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21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 17:48

 

En cette fin d'année morose, on a tous un peu besoin de légèreté.

Le titre de l'exposition qui se tient au Petit Palais à Paris pour quelques jours encore, 'Fantastique', dans le cadre de laquelle est présentée pour la première fois en France une rétrospective du peintre japonais Utagawa Kuniyoshi, ne semble pas a priori correspondre à cette recherche..

Kuniyoshi (1797-1861), beaucoup moins célèbre que ses illustres contemporains, Hokusai (vous savez.., 'la Vague') ou Hiroshige, est surtout connu pour sa truculence et les excentricités géniales qui l'ont fait surnommer le 'Démon de l'Estampe'.

Son oeuvre, dans laquelle abondent squelettes, monstres marins et autres araignées géantes fascine encore de nos jours les créateurs de mangas et auteurs de bandes dessinées fantastiques.

Mais alors direz-vous, et la légèreté dans tout çà ? J'y arrive justement.

Kuniyoshi était un amoureux des animaux et il les dessina à en user ses crayons.

 

 

Surtout, il était fou de chats qui, parait-il, pullulaient dans son atelier

Un vrai charivari.

C'est ainsi que dans nombre de ses estampes qui, au pays du Soleil Levant, se vendaient alors pour le prix d'un bol de nouilles, les chats sont omniprésents.

 

 

Il est de notoriété publique que ces énigmatiques félins sont, depuis des temps immémoriaux passés maîtres dans l'art de la séduction, pas toujours désintéressée d'ailleurs.

 

 

A y regarder de plus près, il apparait toutefois que les chats de Kuniyoshi ont un air plutôt chafouin.

 

 

Observez bien ce chapardeur surpris la patte dans le sac. Il va se prendre une rouste, mais à considérer son air filou on comprend à l'évidence qu'il n'en est pas à son premier larcin.

 

 

Emporté par sa fougue picturale, Kuniyoshi dessina des planches entières de chats nippons, parfois chahuteurs et chamailleurs, croqués dans une infinité d'attitudes dont certaines ne sont pas sans rappeler des comportements humains.

 

 

 

 

Non content de représenter ainsi les chats dans toutes les situations possibles et imaginables, Kuniyoshi inventa les chats-mots, des chats contorsionnistes qui n'auraient pas déparé sous un chapiteau et dont les positions, dignes du kama-sûtra, formaient des caractères - japonais bien sûr - constitutifs de mots. 

 

 

Mais l'artiste fit encore plus fort. Réalisant des estampes à deux faces destinées à des éventails, Kuniyoshi invita les chats à se déguiser.

 

 

Côté face, le chat du centre va se transformer en chat-huant, - c'est logique -, l'acrobate de gauche en lion chinois et les deux chenapans de droite, en masque de démon.

 

 

Côté pile, en ombres chinoises ... pardon, japonaises, voilà ce que cela donne. Stupéfiant, non ?

En plus de ses multiples qualités, Kuniyoshi était aussi un caricaturiste talentueux.qui aimait à saisir sur le vif les attitudes de ses contemporains. Il publia ainsi quantité de planches où au beau milieu de croquis saisissants surgissait soudain, allez savoir pourquoi, la silhouette fantomatique d'un chat déluré.

 

 

En 1842, un décret impérial prohiba la représentation picturale des courtisanes, geishas et acteurs, jugée contraire aux bonnes moeurs.

Qu'à cela ne tienne, Kuniyoshi  qui avait réalisé de superbes et nombreux portraits de geishas et d'acteurs et qui pouvait aussi bien dessiner des poissons qui pêchent et des oiseaux qui lisent, décréta que désormais tout ce beau monde serait représenté en chat.

Sitôt dit, sitôt fait, et les chats se mirent à singer les humains.

 

 

 

 

 

 

 

Mais peut-être trouverez-vous qu'il y a décidément trop de chats dans cette histoire ?

Je vous offre en guise de compensation, - et ce sera mon cadeau de Noël - une belle gravure sur bois  (ca 1843) avec le mont Fuji en arrière-plan, qui prouve, s'il en était encore besoin, la virtuosité d'un artiste dont Monet s'enticha (tiens donc !)

.

 

 

oooOOOooo

 

 

(toutes les photos de cet article ont été prises par l'auteur lors de sa visite de l'exposition au Petit Palais)

 

Entre chats - Les chats pitres de Kuniyoshi
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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 18:52

 

Nous voici donc de retour dans la Galerie Vivienne.

A l'endroit où, passées quelques marches, la Galerie bifurque à angle droit pour rejoindre la rue Vivienne, se trouve la vénérable Librairie Jousseaume - elle a l'âge de la Galerie - véritable mine d'or pour les amateurs de livres rares et éditions anciennes.

 

 

 

De l'extérieur, la vue plonge sur l'intimité feutrée d'une bibliothèque d'antan, tandis qu'en devanture, pour rester fidèle sans doute à l'esprit des lieux, l'astucieux libraire a mis en valeur, devinez quoi, l'Assassinat de la rue Saint-Roch, d'Alexandre Dumas !

 

 

 

Apposée bien en vue, une affiche évoque le bon temps des Maisons Closes, tandis que de mystérieux personnages hantent les vitrines, ajoutant ce zeste d'incongruité qui semble être la marque distinctive de cette Galerie décidément pas comme les autres.

 

 

 

 

Il vous vient alors le soupçon qu'il souffle ici un air délicieusement irrévérencieux.

Mais c'est en parvenant à l'extrêmité du passage, là où la grille d'accés dévoile d'un coup d'éventail ouvragé l'architecture à l'antique de la Bibliothèque Richelieu, que le doute cède le pas à la certitude.

 

 

Dans la vitrine donnant sur la rue de ce marchand d'estampes et d'objets de curiosité, un cataclysme livresque a déclenché un terrible éboulement et provoqué la chute d'une compagnie de cochons roses.

 

 

 

Côté Galerie, au milieu d'une profusion de globes terrestres évocateurs d'expéditions géographiques lointaines, une carte de la Méditerranée révèle que, projetée sous un angle inhabituel, Mare Nostrum peut revêtir l'aspect d'un gnôme inquiétant.

 

 

 

Voilà qu'à présent vous perdez pied. Soucieux d'en avoir le coeur net, vous retournez sur vos pas, bien décidé cette fois à vérifier si cette supposée irrévérence n'est que le fruit de votre imagination rendue fertile par l'intemporalité du lieu.  

A priori, tout semble parfaitement normal. Sur le seuil de la délicieuse boutique de jouets au nom évocateur 'Si tu veux', un ours débonnaire est en faction, comme à l'accoutumée. Il vous parait cependant qu'à l'intérieur deux étranges personnages chuchotent quelque chose à votre sujet.

 

 

 

Parvenu au fond de l'allée, vous tombez en arrêt devant la débauche de lumière ruisselant de cette devanture qui en clôt le parcours de façon si étincelante.

 

 

Votre curiosité vous pousse alors à jeter un oeil à la petite boutique qui la jouxte sur la gauche. Et voilà que, ô stupeur, vous vous retrouvez soudainement confronté à la représentation édifiante des vices cachés de la bourgeoisie 19ème.

 

 

Voyez cette malle, qui semble tout juste exhumée du grenier de grand-mère, emplie de délicats portraits d'ancêtres dont l'existence vous était jusqu'alors inconnue. En approchant, vous découvrez avec horreur que cette innocente jeune femme porte le masque d'Hannibal Lecter dans le Silence des Agneaux. Son facétieux créateur a d'ailleurs intitulé le tableau 'Annie Bal'.

 

 

Cette boutique est l'atelier de Blase, le peintre hacker. Il restaure, avec minutie et talent, des tableaux anciens souvent fort endommagés, mais en prenant bien soin d'y ajouter un détail incongru, piquant et iconoclaste de son inspiration. C'est ainsi que ce digne notable municipal dont le portrait trône dans sa vitrine a désormais les traits de ... Coluche !    

 

 

L'irrévérence est flagrante et nul autre que ce lieu chargé d'histoire, qui abrita Vidocq, ne semble plus approprié à de tels dévoiements.

En face, dans l'annexe de la librairie Jousseaume, des poissons étranges évoluent dans la lumière d'aquarium diffusée par la verrière.

 

 

Vous en êtes à présent convaincu, cette Galerie est bien singulière et vous vous demandez avec appréhension comment va se dérouler votre retour dans le reel lorsque le charme sera rompu et qu'il vous faudra reprendre contact avec le tohu bohu extérieur.

 

 

Un sapin rouge a poussé au beau milieu de la rotonde et, dans les vitrines, il y a toujours de drôles de personnages qui vous dévisagent effrontément.. 

 

 

Retardant encore un peu le moment de fouler le trottoir de la ville, vous vous accordez une pause et décidez de savourer un café liégeois bien crémeux dans un café qui a dû voir défiler tant de gens et de modes.

 

 

Votre esprit voyage...

Dehors, près de la sortie rue de la Banque, une plaque rappelle que le navigateur Antoine de Bougainville a vécu là ses derniers instants. A l'opposé, rue Vivienne, une autre plaque mentionne que Simon Bolivar, le Libertador, habita là quelque temps.

Voyages...Voyages...

 

 

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(les photos de ces deux articles sont toutes de l'auteur).

Le Charme troublant de la Galerie Vivienne (2)
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11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 18:01

 

La Galerie Vivienne est à coup sûr le plus emblématique de ces étonnants passages couverts qui se faufilent en catimini d'une rue à l'autre dans les arrondissements du cœur de Paris.

Ils hébergent habituellement une procession ininterrompue de boutiques aux devantures plus inventives et plus affriolantes les unes que les autres, comme si le fait d'être ainsi protégées du charivari urbain les incitait à développer une créativité débridée propre à appâter pour ensuite ferrer le chaland.

 

 

La Galerie Vivienne est sans conteste la plus belle de ces trouées urbaines.

L'emploi du féminin s'impose à son propos car, dès son ouverture en 1823, le terme de Galerie fut préféré à celui de Passage jugé trop 'populaire' par la noble clientèle du proche Palais Royal qui constituait la cible privilégiée des commerçants qui s'y installèrent.

 

 

A l'image des maisons de Cadet Rousselle, la Galerie Vivienne a trois entrées.

La plus incitative, la plus tentatrice, est celle ouvrant sur la rue des Petits Champs par où les acheteurs potentiels du Palais Royal étaient censés arriver.

Elle est surmontée de sculptures et d'un bel ouvrage de ferronnerie. Derrière la grille d'accès, un grand rideau rouge est parfois déployé, suffisamment écarté toutefois pour permettre d'apercevoir les brillantes lumières et l'animation qui règne à l'intérieur.

 

 

A moins d'être déjà très en retard à un important rendez-vous, il est humainement impossible pour le passant occasionnel de résister à la tentation de pénétrer en ce lieu dédié au plaisir immodéré du lèche-vitrine.

Les deux autres entrées, rue de la Banque et rue Vivienne, sont plus austères.

 

 

L'entrée de la rue Vivienne annonce clairement la couleur. Cet endroit est un hymne à la gloire du Commerce, avec un Grand C.

Une statue imposante du Dieu Mercure avait d'ailleurs été érigée au centre de la grande rotonde. Elle finit par s'écrouler à l'occasion de travaux de restauration effectués dans la Galerie.

 

 

Pénétrer dans la Galerie Vivienne, c'est couper les ponts avec le monde extérieur, c'est faire un saut dans le temps, plus d'un siècle et demi en arrière.

Il serait à peine surprenant de se retrouver nez-à-nez au détour d'une allée avec des promeneurs en gibus et crinoline, car la galerie n'est pas uniformément longiligne mais constituée de trois parties qui se recoupent à angle droit, avec par instants quelques marches qui compensent habilement la déclivité du terrain.

 

 

En journée, la lumière diffusée par la verrière à double pente révèle insidieusement la fatigue des peintures murales vieillissantes. Elle dévoile aussi inexorablement la poussière qui ombre le profil des nymphes et des déesses, porteuses des symboles de la réussite commerciale et bourgeoise.

 

 

 

 

Caressés par la lumière, les murs exposent la panoplie complète des attributs de l'aventure marchande ; caducées de Mercure, rubans, ancres, gerbes de blé, palmes, couronnes de laurier, cornes d'abondance, tout y est.

 

 

Mais c'est à n'en pas douter sous les pas des visiteurs que se trouve le plus beau joyau de ce lieu étonnant : le superbe revêtement mosaïque, dans le style pompéien, réalisé par les mosaistes de l'Opéra, Facchina et Mazzioli, qui déroule ses ondulations évocatrices de voyages ultramarins sur les quelques 500 mètres carrés de sol de la Galerie.

 

 

 

 

 

En période de fêtes, la Galerie resplendit, ajoutant au charme suranné des lustres d'un autre âge, la magie éclatante des illuminations de Noël.

 

 

Sous le regard absent des fenêtres en demi-lunes qui les surplombent, les boutiques s'alignent tout au long des coursives de cet étrange vaisseau au toit de verre.

 

 

Il y a là quelques grands noms de la mode, des galeries d'art, des restaurants au décor immuable, des librairies anciennes, un salon de thé, un caviste renommé, un bottier, l'empereur de la fleur artificielle, des créateurs, des décorateurs, j'en passe et non des moindres.

Mais serait-ce parce que Vidocq, le célèbre bagnard devenu chef de la police sous Louis-Philippe, habita ici au numéro 13 de la Galerie où il dirigea la première agence parisienne de détectives, il me semble que les mannequins dans les vitrines ont des regards un brin soupçonneux.

 

 

 

 

Il arrive d'ailleurs que l'on croise dans la rotonde un comédien en costume d'époque venu narrer les détails tragiques d'un sordide assassinat. Il propose à son auditoire attentif de résoudre une énigme, le meurtre d'une belle duchesse dont on retrouva le corps sans vie dans l'escalier en colimaçon menant à l'appartement de Vidocq...

 

 

Je sens que vous commencez à considérer cette troublante Galerie d'un autre oeil.

Et bien sachez que vous n'êtes pas au bout de vos surprises.

 

à suivre...

 

 

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Le Charme troublant de la Galerie Vivienne (1)
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14 novembre 2015 6 14 /11 /novembre /2015 19:45

 

L'automne,après quelques hésitations, avait enfin déclaré ouvert son festival annuel, et la forêt, comme chaque année à cette occasion, avait déroulé le tapis rouge.

 

 

 

Profitant d'une belle journée ensoleillée, j'avais, sur un coup de tête, brusquement décidé de m'en aller faire une grande promenade dans les bois.

 

 

 

Le soleil, inhabituellement vigoureux pour la saison, s'ingéniait, par un insidieux jeu de cache-cache à perturber les sens du marcheur.

 

 

Tantôt il allongeait démesurément les ombres des arbres qui, par endroits, dessinaient sur le sentier les marches d'un escalier imaginaire.

 

 

Tantôt, il prenait un malin plaisir à surprendre dans leur intimité des effusions sylvestres qu'il révélait soudain par un éclairage indélicat.

 

 

 

Il pouvait, à certains moments, nimber le sous-bois d'une fine poussière bleutée pour glorifier l'instant d'après l'éphémère palette des teintes automnales.

 

 

 

Il pouvait encore, inexplicablement, s'attarder sur un infime détail de la végétation, qui prenait alors, sous le faisceau de lumière, un relief insoupçonné.

 

 

Tout en observant ces jeux du soleil et de la forêt, j'étais parvenu au bord d'un étang qui doublait obligeamment, tout en l'inversant, l'image des arbres qui s'y miraient.

 

 

C'est alors que je l'aperçus, juché sur un banc de bois qui faisait face au plan d'eau.

 

 

 

Un troll, sans aucun doute, un petit esprit des bois, aux grands yeux pétillant de malice, qui semblait trouver saugrenu de me rencontrer en ce lieu.

 

 

C'est plutôt rare de voir un troll. D'ordinaire ils se cachent dans les fourrés où ils sont généralement indécelables pour l'oeil humain.

 

 

Celui-là devait être bien fatigué d'avoir sauté à cloche-pied tout au long de la journée entre les ombres des grands arbres.

 

 

Comme il était d'humeur plutôt affable, il m'avoua que son plus grand plaisir à l'automne était de se coucher sur le tapis de feuilles multicolores qui, contrairement à ce qu'il advenait pour les lourds humains que nous sommes, ne craquaient jamais sous son poids.

 

 

Décidément en veine de confidences, il me révéla qu'il connaissait la cachette du génie de la forêt, un gnome d'aspect pourtant peu engageant que l'on entend parfois gémir lorsque la scie des bucherons entame le tronc des vieux chênes.

 

 

Il parla longtemps, et, à travers ses paroles, je comprenais que la forêt vivait  que les arbres communiquaient entre eux, que le vent parlait aux arbres lorsqu'une risée soudaine emplissait l'air d'un confetti de feuilles.

 

 

 

La forêt à présent me semblait différente et j'en étais là de mes réflexions quand je réalisai brusquement que le gentil troll avait disparu.et je me retrouvai donc seul sur le banc.

 

 

Au-dessus de ma tête, la dernière feuille d'un arbre retenait encore un temps le moment de choir, destin inéluctable d'une feuille à l'automne.

Bientôt il lui faudra lâcher prise. Si l'absence de vent l'y autorise, elle connaitra,pour un trop court instant, l'ivresse de l'apesanteur. Elle se balancera gentiment d'un côté d'abord puis de l'autre,avant d'effectuer l'ultime glissade vers le sol qu'elle accomplira à la manière d'un parachutiste professionnel pour s'immobiliser enfin, tournée vers l'arbre qui lui donna naissance.

 

 

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Cette petite histoire est évidemment en totale inadéquation avec les événements terribles qui viennent tout juste d'ensanglanter Paris, mais peut-être que le spectacle apaisant de la nature, indifférente à la barbarie humaine, permettra au visiteur d'oublier un court instant l'effroyable dureté du monde dans lequel nous vivons.

C'est en tous cas le voeu que je formule.

 

 

 

Le Troll
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31 octobre 2015 6 31 /10 /octobre /2015 00:03

 

 

Chanson du photographe partageur,

amateur d'Art Contemporain

 

"Je m'en revenais de la FIAC

Avec des photos plein mon sac.

Je me dis alors tout à trac

Quitte à les présenter en vrac

 

Qu'il serait peut-être opportun

D'en faire bénéficier chacun.

(bis)

 

Mais n'en déplaise aux attaques

De ce méli-mélo foutraque

Qui pourrait sembler bien maniaque

Je réponds sans être élégiaque

 

Qu'il est au contraire opportun

D'en faire bénéficier chacun."

(bis)

En revenant de la FIAC

Une sélection d'images tout-à-fait personnelle et aléatoire

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26 octobre 2015 1 26 /10 /octobre /2015 22:17

 

On ne dort pas beaucoup à Bénarès. C'est avant le lever du soleil qu'il faut prendre place à bord de l'une des nombreuses embarcations qui permettent aux touristes et aux pèlerins venus des quatre coins de l'Inde d'observer le rituel quotidien des ablutions matinales sur les Ghâts que baigne le Fleuve sacré.

 

 

L'air est doux, presque frais. Dans ces petites heures de l'aube, les palais vétustes qui bordent le Gange arborent encore des teintes pastels, attendant que Sûrya, le Dieu solaire, illumine soudainement les eaux du fleuve et redonne vie à toutes choses. Un arc-en-ciel de couleurs vives se répandra alors sur le patchwork de batiments hétéroclites qui se bousculent en désordre sur la rive.

 

 

 

 

 

Le Gange est un fleuve divin. Descendu de l'Himalaya, il s'épanouit là où le rejoignent les rivières Asî et Vâranâ, là où Shiva fonda autrefois Kâshî, que l'on appelle aujourd'hui Vâranâsî de préférence au nom pourtant vénérable de Bénarès, trop prononcé sans doute par des lèvres anglo-saxonnes durant les longues années de colonisation. 

 

 

 

 

Le Fleuve est source de vie et de rédemption, c'est pourquoi tous les matins, à l'aube, hommes et femmes, jeunes et vieux, hommes d'affaires et gens de peu se pressent au bas des marches pour accomplir un rituel millénaire, le bain dans les eaux sacrées.

Mains jointes, prononçant les paroles consacrées, tous s'inclinent vers le Gange, puis s'avancent dans l'eau jusqu'à mi-taille. Le centre d'énergie vitale du corps est ainsi mis en contact avec l'énergie du fleuve dans lequel il faudra ensuite s'immerger totalement à trois reprises.

 

 

A l'occasion des grandes célébrations, dictées par le cycle des planètes, ce seront des dizaines, voire des centaines de milliers de pèlerins fervents qui envahiront les Ghâts pour perpétrer cet acte de foi ardente, étape indispensable sur le chemin de l'Absolu.

 

 

L'embarcation passe devant le Ghât funéraire, Manîkarnîkâ, alors que l'enveloppe corporelle des défunts achève de s'envoler en une fumée légère vers les déités qui sont au firmament. Ensuite, les cendres seront offertes au Gange.

 

 

 

 

Les images défilent au rythme lent de la navigation. Temples et palais aux vives couleurs et aux formes étranges, ghât tranquille où un dévot solitaire procède à ses ablutions, berges pentues où les draps qui ont été lavés dans le Gange et qui seront très vite asséchés par un soleil de plomb dessinent d'abstraites compositions.

 

 

 

Des hommes ont abandonné leurs vêtements sur les marches et, en dépit d'un fort courant, nagent dans le fleuve en criant très haut le nom de Krishna.

L'étranger de passage, s'il est peu au fait de la culture hindouiste, peine à saisir le sens de cette ferveur que l'on ressent à chaque instant dans la ville sacrée. Trop de dieux et de déesses, trop de temples - il y en a parait-il 108 à Bénarès - trop de rituels, trop de cérémonies, trop de fêtes. Faute de comprendre, il ne sera que simple spectateur, voyeur fixant avec sa caméra une profusion d'images aux couleurs certes éclatantes mais dont la signification profonde lui échappe.

 

  

 

 

 

Et tous ces ascètes, ces Sadhus au regard de lumière, ces ermites, ces yogis, ces errants aux semelles de vent, ces renonçants, ces méditants, ces contemplatifs et ces saints. Ils viennent de partout et de nulle part et convergent tous vers le fleuve magnétique où ils s'immobilisent, paraissant avoir trouvé la réponse aux questions existentielles que nous nous posons tous.

 

 

 

 

Bénarès - Kâshî - Vârânasî, il faut avoir le sens du merveilleux pour l'appréhender et s'en imprégner. Comment sinon admettre que ce fut Brahma en personne qui persuada la déesse Gangâ de dévier sur la Terre le Fleuve céleste afin que ses habitants ne périssent pas. Comment sinon ne pas être reconnaissant envers Shiva, souverain de Kâshî, dieu des fins et des recommencements, pour avoir retenu les eaux sacrées dans son chignon et avoir placé la ville au bout de son trident, lui épargnant ainsi les effets dévastateurs du déluge primordial. Il importe de croire aux mille et une histoires fabuleuses dont tant de divinités sont les héros et les héroines..

Alors peut-être qu'en parcourant les ruelles labyrinthiques de cette ville hors du temps, au-delà du pittoresque coloré qui l'assaille à chaque instant, le touriste traqueur d'images ressentira-t-il cette impression étrange de poursuivre l'âme d'une ville qui semble se jouer de notre logique d'occidental.

 

 

 

 

 

 

 

Lorsque viendra le temps de la mousson bienfaisante et destructrice, le fleuve, redevenu terrible ,envahira les Ghâts et redessinera les rives de la cité de Lumière.

Il submergera à nouveau un temple aux assises fragilisées par le courant, qui s'enfoncera chaque fois un peu plus dans les eaux divines et gorgées de limon.

 

 

 

 

Dans l'encoignure d'une porte, un vieil homme dialogue avec lui-même, face au fleuve.

Comme chaque soir depuis la nuit des temps, les brahmanes célébreront l'hommage du Feu au Gange et invoqueront les divinités du Fleuve. Les fumées d'encens monteront à nouveau vers le ciel, les gongs résonneront, et dans le crépitement des flammes chacun pourra ressentir une vibration, un souffle mystique parcourant cette ville si particulière, étrange et envoûtante, initiatique et intemporelle.

 

 

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Si les photos de ce récit en forme de souvenir sont toutes de l'auteur, le texte doit beaucoup à l'ouvrage illustré, passionnant et passionné, de Mireille-Joséphine Guézennec 

Bénarès Kâshi-Vârânasî

Voyage initiatique dans la capitale spirituelle de l'Inde (éditions l'àpart)

dans lequel cette éminente spécialiste, philosophe de formation et initiée au sanskrit, sait mettre à la portée de tous l'incroyable complexité des mythes et des rituels de l'hindouisme, permettant ainsi au profane curieux de mieux appréhender cette ville fascinante.

 

Se souvenir de Bénarès (2)
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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 18:36

T

Cela fait déjà quelque temps que je suis allé à Bénarès et les souvenirs de ce voyage commencent à s'effilocher doucement dans ma mémoire, mais quelques images de cette ville fascinante continuent pourtant à me hanter. Visiter Bénarès-Vârânâsi pour la première fois, c'est comme recevoir un énorme coup de poing dans l'estomac qui vous laisse groggy, abasourdi, incrédule, ébahi devant l'incroyable vitalité de ce lieu magnétique.

Arrivant en voiture de l'aéroport, le premier contact avec cette cité plusieurs fois millénaire vers laquelle convergent en permanence des milliers de pélerins fervents animés d'une foi irradiante, est pourtant plutôt déroutant.

 

 

Le véhicule se fraie péniblement un chemin au milieu d'un invraisemblable amoncellement de vélos, de motos, de rickshaw, de charrettes, de camions pétaradants, tous chargés de cargaisons défiant les lois de l'équilibre, formant un énorme embouteillage qui, pour un esprit occidental, paraît totalement inextricable.

Et pourtant, ce flot s'écoule, certes lentement, mais de façon continue, chacun se frôlant au millimètre près, motivé, à n'en pas douter, par le désir irrépressible d'approcher enfin Gângâ, la déesse Gange.

 

 

Arrivés au carrefour central Godaulia, la densité du trafic échappe à toute description. Il faut alors abandonner le véhicule qui ne peut s'engager dans les ruelles labyrinthiques de la vieille ville et emprunter l'un de ces nombreux cyclo-rickshaw propulsés à la force des mollets par des hommes d'un âge parfois bien avancé. On les surnomme ici 'indian helicopters' car ils présentent l'insigne avantage de se faufiler partout, au beau milieu d'une circulation dantesque.

 

 

En dépit d'une chaleur écrasante qui donne constamment l'impression de vouloir obstinément vous vider de tout liquide corporel, c'est depuis la terrasse de l'hotel où l'on est enfin parvenu que la ville sainte offre à votre regard un premier aperçu de l'incroyable spectacle qui anime en permanence les Ghâts. Les Ghâts, ce sont ces ensembles de marches - il y en a 84 au total - qui descendent jusqu'au fleuve sacré dont les eaux, à cette heure torride de la fin de matinée, miroitent au soleil.

Des familles procèdent à leurs ablutions rituelles dans le fleuve tandis que, protégés par de grands parasols et installés sur des estrades en bois, les ghatias, ces brahmanes 'fils du fleuve' fournissent aux pélerins les ingrédients nécessaires à l'accomplissement du rite.

 

 

Mais c'est le soir, lorsque l'air devient enfin respirable, qu'il faut se mêler à la foule qui se dirige gravement, en rangs serrés, vers ce ghât au nom pour nous imprononçable,Dashâshvamedh Ghât que les touristes désignent généralement sous le vocable de 'Main Ghât', ce qui est tout de même plus commode. 

C'est là qu'a lieu tous les soirs, au coucher du soleil, une cérémonie fascinante, inoubliable, l'Arati en hommage à la déesse Gangâ.

 

 

La foule, recueillie, s'est sagement installée sur des bancs, face au fleuve, tandis qu'une myriade d'embarcations a convergé jusqu'à la berge pour assister à la cérémonie depuis le Gange.

 

 

Les brahmanes officiants, vêtus de tuniques de soie grège et safran, procèdent, au son des conques, aux rites préliminaires, dépôt de guirlandes de fleurs, de poudres rituelles colorées, et versement de lait dans le fleuve.

 

 

La nuit est à présent tombée. Tambours, gongs et cloches rythment les différentes phases de la cérémonie. La musique est envoûtante et de lourdes volutes d'encens s'élèvent au dessus des officiants et de la foule aux mains jointes.

 

 

Perpétrant des gestes millénaires et murmurant des mantras, les brahmanes lèvent tour à tour, en direction des quatre orients, de lourds candélabres enflammés en forme de cobra, hommage à l'Eau, au Feu et à la Lumière, créant des arabesques crépitantes dans la nuit.

 

 

Trop tôt, la cérémonie prend fin et les nuages d'encens se dissipent dans l'air parfumé. Les restes du repas sacrificiel en l'honneur de Gangâ et des divinités du fleuve sont partagés avec la foule.

 

 

Chacun peut alors déposer sur l'eau, avec ses voeux les plus ardents, les petites coupelles de fleurs et de feu qui brûleront un temps. Dans l'arc parfait formé par la succession des Ghâts, ces coupelles formeront comme un scintillement d'étoiles à la surface du fleuve sacré baignant cette ville initiatique qui s'appelait autrefois Kâshi, la Cité de Lumière.

La foule regagne alors le centre ville en un flot continu, s'écartant au passage pour contourner une vache, d'une étonnante placidité, qui s'est installée là, au beau milieu de la route, superbement indifférente à la marée humaine qui se presse tout autour.

 

à suivre

 

 

 

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Se souvenir de Bénarès (1)
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6 octobre 2015 2 06 /10 /octobre /2015 17:49

 

Il est toujours présomptueux de parler d'une ville que l'on a visitée trop brièvement. Ce fut mon cas récemment en ce qui concerne Berlin.

Au retour, il ne reste qu'un flot d'images que l'on a quelque peine à ordonner et une nuée d'impressions fugaces auxquelles il s'avère parfois difficile d'attribuer une quelconque logique.

Allez donc savoir pourquoi, ce sont les innombrables miroirs des châteaux de Potsdam qui, en fin de compte, m'ont laissé l'impression la plus tenace.

 

 

Il faut dire que dans ce royal ensemble de palais somptueux tout à la gloire de la Prusse et de Frédéric II, les miroirs sont si nombreux qu'ils semblent refléter à l'infini l'opulence du décor.

 

 

 

 

Cette profusion de glaces et de miroirs produit en fin de compte une impression troublante.

 

 

 

De retour en centre ville, je demeurai hanté par ces images réfléchies, diffractées, renvoyées d'un mur à l'autre, au point qu'elles finissent par désorienter le visiteur, et je commençai à regarder Berlin d'un autre oeil. 

La Spree, parcourue par une multitude d'embarcations, enlaçait voluptueusement les majestueux bâtiments de l'Ile aux Musées. Par les fenêtres de ces derniers, on pouvait apercevoir, comme à travers un miroir, quelques monuments phares de la Cité. 

 

 

 

 

 

A l'image de Potsdam, où un souverain, génial bâtisseur, avait voulu faire de son domaine le miroir de sa magnificence, Berlin était le miroir d'un passé tumultueux et, plus récemment, douloureux et tragique.

Impossible de parcourir la ville sans rencontrer, à un moment ou à un autre, un témoignage d'un passé révolu ou encore bien ancré dans les mémoires.

 

 

 

 

mémorial aux fugitifs est-allemands tués en tentant de franchir le Mur de Berlin

 

 

Mais c'est au crépuscule, alors que les ours fétiches s'apprêtent à rejoindre sagement leur tanière et que le célèbre petit bonhomme vert des feux de signalisation s'échappe pour se dégourdir un peu les jambes, que se révèle sans doute le mieux le côté miroir de cette ville singulière.

 

 

 

 

Tandis qu'un somptueux coucher de soleil embrase la Porte de Brandebourg, les vitres du Reichstag-Bundestag s'enflamment et de soyeux reflets viennent adoucir les stèles du Mémorial de l'Holocauste.

 

 

 

 

 

Dans EbertstraBe, les fenêtres des immeubles futuristes composent pendant un court instant de lumineux tableaux abstraits. 

 

 

 

A Potsdamer Platz, c'est l'apothéose..

 

 

 

 

Alors que Berlin s'enflamme à l'orée d'une trépidante vie nocturne, dans les salles redevenues silencieuses des palais de Potsdam, les miroirs ne renvoient plus l'image des fastes d'antan. Ils réfléchissent - c'est le propre des miroirs - à l'étrange destinée de cette ville que l'on crut un temps anéantie à jamais, et qui ne cesse de nous surprendre.

 

 

 

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Les Miroirs de Potsdam
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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 18:17

 

Ca m'a pris comme ça, tout d'un coup, allez donc savoir pourquoi.

Une soudaine envie de couleurs.

Peut-être parce que nous étions à la fin de l'été et que, tôt ou tard, la ville allait redevenir grise.

Peut-être parce que d'ici peu il serait à nouveau de bon ton d'être de noir vêtu.

Toujours est-il que je me ruai dans les musées et me plongeai dans un univers coloré dont il était impossible de sortir indemne.

C'est alors que je constatai un phénomène étrange.

Dans un premier temps, il semblait que les couleurs hésitaient à se détacher de la représentation humaine. Elles se contentaient d'en transfigurer l'image, de la révéler sous un éclairage nouveau, de mettre en valeur des particularités restées jusque là confidentielles.

 

Andy Warhol - Caroline Law' - 1975

 

Martial Raysse - 'Made in Japan - La Grande Odalisque' - 1964

 

Manolo Valdes - 'Jacqueline III' - hst 2012

 

Andy Warhol - 'Ladies and Gentlemen' - 1975

 

Yves Klein - 'Portrait-relief de Martial Raysse' - pigment pur sur bronze - 1962

 

Et voilà que les couleurs se mettaient à revendiquer haut et fort leur indépendance.

Elles se voulaient désormais maîtresses de leur existence.

Devenues libres et joyeuses, elles dansaient, s'enroulaient, s'imbriquaient, s'entrechoquaient, voltigeaient, explosaient enfin.

 

David Nash - 'Three Blues' - 2013

 

Fabienne Verdier - 'Idéogramme Compassion'

 

Serge Poliakoff - 'Composition abstraite' - hst 1954

 

Sonia Delaunay - 'Rythme coloré numéro 614' - hst 1954-1957

 

Jean Crotti - 'Mouvement cosmique' hst 1921

 

Simon Hantai - 'Meun' - 1968

 

Pierre Soulages - Untitled - 1988

 

Cy Twombly - 'Untitled VIII (Bacchus)' hst 2005

 

Happé par ce tourbillon chromatique, je pensais avoir atteint un paroxysme, mais de nouvelles formes d'art m'entrainèrent encore plus loin, au plus profond, au coeur même de la couleur.

 

John Chamberlain - 'Silkie Wilkie'' - 1994

 

Nabil Nahas - 'Boléro'' - (det) - 2003

 

Helen Frances Gregor - 'Totem' - tapisserie de basse-lice (détail) - 1976

 

Maryn Varbanov - 'Arythmie' tapisserie de basse-lice (détail) - 1972

 

Installlation de Sébastien Preschoux à la Tour Paris XIII - 2014

 

Julio Le Parc - 'Surface couleur - série 14-2E' - détail - 1972

 

Bertrand Lavier - 'Empress of India II' - tubes de néon - 2005

 

Flynn Talbot - 'Primary' - installation lumineuse (détail) - 2014

 

Quelque peu étourdi par ce déchainement chromatique je retrouvai finalement les trottoirs gris de la ville.

Peut-être était-ce la conséquence d'une exposition prolonjgée à des vibrations colorées trop intenses, voilà maintenant que je découvrais partout de la couleur.

Sur des murs autrefois aveugles, des graffeurs anonymes avaient composé d'étranges et éclatantes confrontations. Ailleurs, des artistes inspirés avaient réalisé des fresques chatoyantes.

Mais le plus singulier était que des éléments tout à fait ordinaires et banals de notre vie quotidienne recélaient, si on prenait la peine de les regarder avec plus d'attention, d'abstraites compositions colorées.

 

Détail d'un mur peint le long du canal St Martin - Paris 2013

 

Détail d'un mur peint le long du canal St Martin - Paris 2013

 

Fresque murale le long du canal St Martin - artiste inconnu

 

Détail d'une fresque murale de Stéphane Carricondo - Fort d'Aubervilliers - 2014

 

Speedy Graphito - 'Color' - sérigraphie sur bois - 2014

 

Détail du revêtement d'un véhicule de pompiers

 

Détail du revêtement d'une camionette de livraison

 

Détail d'un panneau de signalisation

 

La couleur est partout mais la plupart du temps nous ne la voyons plus.

Les artistes ont sur nous un immense avantage : ils savent regarder.!

 

 

Fresque murale de Dan 23 - Fort d'Aubervilliers - 2014

 

 

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Une fringale de couleurs
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31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 17:21

 

Il fut un temps en Afrique où les masques dansaient pour de vrai, inspirant la crainte et le respect.

 

Gabriel Moiselet - 'Le Masque nègre' - hst - 1929

Il fut un temps en Afrique où les fétiches avaient des pouvoirs surnaturels et savaient conjurer le mal et punir les voleurs.

 

Jean Le Gac - 'Les bottes rouges'  (détail) - hst - 2009

Il fut un temps en Afrique où, par l'intermédiaire des devins, les statues communiquaient avec l'au-delà et permettaient aux ancêtres de protéger le clan et de gagner le repos éternel.

 

Théo Mercier - 'Idole nourricière - 2012 (expositiion 'Le surréalisme et l'objet - Ctre Pompidou)

 

Mais voilà que des artistes, des blancs, découvrirent ces objets venus d'ailleurs. Ils s'entichèrent de l'audace des formes, ils s'émerveillèrent de leur inventivité, ils louèrent leur modernisme déroutant, ils s'extasièrent devant leur vitalité, ils s'enthousiasmèrent devant une authenticité qui correspondait à leur volonté intime de rompre avec les critères esthétiques d'un classicisme agonisant.

 

Karl Schmidt-Rottluff - 'Nature morte avec campanules et masque africain' - aquarelle- 1943

C'est ainsi que, sans avoir forcément conscience de la dimension cultuelle de ces objets si singuliers, des artistes incorporèrent ces formes brutes et vivifiantes dans leurs oeuvres.

 

Erich Heckel - 'Tête de femme' - gravure sur bois - 1916

C'est ainsi que l'on put constater à quel point la patine sombre des masques contrastait si bien avec la peau diaphane des blanches égéries.

 

Man Ray - 'Noire et Blanche' - 1926

C'est ainsi que le génial Picasso, au grand dam de ses contemporains, transfigura et donna une dimension nouvelle au visage de ses Demoiselles d'Avignon.

 

Pablo Picasso - 'Buste de femme' - hst - 1907

Et c'est ainsi que Madame Matisse arbora le masque blanc de ceux qui ont vu ce qu'il ne nous est pas donné de voir.

 

Henri Matisse - 'Portrait de Madame Matisse' - hst - 1913

Les objets, pendant ce temps, s'accumulaient chez les collectionneurs, et il pouvait être permis de penser qu'ils trouveraient enfin un repos mérité, bien alignés sur leurs étagères. 

C'était sans compter sur l'insatiable curiosité des artistes et leur volonté de percer le mystère de ces témoins de mondes invisibles.

 

Vitrine à la Biennale des Antiquaires - 2014

On leur fit subir dissections, accumulations et parfois même inclusions dans des prisons de plexiglas.

 

Arman - accumulation de masques africains sous plexiglass - 1996

On en étudia en détail les plus infimes caractéristiques

 

Kader Attia - photo retouchée 

On les aspergea de peinture

 

'Statue Fang' - FIAC 2009

On les recouvrit de miroirs à la façon des boules lumineuses des bals de quartier.

 

Kader Attia - Masque de la série 'Transformations' - 2014

On les exhiba dans des foires, comme le furent jadis les 'naturels' dans les expositions coloniales.

 

Kader Attia - 'Gueule cassée. Masque malade' - 2013

Mais en dépit de tous ces mauvais traitements les objets gardaient leur mystère. On tenta alors de les 'assimiler', mais rien n'y fit. Il y avait toujours en eux quelque chose de 'différent' qui échappait à toute analyse.

 

Coco Fronsac - 'La communiante' - photo ancienne retouchée - 2010

 

Coco Fronsac - 'Jeunes pousses d'anémones Nemorosa' - photo ancienne retouchée - 2007

Les masques, en Afrique, ne dansent plus pour de vrai.

 

Sarkis - 'On the Breaking Bad's wallpaper between the Cry and the Masks' - 2014

Le Dieu Pétrole a chassé les esprits de la forêt et les masques-bidons sont désormais sculptés à son image.

 

Série de masques de l-ère industrielle de l'artiste béninois Romuald Hazoumé - années 2000

Mais l'Afrique éternelle a plus d'un tour dans son sac.

Lorsqu'après avoir épuisé les ressources de la planète bleue, les hommes chercheront dans l'espace une nouvelle raison de vivre, il ne fait aucun doute qu'un fétiche protecteur aura déjà été placé sur orbite.

 

Monsengo Shula - 'Tôt ou tard le Monde changera' - acrylique et paillettes sur toile - 2014

Il y a également fort à parier qu'un satellite à l'effigie d'un roi-ancêtre évoluera sans fin au dessus de ce qui fut jadis le domaine des dieux et des esprits.

 

Monsengo Shla - 'Le Roi satellite' - acrylique et paillettes sur toile - 2012

 

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Les deux dernières photos de cet article ont été prises à l'occasion d'une visite à l'exposition 'Beauté Congo' qui se tient actuellement à Paris à la Fondation Cartier pour l'art contemporain.

Une exposition vraiment jubilatoire.

Vous avez dit tribal ?? - visions d'artistes
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