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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 18:36

 

La belle déesse Durgâ, Durgâ Mâ, la Déesse Mère, déesse de l'énergie et du pouvoir, est vénérée partout en Inde et la grande fête qui lui est consacrée à l'automne, la Durgâ Pûjâ, donne lieu à de grandes célébrations festives, mais c'est dans l'Etat du Bengale et particulièrement dans sa capitale, Calcutta (Kolkata), que ces célébrations revêtent une ampleur et une intensité inégalées.

 

 

 

Bien des mois avant l'événement, les sculpteurs ont rivalisé d'adresse et d'ingéniosité pour réaliser des effigies, toutes plus belles les unes que les autres, qui sont ensuite recouvertes d'habits somptueux et parées de paillettes et de bijoux étincelants, et la rivalité est grande entre quartiers, à qui possédera la plus belle, la plus grande et la plus resplendissante des déesses.

 

 

Les effigies, une fois réalisées, sont exposées, pendant la période festive, dans les différents quartiers de la ville, soit dans des structures permanentes, soit dans des installations temporaires, souvent des tentes, les pandals, qui seront démontées après la fête. On prétend qu'ii y a jusqu'à 2000 pandals à Calcutta pendant la Durgâ Pûjâ.

 

 

C'est en famille, le soir de préférence, quand la ville resplendit sous un déluge de guirlandes lumineuses qui dévalent en cascade de la plupart des bâtiments, que l'on se rend dans les principaux pandals, au milieu d'une joyeuse bousculade, pour admirer les plus belles réalisations.

 

 

Bien sûr, tous les quartiers ne peuvent pas s'offrir ces extraordinaires effigies, mais la vénération dont Durgâ Mâ fait l'objet et la ferveur avec laquelle elle est partout honorée font du moindre petit autel de rue un lieu d'intense recueillement.

 

 

ll y a bien longtemps de cela, un horrible démon, Mahishâsura, massacrait les Dieux et mettait en péril leur souveraineté et l'équiibre de l'Univers. Comme il ne pouvait être vaincu que par une puissance féminine, les Dieux firent apparaître Durgâ et la dotèrent d'armes terribles afin de lui permettre de vaincre le démon et les pulsions du mal. Tous contribuèrent  Shiva fournit le trident, Vishnu, le disque magique, le Dieu du Feu, la lance, le Dieu du Vent, les flèches...Himalaya, le Dieu des Montagnes, offrit à la belle guerrière un superbe Lion pour l'aider dans son entreprise. 

 

 

 

Chevauchant le lion rugissant et brandissant ses armes avec ses bras multiples, Durgâ triompha du démon dont elle transperça finalement le coeur avec son trident, ramenant ainsi la Paix, l'Harmonie, la Joie et l'Amour dans l'Univers.

 

 

Belle et séduisante, incarnation divine au féminin, à la fois combattante et Mère suprême, elle est aussi gentille épouse, symbole de l'unité familiale et est couramment implorée pour remèdier aux dfficultés de la vie quotidienne. C'est pour toutes ces raisons que les femmes la vénèrent tout particulièrement.

 

 

Aussi, avant que les idoles ne soient amenées au Fleuve au dernier jour de la Fête, les Femmes, de tous âges et de toute condition, revêtent leur plus beau sari et se rendent aux lieux où sont exposées les idoles, pour déposer des offrandes à leurs pieds et appliquer sur les représentations de la déesse et des divinités qui l'accompagnent (Ganesha à tête d'éléphant, le Seigneur des Obstacles, n'est jamais bien loin), des marques de sindur,la poudre vermillon.

 

 

On peut voir alors, un peu partout, les femmes mariées exprimer leur joie, danser, et s'appliquer généreusement des marques de vermillon sur le front et les joues, censées conférer bonheur et longévité à leur condition d'épouse et de mère.

 

 

Au cinquième jour, la déesse est conduite en procession vers le Fleuve où elle sera immergée.

 

 

Les idoles les plus importantes sont transportées à dos d'homme sur des perches de bambou, souvent accompagnées d'une fanfare, au milieu d'une joyeuse bousculade, mais.la grande majorité d'entre elles arrive des différents quartiers sur des camions, en une file ininterrompue qui se prolongera tard dans la nuit.

 

 

Chaque idole est accompagnée de ses fervents adorateurs et, une fois le camion parvenu en haut des marches qui mènent à l'Hooghly, un bras du Gange qui arrose Calcutta, le déchargement de la déesse donne lieu à des scènes d'effervescence et de liesse

 

 

 

 

A peine déchargées des camions, les porteurs des idoles leur font accomplir cinq tours traditionnels au milieu d'une foule enthousiaste, tandis qu'au son du tambour, les femmes exécutent quelques pas de danse.

 

 

 

 

Vient ensuite la descente des marches jusqu'au fleuve, qui donne lieu à une belle bousculade, chacun tentant  d'immortaliser l'image de la Déesse avant qu'elle ne bascule dans les flots 

 

 

 

L'excitation est à son comble et on s'efforce de toucher une dernière fois le visage de la divinité avant qu'elle n'entreprenne son voyage.

 

 

Pendant ce temps, un peu plus loin, avec d'infinies précautions, les hommes ont déposé une effigie géante sur une embarcation. Parvenue au milieu du fleuve, ils la font basculer dans l'eau limoneuse au moyen de longues perches de bambou. En un instant elle a disparu et une longue clameur salue le départ de Mâ Durgâ pour le voyage qui la raménera auprès de ses parents, là-bas dans les montagnes de l'Himalaya.

 

 

Sur la rive  l'émotion étreint les spectateurs. On prie pour que Durgâ, après son court séjour parmi les hommes, revienne à nouveau l'an prochain pour triompher du Mal et apporter à tous santé et prospérité.

 

 

Entre deux arrivées d'idoles, on va s'immerger dans le fleuve et on s'asperge copieusement d'eau sacrée.. au grand dam des caméras qui fixent la scène.

 

 

 

Déjà une autre idole étincelante est prête pour le grand voyage aquatique, bientôt suivie par le gentil et fidèle Ganesha, le compagnon de toujours.

 

 

En se faufilant hardiment dans la mêlée et en jouant habilement des coudes, on a encore une petite chance d'entrevoir ce monde merveilleux et coloré de dieux et de déesses avant qu'il ne s'abîme définitivement dans l'eau trouble.

 

 

Demain, les pandals auront été démontés. Au carrefour, l'Homme - Cheval attendra comme chaque jour, avec résignation, d'hypothétiques clients.

 

 

Sur les murs rongés d'humidité, des panneaux publicitaires rappeleront la grande fête célébrée en l'honneur de la Déesse aux yeux immenses qui revient chaque année à l'automne pour sauver le Monde du chaos.

 

 

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Et le cinquième jour, Durgâ s'en retourna au Fleuve
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Published by Jean-François - dans Voyages - Inde
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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 23:15

 

Non, non, je vous assure, vous auriez bien tort de penser que je vous convie au tournage d'une scène de film érotique.

 

 

Nous sommes à Kumartuli, le quartier des sculpteurs de Calcutta, et cet alignement surréaliste de mannequins dévêtus est le fruit du travail de ces artisans qui préparent d'arrache-pied un prochain festival.

 

 

Etant donné que l'Inde doit détenir le record du monde du nombre de célébrations festives au cours d'une même année, le travail assurément ne manque pas et il régne toujours une grande activité dans ce quartier si particulier.

 

 

De prime abord on est un peu surpris quand on aborde le quartier par cet ensemble hétéroclite de barraques dont la plupart ne sont qu'un assemblage fragile de bambous et de toiles de tente.

 

 

Mais qu'on ne s'y trompe pas, c'est d'un gros business qu'il s'agit là et les commandes affluent de toutes parts: festivals, cérémonies religieuses de toutes confessions, ornementation des temples et églises, commandes publiques et privées, expéditions dans le monde entier car la diaspora indienne couvre les cinq continents.

 

 

Et ici, on est éclectique et tout à fait capable de s'adapter à une demande extérieure aux représentations codifiées des dieux et déesses du panthéon hindouiste.

 

 

 

Mais revenons aux jolies déesses qui nous avaient troublées d'entrée. Tout est parti d'un squelette en bambou que le sculpteur a recouvert d'un assemblage de paille et d'argile pour lui donner la forme que la statue devra, selon des codes précis, recouvrer une fois achevée.

 

 

Ensuite viendra le stade du séchage.

 

 

 

Auquel succédera, passé le temps nécessaire, l'opération de mise en peinture.

 

 

C'est alors qu'interviendra la phase du maquillage. Les sculpteurs se transmettent leur savoir-faire de génération en génération, mais c'est généralement au plus ancien que reviendra l'honneur d'effectuer cette opération.

 

 

Enfin, viendra le temps des dernières retouches,avant que les effigies ne soient parées et revêtues de saris somptueux.

 

 

Une fois achevées, les jolies déesses ( en l'occurence des représentations de Lakshmi  l'épouse de Vishnu, reconnaissables à la chouette qui leur tient compagnie), seront prêtes à recevoir l'hommage éperdu et fervent de leurs fidèles.

 

 

Avant de quitter ce quartier fascinant et de replonger dans le maëlstrom du trafic de Calcutta, jettons encore un oeil indiscret sur quelques échoppes alentour où se côtoient les créations les plus diverses.

 

 

 

Mais là, dans ce recoin, en attente de finition, ne serait-ce pas Dûrga chevauchant une lionne, Dûrga l'inaccessible, à la beauté surnaturelle, Dûrga la Déesse Mère, aux huit bras et aux trois yeux, guerrière terrible mais aussi garante de la paix dans l'Univers ?

 

 

 

Dûrga est vénérée partout en Inde, mais plus encore au Bengale et particulièrement à Calcutta, où les célébrations qui se déroulent en automne en son honneur donnent lieu à une fête énorme, inoubliable, la Dûrga Puja.

Elle devrait faire l'objet d'un prochain article.

 

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Les Sculpteurs de déesses.
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4 novembre 2013 1 04 /11 /novembre /2013 16:05

Cela faisait des lustres que je rêvais de visiter le palais Chhota Imambara à Lucknow dans le nord de l'Inde, cette capitale de l'état de l'Uttar Pradesh bien souvent ignorée des circuits touristiques.

Vu du bassin central, il faut reconnaître que l'architecture du palais, de style indo-islamique, est indéniablement élégante.

 

 

Flanqué de deux mini reproductions en plâtre blanc du Taj Mahal, l'ensemble dégage sans conteste une certaine grandeur.

 

 

 

La façade, ornée de superbes calligraphies en arabesques de marbre est admirablement sculptée.

 

 

Mais, direz-vous, pourquoi ce palais plutôt qu'un autre, dans ce pays qui regorge de monuments plus merveilleux les uns que les autres ?

La réponse est simple, je suis un inconditionnel du LUSTRE !

 

 

A peine franchi le seuil (inutile de lustrer ses chaussures pour l'occasion, il faut les laisser à l'extérieur..) on pénétre sous une voûte scintillante faite de dizaines et de dizaines de lustres, chandeliers et luminaires en tous genres.

 

 

Dans toutes les pièces, une cascade, que dis-je, une cataracte de perles de verre, de gouttelettes, de chapelets, de stalactites, de boules cristallines, de tentacules opalescents est déversée depuis le plafond sur le visiteur abasourdi.

 

 

 

Et comme on est en Inde, patrie incontestée de la couleur, l'oeil se perd dans un chatoiement multicolore, kaléidoscope qui fait écho aux couleurs vives des tapis, des murs et du plafond du palais.

 

 

Pour couronner le tout, des miroirs aux encadrements d'or fin, placés au coin de chaque pièce, renvoient à l'envie, l'image de ce déferlement scintillant.

 

 

 

Et n'oublions pas les appliques murales, plus discrètes, qui égrennent leurs perles brillantes dans les recoins, les encoignures, qui auraient autrement échappé au déluge cristallin ambiant.

 

 

Ce palais, on le comprend aisément, a été souvent décrit comme 'le Palais des Lumières'. Sa construction a démarré en 1838, à l'initiative du nabab - éclairé - Mohammed Ali Shah, l'un de ces seigneurs musulmans d'origine shiite persane qui contrôlèrent la région à partir du déclin des princes moghols... avec la bénédiction des autorités britanniques.

 

   

 

Il se trouve qu'en 1838, une effroyable famine sévissait dans la région. Le mérite revient à l'illustre nabab d'avoir instauré avant l'heure un programme 'Travail contre Nourriture' qui permit à des milliers d'ouvriers employés à la construction de l'ouvrage - et à leur famille - de ne pas mourir de faim.

 

 

Il convient de préciser toutefois qu'alors que les simples ouvriers travaillaient le jour quand la température flirtait allégrement avec les 50°, les gens de plus noble extraction travaillaient eux la nuit.. à la fraiche.

 

 

Ceci dit, le palais fut achevé en 1842 et servit en fin de compte de mausolée au nabab dont le tombeau, ainsi que ceux de son épouse et de ses enfants, se trouve dans le palais même.

 

 

Entretemps , ce seigneur épris de luxe et de lustres avait eu l'idée lumineuse de faire venir d'Europe (principalement de Belgique nous dit-on) ces chandeliers extraordinaires et multicolores.

 

 

On imagine sans peine les fêtes somptueuses qui ont pu se dérouler dans cet éblouissant environnement.

 

 

Allons, un dernier lustre pour la route ??

 

 

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Un Palais qui a du lustre
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6 septembre 2013 5 06 /09 /septembre /2013 23:10

Vous ne vous en êtes peut-être pas encore vraiment rendu compte, mais il y a à Paris plus de lions que dans toute la savane africaine.

 

Bien sûr, vous penserez tout de suite au plus majestueux d'entre eux, place Denfert -Rochereau, sculpté par Bartholdi - celui de la statue de la Liberté -, réplique au tiers du lion de Belfort, mais il n'est que le représentant le plus visible de la foule de grands fauves qui s'est subrepticement appropriée la capitale.

 

Regardez bien, ils sont partout. Tapis sous votre fenêtre, rue Montorgueil.  

 

Dissimulé sous votre balcon, rue de Valois.

 

Jouant les descentes de lit, quai des Célestins.

 

Déguisés en cariatides ailées, avenue de Tourville.

 

Surveillant les allées et venues au-dessus de vos têtes, rue Condorcet.

 

Guettant vos moindres faits et gestes depuis le toit des Archives Nationales, rue des Archives (évidemment).

 

Boulevard de Ménilmontant, ils contrôlent carrément l'accès à votre immeuble.

 

Ce contrôle semble d'ailleurs s'exercer plus discrètement rue Vivienne.

 

Il convient toutefois de préciser que cette prise de pouvoir ne s'est effectuée que fort progressivement et qu'un esprit de revanche sur le triste sort du lion de Némée (dont l'image - ô combien humiliante - est toujours visible dans la cour carrée du Louvre) a longtemps animé les grands félins. 

 

Pour arriver à leurs fins il leur a bien souvent fallu tirer la langue, comme ici, boulevard Saint-Germain.

 

Pour survivre, ils ont parfois servi de repose-poulaines aux gisants de Saint-Denis.

 

Ils ont subi sans rugir les jeux stupides d'angelots frondeurs qui les utilisaient comme montures, ainsi qu'en témoigne ce bas-relief sur la porte d'un hotel particulier de la rue  Vieille-du-Temple

 

 Ils ont dû tenir avec les dents, qu'ils ont certes puissantes, (tout de même!) les marquises du Bon Marché.

 

La haute finance avait fini par en faire de ridicules accoudoirs, ainsi qu'on peut le vérifier au fronton du siège de la BNP, rue Bergère.

 

 

Mais quel chemin parcouru depuis ! Les grands fauves ont désormais placé leurs économies au Crédit Lyonnais, cela va sans dire, et ils ménent à présent une existence dorée, qu'illustre ce lion repu rue St.Honoré.

 

Plus besoin de se cacher derrière une guirlande de feuillage, comme ce lion craintif de la rue Charlemagne. 

 

Le monde appartient aux lions, dixit ce fier porteur de crinière, avenue de Villars.

 

 

Certains en deviennent bouffis d'orgueil à l'exemple de ce specimen indigne de la rue du Faubourg St.Honoré.

 

Mais c'est vraiment place Saint Sulpice que l'on peut mesurer l'étendue de l'emprise de la gent léonine sur Paris. Aux quatre points cardinaux de la fontaine des quatre évêques (qui ne furent jamais nommés cardinaux...), des lions rugissants tiennent solidement entre leurs griffes les armoiries de la ville.

 

L'un d'eux d'ailleurs est fou de rage et ne supporte pas l'ignominieuse présence d'un pigeon lèse-majesté venu souiller sa noble crinière.

 

Alors, si d'aventure vous rencontrez un lion endormi, tel celui du musée Jacquemart-André, boulevard Haussmann, de grâce, ne le réveillez surtout pas.

 

Comme vous pouvez le constater sur cette fresque murale de la rue de l'Ourcq, son réveil serait vraiment terrible.

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Les Lions ont envahi Paris
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Published by Jean-François
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19 août 2013 1 19 /08 /août /2013 18:00

Cette fois-ci, je vous convie à une promenade poético-relaxante, qui combine découverte pédestre et navigation tranquille sur ces canaux qui font le charme du Nord-Est de la capitale.

Départ du parc de La Villette dans le 19ème Arrondissement.

 

 

Non loin de l'embarcadère, là où le Bassin de La Villette rejoint le canal de l'Ourcq, le manège Jules Verne tourne inlassablement et le joli Nautilus bleu-pâle du Capitaine Nemo obtient toujours les faveurs des enfants épris d'aventure.

A la jonction du bassin et du canal Saint-Denis, les péniches amarrées ont des noms évocateurs;

 

 

Nous voilà partis. A l'entrée du canal Saint-Martin, un gentil réverbère semble veiller affectueusement sur les furtifs occupants temporaires de la berge.

 

 

Côté quai de Valmy, passée la place de la bataille de Stalingrad, les taggeurs et autres adeptes du street art ont donné libre cours à leur talent ou exprimé leurs révoltes.en couleurs somptueuses.

 

Mais revenons au canal Saint-Martin au fil duquel nous voguons maintenant paisiblement. Il relie le bassin de La Villette au port de l'Arsenal qu'il rejoint après 9 écluses et 2 ponts tournants et après avoir disparu sous terre, ou plutôt sous le boulevard Jules Ferry, le boulevard Richard Lenoir et la place de la Bastille, soit un total de.4,55 km, dont 2 en souterrain, pour une dénivellation totale.d'environ 25m.

Ce serait bien sûr un lieu commun que d'évoquer le charme incontestable de ce canal, avec ses écluses aux eaux bouillonnantes, ses élégantes et romantiques passerelles, ses berges bordées de platanes centenaires et ses rives où il fait bon flâner, truffées de restos sympa et de boutiques originales.

 

 

 

 

Bien sûr, un esprit chagrin pourrait se demander pourquoi a t'on affublé de noms lugubres certains lieux traversés, comme le bassin des Morts ou l'écluse des Morts, Tout bonnement parce que s'élevait là autrefois, dans le quadrilatère constitué par le quai de Jemmapes, la rue des écluses St. Martin, la rue Louis Blanc et la rue de la Grange aux Belles (un si joli nom...), le sinistre Gibet de Montfaucon qui pouvait exposer à la vue du bon peuple de Paris jusqu'à 50 pendus à la fois, à des stades divers de décomposition. Il a été détruit en 1760, mais sa simple évocation rafraîchit tout de même l'atmosphère.

Tiens, à propos d'atmoshère, voilà que le passage dans l'écluse des Récollets nous donne l'occasion de rêver devant le si romantique Hotel du Nord.

 

 

Même si le célèbre film de Marcel Carné fut en fait tourné aux studios de Billancourt et le décor de l'hotel entièrement reconstitué, il n'en demeure pas moins que l'endroit dégage un charme certain, même s'il ne s'agit plus que d'une façade et que le café-restaurant qui occupe le rez-de-chaussée a un décor d"époque" lui aussi reconstitué.

Passées les écluses du Temple, le canal disparaît sous terre dans ce que l'on appelle les voûtes. ll ne réapparaîtra à l'air libre qu'après la place de la Bastille, traversant la "marina" de l'Arsenal, plus évocatrice de plaisances hauturières que du coeur historique de la capitale.

Là dessous, il régne une atmosphère (décidément !) étrange.

 

 

La ventilation et l'éclairage des voûtes sont assurés par des "oculi", sorte de puits de lumière grillagés circulaires , espacés chacun de 60 ou 120 mètres, qui débouchent directement au dessus sur les squares et espaces verts de la longue promenade qui se termine au square St. Sabin.

 

 

Bien que cette pérégrination dans les entrailles parisiennes soit bien "envoûtante", il serait tout de même dommage de ne pas jeter un oeil sur ce qui se passe en surface où le trafic incessant du boulevard Richard-Lenoir ignore superbement qu'en dessous coule une rivière.

 

 

On a beau être un tag, on n'en a pas moins soif, semble affirmer ce personnage apperçu au travers des fontaines du square Richard-Lenoir et qui paraît absorber goûlument cette eau providentielle.

 

 

Et dire que certains prétendent qu'il n'y a pas de cigognes à Paris !!

 

Au numéro 57 du boulevard, un ancien hôtel particulier à l'impressionnante façade de style Louis XVI / Empire, tranche avec l'anonymat des immeubles environnants, évocateur d'un passé fort différent de la vie actuelle du quartier. 

Arrivés place de la Bastille, on ne peut qu'être saisi par ce maëlstrom incessant d'une circulation automobile débridée (sauf bien sûr si on continue à jouer les égoutiers dans le canal...). Il suffit pourtant d'à peine quelques pas pour vous retrouver hors du temps, hors du bruit et de la foule, avec l'impression d'être soudainement plongé plusieurs siècles en arrière quand les sabots des chevaux résonnaient encore sur les pavés.

 

 

Au débouché du boulevard Richard-Lenoir sur la place de la Bastille, tout près de l'accès au métro, l'entrée de la cour Damoye passe pratiquement inaperçue tant les terrasses des cafés sont envahissantes, pourtant, à peine franchi le seuil, on est en plein XVIIIème siècle. .et au calme. La cour pavée est bordée de beaux immeubles restaurés, caractéristiques de l'époque,avec boutiques d'artisans et poutres apparentes en rez-de-chaussée. Un vrai bonheur !

Le quartier Saint-Antoine est d'ailleurs prodigue en heureuses surprises.pour qui sait échapper au brouhaha incessant des voies principales.

 

 

Le passage du Cheval Blanc, par exemple, auquel on accède par un coude discret depuis la place, côté rue de la Roquette, offre une amusante succession de cours qui nous font voyager au fil du calendrer: cour Janvier, cour Février et ainsi de suite  jusqu'à Juin. Toutes sont bordées d'ateliers, certains à pans de bois datant du XIXème siècle, qui servirent longtemps de dépôts aux artisans du Faubourg.

Après avoir emprunté la rue de Lappe, plus active la nuit que le jour  et où les paveurs semblent n'avoir tenu aucun compte des instructions pourtant explicites de l'établissement devant lequel ils travaillent... 

 

 

...nous traversons la rue de Charonne et pénétrons dans le passage Lhomme qui sera l'aboutissement de cette deuxième balade parisienne.

 

 

Un hâvre de paix. On se croirait loin, quelque part en province..Les glycines embaument et les vignes s'accrochent aux façades. Fait plutôt rare à Paris, on entend les oiseaux...

 

 

Quelques anciens ateliers subsistent, fleurant bon la colle et le vernis, évocateurs de la vie du Faubourg au siècle dernier.

 

 

La porte défraîchie d'un garage d'antan nous laisse imaginer la sortie du dimanche de la torpedo de nos grands-pères.

Paris décidément n'en finit pas de nous surprendre.

 

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Balades à la rencontre d'un Paris insolite (2)
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Published by Jean-François
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15 août 2013 4 15 /08 /août /2013 22:10

Pour la majorité de ses visiteurs, Paris c'est surtout la Tour Eiffel, Montmartre, Pigalle, le Louvre, Notre Dame et les Champs Elysées.

 

 

Force est de reconnaître cependant qu'à la différence des habitants stressés qui marchent le portable vissé à l'oreille en regardant le bout de leurs chaussures, les touristes eux, prennent le temps d'arpenter la capitale le nez en l'air. Ils y découvrent souvent des lieux et des détails ignorés même des parisiens.

 

 

Sans aller jusqu'à suivre à la lettre cette recommendation notée au bord du canal de l'Ourcq, car de malencontreuses déjections canines placées sous nos pas pourraient alors nous ramener aux dures réalités de la vie urbaine, il est un fait que si l'on ne lève pas suffisamment le menton on risque fort de passer à côté de bien des endroits, cachés ou insolites, révélateurs d'un Paris fascinant.

 

Vous êtes peut-être passés vingt fois devant le 42 de la rue Galande, dans le 5me Arrondissement.

 

 

Avez-vous jamais remarqué ce curieux bas-relief en pierre ?? Il représente un personnage auréolé, debout sur une barque traversant un fleuve impétueux, entouré par deux rameurs, un homme et une femme, se dirigeant vers une petite maisonnette sous les arbres. Il s'agit de la plus vieille enseigne de Paris,datant du début du 14ème siècle. Le rameur est St Julien l'Hospitalier,devenu passeur avec sa femme en expiation d'un crime. Le personnage auréolé n'est autre que Jésus, qui s'était fait passer pour un lépreux en sollicitant le passage. Les aubergistes du Moyen-Age plaçaient volontiers leur établissement  sous la protection de St Julien, considéré alors comme patron des voyageurs !!

 

A quelques pas de là, en franchissant allégrement six siècles, on trouve, au 27 de la rue Saint-Jacques, un bien étonnant cadran solaire.

 

 

Il est l'oeuvre de Salvador Dali et représente un visage en forme, bien sûr, de coquille St. Jacques en mémoire des pélerins qui passérent par là au fil des siècles.

 

 

Le cadran, qui n'est d'ailleurs pas particulièrement précis, fut inauguré par le Maître en personne en 1966 au cours d'une cérémonie délirante dans la pure tradition mégalomaniaque de l'artiste.

Aujourd'hui, de même que pour l'enseigne vénérable de la rue Galande., peu de gens lévent le nez et remarquent ce drôle de cadran.

 

Avant de quitter le quartier, accordons juste un petit clin d'oeil, rue Dante, à ces cariatides, visiblement fatiguées de supporter le poids d'un lourd balcon.

 

 

Mais en matière de cariatides, c'est bien dans le 3ème Arrondissement, dans le secteur des Arts et Métiers, qu'il faut musarder  La surprise est alors garantie.

On peut très bien passer au pied de l'immeuble du 39, rue Réaumur et ne rien remarquer du tout, car c'est au niveau du 4ème étage qu'il faut porter son regard, et pour cela il est préférable de se poster sur le trottoir d'en face.

 

Ces bustes de femme, disons un peu grassouillette, sont à l'image d'une seule et même personne, une danseuse d'origine américaine, Loïe Fuller, fort admirée à la fin du 19ème siècle, notamment par Toulouse-Lautrec et Rodin. Elle dansait parait-il divinement. Bien oubliée aujourd'hui, la voici condamnée à soutenir sans fin de son bras potelé le balcon de cet immeuble Art Déco.

Non loin de là, dans une vitrine qui reflète les ogives gothiques de Saint Nicolas des Champs, des mannequins paraissent esquisser un étrange ballet.

 

 

Un hommage peut-être à la danseuse disparue.

 

C'est toutefois au 57 de la rue de Turbigo que l'on peut découvrir la plus grande, la plus incroyable et la plus mystérieuse des cariatides de Paris.

 

 

Gigantesque femme-ange aux ailes largement déployées, haute de trois étages, vêtue à la mode Second Empire, elle tient un rameau de myrthe de la main gauche, et une curieuse petite bourse de la main droite, qui la fit surnommer un temps 'La Dame qu'a le sac'.

 

 

Elle a sans conteste quelque chose de troublant et d'énigmatique. Agnès Varda ne s'y était pas trompée, qui en fit une figure emblématique de son court-métrage sur les cariatides de Paris.

 

Poursuivant notre déambulation, après un court arrêt devant une vitrine du quartier pour contempler une partie de jambes en l'air, digne d'une revue des Folies Bergères,

 

 

nous franchissons le boulevard de Sébastopol, qui fait office de frontière avec le 2ème Arrondissement voisin.

 

Rue Réaumur, une vitrine au symbolisme onirique.

 

 

Cette autre, rue d'Aboukir, pourrait nous faire douter, s'il en était besoin, de notre perception des couleurs, et nous voici enfin place du Caire, à l'entrée du passage commerçant du même nom.

 

 

Avec ces têtes de déesses au gros nez, ces hiéroglyphes approximatifs, ces colonnes et ces fenêtres à l'orientale, on est en pleine egyptomanie triomphante.

 

 

L'immeuble fut en effet édifié à l'époque où Bonaparte menait, sur les rives du Nil, la campagne victorieuse que l'on sait.

Et maintenant, pour conclure en beauté cette première pérégrination dans un Paris méconnu, un nouveau grand saut dans le temps au 51 de la rue de Montmorency où se trouve la plus ancienne maison de Paris.. jusqu'à nouvel ordre, car la capitale, contrairement à d'autres villes, est plutôt chiche en authentiques demeures médievales et les revendications d'ancienneté sont parfois sujettes à caution.

 

 

L'austère demeure, à la façade plutôt ingrate, date de 1407.Elle abrite aujourd'hui un restaurant que le 'Guide du Routard' qualifierait de 'chic et cher'.

 

 

Son histoire pourtant n'est pas inintéressante. Elle appartenait à l'origine à un écrivain-juré de l'Université de Paris, Nicolas Flamel. Ce dernier, et son épouse Dame Pernelle, logeaient gratuitement à l'étage les travailleurs des environs grâce aux revenus des loyers des boutiques du rez-de-chaussée. Un bandeau courant sur l'édifice rend toujours hommage à la bonté de ce couple charitable.

 

 

Voilà, Paris est une mine inépuisable de découvertes et d'émotions, et j'espère revenir bientôt avec de nouvelles balades curieuses ou insolites.

 

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Published by Jean-François
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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 15:34

 

Il fait froid.

Dans le parc délaissé, les statues, esseulées, se promènent.

 

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Les arbres nus, réduits à l'essentiel, se découpent sur l'horizon,

comme radiographiés.

 

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Leurs branches, semblables à des neurones aux terminaisons foisonnantes,

paraissent puiser dans le ciel blanc la vie que la terre leur refuse. 

 

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Leur immobilité n'est qu'apparence.  

Les branches se tordent, se convulsent, se cabrent.

 

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Tour à tour zébrures cinglantes, ondulations abyssales.

 

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Grapheurs célestes, les arbres écrivent au-dessus de nos têtes,

à grands traits d'encre de Chine, une mystérieuse calligraphie.  

 

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Que signifient ces enroulements, ces enchevêtrements, cet inextricable labyrinthe ?

 

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Quel éclair aveuglant a soudainement figé ces noires contorsions,

ces fouets claquant dans le silence ?

 

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Saisi au beau milieu d'une danse sauvage,     

est-ce le génie de la forêt qui bondit ainsi d'arbre en arbre ?

 

751 

 

Quand le printemps reverdira les bois il échappera de nouveau à nos regards,

et la sève nourricière irriguera une fois de plus les branches

Leurs rameaux assoiffés n'iront plus implorer le ciel ...

jusqu'à l'hiver prochain !

oooOOOooo

Hivernale
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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 13:05

 

Attendre, pour un banc, c'est une seconde nature. Tous les bancs attendent quelque chose ou quelqu'un... mais chacun à sa manière !

 

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Banc attendant un train sur la quai d'une gare.

 

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Banc attendant un autre train sur le quai d'en face.. mais dans l'autre sens !

 

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Banc attendant que la messe soit dite.

 

309

 

Bancs à la campagne attendant la sortie de l'école.

 

Un banc pour observer les baleines - Hermanus, Afrique du S

 

Banc attendant le retour des pêcheurs.

 

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Bancs attendant la fonte des neiges.

 

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Banc zen attendant l'illumination.

 

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Banc camouflé attendant la fin des hostilités.

 

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Banc sur son trente et un, attendant que la fête commence.

 

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Banc timide, s'attendant à être grondé.

 

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Banc attendant que le brouillard se dissipe.

 

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Banc attendant le retour - improbable - de son occupant.

 

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Banc n'attendant plus rien ...

 

oooOOooo

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 19:05

 

A en croire les dictionnaires, l'eau est un liquide transparent, insipide, inodore et... INCOLORE.

Et bien, sachez que l'on vous trompe !!

 

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Au Musée de Roubaix, lorsque la grande verrière, traversée par le soleil, se reflète dans le bassin central, oseriez-vous prétendre que l'eau est incolore ?

 

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Lorsque cette même eau dessine des arabesques folles au fond de la piscine, pourriez-vous soutenir encore qu'elle n'a pas de couleur ?

 

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Si vous vous penchez à l'automne au bord de la rivière, ne trouvez-vous pas que l'eau se pare de teintes chatoyantes ?

 

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En hiver, lorsque de liquide elle devient solide, ne brille t'elle pas toujours de mille reflets dorés ?

 

Portofino 14

 

Et la Méditerranée, elle n'est pas bleue peut-être la Méditerranée ?

 

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Au port, l'eau offre un miroir multicolore et mouvant aux façades qui s'y mirent.

 

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Le moindre frémissement de sa surface y fait naître des formes extravagantes.

 

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Dans le discret bassin d'un parc, elle offre aux statues impudiques la chance de s'y contempler.

Miroir, mon beau miroir ...

 

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Ailleurs, ce sont des palmes échevelées qui disputent aux poissons rouges et aux nénuphars, l'honneur d'imprimer leur image sur la  surface liquide. 

 

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La mer, quant à elle, aux mille couleurs changeantes, efface inlassablement sur le sable.. etc. etc.

 

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Allons, je sens que vous commencez à douter sérieusement de l'absence de couleur de l'eau.

 

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Il est vrai qu'elle s'y entend, l'eau, pour brouiller les pistes. La Mer Noire peut très bien devenir rouge au crépuscule, et la Mer Rouge s'assombrir sous un ciel d'orage...

 

La Défense 53

 

En conclusion, croyez-moi, laissez de côté les dictionnaires et regardez l'eau d'un oeil neuf.

Vous en verrez sûrement de toutes les couleurs !!

oooOOOooo

 

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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 19:15

 

 

Giverny 006-copie-1

 

Printemps à Giverny

 

Un banc au paradis - Bird Island, Seychelles

 

Eté à la plage (Seychelles)

 

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Automne en fôret de St.Germain

 

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Hiver à Paris (Parc Monceau)

 

Et dire que certains pensent que les bancs sont casaniers...

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