Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
30 novembre 2020 1 30 /11 /novembre /2020 22:33

 

Les temps de confinement,

de pré confinement ou de post confinement

sont propices aux histoires.

Celle-ci m'a été inspirée par une visite  de la belle exposition

 

James Tissot, l'ambigu moderne

 

qui s'est tenue au Musée d'Orsay à Paris 

du 23 Juin au 13 Septembre 2020

 

Les personnages représentés sur les toiles de l'artiste

semblaient tellement expressifs  

qu'ils m'ont donné l'idée de leur redonner vie

en les intégrant dans un récit imaginaire.

 

L'intrusion d'Hercule Poirot dans cette enquête 

est quelque peu anachronique

car se déroulant en toute fin du XIXe siècle 

et non pas dans l'entre deux guerres.

 

Mais après tout, ce n'est qu'une histoire , n'est-ce pas ...

 

 

oooOOOooo

 

 

Partager cet article
Repost0
13 février 2020 4 13 /02 /février /2020 12:53

 

Le Musée du Louvre, à l'occasion du centenaire du Maître de "l'outrenoir", a choisi de l'honorer en lui offrant pour quelques semaines l'écrin prestigieux du Salon Carré, là même où au XVIIIe siècle les membres de l'Académie Royale de peinture et de sculpture présentaient leurs œuvres au public.

 

Il ne s'agit pas d'une grande rétrospective car n'y sont accrochées qu'une vingtaine de toiles, mais d'un hommage sous la forme d'une présentation chronologique d’œuvres marquant les étapes dans la démarche de l'artiste, depuis les entrelacs tourmentés du début jusqu'aux calmes polyptyques récents où le noir a définitivement englouti les derniers îlots de blanc.

 

Dans la salle, que des groupes de visiteurs traversent en un flot ininterrompu, quelques amoureux de Soulages méditent devant les tableaux tandis que, pandémie oblige, des touristes asiatiques passent en nombre, portant un masque blanc sur le visage.

 

Sortant de l'éblouissante Galerie d'Apollon voisine, récemment ré-ouverte au public, beaucoup ont encore dans les yeux le scintillement aveuglant des diamants de la Couronne. Ils paraissent surpris, pénétrant dans cet espace blanc,  par le puissant contraste qui y règne avec les sombres toiles exposées.

 

Certains visiteurs s'immobilisent un instant pour photographier les ors et les stucs du somptueux plafond puis, rejoignant le fanion agité par leur guide, s'engagent d'un pas résolu dans la Grande Galerie pour y passer en revue les peintres italiens des XIVe - XVIe siècles. 

 

Ils n'ont que peu de temps pour parcourir les "must" de l'immense musée, car il restera ensuite la Tour Eiffel, Montmartre et pour finir une soirée au Moulin Rouge ...

 

Savent-ils, ces visiteurs, que l'artiste qui a peint ces toiles est un très vieux monsieur ? Il a l'âge des vieux chênes dont les bras noueux s'entremêlent comme le font, dans ses premières œuvres, les traces épaisses laissées par le passage de la brosse.

 

 

Ont-ils conscience que, de même que les planches disjointes d'une très ancienne palissade permettent au passant d’apercevoir le jardin secret qu'elles enserrent, ces grands coups de brosse dévoilent dans leurs interstices des paysages oniriques ?

 

 

N'ont-ils pas remarqué que, de même que l'eau vive d'un torrent laisse transparaître le lit qu'elle recouvre, des teintes ensevelies éclairent parfois les noires coulées  qui les submergent ?

 

 

De même que les mers chaudes laissent éclater la nuit d'étranges phosphorescences, ne se sont-ils pas étonnés que ce noir qui semblait de loin si lisse charriait en fait des éclats de lumière, qu'il était labouré de sillons, d'entailles, de cicatrices, de récifs, d'amers et que la matière s'y déversait parfois en cataractes ?

 

 

N'ont-ils pas vu enfin que ce noir était lumière, que, à l'image de la Méditerranée que le peintre contemple du haut de sa demeure sétoise, il change constamment, sans cesse "recommencé", selon l'angle par lequel on l'aborde ou l'avancement du jour, qu'il vibre comme le fait la mer par temps calme ?

 

 

Certains ne verront dans l'oeuvre de Soulages qu'une recherche systématique, quasi scientifique, une vie durant, des réflexions de la lumière sur une surface noire.

 

En ce qui me concerne, ses dernières œuvres, les grands polyptyques, me font inévitablement penser à des paysages marins nocturnes, quand tout est tranquille et que seul est perceptible le souffle de la mer. L'agitation que l'on constate au plus près de la toile cède la place, avec un peu de recul, à une grande sérénité.

 

 

Textures lisses et zones striées alternent dans ces tableaux qu'inonde une "obscure clarté". Le parallélisme des lignes, que des débordements de matière font paraître frangées d'écume,  me rappelle les ondes qu'une mer d'un noir profond pousse avec une régularité de métronome sur le sable d'un rivage qui parait gris sous l'éclat lunaire. 

 

 

Peut-être après tout que le Maître qui, dans la pure tradition japonaise, place un galet noué à la porte de son atelier pour signifier qu'il n'entend pas être dérangé pendant son travail, a ressenti cette même impression en contemplant un tableau qu'il venait tout juste d'achever ?

 

 

 

oooOOOooo

 

 

Partager cet article
Repost0
31 janvier 2020 5 31 /01 /janvier /2020 16:48

 

Laissez pour un instant voguer votre imagination.

 

Vous êtes en 1989, sur les hauteurs d'Antibes.

 

Il fait nuit.

 

Les cigales, dans les oliviers centenaires,

ont depuis longtemps déjà interrompu leur chant.

 

Dans l'atelier de la superbe villa futuriste 

dont le propriétaire a conçu les moindres détails,

il y a de la lumière.

 

Approchez

 

La musique envahit l'espace, Bach surtout,

mais aussi Vivaldi, et parfois Stravinsky.

 

L'artiste est là, devant une toile immense.

 

Il est célèbre et couvert d'honneurs

mais sa santé est déclinante.

 

Amputé d'une jambe, lui, l'allemand qui combattait les nazis

au sein de la Légion étrangère,

il est cloué sur sa chaise roulante.

 

Voilà deux ans qu'il a perdu l'amour de sa vie

Anna-Eva Bergman

dont l'atelier, à côté, reste plongé dans le noir.

 

Il n'a plus que quelques mois à vivre.

 

Hans Hartung regarde, immobile,

cette toile gigantesque installée devant lui.

 

Il n'a plus la force de gratter, de scarifier, de racler, de griffer,

d'éclabousser la toile, comme il le faisait jusqu'alors

à l'aide de cette improbable panoplie d'instruments

qu'il avait lui-même fabriqués.

 

C'est désormais à distance qu'il affronte le support.

 

Ses assistants préparent les couleurs qu'il a choisies

et testent la 'sulfateuse',

ce pulvérisateur de jardin intensément bricolé

avec lequel il va littéralement libérer sa peinture,

donnant naissance, dans l'improbabilité des coulures,

à d'extraordinaires paysages sensoriels,

explosions, éruptions, jaillissements, bouillonnements,

véritable hymne  à la vie magnifié par le format retenu.

 

360 œuvres seront réalisées au cours de la seule année 1989,

l'artiste ne quittant l'atelier 

qu'une fois le sol de l'atelier entièrement tapissé

des toiles en cours de séchage.

 

Le Musée d'Art Moderne de Paris présente actuellement  

et jusqu'au 1er Mars 2020

une très belle rétrospective des œuvres de Hans Hartung.

 

Dans la dernière salle de l'exposition

on peut admirer plusieurs immenses toiles 

réalisées dans les dernières années de sa vie. 

 

Dans le couloir jouxtant la sortie, 

le visiteur passe devant la dernière oeuvre du Maître,

T 1989-N10

Une ombre funeste semble en dévorer un pan.

 

Le Mur de Berlin venait à peine de tomber

- Hans Hartung était natif de Leipzig -

 

Il s'est éteint trois semaines plus tard.

 

Ses cendres ont été dispersées dans la Méditerranée.

 

 

 

oooOOOooo 

 

Partager cet article
Repost0
27 juin 2019 4 27 /06 /juin /2019 17:23

 

Ils ne sont pas venus de leur plein gré du noir continent.

 

Sortis de la nuit africaine,

ils sont au garde-à-vous dans les vitrines des musées et des galeries,

suspendus aux cimaises des salles des ventes 

ou ornant les salons de riches collectionneurs.

 

Les masques ne dansent plus.

 

Les statues réservées aux initiés dans les enclos sacrés

s'offrent à tous les regards. 

 

Yeux mi-clos, yeux miroirs,

Ils ont vu ce qu'il ne nous sera jamais donné de voir.

 

Leur présence est obsédante, mais ils sont ailleurs.

 

Présence.

 

Absence.

 

Dans l'antiquité, le mot persona 

désignait le masque porté par l'acteur de théâtre.

 

Une personne.

 

Personne.

 

Le danseur africain qui revêt un masque

perd son individualité.

 

Il est l'Autre

 

Il devient,  

comme le fétiche de village manipulé par le sorcier.

l'intercesseur d'un autre Monde.

 

Nous regardons tous ces objets venus d'ailleurs.

 

Nous ressentons vaguement la force qui en émane.

 

 

En réalité,

 

ce sont eux qui nous regardent.

 

 

oooOOOooo

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
1 juin 2019 6 01 /06 /juin /2019 15:32

 

Dans ses toiles, tout est calme, figé, immobile, silencieux.

On y pénètre comme on entre dans une maison japonaise :

il faut enlever d'abord ses chaussures.

 

Le Musée Jacquemart-André, à Paris,

présente actuellement et jusqu'au 22 Juillet 2019

une cinquantaine d'oeuvres du peintre intimiste danois

 

Vilhelm Hammershoi

(1864 - 1916)

 

dont les scènes dépouillées d'intérieurs qui l'ont rendu célèbre.

 

 

Au premier regard, ses peintures font plutôt penser

aux maîtres hollandais du siècle d'or, avec une différence cependant :

alors que chez ces derniers, les scènes d'intérieur 

sont nettes, lumineuses, elles apparaissent chez Hammershoi,

comme nimbées d'une brume impalpable qui,

en complément de l'utilisation extensive des blancs et des gris, 

en accentue le caractère étrange.

Un peu, comme des particules figées en suspension

quelques millisecondes après une explosion, 

avant que la gravitation ne les fasse doucement retomber.

Mais y-a-t-il le moindre atome de poussière 

dans ces intérieurs vides, silencieux et immaculés ?

 

Rien n'y bouge.

 

Les rais de lumière qui filtrent des fenêtres,

les rayons qui caressent les rares meubles présents

semblent avoir renoncé à suivre la marche du soleil.

Il y a sûrement une pendule quelque part dans ces intérieurs,

mais on serait tenté de croire que son balancier

a lui aussi décidé d'interrompre son va-et-vient

afin de respecter le silence environnant.

 

 

Il y a pourtant des personnages qui habitent ses toiles.

Ils sont seuls, muets, immobiles, vêtus de noir

et paraissent perdus dans une mélancolie rêveuse.

Les femmes surtout (en fait, Ida, la femme de l'artiste)

sont représentées le plus souvent de dos, sinon

leur visage, inexpressif, n'est lamais  tourné vers le peintre.

Si elles esquissent un geste, celui-ci semble suspendu.

 

 

J'avais visité l'exposition avec une amie.

Elle s'était arrêtée un très long moment devant le tableau

qui représente la femme de l'artiste, à mi-corps, assise, vue de dos.

Comme je lui demandais la raison de sa fascination pour cette toile, 

elle me fit remarquer une petite anomalie cervicale

qui l'on distinguait à peine sur la nuque du modèle.

C'était, à ses yeux, le seul moment où transparaissait une trace

de sensualité exprimée par le peintre à l'égard de son épouse.

En agrandissant, quelque temps plus tard sur mon écran

l'image que j'avais prise du tableau, il apparut que celui-ci,

avait du subir quelque dommage à cet endroit précis

et qu'il avait ensuite fait l'objet d'une réparation, certes minuscule,

mais bien visible à l'agrandissement et qui provoquait donc

une très légère boursouflure de la toile.

Mon amie, à qui j'annonçai cette découverte

en fut naturellement dépitée. 

 

 

On était plutôt puritain chez les danois luthériens du XIXe siècle.

Le personnage central du grand tableau 'les cinq peintres', 

(Jens Ferdinand Willemsen, un peintre symbolique)

semble tout droit sorti du film de Gabriel Axel

 

'Le Festin de Babette' (1987)

 

En fait, le réalisateur s'était inspiré de l'oeuvre d'Hammershoi 

et c'est d'ailleurs un tableau du peintre qui figure en couverture 

de la première édition du livre de Karen Blixen dont le film est tiré.

 

 

A une époque où la décoration des intérieurs bourgeois

était, c'est le moins que l'on puisse dire, plutôt "chargée",

la recherche du dénuement de la part d'Hammershoi interroge

d'autant plus qu'il était en réalité un grand voyageur.

 

On assure que lorsqu'il préparait la mise en scène de ses tableaux,

il enlevait cadres, meubles et objets qui pouvaient altérer

l'impression de vide qu'il entendait donner à son oeuvre.

Certains tableaux existent en deux versions,

dans la seconde, comme dans le jeu des sept erreurs,

une partie des éléments du décor a disparu et,

à la place d'un personnage immobile, il y a une chaise vide,

symbole de l'absence, s'il en fut !

 

 

 

Il ne reste plus alors qu'à porter le regard sur des détail infimes,

la caresse d'un rai de lumière sur un mur,

la transparence d'un vase, le poli d'un meuble

dont on percevrait presque la bonne odeur de cire, 

le reflet d'une vitrine, la brillance d'un cuivre, 

la douceur laiteuse d'une porcelaine,

les petites notes colorées d'un bouquet de fleurs champêtres.

 

 

Peut-être est-ce pour cela que le peintre élimine le superflu.

Pour atteindre l'inexprimable …

 

 

 

oooOOOooo

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
15 avril 2019 1 15 /04 /avril /2019 09:45

 

OCEANIE

 

Un nom évocateur d'archipels enchanteurs,

constellations parsemant un immense océan.

 

'OCEANIE'

 

c'est le nom d'une superbe exposition

au Musée du Quai Branly Jacques Chirac, à Paris,

présentant cent soixante-dix objets iconiques

représentatifs de l'art océanien

du XIVe siècle à la période contemporaine.

 

Ce montage vidéo

n'est pas un reportage exhaustif de l'exposition

mais une suite d'images, souvent fragmentaires,

d'impressions que la contemplation des objets 

a pu faire naître.

S'y mêlent des souvenirs et des sons

ressurgis de lointains voyages.

 

Iles-continents ou ilots minuscules

émergeant à peine des flots,

ils sont la patrie de peuples attachants

que l'on pu croire un temps perdus à jamais.

Dans ces lieux où tout est légende,

ils vivent en harmonie avec la nature

et ont à cœur de faire renaître 

des traditions ancestrales que l'on pensait disparues.

 

J'espère que ce petit voyage

vous emmènera loin, très loin,

au son des merveilleux chants polynésiens,

dans ces lieux enchanteurs 

dont je garde à jamais la nostalgie profonde...

 

 

oooOOOooo

 

Partager cet article
Repost0
18 février 2019 1 18 /02 /février /2019 07:57

 

A Rome, le Museo Nazionale Romano

réunit une impressionnante collection de chefs d'oeuvre de l'Antiquité répartie sur quatre sites dont le plus important est 

 

le Palazzo Massimo alle Terme.

 

Parcourir les salles de ces différents lieux signifie s'immerger dans un univers peuplé de centaines et de centaines de représentations de dieux, de déesses et de héros mythologiques figés dans une rigidité marmoréenne.

 

C'est passer en revue des alignements vertigineux de bustes impériaux, de nobles dames ou de personnages illustres dont les regards vides vous fixent au-delà des siècles.

 

C'est encore admirer des sarcophages au foisonnant décor, des bronzes aux teintes chaudes qui tranchent avec la blancheur environnante, des mosaïques au dessin si fin restituant portraits et scènes marines ou animales.

 

C'est enfin s'arrêter stupéfait devant ces fresques intimes aux couleurs si fraiches que l'on a peine à croire qu'elles sont presque deux fois millénaires.

 

La tête vous tourne.

Il vous semble que tous ces bustes, ces statues, communiquent et dialoguent, et que les oiseaux chantent dans les merveilleux jardins de la villa de Livia ...

 

Et voilà que la vénérable institution entraine discoboles, hercules, apollons et déesses dans une frénésie pop avec musique disco et lasers aveuglants.

 

Vous n'en croyez pas vos yeux … ni vos oreilles.

 

L'exposition 

'Il Classico si fa Pop'

anime jusqu'au 7 Avril 2019 quelques hôtes du

Palazzo Massimo

qui peuvent ainsi dénouer des muscles que les siècles ont passablement ankylosés.

 

 

Le fil conducteur de cette animation, qui pourrait paraitre iconoclaste, est de montrer comment, au cours des siècles, le goût de l'antique a conduit à la multiplication des copies, pastiches et autres objets-souvenirs reproduisant, plus ou moins fidèlement, l'image de la statuaire grecque ou romaine.

Une pratique qui n'est pas nouvelle. Les copies existaient déjà dans l'Antiquité comme en témoignent les cinq discoboles 'animés' au Palazzo Massimo, ou l'hermaphrodite dormant', copie romaine d'une sculpture hellénistique.

A la Crypta Balbi, l'accent est mis surtout sur les reproductions en 'biscuit' imitant le marbre, qui firent fureur dès le XVIIIe siècle.

 

Une exposition somme toute réjouissante … avant que les héros antiques ne retrouvent leur rigidité millénaire.

 

 

oooOOOooo

 

 

Partager cet article
Repost0
6 février 2019 3 06 /02 /février /2019 10:44

 

Un site majestueux, près de deux fois millénaire,

empli de vestiges antiques.

 

Une cinquantaine de sculptures d'artistes du XXe siècle, 

tous épris de ces arts 'venus d'ailleurs'.

 

Autant d'oeuvres d'art tribal

provenant des quatre coins du monde.

 

Une triple confrontation,

occasion de vertigineux dialogues.

 

Voilà ce que l'on pouvait admirer à Rome, 

dans les salles immenses des Thermes de Dioclétien

en visitant l'exposition

 

'Je suis l'Autre'

 

qui s'est tenue en ces lieux de Septembre 2018 à Janvier 2019.

 

Le montage vidéo qui suit a pour ambition 

d'essayer de traduire l'atmosphère singulière 

qui se dégageait de ces improbables rencontres.

 

Dans l'immense salle principale des thermes,

au sol recouvert d'une gigantesque mosaïque

provenant de la villa de Néron,

et retraçant le combat d'Hercule et du dieu fleuve Achéloos,

fétiches africains, objets rituels océaniens

et sculptures précolombiennes 

paraissaient entretenir avec les oeuvres du XXe siècle

une relation familière

dans un espace-temps abolissant les limites.

 

Sur l'un des murs de la même salle,

une autre mosaïque, plus petite,

exhumée lors des fouilles de la Via Appia à la fin du XIXe siècle

contemplait cette réunion insolite :

le célèbre Memento Mori 

un personnage squelettique couché sur le flanc droit

et désignant de son index l'inscription fameuse

qui figurait à l'entrée du temple de Delphes :

 

Gnothi Seauton

Connais-toi toi même'

 

Une maxime qui n'était peut-être pas inappropriée.

 

 

 

oooOOOooo

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

'Je suis l'autre' - Une exposition romaine
Partager cet article
Repost0
2 janvier 2019 3 02 /01 /janvier /2019 21:26

 

Qui ne connait ces personnages fragiles, filiformes, réduits à l'essentiel

et pourtant si terriblement humains,

hommes qui marchent ou vacillent et femmes immobiles,

à la silhouette si émaciée que l'on s'étonne toujours qu'ils 

puissent encore avoir une ombre.

Ils semblent à peine échappés du minuscule atelier poussiéreux

du sculpteur dont il disait lui-même qu'il était

"comme l'intérieur de son crâne".

 

Qui ne s'est jamais interrogé à propos de ces étranges forêts

d'êtres statufiés, pétrifiés, dont les têtes ont la taille d'une épingle

et dont les pieds énormes paraissent s'extraire avec peine

de la glaise originelle.

Tous ces personnages dont on a pu dire qu'ils étaient le fruit 

d'une "sculpture pour aveugles" tant ils portent les traces 

multiples du pétrissage de leur créateur, ont fait dire à Jean Genet,

parlant de Giacometti, qu'il parvenait " à découvrir

ce qui restera de l'homme quand les faux-semblants seront enlevés".

 

Et tous ces visages-mémoires, esquisses ou sculptures,

burinés à l'extrême, ils témoignent d'une lutte douloureuse 

pour tenter d'en extraire l'énergie profonde qui toujours se dérobe. 

 

Jean Genet, encore lui, pourra écrire à leur sujet:

"Il n'est pas à la beauté d'autre origine que la blessure, singulière, différente pour chacun, cachée ou visible, que tout homme garde en soi, qu'il préserve et où il se retire quand il veut quitter le monde pour une solitude temporaire mais profonde. L'art de Giacometti me semble vouloir découvrir cette blessure secrète de tout être et même de toute chose, afin qu'elle les illumine".

 

Les personnages de Giacometti sont seuls, 'étrangers dans l'univers'

comme se définissait l'artiste, toute envelope superflue a disparu,

ils sont nus, dépouillés, ils nous placent sans fard face à nous-mêmes.

 

"Quand on regarde le désert, on n'en voit qu'une moitié,

l'autre est en nous…

JMG Le Clézio 

 

oooOOOooo

 

 

Seul(e)s - Alberto Giacometti
Partager cet article
Repost0
31 octobre 2018 3 31 /10 /octobre /2018 15:12

 

1900 - 1906

Sept petites années à l'aube du XXème siècle.

Années de misère noire et de labeur acharné.

Picasso n'a que 18 ans en 1900 quand il arrive pour la première fois à Paris, mais il est déjà sûr de sa bonne étoile.

Années de création intense.

Années qui voient naître des œuvres que l'on cataloguera plus tard sous le vocable de période bleue et de période rose.

Des oeuvres qui, de nos jours, trouvent grâce même auprès des plus farouches détracteurs du génie multiforme.

Le Musée d'Orsay à Paris présente actuellement quelques trois cents œuvres réalisées au cours de ces sept petites années de jeunesse.

Des peintures, des sculptures, des dessins, des céramiques.

Les bleus pâles trahissent une tristesse infinie à laquelle la mort prématurée de l'ami Casagemas n'est certainement pas étrangère.

Les roses, les ocres, paraissent nimber de douceur des personnages perdus dans leurs rêves.

Les saltimbanques sont affectueusement surpris, hors spectacle, dans l'intimité de leur vie familiale. 

Dans les carnets de dessins, les travaux préparatoires, le crayon, le fusain, esquissent avec maestria, en quelques traits, des scènes, des portraits criants de vérité.

Mais ce qui frappe surtout, si l'on approche des toiles, c'est l'intensité des regards.  Une insondable mélancolie semble en émaner.

Années charnières avant l'explosion picturale qui révolutionnera le siècle tout entier.

Instants suspendus, moments de grâce.

 

Une exposition remarquable.

 

 

 

oooOOOooo

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Mémoire de Rivages
  • : Pourquoi ce blog? Pour ne pas oublier tous ces rivages, proches ou lointains, que j'ai connus, pour faire partager ces regards, ces visions, ces impressions fugaces, ces moments suspendus et qui ne se reproduiront plus, pour le plaisir de montrer des images et d'inventer des histoires, pour rêver tout simplement..
  • Contact

Profil

  • Jean-François
  • Amoureux invétéré des voyages, des tropiques, des bords de mer, des jardins, de la nature, de l'art etc.. etc..
  • Amoureux invétéré des voyages, des tropiques, des bords de mer, des jardins, de la nature, de l'art etc.. etc..

Recherche