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24 juin 2014 2 24 /06 /juin /2014 18:30

 

De l'extérieur, on ne soupçonne même pas son existence. On est au mois de Juin, sur le territoire de la nation Navajo, au nord de l'Arizona. Il fait chaud, le ciel étale un bleu intégral au-dessus d'un paysage semi-désertique.

 

 

Et pourtant, là-dessous se trouve une merveille géologique, une cathédrale de l'érosion, le réseau de failles le plus photographié au monde, que des milliers et des milliers de touristes, dûment chapitrés par leurs guides indiens, parcourent chaque année, émerveillés de réussir des clichés aux couleurs tellement irréelles qu'elles semblent le produit d'un usage irraisonné de Photoshop.

 

 

Après s'être glissé dans une fente de la roche que rien ne semble particulièrement distinguer, voilà qu'on se retrouve, quelques mètres plus bas, au beau milieu d'un incroyable chaos minéral où la lumière, en cette fin de matinée, versée depuis le sommet de la fente, éveille d'infinies nuances de jaune, d'orangé, d'ocre, de mauve et de violet.

 

   

 

Mais ce qui frappe le plus, c'est la douceur des formes. La pierre, en fait un grès particulier, le 'Navajo soft stone', est polie à l'extrême, paraît littéralement onduler, couler, refluer, se lover en vagues sensuelles.

 

 

 

 

 

 

L'air, à l'intérieur du canyon, est incroyablement sec, il faut s'hydrater continuellement, et cependant l'impression dominante est celle d'une immersion dans un monde sous-marin où la clarté venue de la surface crée d'improbables irisations.

 

 

Les plongeurs en eau profonde doivent ressentir des sensations similaires. On a peine à imaginer que c'est pourtant l'eau, une eau tumultueuse et dévastatrice, qui, au long de millions et de millions d'années, a sculpté ces vagues immobiles et ces tourbillons figés.

 

 

 

Si le mois de Juin est normalement celui où l'hygrométrie est la plus faible, il n'en va pas de même le reste de l'année. La région connait de fréquents orages qui peuvent éclater soudainement avec une rare violence. Les pluies torrentielles qui en résultent remplissent d'abord les réservoirs naturels qui, une fois saturés, déversent brutalement un flot impétueux dans les canyons que ces mêmes pluies ont patiemment façonné dans la roche tendre au cours des millénaires.

 

 

Ce phénomène a un nom. On appelle cela des 'flash floods', des crues subites. Elles peuvent survenir alors que l'orage a frappé a des kilomètres de distance. Un flot boueux, chargé de débris, dont on a dit qu'il avait la couleur et la densité du chocolat, submerge alors ces canyons à fente, poursuivant sa route vers le lac Powell proche, sapant et érodant un peu plus à chaque passage les obstacles rocheux, jusqu'à leur donner cet aspect fantasmagorique et ce poli extrême propre à faire douter de la réalité minérale de ces épanchements aux couleurs subtiles.

 

 

Ces crues subites sont bien sûr un réel danger. A l'entrée du 'Lower Canyon', une plaque commémorative rappelle le tragique accident survenu le 12 Août 1997 où un groupe de 12 personnes fut surpris à l'intérieur du canyon par un tel événement. Il y eut 11 morts, dont sept touristes français et 2 corps ne furent jamais retrouvés. Depuis, les précautions sont extrêmes et l'accès au site est interdit en cas de menace d'orage.

 

 

C'est donc en toute sécurité que les touristes d'aujourd'hui peuvent parcourir ces étroits passages et s'émerveiller des couleurs irréelles que la lumière fait naître sur les parois, hautes, dans le 'Upper Canyon', jusqu'à 35 mètres. Il parait qu'il y a bien longtemps, des troupeaux d'antilopes vagabondaient dans les parages et empruntaient ces boyaux pour aller se désaltérer dans le lac Powell, d'où le nom. 

 

 

A l'approche de la sortie, les teintes subtiles sont gommées par le dur soleil, et la magie s'efface. On émerge enfin, tout étourdi par cet incroyable spectacle donné par la Nature et que rien ne laissait présager dans ce paysage âpre et désolé.

 

 

On a prétendu que le Lower Canyon fut découvert accidentellement en 1931 par une bergère indienne partie à la recherche d'un mouton égaré. Il semble infiniment plus vraisemblable que les Navajos connaissaient l'existence de ces canyons depuis fort longtemps et qu'ils considéraient ces merveilles de la nature comme des endroits sacrés. Ils nomment d'ailleurs dans leur langue le Upper Canyon 'Le Lieu où l'eau coule à travers les rochers' et assurent toujours avec le plus grand respect l'entretien des sites.

 

 

On peut imaginer sans peine la crainte admirative qui étreignait les premiers Navajos lorsqu'ils pénétrèrent dans ces lieux magiques où l'âme, comme la roche, est mise à nu, 

 

 

lls y retrouvaient peut-être le lien originel qui les reliait au Grand Créateur, celui qui animait les arbres, les roches, la terre, l'eau et le ciel. La nuit venue, tout disparaissait, mais, quand le lendemain le soleil revenait à l'aplomb des fissures, le prodigieux spectacle était renouvelé, merveilleux témoignage de la grandeur d'une Nature avec laquelle ils se sentaient si proches,  

 

oooOOOooo

Antelope Canyon
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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 18:48

 

De ce côté-ci du monde, trois jeunes garçons ont pris pour habitude de se retrouver sur les rochers au bord du rivage et de regarder la mer.

 

Three boys on the shore - Aquarelle et gouache de Winslow Homer - 1873

Ils peuvent ainsi passer de longues heures à contempler le mouvement des vagues et les continuels changements de la couleur de l'eau, au gré des caprices du ciel et des nuages.

 

Voilier dans le port de Gênes

On les trouve aussi souvent sur les quais du port, en arrêt devant les beaux voiliers à l'ancre dont les flancs rebondis sont à eux seuls une irrésistible invitation au voyage.

 

Les Devoirs - Aquarelle de Winslow Homer - 1874

Chacun d'eux a lu et relu les récits des hardis navigateurs partis explorer les territoires inconnus des Mers du Sud à la recherche des derniers cannibales. Ils ont répété cent fois ces noms magiques évocateurs de lagons émeraude et de palmes bruissant au vent des alizés : baie de l'Astrolabe, péninsule de la Gazelle, archipel de Nouvelle Bretagne....

 

Masque-casque du Vanuatu - île de Malekula

Ils ont couru voir au Musée ces drôles d'objets que des intrépides voyageurs ont rapporté des îles de cendre et de corail.

 

La Korrigane - Navire de l'expédition d'Etienne de Ganay - 1935

Tandis qu'ils regardent la mer, leur imagination les embarque à bord de ces élégantes goëlettes que de fringants aristocrates ont menées au bord du monde connu.

 

Mouillage à Moorea

Ils abordent à leur tour des rivages parfumés où l'eau transparente laisse entrevoir des poissons aux couleurs extravagantes.

 

 

Paysage à Moorea

Ils découvrent la douceur de vivre au beau milieu d'une végétation luxuriante.

 

Paysage aux Samoa

Des sources bienfaisantes abondent dans les forêts que des oiseaux multicolores animent de leurs chants tandis que des papillons géants virevoltent dans la canopée.

 

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Costume de danse rituelle de l'archipel Bismarck

Des danseurs masqués, autrefois mangeurs d'hommes, débarquent à l'aube sur la grève  et partent en procession pour d'étranges cérémonies...

 

Trois garçons au bord de la mer - Aquarelle de J.J.Chen - 1997

Alors que nos amis rêvent d'Océanie, de l'autre côté du monde, trois jeunes garçons ont pris pour habitude de se retrouver dans une pirogue abandonnée au bord du rivage et de regarder la mer.

Ils peuvent ainsi passer de longues heures à contempler le mouvement des vagues et les variations de la couleur de l'eau, au gré des caprices du ciel et des nuages.

 

Sur les quais de Sydney

Ils ont lu dans les magazines qu'il existe des villes où les maisons sont hautes comme des montagnes.

 

Times Square - New York

Il parait même que dans ces villes l'activité ne s'arrête jamais et que la nuit les rues sont une débauche de lumière et de bruit.

 

Alexandre Kossolapov - 'Times Square - Lenin - Coca Cola' Huile sur toile - 1999

Là-bas, tout le monde possède une voiture et on peut trouver à chaque coin de rue tout ce qui est nécessaire pour rendre la vie plus facile, du réfrigérateur au Coca Cola.

 

​Alain Bublex - 'Plan Voisin de Paris - V2 circulaire secteur' (det)

Les gens habitent dans des grandes tours où ils disposent de toutes sortes d'équipements modernes qui accomplissent à leur place les tâches quotidiennes.

 

Wuhan - Chine

De leur fenêtre, ils peuvent avoir une vue d'ensemble sur la ville qui s'agrandit et s'agrandit toujours jusqu'à contenir des millions d'habitants...

 

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Sur la côte thailandaise

La mer est une belle insensible. Elle pousse inlassablement ses vagues à l'assaut de villes tentaculaires ou d'ilôts perdus d'archipels oublés

 

Australie - détroit de Bass

Elle poursuit indéfiniment ses voyages d'une extrêmité du monde à l'autre et les rêves qu'elle charrie se croisent au large dans l'immensité indifférente.

 

Australie - côte de l'état de Victoria

Peu d'entre eux parviendront à bon port, mais tant que la mer poursuivra ses voyages, il y aura toujours, à une extrêmité du monde, un jeune garçon qui se rendra sur le rivage et regardera l'horizon.

 

'Waiting for Dad' - Aquarelle et gouache de Winslow Homer - 1873

Il pourra rester ainsi des heures à contempler le mouvement des vagues et les variations de la couleur de l'eau, au gré des caprices du ciel et des nuages.

 

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Les garçons qui regardent la mer
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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 13:05

 

Attendre, pour un banc, c'est une seconde nature. Tous les bancs attendent quelque chose ou quelqu'un... mais chacun à sa manière !

 

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Banc attendant un train sur la quai d'une gare.

 

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Banc attendant un autre train sur le quai d'en face.. mais dans l'autre sens !

 

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Banc attendant que la messe soit dite.

 

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Bancs à la campagne attendant la sortie de l'école.

 

Un banc pour observer les baleines - Hermanus, Afrique du S

 

Banc attendant le retour des pêcheurs.

 

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Bancs attendant la fonte des neiges.

 

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Banc zen attendant l'illumination.

 

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Banc camouflé attendant la fin des hostilités.

 

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Banc sur son trente et un, attendant que la fête commence.

 

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Banc timide, s'attendant à être grondé.

 

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Banc attendant que le brouillard se dissipe.

 

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Banc attendant le retour - improbable - de son occupant.

 

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Banc n'attendant plus rien ...

 

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 19:05

 

A en croire les dictionnaires, l'eau est un liquide transparent, insipide, inodore et... INCOLORE.

Et bien, sachez que l'on vous trompe !!

 

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Au Musée de Roubaix, lorsque la grande verrière, traversée par le soleil, se reflète dans le bassin central, oseriez-vous prétendre que l'eau est incolore ?

 

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Lorsque cette même eau dessine des arabesques folles au fond de la piscine, pourriez-vous soutenir encore qu'elle n'a pas de couleur ?

 

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Si vous vous penchez à l'automne au bord de la rivière, ne trouvez-vous pas que l'eau se pare de teintes chatoyantes ?

 

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En hiver, lorsque de liquide elle devient solide, ne brille t'elle pas toujours de mille reflets dorés ?

 

Portofino 14

 

Et la Méditerranée, elle n'est pas bleue peut-être la Méditerranée ?

 

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Au port, l'eau offre un miroir multicolore et mouvant aux façades qui s'y mirent.

 

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Le moindre frémissement de sa surface y fait naître des formes extravagantes.

 

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Dans le discret bassin d'un parc, elle offre aux statues impudiques la chance de s'y contempler.

Miroir, mon beau miroir ...

 

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Ailleurs, ce sont des palmes échevelées qui disputent aux poissons rouges et aux nénuphars, l'honneur d'imprimer leur image sur la  surface liquide. 

 

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La mer, quant à elle, aux mille couleurs changeantes, efface inlassablement sur le sable.. etc. etc.

 

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Allons, je sens que vous commencez à douter sérieusement de l'absence de couleur de l'eau.

 

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Il est vrai qu'elle s'y entend, l'eau, pour brouiller les pistes. La Mer Noire peut très bien devenir rouge au crépuscule, et la Mer Rouge s'assombrir sous un ciel d'orage...

 

La Défense 53

 

En conclusion, croyez-moi, laissez de côté les dictionnaires et regardez l'eau d'un oeil neuf.

Vous en verrez sûrement de toutes les couleurs !!

oooOOOooo

 

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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 19:15

 

 

Giverny 006-copie-1

 

Printemps à Giverny

 

Un banc au paradis - Bird Island, Seychelles

 

Eté à la plage (Seychelles)

 

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Automne en fôret de St.Germain

 

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Hiver à Paris (Parc Monceau)

 

Et dire que certains pensent que les bancs sont casaniers...

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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 18:35

 

Dans le vent de la plage, un danseur immobile

 

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esquisse un entrechat, araignée malhabile.

 

Imploration

 

Il danse pour ses frères, emprisonnés au loin.

 

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Il danse pour tous ceux qui se convulsent en vain.

 

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Etrangers à ces rives, arrachés à la terre,

 

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Squelettes abandonnés, épaves solitaires.

 

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Ils ont été forêt, ils ont été feuillage.

 

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La mer les a jeté, blanchis, sur le rivage.

 

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Ballotés par les flots et repris par les vagues,

 

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Ils ont échoué là où la raison divague.

 

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S'ils implorent le ciel en gestes pathétiques,

 

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Le sable emporte au loin leur muette supplique.

 

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Ils n'ont plus de mémoire, nul ne connait leur âge.

 

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Ils servent de perchoir aux oiseaux de passage.

 

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Le vent assourdissant rend leur plainte inaudible.

 

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Le danseur, seul, poursuit ses ébats impossibles.

 

oooOOOooo

 

Mise à part la photo n°2, prise dans le quartier de la Défense à Paris, toutes les photos illustrant ce (mauvais) poème ont été prises sur une plage de Bird Island aux Seychelles.

 

 

 

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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 19:25

 

Nous avions laissé notre héron voyageur parcourir le monde en rêve et s'émerveiller de ses découvertes.

 

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(héron cendré des Galapagos)

      D'une curiosité insatiable, il avait poursuivi son périple et, têtu comme peut l'être un héron, il s'aventurait toujours plus loin.  

 

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(paysage de la cordillère orientale, Equateur)

      Il avait ainsi franchi des montagnes..

 

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(réserve de Samana, Rép. Dominicaine)

      .. et manqué se perdre dans d'inextricables mangroves.                                                          

 

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(désert du Namib, Namibie)

      C'est après avoir survolé un désert rougeoyant qu'il se trouva soudain confronté à de bien dures réalités.

 

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(rassemblement de sternes avant leur migration annuelle, Seychelles)

      La sécheresse avait sévi sur d'immenses territoires et des populations entières avaient été déplacées.

 

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Des camps de réfugiés avaient bien été mis en place à la hâte...

 

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.. mais de nouveaux arrivants affluaient sans cesse.

 

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(calaos au Kenya)

      La distribution de nourriture par les ong en place donnait lieu à un indescriptible chaos..

 

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(aigrettes et cormorans au Pantanal, Brésil)

      Ailleurs, sévissait la ségrégation et blancs et noirs ne se mélangeaient guère.

 

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(vol de frégates aux Seychelles)

Ailleurs encore, il y avait la guerre, et la menace venue du ciel était constante.

 

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(noddi bruns, espèce endémique aux Seychelles)

      Les survivants se terraient dans les décombres

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      ..  car les snipers rendaient toute sortie aventureuse.

 

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(bébé phaéton aux Seychelles)

      Les orphelins tremblaient d'effroi dans des refuges improvisés

 

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(noddi brun, Seychelles)

      .. et chacun s'abritait des projectiles comme il le pouvait..

 

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(réserve de Betty's Bay, Afrique du Sud)

      Le régime dictatorial en place avait transformé des îles au large en colonies pénitentiaires.

 

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(pélican en Rép. Dominicaine)

      Les abords en étaient sévèrement contrôlés.

 

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(pélican des Galapagos)

      Partout des miradors.

 

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(fous à pattes bleues, Galapagos)

      Partout d'inflexibles vigiles.

 

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(pingouins du Cap à Boulders Beach, Afrique du Sud)

      Les détenus traînaient leur ennui au long de jours interminables.

 

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(pingouins du Cap à Betty's Bay, Afrique du Sud)

      et toute tentative d'évasion par la mer était vouée à l'échec.

 

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(héron blanc aux Galapagos)

      Notre héron se dit alors que, même si le vaste monde regorgeait de merveilles, rien ne valait au fond la douce sécurité d'un chez-soi bien tranquille.  

 

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(héron des rochers aux Galapagos)

C'est au moment où, intriguée sans doute par la présence en ces lieux d'un insolite étranger, une hérone indigène le dévisageait avec insistance - ce qui, entre nous, eut pu faire évoluer l'histoire sur un mode fort différent -  le héron de cette histoire fut tiré brutalement de sa longue rêverie

 

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(port de Camoglie, Italie)

      La pause terminée, le port de pêche bruissait à nouveau d'une intense activité..

 

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(Camoglie, Italie)

Tout en feignant la somnolence, le chat, dans la barque à côté, s'était dangereusement rapproché, or notre héron,   malgré sa taille imposante, n'avait qu'une confiance relative dans la gent féline. Les chats, n'ayant pas à ce jour ratifié le pacte de non-agression à l'encontre des espèces à plumes, le héron jugea opportun d'aller se dégourdir ailes et pattes en un autre lieu..  

 

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(héron cendré des Galapagos)

      Il quitta donc à regret son emplacement favori et s'en retourna contempler la mer.

 

Camoglie 86

(Camoglie, Italie)

      Mais serait-ce la conséquence de son étrange rêve, à compter de ce jour, il ne jalousa plus les oiseaux de mer pour la facilité qu'ils ont à parcourir les océans et à se reposer sur les flots

 

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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 18:06

 

C'était un héron singulier. Alors que ses congénères échassiers ne quittaient guère les eaux peu profondes des mares, étangs et ruisseaux alentour, il avait, lui, une préférence marquée pour les bords de mer. 

 

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(île de Floreana, Galapagos) 

Il pouvait ainsi passer des journées entières à cheminer précautionneusement sur les rochers, en s'arrêtant souvent pour contempler l'océan.

 

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(île de Floreana, Galapagos) 

Mais ce qu'il préférait par dessus tout, c'était l'ambiance si particulière des ports.

 

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(Santa Cruz, Galapagos) 

Il avait installé un poste d'observation sur une barque de pêcheur, après une sérieuse prise de bec avec un goéland querelleur. 

 

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(Camoglie, Italie) 

Ce dernier, sans doute impressionné par la taille imposante du héron, avait fini, non sans force vociférations, par se choisir un autre emplacement.

 

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(Camoglie, Italie) 

A l'heure de la sieste, tout le monde dormait dans les barques voisines, et notre héron, figé dans cette immobilité propre à la gent héronnière, pouvait alors se perdre dans des rêveries sans fin qui l'emportaient loin, très loin du rivage qui lui était familier.

 

Camoglie 34bis

      (Camoglie, Italie)

Ce n'étaient pas les ronflements sonores du chat, confortablement installé dans une embarcation voisine, qui pouvaient le sortir de sa rêverie.

 

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(otarie aux Galapagos) 

Ni d'ailleurs les bâillements incessants d'une otarie bedonnante qui préférait le confort moelleux d'un catamaran à la rusticité des barques traditionnelles.

 

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(mouette rieuse, St Domingue) 

Dans son rêve, le héron se métamorphosait en mouette et suivait à tire d'ailes les bateaux au large. Chacun sait que le Créateur n'a pas donné aux hérons la faculté de se poser sur les flots, ce qui les prive à tout jamais de grands voyages intercontinentaux, injustice criante s'il en fut.

 

Just before darkness

(Moorea, la baie de Cook) 

Libéré de toute contrainte, le héron globe trotter parcourait le monde et découvrait des endroits sublimes.

 

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(au large de Bora Bora) 

Jamais il n'aurait imaginé que de tels spectacles pouvaient exister.

 

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(iguane marin, Galapagos) 

Cependant, les rencontres qu'il faisait parfois pouvaient surprendre et il lui arrivait de battre en retraite devant un danger inconnu.

 

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(fou du Cap, Seychelles) 

L'accueil des indigènes n'était pas non plus toujours d'une franche cordialité.

 

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(delta de l'Okavango, Botswana) 

Et les plus attirants marécages s'avéraient recéler de mortelles menaces.

 

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(grand héron cendré, Pantanal, Brésil) 

Mais, en dépit des dangers, notre héron poursuivait inlassablement ses explorations.

 

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(jabiru, Pantanal, Brésil) 

Il se découvrit des lointains cousins dont il avait jusqu'alors ignoré l'existence.

 

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(héron bihoreau, Galapagos) 

Certains vivaient dans les arbres et étaient bleus comme la nuit.

 

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(flamants roses, Galapagos)    

D'autres se prélassaient dans les étangs et arboraient orgueilleusement une belle coloration rouge.

 

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(buffle et aigrette blanche, Botswana)

D'autres encore, plus petits, voyageaient commodément sur le dos d'inquiétantes créatures.

 

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(cigogne et ibis roses, Pantanal, Brésil) 

Le soir venu, un noble échassier, aux pattes interminables, regagnait sa demeure perchée. Ses courtisans zélés, auxquels revenait l'honneur insigne de veiller sur son sommeil, se partageaient quant à eux pour la nuit quelques branches dénudées. 

 

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(grand héron cendré, Pantanal, Brésil) 

Tout cela était bien extraordinaire, et notre héron voyageur ne savait plus où donner du cou pour contempler toutes ces merveilles.

 

à suivre..

 

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 22:45

 

 

Hiva Hoa

 

" Ils parlent de la mort comme tu parles d'un fruit "

 

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" Ils regardent la mer comme tu regardes un puits "

 

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Dessin de Jacques Boullaire (1893 - 1976)

 

" Les femmes sont lascives au soleil redouté "

 

Mar26

 

" Et s'il n'y a pas d'hiver, cela n'est pas l'été "

 

Stevenson 005

 

" La pluie est traversière, elle bat de grain en grain "

 

671

 

" Quelques vieux chevaux blancs qui fredonnent Gauguin " 

 

110

 

" Et par manque de brise, le temps s'immobilise "

" Aux Marquises "

 

Mar22

 

" Du soir, montent des feux et des points de silence "

 

Moorea by night

 

"  Qui vont s'élargissant, et la lune s'avance "

 

Mar12

 

" Et la mer se déchire, infiniment brisée "

 

Mar4

 

" Par des rochers qui prirent des prénoms affolés "

 

Sud67

 

" Et puis, plus loin, des chiens, des chants de repentance "

 

Sud43

 

" Et quelques pas de deux et quelques pas de danse "

 

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" Et la nuit est soumise et l'alizé se brise "

" Aux Marquises "

 

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Dessin de Jacques Boullaire (1893 - 1976)

 

" Le rire est dans le coeur, le mot dans le regard "

 

paille-en-queue-3

 

" Le coeur est voyageur, l'avenir est au hasard "

 

Palms in Cook's Bay

 

" Et passent des cocotiers qui écrivent des chants d'amour "

 

220px-Armand Gautier Nuns

      Peinture d'Armand Gautier (1825 - 1894) 'Les filles de la Charité'

 

" Que les soeurs d'alentour ignorent d'ignorer "

 

123

 

" Les pirogues s'en vont, les pirogues s'en viennent "

 

112

 

" Et mes souvenirs deviennent ce que les vieux en font " 

 

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Dessin de Jacques Boullaire (1893 - 1976)

 

"' Veux-tu que je te dise : 

 

Mar14

 

gémir n'est pas de mise "

" Aux Marquises "

 

oooOOOooo 

 

photos de l'auteur

en l'absence d'une vidéo personnelle bloquée par des distributeurs bénéficiant de droits de diffusion pour certains pays, la vidéo jointe, trouvée sur le net, dont les images accompagnent les merveilleuses paroles du chanteur-poète, illustre bien le caractère particulier de ces îles du bout du monde.

 

 

Aux Marquises - Hommage à Jacques Brel
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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 19:05

 

Il est une expression qui revient souvent dans la bouche des voyageurs qui ont eu la chance d'aborder ces îles du bout du monde : "les Marquises, il faut les mériter". Ceci est d'autant plus vrai qu'à l'époque où j'y séjournai, il fallait vraiment le vouloir pour parvenir jusqu'à ces terres que l'on a parfois décrites comme les plus solitaires du globe.

 

Mar21

 

Douze îles, dont six seulement sont habitées ! Il n'est pas facile de les atteindre, mais à l'inverse, quand le charme a opéré, il est peut-être encore plus difficile de s'en détacher.

 

Sud28

 

On pourrait classer les visiteurs des Marquises en trois catégories. Il y a d'abord les plaisanciers, hardis navigateurs qui, à l'occasion d'une circumnavigation autour du globe, ont profité des courants porteurs pour relâcher dans ces îles après la longue traversée océane depuis le canal de Panama. Leurs élégants voiliers se balancent dans les baies abritées et semblent faire partie intégrante du paysage.

 

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Il y a ceux qui, comme moi, sont arrivés en avion de Tahiti. Il y a enfin ceux, sans doute les plus nombreux, qui visitent l'archipel à bord de l'Aranui, ce cargo mixte providentiel, véritable cordon ombilical qui, une fois par mois, apporte de Tahiti tout ce dont les insulaires ont besoin. Le navire offre en outre à ses passagers l'occasion de visiter les îles pendant qu'à chaque escale s'effectuent les opérations commerciales. Lors de mon séjour, on en était à l'Aranui I ou II, maintenant c'est au tour de l'Aranui III d'assurer la liaison avec ce lointain territoire, et je me suis laissé dire que l'Aranui V entrerait bientôt en service..

 

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Sur la brochure de la compagnie, une peinture, dans le style des affiches coloniales du début du siècle, illustre le va-et-vient des chaloupes entre le navire au mouillage et le 'quai' de Ua Pou. Lors de mon passage, l'Aranui n'était pas là et seul le bruit des vagues se brisant sur le rivage venait perturber la tranquillité des lieux.

 

Mar38

 

On estime généralement que, lorsqu'elles furent découvertes au XVIème siècle, les Marquises comptaient environ 100,000 habitants. Ils n'étaient plus que 2000 au début du 20ème siècle. Le contact avec la 'civilisation' avait été dévastateur. .Maladies, épidémies, destructions, asservissement, acculturation, alcoolisme avaient eu raison de ce peuple fier. Les marquisiens faillirent perdre leur âme et tout bonnement disparaître.

 

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gravure de E.Kourlandtzoff - 1813 - habitant de Nuku Hiva

 

Qui se souciait d'ailleurs de ces farouches guerriers décrits par l'illustre navigateur James Cook lorsqu'il escala à Hiva Hoa au Siècle des Lumières ? Tatoués de la tête aux pieds, ils maniaient leur redoutable casse-tête, le u'u, avec l'aisance d'un club de golf. Les baleiniers de passage n'allaient-ils pas jusqu'à tirer à vue ces sauvages cannibales qui d'ailleurs se massacraient allégrement entre eux d'une vallée à l'autre. Il faudrait encore parler des santaliers destructeurs de forêts ou des négriers chiliens qui déportaient les captifs dans les mines de cuivre d' Amérique du sud.

 

Sud49

 

Les missionnaires zélés faillirent donner le coup de grâce. Au nom de la foi en un Dieu unique ils s'en prirent aux traditions païennes, brûlèrent les idoles, interdirent la langue marquisienne, les rites, la danse et le tatouage, fustigèrent la nudité. Les marquisiens oublièrent leurs traditions. Ils se mouraient.

 

Gauguin à Hiva Hoa

 

Gauguin le coquin, dont la 'Maison du jouir' , à présent reconstituée, irritait tant les ministres du culte, s'en prit avec force aux méfaits de l'évangélisation forcée et aux aberrations d'une administration coloniale française tatillonne..

 

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Sur sa tombe à Hiva Hoa, il y a toujours quelqu'un qui dépose une fleur, mais à sa mort en 1902, l'évêque d'alors prononça, en guise d'épitaphe, cette phrase, bel exemple de charité chrétienne : "Mieux vaut l'avoir mort avec nous que vivant contre nous".

A presque un siècle de distance, Jacques Brel, autre grand pourfendeur d'hypocrisies et d'injustices en tous genres est enterré à quelques pas de la tombe du peintre. Les marquisiens se rappellent toujours avec émotion les services qu'il leur rendait losqu'il pilotait d'une île à l'autre son petit avion, le célèbre 'Jojo'.

 

Hiva Hoa 2

 

Sur sa tombe, une jolie stèle le représente en compagnie de sa dernière compagne Maddly Barny  Les frangipaniers embaument dans le petit cimetière qui domine la superbe baie d'Atuona, grande ouverte sur l'océan. Nul doute que le peintre et le chanteur-poète ont enfin trouvé en ce lieu l'apaisement qu'ils recherchaient si ardemment.

 

Sud71

 

Juste retour des choses, ce fut un évêque, breton bretonnant s'il en fut, Mgr Le Cleac'h - il demeura aux Marquises jusqu'en 1986 - qui eut l'intuition géniale que les marquisiens ne pouvaient être sauvés que s'ils se réappropriaient leur culture. Il encouragea la pratique de la langue marquisienne et remit à l'honneur les traditions locales, les arts, la danse, les coutumes, mais pas l'anthropophagie bien sûr... Aujourd'hui, le nombre d'habitants des îles est remonté aux environs de 9000 et la culture marquisienne est extraordinairement vivante.

 

Sud36

 

A Taiohae, dans la charmante "cathédrale" construite par les habitants et où, comme dans tout le Pacifique, on chante à pleins poumons le dimanche, une sculpture en bois de rose immortalise Notre Dame des Marquises sous les traits d'une belle marquisienne.

 

Marquisian beauty

 

A n'en pas douter, cette jeune personne rencontrée sur la baie d'Anaho, aurait pu tout aussi bien servir de modèle.

 

Tiki 1

 

Sur le site archéologique d'Hatiheu, dans la forêt, les grands tiki de pierre qui ont présidé à tant de sacrifices humains perpétrés en leur nom, semblent avoir eux aussi trouvé l'apaisement.

 

Mar40

 

Sur le bord de mer de Taiohae, ces personnages mythiques, oeuvre d'un sculpteur contemporain, nous questionnent de leurs yeux immenses.

 

Mar39

 

Ils continuent, comme leurs lointains ancêtres, à interroger le ciel en quête d'une réponse à la question essentielle : où allons-nous ? Peut-être le savent-ils, mais leurs yeux-miroirs restent pour nous indéchiffrables.

 

 

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( photos de l'auteur )

 

 

Marquises (2)
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Published by Jean-François - dans Photographie - Voyages
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