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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 18:17

Dans la cordillère centrale, non loin de Zumbahua, on est ici entre 3500 et 3800m d'altitude. Le froid humide vous transperce et la plupart du temps le paysage disparaît sous les nuages, noyé dans la brume. La nuit, il gèle souvent mais, situation équinoxiale oblige, il n'y a pas de neige car, en Equateur, elle n'apparaît qu'au dessus de 4500m. On aperçoit par endroit, ce que l'on pourrait prendre de prime abord pour des sortes de meules de foin. Ce sont des habitations de terre et de chaume et des gens vivent là.

 

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Alentour, ce ne sont que champs à perte de vue, impeccablement tenus et parfaitement délimités, ils forment un damier coloré tapissant les pentes des collines, jusqu'au sommet de celles-ci, parfois accrochés à des pentes incroyables qui excluent de toute façon tout travail mécanique. Les conquérants espagnols s'étaient en leur temps appropriés toutes les terres en dessous de 3000m considérant qu'au-dessus il fallait être indien pour exploiter ces terrains inhospitaliers. C'était méconnaître la richesse de ce sol gris volcanique et l'opiniâtreté des indigènes.

 

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Le toit de ces habitations descend très bas pour conserver à l'intérieur le maximum de chaleur et protéger du vent qui souffle impitoyablement à ces hauteurs.

 

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Dès l'entrée, on est frappé par la rusticité de cet habitat, auprès duquel une yourte mongole semblerait un palais princier.

 

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Le sol en terre battue est recouvert de paille. Un élevage de cochons d'inde occupe une grande partie de l'espace, ils serviront à la confection du cuy, un plat traditionnel peu recommandé aux fragiles estomacs européens. Les lits sont surélevés et les vêtements et provisions suspendus pour échapper aux rongeurs et autres parasites.

 

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Animaux et humains se partagent cet espace restreint. Pas d'électricité et pas d'eau courante. Pour se laver, quand il ne fait pas trop froid, la seule solution, c'est le ruisseau proche.

 

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Récemment, ils ont capturé un caracara, le faucon des Andes, et la fillette de la maison montre fièrement le rapace privé désormais de vols grisants au -dessus des hauts pâturages.

 

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Les habitants du lieu ne parlent pas l'espagnol, seulementr le quechua. Pour être photographiés, ils lévent un doigt signifiant un dollar. Il serait bien malséant de le contester, même si l'on ne peut retenir un sentiment de malaise. D'autres habitations du même type parsèment la région, mais leurs occupants refusent toute visite, par fierté sans aucun doute.

 

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A Punta Ahuano, en Amazonie Equatorienne, changement total de décor, il fait chaud et la végétation est luxuriante.

On est au bord du rio Napo, celui-là même qu'emprunta jadis le conquistador Francisco de Orellana, grand massacreur d'indiens s'il en fut, le premier à rallier l'Atlantique  en descendant le fleuve Amazone jusqu'à son embouchure. Les maisons traditionnelles surélevées sont caractéristiques de l'ethnie Shuar, autrefois réducteurs de têtes impénitents.

 

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Le chef de famille a revêtu le costume traditionnel et explique aux touristes le fonctionnement de la sarbacane. Il a supervisé la préparation d'un petit festin à base d'ingrédients locaux, histoire de faire frémir un peu les visiteurs à la vue des chenilles grillées et autres fourmis sucrées si appétissantes. Auparavant, sa fille aînée aura fait circuler la chicha, boisson fermentée à base de manioc,  dont on dit qu'elle n'est plus désormais préalablement longuement mâchée et recrachée par les femmes, utilisant leur salive comme agent de fermentation.

 

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La nature ici est généreuse, la chasse, la pêche, la cueillette des fruits et les cultures potagères fournissant une nourriture variée et équilibrée, même si la pollution du fleuve engendrée par les activités pétrolières et d'orpaillage commence à causer de réelles inquiétudes. 

Le véritable danger pour les autochtones est la maladie, car on est loin de tout. En cas de problème sérieux de santé, il faut prendre la pirogue et ensuite un autobus jusqu'au dispensaire de région. Faute d'argent, on attend souvent le dernier moment. L'an passé, la jeune femme du chef est décédée d'un cancer. Lorsqu'ils se sont décidés à entreprendre le long voyage jusqu'à l'hôpital de Quito, il était trop tard..

 

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Pour clôturer la visite, les charmantes filles du chef ont executé une petite danse et , comme il est d'usage désormais de par le monde, invité les visiteurs à se joindre gauchement à elles au son d'un violon qui n'était pas sans évoquer les grands moments du film 'Mission'..

 

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Merveilleuse et fragile Amazonie. Il faut vraiment souhaiter que ses habitants, grâce à une exploitation habile du tourisme et une protection constante de leur environnement puissent préserver longtemps leur identité dans un monde en perpétuelle évolution.

 

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Nouveau changement de décor.  A Cuenca, une dame âgée nous fait visiter sa demeure, un véritable palais, riche intérieur bourgeois, propriété d'une famille de négociants prospères.qui le fit construire au début du XIXème siècle.

 

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Tout ici respire le luxe et la richesse d'un autre temps, entre meubles précieux, souvenirs de famille, argenterie et peintures murales.

 

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Il y a, parait-il, 56 pièces au total. dont une salle de bal. Des fenêtres, la vue plonge directement sur le rio Tomebamba qui, ce jour là, ressemblait à un torrent en furie.

 

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La dame se déplace difficilement au bras d'une assistante. A la fin de la visite, elle ne lévera pas bien sûr l'index pour indiquer le prix de la visite, ni ne proposera un petit tour de valse dans la salle de bal. Elle incitera par contre le visiteur à parcourir le rez-de-chaussée transformé en un vaste bric-à-brac de copies d'objets indigènes, de reliques diverses et d'articles de brocante dont elle négociera le prix avec âpreté. 

 

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A n'en pas douter, l'entretien d'une telle demeure est une charge fort lourde et la dame doit souvent se sentir bien seule au milieu de tant de souvenirs d'une époque brillante et révolue. Les quelques visites qu'elle reçoit, outre leur aspect "commercial", sont aussi l'occasion d'une diversion salutaire liée à l'évocation d'un passé glorieux.

 

Quel lien, direz-vous, peut bien exister entre ces trois situations ? Aucun à priori, sinon que moins de 100 kilomètres les séparent, illustrant ainsi l'incroyable diversité de ce petit pays si contrasté.

 

oooOOOooo

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Published by Jean-François - dans Photographie - Voyages
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commentaires

midolu 17/07/2012 17:35

Des paysages, des visages très différents.
La découverte et la présentation, tout cela " remue " ... Sentiments, émotions, malaise, ...
Merci pour ces parcours qui ne sont pas habituels et touristiques.
Bonne fin de journée, Jean-François.

Jean-François 18/07/2012 12:14



L'énorme disparité entre classes sociales est malheureusement l'une des caractéristiques majeures des pays d'Amérique latine, génératrice d'insécurité et de bien des confrontations. L'oeil du
voyageur a le mérite du recul mais il n'a pas toujours la clé de ce qu'il tente de traduire en images, surtout si le séjour est bref.. Bonne journée. Jf



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