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26 février 2017 7 26 /02 /février /2017 00:08

 

Elle s'était illustrée en 2015, à la 56ème Biennale de Venise, avec une installation flamboyante 'The Key in the Hand' où deux vieilles coques de bateaux émergeaient d'un épais brouillard constitué de pas moins de 400 kilomètres de fil entrelacé, d'un rouge éclatant, dans lequel étaient suspendues 180,000 clés anciennes aux provenances diverses.

 

 

L'artiste japonaise Chiharu Shiota présente à Paris une nouvelle installation dans un lieu pour le moins insolite, un temple de la Consommation, le vénérable magasin du Bon Marché.

Jusqu'à présent, la femme-araignée avait tissé ses toiles labyrinthiques de fils noirs, autour de lits d'hôpital ('Sleeping is like Death') ou enveloppant un piano et des sièges carbonisés évocateurs d'un concert interrompu ('In Silence').

Elle avait aussi emprisonné de fils noirs ou rouges d'immenses robes de femme ou des vêtements d'enfants, comme s'il n'était jamais vraiment possible de se libérer de ses rêves et du monde de l'enfance ('House of Memory').

Pour la première fois, c'est avec des cordelettes blanches qu'elle a investi le Bon Marché de ses arachnéennes installations.

 

 

Les passants, rue de Rennes, ont ainsi eu la surprise de découvrir qu'en un temps record, les vitrines, habituellement vouées au réveil de nos convoitises, s'étaient muées en grottes sombres et mystérieuses qu'enserrait un inextricable lacis de fils d'un blanc immaculé.

Ca et là, des pages de vieux atlas coloriés, empêtrées dans cet écheveau tentaculaire, semblaient ironiquement rappeler l'inanité d'une quelconque géolocalisation dans ce maelstrom enchevêtré. 

Au rez-de-chaussée, l'artiste a tissé un mystérieux et transparent labyrinthe au travers duquel les multiples spots lumineux du magasin répandent une lumière diffuse.

Il donne l'impression au visiteur d'évoluer dans des circonvolutions artérielles, comme si, réduit soudain à des dimensions infinitésimales, il explorait les recoins les plus intimes de son propre corps.

 

 

Chiharu Shiota est née en 1972 à Osaka et vit à Berlin depuis 1997.

Les dimensions de ses oeuvres éphémères sont telles qu'elles feraient exploser les cubes blancs des galéristes dans les foires d'Art Contemporain.

C'est dans les espaces centraux du magasin, sous la grande verrière, que l'on peut mesurer l'étendue de son talent singulier.

 

 

 

 

Deux structures aériennes, soutenues par une forêt de filins, s'élancent vers le plafond de verre.

Elles semblent, mais ce n'est bien sûr qu'une illusion, d'une légèreté extrême, semblables à un envol de plumes blanches qu'un souffle d'air aurait soudain balayées.

Ce n'est qu'en approchant que l'on découvre le lacis de kilomètres et de kilomètres de fils que l'artiste et son équipe de petites mains ont laborieusement tissés.

 

 

Observée depuis les étages du magasin, voila que cette envolée duveteuse se révèle héberger toute une flottille de fines silhouettes. Des bateaux de tous types, effilés ou ventrus, en tiges de métal ! Il y en a 150 au total, dont les proues pointent vers le haut de la structure, comme aspirées par un irrésistible courant ascendant.

 

 

 

L'oeuvre s'intitule 'Where are we going', une thématique chère à l'artiste du voyage sans destination connue, de l'errance, de la migration.

Elle avait déjà réalisé une installation avec plus d'une centaine de valises en carton ('Searching for a Destination') que des treuils plaçaient en lévitation, évocation du désastre de Fukushima et du drame des migrants.

Ces coques élégantes ne sont pas sans rappeler le 'Bateau de larmes' de Jean-Michel Othoniel, carcasse échouée d'une embarcation d'exilés cubains, dont le gréement de verre coloré symbolise les espoirs et les rêves.

 

 

Point d'échouage cette fois, un invisible aimant semble attirer à lui toutes les barques de cette flottille éthérée.

Leur destination leur est inconnue, tout comme est incertain le voyage de la Vie.

 

 

Partout, des rangées de voiles blanches, impeccablement alignées. 

Ainsi devaient se présenter les vaisseaux de Sa Majesté avant que ne commence un épouvantable combat naval.

En pénétrant plus avant dans l'oeuvre, d'étranges paysages surgissent de cet univers floconneux.

 

 

 

 

La dense forêt de tendeurs et de filins semble noyer la flottille, comme le ferait la pluie dans les estampes d'Hokusaï.

 

 

 

 

L'exposition terminée et l'oeuvre démontée, l'aérienne envolée ne sera plus qu'un amas de fils, de tiges  de filins et d'agrafes.

 

 

Les clients qui empruntent l'escalator du magasin savent qu'à l'instant présent ils se rendent au rayon lingerie ou au rayon vêtements pour enfants, mais ils ignorent la destination finale vers laquelle, inéluctablement, ils se dirigent.

 

 

Les barques fragiles poursuivent quant à elles leur traversée à travers le dense océan des liens tissés tout au long de l'existence ...

 

 

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(L'exposition au Bon Marché de l'oeuvre de Chiharu Shiota 'Where are we going ?' est prolongée jusqu'au 2 Avril 2017.)

 

 

 

 

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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 11:51

 

Il a peint le rideau de scène de l'Opéra Bastille et décoré en bleu Giotto le plafond de la salle des bronzes du Musée du Louvre.

Le Centre Pompidou à Paris lui consacre actuellement une remarquable rétrospective.

Cy Twombly, artiste américain inclassable, disparu en Juillet 2011, occupe désormais une place de tout premier plan dans l'art contemporain.

Moins de monde évidemment qu'à la rétrospective Magritte voisine, car plus difficilement "appréhendable" pour qui n'est pas préparé à une immersion totale et sensuelle dans une oeuvre de sensation et non d'illustration.

Une oeuvre organique, turbulente, solaire, à l'énergie animale, truffée de griffonnages, de crayonnages, de taches, d'éclaboussures, de coulures, de citations souvent indéchiffrables que le peintre, à l'immense culture classique, a noyé sous des couches et des sous-couches d'un blanc laiteux.

 

'Fifty Days at Iliam - Shield of Achilles (part I)' -  1978 - crayon à huile, mine de plomb

 

Cy - cet étrange prénom lui avait été donné par son père, fervent admirateur d'un joueur de base-ball surnommé 'Cyclone' - conversait en latin avec sa soeur à la table paternelle. 

Ses toiles se réfèrent à l'Egypte ancienne, aux mythologies grecques, à la Rome antique.

Il cite Goethe, Homère, Mallarmé, Virgile, aussi bien qu'un mystique persan du 18ème siècle.

Natif du Sud, comme Jasper Johns, très proche ami de Rauschenberg, son oeuvre s'éloignera pourtant radicalement de celles des artistes de sa génération.

Amoureux fou de l'Italie où, à partir de 1957, il résidera en alternance avec les Etats-Unis, il y produira ses oeuvres les plus fulgurantes.

L'exposition, la première d'une telle ampleur, couvre la totalité de l'oeuvre de Cy Twombly, depuis les gris et les noirs des aventures marocaines du début, jusqu'aux explosions colorées des grands formats juste avant sa mort.

 

Sans titre (Lexington) - 1951 - peinture industrielle sur toile

 

'Blooming' - 2001-2008 - acrylique sur panneau de bois

 

La rétrospective est axée sur trois cycles majeurs :

 

.  Nine Discourses on Commodus (1963), reliant la fin tragique de l'empereur romain  Commode à l'assassinat du Président Kennedy.

 Fifty Days at Iliam (1978), immersion dans l'atrocité des guerres antiques.

 Coronation of Sesostris (2000), évoquant la course du char solaire menant tout pharaon  vers l'au-delà.

 

 

'Coronation of Sesostris (part V)' - 2000 - acrylique, crayon à la cire, mine de plomb

 

Elle inclut également des sculptures et des photographies de l'artiste, se clôt avec l'ivresse finale des grandes circonvolutions éclatantes, et bien sûr l'immense toile aux pivoines rouge vif dégoulinantes, évocatrices de haïkus japonais.

 

'Blooming' - 2001-2008 - acrylique et crayon à la cire

 

J'avoue, pour ma part, avoir un faible pour une série de quatre grandes toiles, peintes de 1993 à 1995, rappelant la fuite inexorable du temps et le cycle perpétuel de mort et de résurrection, les Quatre Saisons, 'Quattro Stagioni' réalisées dans la résidence de l'artiste à Bassano in Teverina, au Nord de Rome.

Il existe deux versions de cette série, pratiquement identiques, l'une, celle de la Tate Gallery à Londres est celle présentée à Paris, l'autre est au MoMa à New-York.

 

'Quattro Stagioni' 1993-1995 - acrylique, huile, crayon de couleur, mine graphite

 

'Primavera', le Printemps, couleur sang, évoque la naissance, le commencement, l'éveil érotique. On y retrouve la barque solaire du Dieu Ra dont la course s'affirme en s'élevant dans la toile jusqu'à se fondre dans l'astre éclatant. On y voit également une étrange marque sombre, informe, qui perdurera à travers l'oeuvre jusqu'à prendre une dimension inquiétante dans le dernier tableau.

 

 

'Estate', c'est la lumière crue, aveuglante, de l'été, comme une tache rétinienne, qui noie les perceptions, dissout et coule toutes choses dans le blanc où se dilue, jaune sur blanc, la mémoire de l'amour.

 

 

'Autunno' est en fait le premier tableau de la série peint par l'artiste qui jouissait du spectacle des vendanges à Bassano in Teverina. Les couleurs sont roses, mauves, lie de vin, bronze, couleurs des feuilles pourrissantes, ultime explosion, bouquet final avant la disparition programmée qu'annonce la tache sombre devenue centrale..

 

 

'Inverno', l'hiver, c'est l'aboutissement, la toile sans doute la plus accomplie de cette série mélancolique. Les couleurs sont le jaune, le vert pin, le noir, le gris, le blanc mortel. Les coulures évoquent la neige, les coups de brosse le vent, les craquelures le gel. On ressent le froid, l'absence, le vide, et la tache sombre est là qui semble nous entraîner inexorablement hors du cadre.

 

 

Et partout, et toujours, des mots, des citations, des phrases, des fragments de poèmes.

La plupart du temps on les distingue à peine, comme s'ils étaient prisonniers d'une soudaine glaciation, enfouis au plus profond de l'épaisse couche picturale, messages engloutis dont on pressent vaguement qu'ils finiront par affleurer en des temps éloignés.

 

'Summer Madness' 1990 - acrylique, huile, crayon de couleur, mine de plomb

 

Roland Barthes, dans un texte majeur, préliminaire au premier catalogue raisonné de l'oeuvre de Cy Twombly publié en 1979 à l'initiative de son galeriste Yvon Lambert, avait cité Chateaubriand à propos des écritures de l'artiste :

"On déterre dans des îles de Norvège quelques urnes gravées de caractères indéchiffrables. A qui appartiennent ces cendres ? Les vents n'en savent rien."

A présent, les barques rouges de l'Egypte ancienne ont emporté les secrets d'écriture de celui que l'armée américaine avait affecté un temps au service de cryptographie, mais qui, selon ses propres dires, était un peu trop "vague" pour être un bon déchiffreur.

 

 

Le diaporama qui suit consiste en une succession de gros plans saisis au cours de ma visite de l'exposition.

Une descente en apnée au coeur des oeuvres, qui dévoile un univers torturé, abyssal, évocateur parfois de calligraphie orientale et parfois de profondeurs marines ou d'intimités organiques, chirurgicales.

On y perçoit les coups de pinceau rageurs, la densité du trait, les éclaboussures, les griffonnages, les explosions de couleurs, les coulures (la toile était quelquefois peinte à plat, puis redressée pour laisser les couleurs s'écouler à leur gré).

On y ressent surtout le corps-à-corps violent avec le support d'un artiste qui allait jusqu'à écraser le tube sur la toile ou à étaler la couleur avec la paume de la main.

Une intrusion dans l'oeuvre de celui qui côtoyait l'Olympe, quelque part entre les fresques pompeïennes et les 'graffiti' de Jean Michel Basquiat ou de Keith Haring, et qui restera l'un des plus grands maîtres de notre temps.

 

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Hommage à Cy Twombly
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5 novembre 2016 6 05 /11 /novembre /2016 23:19

 

 

Il dit : 'Ouvrez le banc !',

et le banc explosa comme le ressort cassé d'une vieille pendule

 

Pablo Reinoso - banc de la série des 'bancs spaghetti' - années 2000

 

Il dit encore : 'Prenez une chaise !'

mais la chaise, qui n'avait nullement l'intention d'être prise,

s'en alla se fixer au plafond.

 

Pablo Reinoso -  'chaise au plafond'  variations sur les chaises Thonet - années 2000

 

Il fallut donc parlementer.

mais la chaise était d'esprit retors

et le maximum auquel elle consentit

fut d'aller se coller contre le mur.

 

Pablo Reinoso - 'chaise sur un mur' - variations sur les chaises Thonet - années 2000

 

Vous conviendrez aisément que soutenir une conversation d'un air détaché

alors que vous êtes en suspension, le dos au mur,

n'est pas donné à tout le monde.

 

Juan Muñoz ' 2 seated on the wall with big chairs' - 2000

 

Furieux, il dit à la chaise d'aller se faire pendre,

ce qu'aussitôt elle fit de bonne grâce.

 

Philippe Ramette - 'Le suicide des objets' - 2001

 

Mais à peine eut-il tourné les talons

qu'elle trouva plaisant d'imiter les fakirs indiens 

et d'entrer en lévitation avec sa corde.

 

Philippe Ramette - 'Lévitation de chaise' - 2005

Philippe Ramette - 'Lévitation de chaise' - 2005

 

L'instant d'après, elle invoquait la mémoire de l'arbre 

dont elle était issue.

 

Kado Bunpei - 'Tree of chair' - 2010

 

Les chaises sont les choses les plus incontrôlables qui soient.

Vous pensez bien connaître ces innocents objets du quotidien.

Erreur profonde !

Voyez ces chaises d'église à l'apparence si pieuse et si retenue.

 

chaises de l'église St Jean l'Evangéliste à Paris

 

Survenez à l'improviste et vous risquez fort de découvrir un incroyable spectacle..

 

Tadashi Kawamata - 'La Cathédrale de chaises' - caves Pommery à Reims - 2007

 

Les chaises construisent en secret à travers le monde

d'éphémères monuments à géométrie variable.

 

Tadashi Kawamata - 'Chairs for Abu Dhab'i - Dubai - 2012

 

Elles cachent bien leur jeu, les chaises,

Certaines sont même devenues expertes en guérilla urbaine.

Des chaises en état de siège ...

 

Doris Salcado - Installation à la 8ème Biennale d'Istanbul - 2003

 

Si le besoin s'en fait sentir, elles sont parfaitement capables

de bloquer toute issue de la plus hermétique façon.

 

Tadashi Kawamata -  'Les Chaises de Traverse' - Hôtel St Livier de Metz - 1998

 

Imaginez-vous détenu dans une prison que condamnent autant de barreaux !

Vous vivez un cauchemar et avez des hallucinations.

Des chaises arachnéennes envahissent vos rêves.

 

Giuseppe Gallo - 'Tableau drapeau' - 2007

 

Enfermez vite ces chaises impossibles et mettez les sous bonne garde.

 

Chaises dans un bistrot de la rue Montorgueil à Paris

 

Allons, trêve d'élucubrations.

Les chaises, à l'image de celle, célébrissime, peinte par Van Gogh

ne sont que les humbles servantes de nos lassitudes

et ne se rebellent que dans l'imagination des artistes..

 

Vincent Van Gogh - 'La Chaise - hst - 1888

 

Jetez cependant un oeil sur cette vidéo de Pablo Reinoso - encore lui -

et vos certitudes quant à l'innocuité de ces accessoires muets de notre quotidien

pourraient peut-être s'en trouver ébranlées.

 

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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 22:34

 

Afin d'honorer mon admission dans la communauté 'Les Yeux ouverts', je vous propose la réédition d'un article publié il y a déjà près de cinq années, alors que la défunte et regrettée communauté 'Les Couleurs dans notre vie' existait encore.

Je pense que ce petit conte pourrait contribuer, certes bien modestement, à garder les yeux ouverts sur la beauté du monde, ce qui, il faut bien l'avouer par les temps qui courent, exige parfois une certaine dose d'optimisme.

 

 

C'était au temps du cinéma muet, des bus à impériale, des messieurs en gibus....

 

 

En ce temps là, le monde semblait n'exister qu'en noir et blanc

 

Emile Friant 2

Emile Friant - 'Les amoureux' - 1888, Musée des Beaux-Arts de Nancy

 

Seuls, les peintres, bénis des dieux,

avaient la faculté rare de restituer les couleurs de la vie.

 

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C'est alors que Kodak survint

et nos yeux étonnés purent enfin contempler la diversité colorée du monde.

 

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Les oranges redevinrent oranges,

 

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Les piments, verts,

 

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et les aubergines, violettes.

 

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Les fleurs retrouvaient leur splendeur

 

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et les couchers de soleil redevenaient magiques.

 

Gérard Fromanger - Corps à corps - bleu - Paris - Sienne

Gérard Fromanger - 'Corps à corps - bleu ' - Ctre G.Pompidou

 

Les artistes, quant à eux, s'en donnaient à coeur joie

 

Willem De Kooning - Sans Titre XX - 1976

Willem De Kooning - 'Sans Titre XX' - 1976- Ctre G.Pompidou

 

et traquaient sans répit l'âme des couleurs.

 

Kazuo Shiraga - 'Hika' - 1999 (det)

Détail d'une oeuvre de Kazuo Shiraga - 'Hika' - FIAC 1999

 

Lasses d'être ainsi torturées,

les couleurs décidèrent un beau jour de partir en guerre

contre l'ingratitude humaine.

 

Yayol Kusama - 'Infinity Dots ASNH' - 2010

Détail d'une oeuvre de Yuyol Kusama - 'Infinity Dots ASNH' FIAC 2010

 

Les jaunes formèrent des bataillons serrés.

 

Yayol Kusama - 'Universe AJKN' - 2010

Détail d'une oeuvre de Yuyol Kusama - 'Universe AJKN' - FIAC 2010

 

Les bleus s'organisèrent en escouades.

 

Tiger Balm dragon

Dragon à Hong-Kong

 

Les rouges élirent un vaillant chef de guerre.

 

Oyvind Fahlström - Green Power (det) - 1969

Détail d'une oeuvre de Oyvind Fahlström - 'Green Power' - 1969 - Ctre G.Pompidou

 

Les verts se rangèrent derrière un prophète inspiré.

 

Erro - Le Cri - 1967

Gudmundur Erro - 'Le Cri' - 1967 (d'après le tableau d'Edvard Munch)

 

La guerre bientôt fit rage

 

Alighiero Boetti - Aerei - 1989

Alighiero Boetti - 'Aerei' - 1989

 

Le conflit s'étendit aux quatre coins de la planète.

 

Kirsten Everberg - Falling Rocket - 2006

Kirsten Everberg - 'Falling Rocket- - FIAC 2006

 

Le monde ne fut bientôt plus qu'un vaste champ de ruines

 

Monory - 'Meurtre N° 9' - 1968

Jacques Monory - ' Meurtre n°9 ' - 1968 - Ctre G.Pompidou

 

et les traces des combats étaient partout visibles.

 

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Déjeuner de bonzes au Laos

 

Confronté à une situation apparemment sans issue,

un comité de sages se réunit

pour tenter de mettre un terme aux hostilités.

 

Nabil Nahas, 'Bolero' - 2003

Nabil Nahas - Bolero' - 2003

 

Il fut alors décidé de reconnaître l'indépendance des couleurs.

 

Jean-Michel Basquiat - Slave Auction - 1982

Jean-Michel Basquiat - 'Slave Auction' - 1982

 

Il ne serait jamais plus tenté à l'avenir

de les asservir pour quelque motif que ce soit.

 

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et c'est ainsi que les couleurs se réapproprièrent le monde

 

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et que tout un chacun put à nouveau jouir

de l'infinie beauté de ce qui nous entoure.

 

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La révolte des couleurs
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31 octobre 2015 6 31 /10 /octobre /2015 00:03

 

 

Chanson du photographe partageur,

amateur d'Art Contemporain

 

"Je m'en revenais de la FIAC

Avec des photos plein mon sac.

Je me dis alors tout à trac

Quitte à les présenter en vrac

 

Qu'il serait peut-être opportun

D'en faire bénéficier chacun.

(bis)

 

Mais n'en déplaise aux attaques

De ce méli-mélo foutraque

Qui pourrait sembler bien maniaque

Je réponds sans être élégiaque

 

Qu'il est au contraire opportun

D'en faire bénéficier chacun."

(bis)

En revenant de la FIAC

Une sélection d'images tout-à-fait personnelle et aléatoire

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22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 16:30

 

 

C'est peut-être la résultante d'un trop-plein d"expositions ? Toujours est-il qu'il m'arrive ces derniers temps de faire un bien étrange rêve.

Cela commence en général de la façon suivante :

 

Jan Fabre - 'Bruges 3004 (Ange en os)' - 2002

 

Dans les salles désertées du Musée du Louvre, un moine fantôme en lamelles d'os glisse silencieusement.

 

 

Tout de blanc vêtu, il passe et repasse devant les sombres tableaux XVIIème.

 

Jeff Koons - 'Yellow Balloon Flower' - 1995-2000

 

Sur le parvis du Château de Versailles, une étincelante météorite en forme de fleur est posée là, tombée sans doute d'une autre planète. 

 

Javier Perez - 2008

 

Sous la voûte du Grand Palais, des squelettes amoureux dansent très doucement au son d'une musique doucereuse.

 

Jean-Marc Laroche - "Les Amants du Néant'

 

Dehors, deux squelettes qui n'ont pas eu l'honneur d'être conviés, s'enlacent tendrement sur un banc public.

 

Jaime Piensa - 'Le Voleur de Mots' - 2008

 

Un Homme de lettres promène sa blanche vacuité devant des toiles aux couleurs vives.

 

 

Une visiteuse examine des oeuvres sous la menace.

 

David Mach - 'Silver back' - 2007

 

Un grand gorille mâle à l'air revêche se promène au milieu de la foule.

 

Sylvie Fajfrowska - 2007

 

De multiples visages m'observent d'un regard froid. 

 

Georgi Gourianov - 'Flotte baltique' - 1997-2000 (Sots Art à la Maison Rouge - Février 2010)

 

A l'instar du marin au troisième rang, je ne peux toutefois me défaire d'une image obsédante. 

 

Kimiko Yoshida - Peinture 'Mère Angélique Arnaud de Philippe de Champaigne - Autoportrait' - 2010

 

Une apparition fantomatique à l'irréelle blancheur, et aux lèvres rouge sang.

 

Alain Séchas - 'Monument pour Jacques Lacan' - 2007

 

Je ressens l'impression bizarre d'échapper à mon corps. 

 

Roberto Barni - 'Divergenze rosse" - (détail) - 2000

 

Je flotte en apesanteur et arpente les salles tel un funambule.

 

Erro - 'Le Cri' - 1967

 

Je ne m'étonne plus dès lors qu'un raid aérien ait pu déclancher le 'Cri' de Munch...

 

Erro - 'Mozart' - 1978

 

Ni que Mozart, le divin dentiste, m'attende, souriant, à la porte de son cabinet.

 

Juan  Muñoz - 2 seated on the wall with big chairs' - 2000

 

Les joyeux compères, en lévitation contre un mur, n'ont pas fini d'en faire des gorges chaudes.

 

Javier Perez - 'Linea de horizonte' - 2006

 

Une ligne ininterrompue de visages me barre la route..

 

Projection vidéo de Bill Viola - 'Tristan's Ascension (The Sound of a Mountain under a Waterfall)' - 2005

 

L'âme de Tristan remonte inlassablement le cours inversé d'une cascade aux eaux grondantes.

 

Jason Martin (détail) - 2012

 

C'est à ce moment précis de mon rêve que je suis aspiré au coeur d'un maêlstrom sombre et angoissant.

 

David Walker à la Tour 13

 

Je me retrouve dans un appartement vide dont les multiples pièces me sont inconnues.

 

David Walker à la Tour 13

 

Les murs sont tapissés d'immenses portraits de femmes au regard fixe.

 

Speto à la Tour 13.

 

Je me réveille alors tandis que l'appartement se dissous en un véritable chaos.

 

Logan Hicks, rue Drouot - Octobre 2013

 

En-bas, dans la rue, un artiste parachève une oeuvre sombre et envoûtante.

 

Mear One, rue Drouot - Octobre 2013

 

A deux pas de là, un autre artiste évoque l'angoisse de l'homme seul, perdu au milieu des tours de la mégapole..

 

 

Sur le parvis du Musée d'Orsay, des touristes orientales semblent inconscientes de la menace qui les guette.

 

Fresque de Philippe Baudelocque - 2012

 

Sur un mur du quartier de la Butte aux Cailles, un bondissant joueur de flûte prend son envol à l'image du grand échassier qui se fond dans l'azur du ciel. 

 

Dessin de Seth, rue de l'Espérance 

 

Sur un autre mur, dans le même quartier, des enfants sages s'inventent des vacances au bord de la mer. 

 

 

Chaque coin de rue de la grande ville est une invitation au rêve, que je peux donc poursuivre... mais éveillé cette fois.

 

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Un Rêve singulier
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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 18:45

 

A l'occasion de la toute récente manifestation d'Art Contemporain 'Art Paris', l'artiste espagnol Carlos Aires, connu pour être un brin perturbateur, a présenté une série de trente oeuvres réalisées à partir de billets de banque de divers pays, au graphisme détourné pour dénoncer guerres, violences, intolérances et injustices de toutes natures. Ces oeuvres étaient rassemblées sous le titre évocateur 'Disaster - 30 pieces'

 

En voici quelques exemples pour lesquels les commentaires sont superflus ;

 

 

 

 

 

 

 

 

En 2007, c'était je crois à l'occasion de la FIAC à Paris, l'artiste camerounais Pascale Marthine Tayou avait rêvé d'une grande Afrique unie et avait dessiné de superbes billets illustrant les beautés de ce vaste continent. A l'image de l'Euro, il avait imaginé une monnaie unique qu'il avait baptisée Afro.

Conscient sans doute du côté chimérique de ce grand rêve, il avait malicieusement glissé son nom à la place de Dieu en personne dans la formule consacrée :

'In God We Trust'

 

 

 

 

 

 

 

Ainsi donc, des artistes ont détourné le sacro-saint papier monnaie, avec lequel ils entretiennent souvent des rapports conflictuels, en oeuvres d'art pour y exprimer espoirs et révoltes.

Incidemment, Windows, alors que je préparais cet article, a tout bonnement fait disparaître une image (pourquoi une ?) au prétexte que le système n'autorise pas la reproduction de billets de banque !!! On se croit bien tranquille devant son petit écran et voilà qu'on réalise soudain que Big Brother est derrière vous et vous surveille !!

Carlos Aires, encore lui, est allé jusqu'à découper au laser des billets de banque du monde entier, sous forme de petites figurines rassemblées et qui font la ronde, avec ce titre évocateur :

"Money makes the world go around"

"l'Argent fait tourner le Monde" 

 

 

 

 

Je me demande ce qu'en pense Windows !

 

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Faux Billets, Vrais Artistes
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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 14:40

 

Une très belle exposition rétrospective consacrée à l'artiste chinois Zeng Fanzhi s'achève dans les prochains jours au Musée d'Art Moderne du Palais de Tokyo à Paris.

 

Zeng Fanzhi - 'Portrait' - 2004 (détail)

 

Zeng Fanzhi est surtout connu pour ses représentations de personnages masqués dont les yeux grands ouverts révèlent des pupilles cruciformes. 

 

Zeng Fanzhi - 'Pure Land' - 2013

 

Dans ses dernières ouvres, souvent de taille gigantesque et réalisées en un temps très court, il représente de singuliers paysages.

 

Zeng Fanzhi - 'Untitled' - 2012

 

Si certains tableaux paraissent être les héritiers de la grande tradition picturale chinoise, il y a un détail que l'on remarque tout de suite et qui caractérise toutes les réalisations récentes de l'artiste, à savoir une prolifération tentaculaire d'excroissances végétales tourmentées qui ne sont pas sans évoquer l'univers si particulier des mangroves.

 

 

Mangrove aux Galapagos

 

J'avais, il y a déjà pas mal de temps, commis un article sur ce monde fascinant créé par l'enchevêtrement des racines de palétuviers, monde qui n'appartient plus à la mer et qui n'est pas encore la terre, et l'idée m'est venue de mettre en parallèle mes souvenirs de lointains voyages et ces entrelacements reptiliens qui hantent les oeuvres du peintre.

 

Zeng Fanzhi - 'Pure Land' - 2013 (détail)

 

L'impression qui domine est celle d'une lutte impitoyable, comme si chaque brindille, chaque rameau, chaque branche, cherchait à puiser dans le sol l'énergie nécessaire à sa survie.

 

Mangrove en République Dominicaine

 

Un monde impénétrable où les racines, semblables à des araignées géantes, s'entremêlent dans des affrontements titanesques.

 

Zeng Fanzhi - 'Pure Land' - 2013 (détail)

 

Et voilà que, visiteur de cette exposition, je me retrouve plongé dans cette exubérance végétale qui parait vouloir absorber le paysage, annihilant toute perspective. 

 

Mangrove aux Galapagos

 

Je revois cet inextricable fouillis de branches et de racines au travers duquel on pressent, plutôt qu'on ne la découvre, la présence d'une eau immobile.

 

Zeng Fanzhi - 'Pure Land' - 2013 (détail)

 

La mangrove est source de vie et pourtant rien ne bouge en apparence. Tout de qui rampe, nage, glisse, vole, se déroule  s'étire ou se déploie attend la nuit pour se mouvoir.

 

Mangrove en République Dominicaine

 

La couleur pourtant n'est pas absente de ces convulsions échevelées. 

 

Zeng Fanzhi - 'Pure Land' - 2013 (détail)

 

La décomposition des feuillages donne à l'eau, lorsqu'on peut l'apercevoir, des teintes sanguinaires.

 

Mangrove aux Galapagos

 

De délicats feuillages d'un vert tendre égaient parfois les sombres ondulations des branchages.

 

Zeng Fanzhi - 'Pure Land' - 2013 (détail)

 

La mangrove aussi offre ces courts instants de répit.

 

 

Mangrove aux Galapagos

 

De ces paysages, baignés d'une lumière irréelle, l'Homme est absent.

 

Zeng Fanzhi - 'Untitled 08-4-9'  2008

 

Dans cette énorme confrontation l'Humain n'a pas sa place.

 

Dans la jungle laotienne

 

Ces lianes, ces racines, ces branches qui se contorsionnent ont envahi les toiles géantes comme si elles entendaient en étouffer toute vie.

 

Zeng Fanzhi - 'Hare' - 2012

 

Dans son interprétation monumentale du lièvre de Dürer, l'artiste a cependant donné sa place - et quelle place - à la vie animale.

 

Zeng Fanzhi - 'Hare' - 2012 (détail)

 

Mais le spectateur n'est pas dupe, il sait très bien que s'il repasse un peu plus tard devant l'oeuvre, la prolifération tentaculaire des branchages aura dissimulé aux regards le gros et placide animal. 

 

Mangrove aux Galapagos

 

C'est qu'en fait l'irrémédiable prolifération végétale symbolise la disparition programmée d'espèces en voie d'extinction. 

 

Zeng Fanzhi - 'Tai Ping You Xiang' - 2007

 

L'éléphant blanc lui-même semble impuissant face à l'inéxorable envahissement.

 

Zeng Fanzhi - 'Night' - 2005

 

Dans des oeuvres précédentes, Zeng Fanzhi avait mis en scène des personnages, mais la menace était perceptible et les herbes échevelées sur le bord du chemin avaient déjà un aspect inquiétant.

 

Zeng Fanzhi - 'Swimming' - 2006

 

Que dire alors de ces méchantes herbes noires qui paraissent lancer d'ondulants filaments en direction de ce nageur pâle. On a l'impression là encore qu'un rideau sombre est lentement tiré en travers de la toile dont il va bientôt recouvrir la surface.

Faudrait-il conclure pour autant que, dans ses gigantesques peintures actuelles, le peintre, et a fortiori le spectateur, est condamné à disparaître, étouffé par les lianes vibrionnantes ?

 

Zeng Fanzhi - 'Untitled' - 2013

 

Dans son dernier grand polyptyque réalisé pour l'exposition, une lumiére d'un jaune vif apparait, vers laquelle tout semble converger. Peut-être une lueur d'espoir dans le sombre enchevêtrement qui agite l'immense tableau ?

 

Zeng Fanzhi - 'Self Portrait 09-8-1' - 2009

 

Dans l'auto-portrait qu'il réalisa en 2009, l'artiste se représentait en moine bouddhiste sur fond de paysage d'une grande netteté.

De même que les mangroves débouchent sur la mer ouverte, gageons que cette confrontation avec des paysages mentaux dévorés par une végétation inquiétante, ouvrira la voie à d'autres recherches, témoignant de la volonté de l'artiste à explorer sans cesse de nouveaux horizons picturaux.

 

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Les Mangroves de Zeng Fanzhi
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3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 18:49

 

A en croire le dictionnaire, les ombres seraient la résultante de l'interception de la lumière par un corps opaque, ou à la limite semi-opaque.

 

Oeuvre de Brigitte Biizard - 2007

 

Je peux moi vous assurer, sans l'ombre d'un doute, après avoir parcouru bien des salles de musées et d'expositions, que les ombres n'ont en fait qu'une idée en tête, s'échapper au plus vite de ces corps opaques dont elles multiplient l'image à l'envie.

 

Maria Teresa Bertina - 'Harmonie du corps et de l'âme' - 2007

 

Force est de constater que les ombres ne supportent plus d'être condamnées à jouer les doublures.

 

Oeuvre de Françoise Naudet - 2007

 

Servir de faire-valoir au bellâtre qui se retourne et contemple l'image flatteuse que les ombres projettent de sa personne, c'est bien fini !

 

Oeuvre de Marie Louise Prugnat

 

On en arrive même parfois à la situation cocasse d'une sculpture qui court après son ombre qui s'enfuit.

 

Au Musée de sculptures en plein air du Smithsonian de Washington

 

Plus question de rester debout pour l'éternité. Les ombres revendiquent désormais le droit de s'asseoir sur les bancs publics.

 

Catherine de Kermor - 'Emma' - 2007

 

La contestation peu à peu grandit et se radicalise.

 

Au Musée Guimet à Paris

 

Mondialisation oblige, les divinités indiennes ont accepté de se silhouetter en ombres chinoises.

 

Didier Marcel - ''Coucher de soleil''

 

Le mouvement de protestation a gagné le monde rural. Les ombres des machines agricoles ont clamé haut et fort leur droit au statut d'oeuvre d'art à part entière.

 

Masque Hopi de l'Arizona - Drouot, Paris

 

Les ombres ethniques ont fait valoir l'importance de leur rôle d'intercesseurs avec le monde des ancêtres.

 

Statues d'ancêtres d'Afrique centrale - Sotheby's, Paris

 

Qui d'autre d'ailleurs que ces ombres, revenues de l'empire des ténébres, pourrait se porter garant de leurs doubles terrestres ?

 

Masque nigérian - Sotheby's, Paris

 

Et que l'on aille surtout pas comparer certaines ombres au caractère ombrageux à des masques d'Halloween, elles n'en seraient que plus courroucées. 

 

Oeuvre de Viviane Guybet - 2003

 

En attendant leur libération prochaine, quelques ombres ont préféré dissimuler leur excitation et rester sagement alignées comme des ombres de bonne famille. 

 

Effigie de Papouasie Nouvelle-Guinée. Galerie parisienne

 

Ce n'est certes pas le cas de cette ombre joyeuse et dansante que ne renierait pas un contorsionniste hip hop.

 

Oeuvre de Michel Serraz - 2007

 

Même ambiance enjouée parmi les ombres gracieuses surprises à imiter les gestes des baigneuses.

 

Hans-Peter Feldmann - 'Two Girls, one clipped' - 2005

 

Il y a cependant une ombre au tableau.et la révolution annoncée des ombres ne pourra avoir lieu. De même qu'il n'y a que dans les romans qu'un personnage peut évoluer sans ombre, seul un artiste pourra montrer une ombre privée de son personnage.

 

Nuit d'encre en Mer de Chine

 

La vie des ombres est éphémère. Que la lumière s'éteigne et tout, personnages et ombres confondus, disparaît dans l'obscurité stoppant net toute vélléité d'émancipation.

 

Ombre féline à sa toilette

 

Tout n'est donc qu'illusion et, comme le dit le proverbe :

"Les Hommes courent après leur ombre et les chats courent après leur queue".

 

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La plupart des sculptures qui ont servi de support à cet article ont été exposées dans des manifestations publiques au Grand Palais à Paris, telles que la FIAC et Art Paris.

Présentées avec un arrière-plan de couleur rouge,et sous la lumière crue des spots, ces sculptures ont donné lieu à de curieux jeux d'ombres inspirateurs de cette fantaisie. 

 

 

La révolte des Ombres
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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 17:59

Pour le cas où il vous viendrait, en ce début d'été, une fringale de couleurs aussi imprévue qu'intempestive, plutôt que d'aller l'assouvir au Rajasthan ou à Zanzibar, pourquoi n'iriez-vous pas tout bonnement faire un tour du côté du Grand Palais à Paris ?

Dans le cadre de la manifestation 'Monumenta 2012', l'artiste Daniel Buren y investit jusqu'au 21 Juin la célébrissime et gigantesque nef avec une oeuvre intitulée "Excentrique(s), travail in situ".

 

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A peine franchi le seuil de l'immense vaisseau de verre et d'acier, on se retrouve d'emblée plongé au coeur d'une étrange forêt colorée formée par une infinité de piliers, mâts d'acier brillants noirs et blancs.

 

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Ces piliers sont en fait les seules lignes droites dans cet univers de courbes qui rappelle l'architecture même du Grand Palais, tout en arcades et en volutes.

 

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Placés à 3 mètres de hauteur et supportés par les piliers, des cercles de différentes tailles sont tendus de plastique transparent et réfléchissant, jaune, vert, bleu et rouge orangé. Ces cercles, tous tangents les uns par rapport aux autres, forment un immense plan occupant, selon une savante formule mathématique datant, nous dit-on, de l'antique Perse, le maximum d'espace possible à l'intérieur de la surface de l'édifice.

 

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La lumière provenant de la grande verrière, filtrée par les cercles, dépose sous les pieds des visiteurs un tapis de disques colorés qui semble peint sur le ciment du sol.

 

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Les ombres des piliers inscrivent de mystérieux hiéroglyphes aux confluences des cercles.

 

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L'effet est double car, en levant la tête, le visiteur peut apercevoir, au gré des transparences, la verrière décliner une palette de teintes improbables ou toxiques.

 

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Les visiteurs qui déambulent dans cette forêt multicolore paraissent soumis à des bains successifs de teinture, passant, au gré des cercles en suspension au-dessus d'eux, du vert au bleu et du rouge au jaune.

 

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Certains prolongent cette immersion en s'asseyant ou en s'immobilisant un instant, comme pour mieux laisser leur corps s'imprégner de ce bain de lumière colorée.

 

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Les photographes sont légion, qui traquent sans répit l'ombre improbable et la transparence insolite. Tous paraissent se mouvoir dans un monde en suspension, les cercles renvoyant l'image inversée des visiteurs, accentuant ainsi la perte des repères.

 

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On a la sensation de pénétrer comme par effraction dans un univers onirique et intemporel où il n'est pas interdit de marcher au plafond.

 

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Vue d'en haut, l'accumulation des cercles colorés évoque irrésistiblement la joyeuse animation d'un marché exotique ou les bains de teinture d'un souk oriental.

 

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Sous les miroirs de plastique, les objets familiers revêtent eux-aussi un aspect inhabituel.

 

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Les clients de la cafétéria paraissent attendre la prochaine navette pour une destination sidérale que peut-être les soucoupes suspendues desserviront la nuit venue.

 

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Intimidées sans doute par la majesté du grand escalier, les couleurs se sont arrêtées au bas des marches, se contentant d'en lécher respectueusement les premiers degrés.

 

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Au coeur de la grande nef, la forêt a fait place à une clairière. Disposés sur des podiums à même le sol, de grands miroirs circulaires reflètent la partie la plus haute de la verrière.

 

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En marchant sur ces miroirs, on ressens une impression dérangeante de voyage en apesanteur, une sensation de flotter à l'envers au dessus de cette coupole, pourtant située 45 mètres plus haut.

 

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Afin de parfaire le dérèglement sensoriel chromatique, des plans de couleur bleue ont été disposés en damier sur la coupole. La lumière qui les traverse, altérée à son tour par les filtres suspendus, modifie la couleur initiale; qui ne réapparaît que brièvement dans les intervalles entre deux cercles.

 

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De même, la belle structure métallique du bâtiment, à l'omniprésente coloration vert réséda, se voit dissoute dans des bains de couleurs vives.

 

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Il est vrai qu'il en a vu d'autres ce bon vieux Grand Palais, lorsque l'an passé, Anish Kapoor, autre artiste démiurge, du ventre mou de son monstrueux Léviathan, transfigurait l'édifice en un gigantesque lacis d'aortes sanguinolentes.

 

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Non, cette fois c'est à une balade sensorielle dans un labyrinthe multicolore que le visiteur est convié. Une promenade dans une bulle de lumière et de couleur, dans une forêt en mouvement dont les troncs bougent au gré des heures et des nuages.

 

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Un espace hors du temps qui laisse les visiteurs surpris de retrouver en sortant la réalité quotidienne.

Alors, si votre fringale chromatique n'est toujours pas assouvie, allez-donc vous perdre un moment dans cette éphémère forêt enchantée pendant qu'il en est encore temps.

 

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