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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 18:52

 

Nous voici donc de retour dans la Galerie Vivienne.

A l'endroit où, passées quelques marches, la Galerie bifurque à angle droit pour rejoindre la rue Vivienne, se trouve la vénérable Librairie Jousseaume - elle a l'âge de la Galerie - véritable mine d'or pour les amateurs de livres rares et éditions anciennes.

 

 

 

De l'extérieur, la vue plonge sur l'intimité feutrée d'une bibliothèque d'antan, tandis qu'en devanture, pour rester fidèle sans doute à l'esprit des lieux, l'astucieux libraire a mis en valeur, devinez quoi, l'Assassinat de la rue Saint-Roch, d'Alexandre Dumas !

 

 

 

Apposée bien en vue, une affiche évoque le bon temps des Maisons Closes, tandis que de mystérieux personnages hantent les vitrines, ajoutant ce zeste d'incongruité qui semble être la marque distinctive de cette Galerie décidément pas comme les autres.

 

 

 

 

Il vous vient alors le soupçon qu'il souffle ici un air délicieusement irrévérencieux.

Mais c'est en parvenant à l'extrêmité du passage, là où la grille d'accés dévoile d'un coup d'éventail ouvragé l'architecture à l'antique de la Bibliothèque Richelieu, que le doute cède le pas à la certitude.

 

 

Dans la vitrine donnant sur la rue de ce marchand d'estampes et d'objets de curiosité, un cataclysme livresque a déclenché un terrible éboulement et provoqué la chute d'une compagnie de cochons roses.

 

 

 

Côté Galerie, au milieu d'une profusion de globes terrestres évocateurs d'expéditions géographiques lointaines, une carte de la Méditerranée révèle que, projetée sous un angle inhabituel, Mare Nostrum peut revêtir l'aspect d'un gnôme inquiétant.

 

 

 

Voilà qu'à présent vous perdez pied. Soucieux d'en avoir le coeur net, vous retournez sur vos pas, bien décidé cette fois à vérifier si cette supposée irrévérence n'est que le fruit de votre imagination rendue fertile par l'intemporalité du lieu.  

A priori, tout semble parfaitement normal. Sur le seuil de la délicieuse boutique de jouets au nom évocateur 'Si tu veux', un ours débonnaire est en faction, comme à l'accoutumée. Il vous parait cependant qu'à l'intérieur deux étranges personnages chuchotent quelque chose à votre sujet.

 

 

 

Parvenu au fond de l'allée, vous tombez en arrêt devant la débauche de lumière ruisselant de cette devanture qui en clôt le parcours de façon si étincelante.

 

 

Votre curiosité vous pousse alors à jeter un oeil à la petite boutique qui la jouxte sur la gauche. Et voilà que, ô stupeur, vous vous retrouvez soudainement confronté à la représentation édifiante des vices cachés de la bourgeoisie 19ème.

 

 

Voyez cette malle, qui semble tout juste exhumée du grenier de grand-mère, emplie de délicats portraits d'ancêtres dont l'existence vous était jusqu'alors inconnue. En approchant, vous découvrez avec horreur que cette innocente jeune femme porte le masque d'Hannibal Lecter dans le Silence des Agneaux. Son facétieux créateur a d'ailleurs intitulé le tableau 'Annie Bal'.

 

 

Cette boutique est l'atelier de Blase, le peintre hacker. Il restaure, avec minutie et talent, des tableaux anciens souvent fort endommagés, mais en prenant bien soin d'y ajouter un détail incongru, piquant et iconoclaste de son inspiration. C'est ainsi que ce digne notable municipal dont le portrait trône dans sa vitrine a désormais les traits de ... Coluche !    

 

 

L'irrévérence est flagrante et nul autre que ce lieu chargé d'histoire, qui abrita Vidocq, ne semble plus approprié à de tels dévoiements.

En face, dans l'annexe de la librairie Jousseaume, des poissons étranges évoluent dans la lumière d'aquarium diffusée par la verrière.

 

 

Vous en êtes à présent convaincu, cette Galerie est bien singulière et vous vous demandez avec appréhension comment va se dérouler votre retour dans le reel lorsque le charme sera rompu et qu'il vous faudra reprendre contact avec le tohu bohu extérieur.

 

 

Un sapin rouge a poussé au beau milieu de la rotonde et, dans les vitrines, il y a toujours de drôles de personnages qui vous dévisagent effrontément.. 

 

 

Retardant encore un peu le moment de fouler le trottoir de la ville, vous vous accordez une pause et décidez de savourer un café liégeois bien crémeux dans un café qui a dû voir défiler tant de gens et de modes.

 

 

Votre esprit voyage...

Dehors, près de la sortie rue de la Banque, une plaque rappelle que le navigateur Antoine de Bougainville a vécu là ses derniers instants. A l'opposé, rue Vivienne, une autre plaque mentionne que Simon Bolivar, le Libertador, habita là quelque temps.

Voyages...Voyages...

 

 

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(les photos de ces deux articles sont toutes de l'auteur).

Le Charme troublant de la Galerie Vivienne (2)
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11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 18:01

 

La Galerie Vivienne est à coup sûr le plus emblématique de ces étonnants passages couverts qui se faufilent en catimini d'une rue à l'autre dans les arrondissements du cœur de Paris.

Ils hébergent habituellement une procession ininterrompue de boutiques aux devantures plus inventives et plus affriolantes les unes que les autres, comme si le fait d'être ainsi protégées du charivari urbain les incitait à développer une créativité débridée propre à appâter pour ensuite ferrer le chaland.

 

 

La Galerie Vivienne est sans conteste la plus belle de ces trouées urbaines.

L'emploi du féminin s'impose à son propos car, dès son ouverture en 1823, le terme de Galerie fut préféré à celui de Passage jugé trop 'populaire' par la noble clientèle du proche Palais Royal qui constituait la cible privilégiée des commerçants qui s'y installèrent.

 

 

A l'image des maisons de Cadet Rousselle, la Galerie Vivienne a trois entrées.

La plus incitative, la plus tentatrice, est celle ouvrant sur la rue des Petits Champs par où les acheteurs potentiels du Palais Royal étaient censés arriver.

Elle est surmontée de sculptures et d'un bel ouvrage de ferronnerie. Derrière la grille d'accès, un grand rideau rouge est parfois déployé, suffisamment écarté toutefois pour permettre d'apercevoir les brillantes lumières et l'animation qui règne à l'intérieur.

 

 

A moins d'être déjà très en retard à un important rendez-vous, il est humainement impossible pour le passant occasionnel de résister à la tentation de pénétrer en ce lieu dédié au plaisir immodéré du lèche-vitrine.

Les deux autres entrées, rue de la Banque et rue Vivienne, sont plus austères.

 

 

L'entrée de la rue Vivienne annonce clairement la couleur. Cet endroit est un hymne à la gloire du Commerce, avec un Grand C.

Une statue imposante du Dieu Mercure avait d'ailleurs été érigée au centre de la grande rotonde. Elle finit par s'écrouler à l'occasion de travaux de restauration effectués dans la Galerie.

 

 

Pénétrer dans la Galerie Vivienne, c'est couper les ponts avec le monde extérieur, c'est faire un saut dans le temps, plus d'un siècle et demi en arrière.

Il serait à peine surprenant de se retrouver nez-à-nez au détour d'une allée avec des promeneurs en gibus et crinoline, car la galerie n'est pas uniformément longiligne mais constituée de trois parties qui se recoupent à angle droit, avec par instants quelques marches qui compensent habilement la déclivité du terrain.

 

 

En journée, la lumière diffusée par la verrière à double pente révèle insidieusement la fatigue des peintures murales vieillissantes. Elle dévoile aussi inexorablement la poussière qui ombre le profil des nymphes et des déesses, porteuses des symboles de la réussite commerciale et bourgeoise.

 

 

 

 

Caressés par la lumière, les murs exposent la panoplie complète des attributs de l'aventure marchande ; caducées de Mercure, rubans, ancres, gerbes de blé, palmes, couronnes de laurier, cornes d'abondance, tout y est.

 

 

Mais c'est à n'en pas douter sous les pas des visiteurs que se trouve le plus beau joyau de ce lieu étonnant : le superbe revêtement mosaïque, dans le style pompéien, réalisé par les mosaistes de l'Opéra, Facchina et Mazzioli, qui déroule ses ondulations évocatrices de voyages ultramarins sur les quelques 500 mètres carrés de sol de la Galerie.

 

 

 

 

 

En période de fêtes, la Galerie resplendit, ajoutant au charme suranné des lustres d'un autre âge, la magie éclatante des illuminations de Noël.

 

 

Sous le regard absent des fenêtres en demi-lunes qui les surplombent, les boutiques s'alignent tout au long des coursives de cet étrange vaisseau au toit de verre.

 

 

Il y a là quelques grands noms de la mode, des galeries d'art, des restaurants au décor immuable, des librairies anciennes, un salon de thé, un caviste renommé, un bottier, l'empereur de la fleur artificielle, des créateurs, des décorateurs, j'en passe et non des moindres.

Mais serait-ce parce que Vidocq, le célèbre bagnard devenu chef de la police sous Louis-Philippe, habita ici au numéro 13 de la Galerie où il dirigea la première agence parisienne de détectives, il me semble que les mannequins dans les vitrines ont des regards un brin soupçonneux.

 

 

 

 

Il arrive d'ailleurs que l'on croise dans la rotonde un comédien en costume d'époque venu narrer les détails tragiques d'un sordide assassinat. Il propose à son auditoire attentif de résoudre une énigme, le meurtre d'une belle duchesse dont on retrouva le corps sans vie dans l'escalier en colimaçon menant à l'appartement de Vidocq...

 

 

Je sens que vous commencez à considérer cette troublante Galerie d'un autre oeil.

Et bien sachez que vous n'êtes pas au bout de vos surprises.

 

à suivre...

 

 

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Le Charme troublant de la Galerie Vivienne (1)
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