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8 juillet 2015 3 08 /07 /juillet /2015 21:21

 

Le mois dernier avait lieu à Bruxelles, pour la 25ème année consécutive, dans le délicieux quartier du Sablon, la grand messe des amateurs de ces arts dits 'premiers', 'tribaux' ou de manière plus sophistiquée 'extra européens', mais que certains continuent à qualifier de 'primitifs'.

 

 

Cette manifestation, qui réunit une bonne centaine de galeries spécialisées, a pour nom 'BRUNEAF', ce qui, dans la langue de Shakespeare (il faut bien attirer les clients américains) signifie 'Brussels Non European Art Fair'.

 

 

 

A cette occasion, les galeries d'art qui ont pignon sur rue dans les jolies maisons qui bordent les ruelles et les places de ce quartier historique, hébergent, pour quelques jours, leurs collègues marchands venus des quatre coins du monde, spécialistes en arts tribaux. 

Les vitrines se remplissent alors d'objets singuliers qui fixent le chaland avec une étrange intensité.

 

 

 

 

Ils proviennent d'enclos sacrés, de temples, de mausolées, de sanctuaires, et les voilà devenus objets de vitrine.

 

 

 

Ils avaient des fonctions magiques, ils conjuraient le mauvais sort, les peurs, les maladies, ils marquaient les grandes étapes de la vie, ils assuraient la bonne marche de la communauté.

 

 

 

 

Ils étaient insignes de pouvoir, ils étaient intermédiaires entre le monde des vivants et celui des ancêtres, ils permettaient à ces derniers de trouver le repos et de ne plus errer sans fin dans les limbes de l'éternité.

 

 

 

Ils ont été échangés il y a longtemps de cela contre de la verroterie de Venise ou des couteaux de jet, ils ont parfois été pillés ou rapportés dans les malles des missionnaires qui brûlaient les idoles paiennes ou dans celles des expéditions de collecte commanditées par les grands musées occidentaux.

 

 

 

Et voila qu'ils sont alignés dans leurs vitrines, statues figées, danseurs immobiles.

Mais tous ont désormais un 'pedigree', parfois long comme un jour sans fin:

collection de la comtesse de x,

collection de l'administrateur y,

ancienne collection de la congrégation de z...

 

 

 

Ils étaient cachés dans les forêts profondes, visibles des seuls initiés. Ils ne sortaient au grand jour qu'en de rares occasions, Et voici qu'à présent, tout un chacun peut les regarder impunément dans le blanc des yeux.

 

 

 

Eux pour qui l'argent ne signifiait rien, les voilà devenus objets de spéculation. On les achète et on les revend en un cycle ininterrompu, et le pedigree s'allonge, s'allonge, indéfiniment.

S'il advient pour certains d'entre eux d'avoir partagé un temps la vie d'un Picasso, d'un Miro, d'un André Breton, ou d'un quelconque collectionneur fortuné, alors les prix grimpent, et grimpent encore, et le ciel n'est plus la limite à l'envolée des records.

 

 

 

Ils viennent des quatre bouts de la Terre et sont réunis là par le hasard des acquisitions marchandes, un peu surpris tout de même d'être ainsi assemblés.

 

 

 

 

 

Et, comme si ce rassemblement rituel de témoins des mondes fracassés ne suffisait pas à satisfaire l'insatiable appétit des visiteurs, BRUNEAF coincide toujours (les amateurs d'initiales apprécieront) avec  deux autres manifestations, AAB (Asian Art in Brussels), et BAAF (Brussels Ancien Art Fair), ce qui multiplie d'autant les dialogues imprévus d'une vitrine à l'autre.

 

 

 

 

On quitte à regret ces vestiges fragiles de mondes disparus, qui poursuivront, à New York, Berlin, Paris, Londres ou Shanghai, le cycle éternel des réincarnations marchandes. Peut-être effectueront-ils un séjour éclair dans le bureau feutré d'un spéculateur ? Peut-être auront-ils la chance de partager un temps la vie d'un amoureux (fortuné) des arts, c'est tout le bien qu'on peut leur souhaiter.

 

ooo000ooo

 

Etant donné qu'il est délicat - et indélicat - de photographier les objets à l'intérieur des galeries, la plupart de ces photos ont été prises dans l'Ancienne Nonciature, place du Grand Sablon, où se tenait - dans le cadre de la manifestation - une extraordinaire exposition rassemblant quelques uns des plus beaux chefs-d'oeuvre des collections belges.

Pour mémoire, une manifestation semblable ' Parcours des Mondes' se tient tous les ans à Paris, en Septembre, dans le quartier de Saint-Germain des Prés.

J'avoue, pour ma part, avoir un petit faible pour l'atmosphère de la manifestation bruxelloise, mais c'est une opinion bien sûr tout-à-fait personnelle.

Ces témoins venus d'ailleurs
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