irréparable.

 

 

On retrouva même à la cave un radiateur hébété, figé devant l'horreur de son crime.

 

 

Je ne sais pas s'il existe un au-delà pour les radiateurs, mais quand sonnera l'heure de la démolition finale et qu'ils finiront à la casse, il conviendra de beaucoup pardonner à ces fidèles compagnons de nos hivers douillets car ils n'étaient pas faits pour cette soudaine mise en lumière.

 

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Je préfère imaginer, qu'avec la discrétion qui leur est coutûmière, ils auront quitté sur la pointe des pieds ces fresques étonnantes qui illuminèrent, le temps d'un automne, les murs tristounets d'une tour ordinaire.

 

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Les radiateurs de la Tour 13
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Published by Jean-François - dans Street Art
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