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26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 10:47

 

 

 

 

Cela faisait bien une éternité que je n'avais pas rendu visite à la Basilique de Saint-Denis.

 

Eternité, un mot si approprié pour désigner ce lieu magique, réceptacle de plus de 70 tombeaux et monuments funéraires des souverains du Royaume de France.

 

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La Cathédrale-Basilique, il faut la visiter de préférence un jour de plein soleil, quand la lumière traverse les somptueux  vitraux de la nef et dépose sur le dallage sombre du transept un tapis de taches multicolores.

 

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On a souvent dit de la vénérable Basilique qu'elle était un hymne à la lumière et il est un fait que, franchi le seuil, on ne peut qu'être frappé par la clarté et la légèreté de cette voûte vertigineuse.

 

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Il régne ici une atmosphère sereine, tant il est vrai que les cars de tourisme ne s'aventurent guère dans le mal-aimé 'Neuf Trois' et préfèrent déverser leur cargaison bigarrée et cosmopolite devant la Tour Eiffel, le Moulin Rouge ou le Sacré Coeur.

 

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Les gisants royaux peuvent donc tout à loisir fixer de leurs grands yeux de marbre la voûte ogivale, là-haut, très haut au dessus de leurs têtes.

 

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  Ils sont alignés comme à la parade, drapés dans les plis savants des vêtements de Cour.

 

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Droits, bien droits, les mains jointes, certains en armure et certains pieds nus, la tête posée sur des coussinets évoquant l'aspect, sinon la douceur, des précieux tissus d'antan.

 

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Point de fleurs ici, mais beaucoup de couronnes.

Elles couvrent le chef de ces souverains aux noms étranges qui nous intriguaient tant sur les bancs de l'école, mais dont retenir la chronologie tenait du prodige. Pépin le Bref et Charles Martel, Frédégonde et le bon roi Dagobert, Clovis et Berthe aux Grands Pieds, et même le vaillant Du Guesclin accompagnant son suzerain jusqu'en outre-tombe.

 

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A leurs pieds, s'agite un étonnant bestiaire.

Petits chiens de compagnie des princesses..

 

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Fidèles compagnons de chasses éperdues,

 

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Confidents discrets des intrigues de Cour,

 

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Espions au service de la Reine,

 

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  ou exécuteurs des basses oeuvres.

 

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Ne seraient-ils point en fin de compte que des guides au royaume souterrain de la mort ?

 

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Les Rois, de leur côté, préfèrent les lions, symbole de Puissance et de Résurrection.

 

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Leurs pieds, chaussés de poulaines, reposent  confiants sur les nobles crinières.

 

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Le Roi des Animaux semble supporter sans rugir ces souverains fardeaux.

 

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Louis le Hutin, fils aîné du ténébreux Philippe le Bel, est là, ainsi que son père et ses deux frères, les Rois Maudits de Maurice Druon, monarques sulfureux autour desquels flotte une odeur de bûchers, de complots, d'intrigues et de meurtres, ceux dont d'insidieux poisons tordirent les entrailles et ceux qui se souciaent si peu du bien-être de leurs sujets.

 

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Joliment désigné sous le nom de Jean Ier le Posthume, il est là lui aussi, le fils de Louis le Hutin et de Clémence de Hongrie, ce Bébé-Roi qui ne vécut que 5 jours. Selon Maurice Druon, c'est de lui que l'infâme Mahaut d'Artois pensât abréger la si courte existence en lui essuyant la bouche avec un mouchoir empoisonné. Autres temps, autres moeurs !

La sépulture de sa maman se trouve à quelques mètres.

 

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Les chroniqueurs du temps avaient décidément bien du mérite à démêler les fils de ces généalogies tortueuses.

 

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Les funérailles allaient alors bon train..

 

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.. et les occasions ne manquaient guère de déplorer la disparition brutale d'un souverain régnant.

 

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Mais il serait dommage de sombrer dans la mélancolie.

 

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Les Dames du Temps Jadis savaient égayer la Cour de leurs multiples talents, elles qui dansaient si bien le branle ou la saltarelle, jouaient du luth à ravir et décidaient souvent des affaires du royaume.

 

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Le monument funéraire construit pour Louis XII et Anne de Bretagne surprend par sa munificence. Les souverains y sont représentés nus et 'transis' selon la coutûme,

 

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mais, agenouillés au-dessus de leur majestueux tombeau, ils ont rejoint un monde meilleur et prient sans doute pour le repos de l'âme des malheureux monarques alignés si impeccablement à leurs pieds.

 

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Puissent Henri II et Catherine de Médicis, allongés non loin, les entendre. Le repos de la Reine parait toutefois bien agité. Comment, à vrai dire, pourrait-il en être autrement quand le souvenir de la Saint-Barthélémy vous hante encore?

 

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Il ne faudrait pas croire cependant que le repos éternel de tous ces souverains a toujours été chose acquise.

 

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La tourmente révolutionnaire a fait subir les derniers outrages a bien des sépultures.

 

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La fureur sans-culotte a brisé le nez des gisants, 

 

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et, à y regarder de près,

 

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on voit bien que la chirurgie tombale a eu fort à faire pour restaurer le royal odorat..

 

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Elle n'a pu toutefois effacer les signatures impies qui maculent à jamais le marbre de tant de tombes.

 

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Combien de mains avides et frustrées ont-elles caressé le sein de Marie-Antoinette?

 

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Louis XVI semble n'en avoir cure et attend toujours patiemment le retour de La Pérouse.

 

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Près du Choeur inondé de lumière, dans sa vitrine où se mirent les vitraux, un Roi Carolingien a un regard halluciné.

 

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Insensible au serpent qui s'agite à son bras, une Vertu de marbre vérifie le bel ordonnancement des tombes.

 

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Un vieillard se retourne.. sans doute sur son passé.

 

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Des angelots minaudent autour d'une colonne parsemée de flammes.

Ils étaient les gardiens du coeur de François II.

 

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A leurs pieds, un piédestal triangulaire nous rappelle, s'il en était besoin, la fragilité de la condition humaine.

 

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Après un dernier regard à l'oeil géant qui veille cette armée de fantômes, il est temps de quitter les ombres du passé..

Dehors, il fait grand soleil. Une foule tranquille revient de la mosquée après la prière du Vendredi.

Un autre monde..

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Published by Jean-François - dans Photographie. Art.
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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 19:57

 

Ne vous est-il jamais arrivé, en parcourant les salles d'un musée, d'être frappé par l'intensité des regards émanant de certaines oeuvres ?

Qu'il s'agisse de peintures, de sculptures, de dessins ou de photographies, on a parfois l'impression d'une connivence entre les personnages, qui semblent échanger entre eux des regards plus ou moins appuyés.

D'où cette tentation maligne de rassembler dans un musée imaginaire, et tout à fait improbable, des oeuvres que rien ne prédisposait à rapprocher. Idée bien sûr profondément iconoclaste et totalement irrévérencieuse.

Le résultat de ces confrontations malicieuses est souvent surprenant et ferait sans aucun doute se retourner dans leur tombe nombre d'artistes parmi les plus illustres.

Voici quelques exemples de ces dialogues impertinents, que l'on pourrait à l'évidence multiplier à l'infini.

 

Regards1

 

Concupiscence

(George Grosz et Töshüsai Sharaku)

 

Regards2

 

Confrontation féminine

(Kitagawa Utamaro et Jean-Loup Sieff)

 

Regards3

 

Confrontation masculine

(Michel-Ange et Tamara de Lempicka)

 

Regards4

 

Les voyeurs

(Henri Lebasque et alignement de statues égyptiennes)

 

Regards5

 

Conflit de générations

(Manet et Grant Wood)

 

Regards8

 

Le discours

(Piero Della Francesca et Mao)

 

Regards6

 

Le regard en coin 

(Dirk Bouts et Mapplethorpe)

 

Regards10

 

L'annonce venue d'en haut

(Michel Ange et sculptures gothiques de Moissac)

 

Regards13

 

Pudeur

(Mapplethorpe et Holbein le jeune)

 

Regards11

 

Songeur !

(Mapplethorpe et figure du Sacro Monte di Varese)

 

Regards15

 

Mamma mia !!

(Edward Weston et Utagawa Toyokuni)

 

Regards23

 

Intolérance

(Otto Dix et statue gothique allemande)

 

Regards18

 

Au bénéfice du doute 

(Kabukidö Enkyö et Messerschmidt)

 

Regards21

 

Cruelle jeunesse

(Quentin Metsys et Maître Shûbun)

 

Regards19

 

On va encore être en retard !

(Bonnard et Bernard Boutet de Monvel)

 

Regards14

 

Et si je mettais la robe mauve ? 

(Helmut Newton et Georges de la Tour)

 

Regards12

 

Regrets éternels

(Edward Weston et gisant de la basilique de St Denis)

 

etc..etc;;

 

 



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